1878 – 1942 : La vie de Janusz Korczak,
pédiatre, éducateur et poète

 

22 juillet : naissance de Henryk Goldszmit dans une famille juive aisée, libérale, liée à la culture et aux traditions polonaises. Son père, Jozef Goldszmit (1846 - 1896), est un avocat connu; sa mère, Cecylia, née Gebicka (morte en 1920), vient d'une famille de tradition progressiste. Henryk a une sœur, Anne.

Mort du père, des suites d'une longue maladie mentale qui avait englouti toutes les réserves pécuniaires de la famille. Henryk donne des leçons particulières pour aider sa mère. Élève de la dernière classe du lycée russe (Varsovie se trouvait sous l'occupation de la Russie), il publie son premier écrit: "Wezel Gordyjski" (Le Nœud gordien) dans la revue humoristique Kolce (Épines), sous le pseudonyme Hen.

Henryk commence des études de médecine à l'université de Varsovie. Il participe à un concours littéraire, organisé par Kurier Warszawski (Le Courrier de Varsovie) et envoie un drame en quatre actes "Ktoredy" ? (Par où ?), signé Janusz Korczak (nom du héros d'un roman historique de J. I. Kraszewski, écrivain polonais du XIXe siècle). Le drame obtient une mention honorable.

Henryk Goldszmit devient membre de la Société des bibliothèques gratuites, destinées aux enfants et aux jeunes ouvriers.

Korczak se lie d'amitié avec Ludwik Licinski, jeune poète et ethnographe; ensemble, ils visitent des quartiers pauvres de Varsovie et s'intéressent aux conditions matérielles et morales de la vie des enfants. Le reportage de Korczak : Nedza Warszawy (La Misère de Varsovie) présente ses observations et ses réflexions. La revue Wedrowiec (Voyageur) publie un cycle de sept articles de Korczak: "Dzieci i Wychowanie" (Enfants et éducation), où sont ébauchés certains principes qu'il développera plus tard. ("L'enfant est reconnu comme un homme, un être avec lequel il faut compter et que l'on ne doit pas tenir en laisse...")Ht de page

Parution du premier roman-feuilleton de Korczak: "Dzieci Ulicy" (Enfants de la rue), dans la revue Bibliothèque pour tous.

Été 1901 : il fait un voyage à Zurich pour approfondir sa connaissance de l'œuvre pédagogique de Pestalozzi.

Korczak assure le poste d'interne à l'Hôpital pour enfants de Berson et Bauman, tout en continuant ses études de médecine.

Publication de son roman-feuilleton "Dziecko Salonu" (L'Enfant de salon) dans la revue scientifique et littéraire Glos (La Voix) qui réunit des écrivains et sociologues proches des idées socialistes (Zeromski, Nalkowski, Krzywicki et autres).

Ayant obtenu son diplôme de médecin, Korczak est mobilisé dans l'armée russe, en guerre contre le Japon, et envoyé en Extrême-Orient. Il s'occupe de l'évacuation des malades de Kharbin à Khabarovsk, s'intéresse au système scolaire et à la situation de la population civile. Ses correspondances sont publiées par Glos, jusqu'à l'interdiction de cette revue par la censure russe (31 décembre 1905).

Un recueil d'articles de Korczak parus dans Glos est édité sous le titre "Koszalki-Opalki" (Broutilles).

Après son retour à Varsovie, Korczak collabore à la revue Krytyka Lekarska (Critique médicale) - il signe ses articles Henryk Goldszmit - et continue son travail littéraire et pédagogique. L'édition de son roman L'Enfant de salon, en livre, lui apporte la célébrité. Il devient un médecin recherché et "à la mode".

Il poursuit sa réflexion sur l'école et le rôle de l'éducateur.

Publication de son roman-feuilleton: "Feralny Tydzien" (Une semaine de guigne), qui contient une critique de l'école traditionnelle, et de l'article "Szkola Zycia" (L'école de la vie) où il trace les principes d'une école servant "les buts de toute l'humanité, et non pas seulement les intérêts d'une classe" (Przeglad Spoleczny - La Revue sociale).

Le travail d'éducateur, dans une colonie de vacances pour enfants juifs, au village Michalowka, lui fournit un nouveau terrain d'observation et donne lieu au livre "Joski, Moszki et Srule" (prénoms juifs).

En 1908, après un séjour dans une colonie de vacances pour enfants catholiques, à Wilhelmowka, il écrit Jozki, Jaski et Franki (prénoms polonais). Ces deux ouvrages, publiés d'abord sous forme d'articles, seront ensuite complétés et imprimés en romans feuilletons et, plus tard, édités en livres (en 1910 et 1911).Ht de page

Korczak est arrêté et passe une courte période dans la même cellule qu'un éminent sociologue socialiste polonais, Ludwik Krzywicki.

Il entre en contact avec la société Aide aux orphelins qui s'occupe des orphelins juifs à Varsovie. Il devient membre de la direction de cette société et un des promoteurs de la construction d'un orphelinat modèle.

26 mai : le plan de construction de l'orphelinat est approuvé. Il obéit aux principes sociaux et pédagogiques modernes. Korczak veille à ce que les besoins individuels des enfants soient satisfaits et que la possibilité de liens étroits entre la vie intérieure et le milieu extérieur (contacts avec des enfants de la ville, des membres de la famille des anciens pupilles) soit assurée.

C'est probablement au cours de la même année que Korczak visite des établissements pédagogiques et un orphelinat à Londres. Il prend alors la décision de ne pas fonder son propre foyer: "Un esclave n'a pas le droit d'avoir des enfants. Moi, juif polonais sous l'occupation tsariste... j'ai choisi l'idée de servir l'enfant et sa cause..." (Lettre à M. Zybertal, du 30 mars 1937.)

Korczak quitte l'hôpital où il avait travaillé pendant sept ans, et devient directeur de la Maison de l'orphelin.

7 octobre : Korczak, Stefania Wilczynska, éducatrice en chef, et les pupilles s'établissent dans leur nouvelle maison, 92, rue Krochmalna. Korczak et Wilczynska ne touchent aucune rémunération pour leurs services. Dès ce moment, leur vie sera liée pour toujours à la Maison de l'orphelin. Pour le meilleur et pour le pire. Jusqu'à la fin.

27 février : inauguration solennelle de la Maison de l'orphelin. Korczak transforme graduellement l'orphelinat en une société d'enfants, organisée d'après les principes de justice, de fraternité, d'égalité en droits et obligations. Il crée un système d'éducation où chaque enfant devient "maître de la maison, travailleur et dirigeant à la fois" (Jak kochac dziecko, paru en français, sous le titre: Comment aimer un enfant, Editions Robert Laffont, Paris).

Parution de "Slawa" (La Gloire), un livre pour enfants.Ht de page

Publication d'un nouveau livre contenant trois récits: "Bobo", "Feralny Tydzien", "Spowiedz Motyla" (Bébé, Une semaine de guigne, Confession d'un papillon).

Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, Korczak part pour le front, comme médecin-chef adjoint de l'hôpital divisionnaire. C'est Stefania Wilczynska qui se charge de la direction de la Maison de l'orphelin. Malgré de grandes difficultés matérielles, elle continue l'œuvre éducative de Korczak.

Korczak travaille dans les hospices ukrainiens pour enfants, près de Kiev. Il recueille des observations concernant l'enfant à l'école maternelle et pendant les premières années du primaire.

En 1915, lors d'une courte permission, Korczak participe à la vie d'un internat pour garçons polonais à Kiev, dirigé par Maryna Falska, avec qui il collaborera plus tard en Pologne.

Année de l'indépendance de la Pologne. Après son retour, Korczak reprend ses activités pédagogiques et littéraires. Il rapporte du front le manuscrit de son œuvre pédagogique fondamentale : "Jak kochac dziecko" (Comment aimer un enfant), écrit "dans le fracas des canons".

A nouveau mobilisé, il travaille à l'hôpital des maladies infectieuses à Lodz. Cette fois, il porte l'uniforme d'officier de l'armée polonaise.

Novembre. Inauguration à Pruszkow (près de Varsovie) de Notre Maison, un orphelinat pour les enfants ouvriers des quartiers les plus pauvres de Varsovie, dirigé par Maryna Falska. Korczak y introduit son système d'éducation. En même temps, il dirige la Maison de l'orphelin de la rue Krochmalna.Ht de page

Il publie des articles dans la revue W Sloncu (Au soleil), destinée aux enfants et aux éducateurs.

Mort de la mère de Korczak. Elle a contracté le typhus exanthématique en soignant son fils, lui même ayant été frappé par cette maladie à l'hôpital, lors d'une épidémie. La mort de sa mère affecte douloureusement Korczak.

PeintureKorczak publie une brochure, O Gazetce Szkolnej (Le Journal mural à l'école), fondée sur ses propres expériences: il s'occupe du journal mural à la Maison de l'orphelin, dans les colonies d'été et dans Notre Maison.

Un rêve de Korczak se réalise : la société Aide aux orphelins bénéficie du don d'un terrain à Goclawek, près de Varsovie, dont les bâtiments seront transformés en un centre de vacances destiné aux pupilles de la Maison de l'orphelin et aux enfants d'autres établissements éducatifs. Cette colonie de vacances sera nommée Rozyczka (Petite Rose). On y établira aussi une colonie d'hiver pour une cinquantaine d'enfants d'âge préscolaire.

D'accord avec une proposition de Korczak, la société Aide aux orphelins prend en fermage un terrain en friche près de la Maison de l'orphelin et y établit une exploitation agricole, où les pupilles apprendront le jardinage et l'agriculture. Certains anciens pupilles y trouveront du travail.

Korczak organise des cours pour les éducateurs, les mères, les jardinières des écoles maternelles et les moniteurs de colonies de vacances. Il collabore avec l'Institut national de pédagogie spéciale, où il donne des cours jusqu'au commencement de la Seconde Guerre mondiale.

Publication d'un livre de Korczak dédié à ses parents : "Sam na sam z Bogiem. Modlitwy tych, ktorzy sie nie modla" (Seul à seul avec Dieu. Prières de ceux qui ne prient pas).

Une pension est organisée à la Maison de l'orphelin pour les anciens pupilles (au-dessus de 14 ans) afin de leur faciliter l'achèvement de la période scolaire ou l'apprentissage d'un métier. Plus tard, la Maison de l'orphelin acceptera aussi des étudiants en pédagogie qui seront logés et nourris et, en échange, travailleront avec les enfants pendant trois heures par jour. Sous la direction de Korczak seront ainsi formés de futurs éducateurs. Ce système fonctionnera jusqu'en 1937.

Dans une série d'articles, Korczak commente des problèmes peu connus des pédagogues de cette époque : les enfants qui "se mouillent " la nuit, l'importance de la coupe des cheveux, la pratique d'une prise du poids hebdomadaire, etc.

Dans l'article "Wystepna Kara" (Punition criminelle) il s'oppose aux châtiments corporels et à la privation de nourriture, très souvent appliqués dans les internats.

Publication de ses deux romans pour enfants: "Krol Macius Pierwszy" (Le Roi Mathias Ier) et "Krol Macius na Wyspie Bezludnej" (Le Roi Mathias sur une île déserte).

Parution de son nouveau livre pour enfants: "Ban kructwo Malego Dzeka" (La Banqueroute du petit Jack), ainsi que d'un roman pour enfants et adultes: "Kiedy Znow Bede Maly" (Quand je redeviendrai petit).Ht de page

Une idée de Korczak prend corps: il veut créer une revue écrite par les enfants et qui leur est destinée: Maly Przeglad (Petite Revue) publiée en forme de supplément hebdomadaire par Nasz Przeglad (Notre Revue) - journal écrit en polonais représentant une partie de la société juive. En 1930, Korczak cède la rédaction de la Petite Revue à son secrétaire et ami, l'écrivain Igor Newerly. Korczak participe aux activités de la Petite Revue, assiste aux réunions de jeunes rédacteurs et aux travaux des jurys de concours littéraires organisés par la rédaction.

Publication de son livre: "Bezwstydnie Krotkie Humoreski" (Impudemment courts récits humoristiques).

Son article "Kino-Radio-Program dla Dzieci" (Le cinéma, la radio, programme pour enfants) marque le commencement de la collaboration de Korczak à la radio polonaise.

La société Notre Maison entreprend la construction d'un bâtiment dans les champs de Bielany, à Varsovie, destiné aux cent vingt enfants. Korczak prend part à l'élaboration des plans comme membre de la Commission de construction.

Il assume une nouvelle fonction: celle d'expert en problèmes d'enfants près du Tribunal de district.

Les pupilles de Notre Maison emménagent dans leur nouveau foyer, à Bielany. Korczak continue à collaborer avec Maryna Falska et les éducateurs.

Publication de la brochure: "Prawo Dziecka do Szacunku" (Le Droit de l'enfant au respect). C'est la déclaration des droits de l'enfant, dans l'esprit de Korczak.

Korczak devient chargé de cours à la Section pédagogique de l'université libre polonaise. Son cours porte le titre: "La société d'enfants".

Korczak est invité à collaborer à l'Institut national de formation d'instituteurs. Il y donne des cours et dirige des travaux pratiques jusqu'en 1935, c'est-à-dire jusqu'au moment où la directrice, Maria Grzegorzewska, est suspendue dans ses fonctions par le ministère (comme "élément destructif").

Publication d'un nouveau livre de Korczak : "Prawidla Zycia" (Les Règles de la vie), qu'il considère comme un ouvrage scientifique.

Le théâtre Ateneum représente une pièce satirique de Korczak : "Senat Szalencow" (Le Sénat des fous) avec le prestigieux acteur Stefan Jaracz dans le rôle principal. Cette pièce ne sera éditée qu'en 1958, d'après le scénario conservé par le metteur en scène, Stanislawa Perzanowska. Ce n'est qu'en 1978 que la pièce sera de nouveau jouée à Varsovie.

Une nouvelle pièce de Korczak, destinée cette fois aux enfants, "Dzieci Podworka" (Les Gosses de la cour), est représentée par l'ensemble du ballet de T. Wysocka. Le texte de cette pièce a disparu.

A l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de la société Aide aux orphelins, Korczak publie dans le recueil du jubilé "Le règlement de la Maison de l'orphelin", une sorte de Constitution de droits et obligations des pupilles et des éducateurs. ("Le directeur et l'éducatrice en chef sont responsables devant les enfants de l'accomplissement strict des lois en vigueur", déclare, entre autres, le règlement.)

Publication, dans la Revue mensuelle juive, d'une dissertation, "L'enfant juif, opinion d'un expert", où Korczak condamne "la psychose qui consiste à rechercher des différences".

La situation matérielle de la Maison de l'orphelin devient difficile. On est obligé de limiter les activités de l'internat à Goclawek et de réduire le budget. Korczak lance un appel aux bonnes volontés pour soutenir la société Aide aux orphelins.

Publication d'un nouveau roman fantastique pour enfants : "Kajtus Czarodziej" (Jojo le sorcier).

Juillet 1934 : Korczak part pour trois semaines en Palestine, afin de rendre visite à ses anciens pupilles et collaborateurs qui y sont établis. Il est impressionné par "le dynamisme et l'organisation de la vie des membres des coopératives agricoles".

Korczak fait ses débuts à la radio. Ses émissions s'appellent "Les petites causeries du vieux docteur"; il raconte des histoires, répond aux confidences, commente et discute des problèmes intéressant les jeunes, les éducateurs, les parents. Il reçoit une multitude de lettres et publie ses réponses dans la revue L'Antenne.

Second voyage en Palestine. A son retour, Korczak constate que la situation de la Maison de l'orphelin devient de plus en plus précaire.

Ses émissions à la radio polonaise sont suspendues. En même temps, les différends concernant certains problèmes pédagogiques entre lui et Maryna Falska s'accentuent, ce qui met fin à leur longue et étroite collaboration. Korczak se sent inutile. Il envisage de partir pour la Palestine, mais finalement décide de rester.

La rédaction du Jeune Coopérateur l'invite à écrire dans la revue, dont le but est d'éveiller l'intérêt des jeunes pour le mouvement coopératif. Korczak accepte et prend part au travail de rédaction.Ht de page

Korczak continue la lutte pour sauver la Maison de l'orphelin. Il publie dans Notre Revue un appel: "Pour sauver les enfants".

4 novembre : I'Académie polonaise de littérature lui attribue le Laurier d'or pour l'ensemble de son œuvre.

La radio polonaise reprend la collaboration avec Korczak. Il présente un cycle: "Conversations avec un ami" qui sera publié ensuite dans L'Antenne ("La solitude de l'enfant; la solitude de la jeunesse; la solitude de la vieillesse" ).

Publication de son nouveau livre : "Uparty Chlopiec. Zycie Ludwika Pasteura" (Un garçon obstiné. La vie de Louis Pasteur).

La Bibliothèque palestinienne pour enfants publie son livre : "Ludzie sa dobrzy" (Les Hommes sont bons), puis en 1939 : "Trzy Wyprawy Herszka" (Trois Expéditions de Herszek).

Publication d'un recueil de textes radiophoniques du "vieux docteur" : "Pedagogika Zartobliwa" (Pédagogie avec humour).

Juillet : il travaille comme éducateur dans une colonie de vacances.

1er septembre : commencement de la guerre. Korczak prend la décision de rester avec ses pupilles dans leur maison commune.

Étant de garde, il monte sur le toit de la Maison de l'orphelin pour éteindre les bombes incendiaires.

Il est très actif à la radio : il prononce un appel au calme et aide à organiser un service d'information destiné aux personnes ayant besoin d'aide. Il déploie une action énergique pour assurer le fonctionnement de la Maison de l'orphelin.

Juin: Korczak accompagne ses pupilles, ainsi que les enfants de trois autres internats juifs, à Goclawek, à la Petite Rose.

Octobre : les nazis ordonnent la création du ghetto pour la population juive. Malgré les efforts désespérés de Korczak, les orphelins sont transférés à l'ancienne école de commerce, 33, rue Chlodna, bâtiment inadapté à un internat de cent cinquante enfants. On organise l'enseignement scolaire sur place, les enfants éditent un journal mural, travaillent dans différentes sections. Le Tribunal des pairs et le système d'autogestion continuent à fonctionner.

Arrêté par les Allemands et enfermé dans la terrible prison de Pawiak (pour avoir exigé la restitution d'une cargaison de pommes de terre, destinée aux enfants), Korczak est libéré sous caution, payée par ses amis.

Il consacre des journées entières à recueillir des dons afin d'assurer la survie de la Maison de l'orphelin.Ht de page

Le territoire du ghetto ayant été réduit, l'orphelinat est obligé de déménager à nouveau. On lui attribue le bâtiment de l'ancien Club de commerçants, 9, rue Sliska, beaucoup trop petit pour loger les enfants (leur nombre a augmenté jusqu'à deux cents). Korczak et Stefania Wilczynska y organisent pourtant la vie, l'enseignement et les jeux de leurs pupilles. Korczak rejette les propositions de ses amis (Maryna Falska et Newerly) qui veulent lui trouver une cachette du côté "aryen" de Varsovie.

Il est arrêté encore une fois pour avoir refusé de porter le brassard distinguant les Juifs. Libéré grâce aux efforts d'un ami influent, il persiste dans sa décision de ne jamais porter le brassard.

Malade et épuisé, il se charge pourtant d'un autre orphelinat, 39, rue Dzielna, où près de six cents enfants sont menacés de mort par suite de maladies et de manque de nourriture (" une maison préfunéraire pour enfants ", comme il l'appelle). Korczak réussit à rendre l'atmosphère moins pénible, à atténuer la faim et à assurer un peu d'hygiène, tout en luttant contre la démoralisation du personnel. Il habite toujours dans la Maison de l'orphelin, rue Sliska. A partir de mai 1942, il écrit la nuit son Journal (qui sera publié après la guerre), document autobiographique bouleversant, témoignage sobre et irréfutable des atrocités nazies.

8 juin : cérémonie de consécration du drapeau vert (couleur de l'espoir, couleur de la nature) de la Maison de l'orphelin. Les enfants prêtent serment de "cultiver l'amour pour les êtres humains, pour la justice, la vérité et le travail".

18 juillet: la Maison de l'orphelin donne une représentation théâtrale. Les enfants jouent le drame Le Courrier de Rabindranath Tagore, interdit par la censure nazie. Interrogé sur le choix de cette pièce (représentant un enfant malade, enfermé dans sa chambre et qui meurt en rêvant de courir par les champs), Korczak répond qu'il est nécessaire d'apprendre à accepter la mort avec sérénité.

22 juillet : l'anniversaire de Korczak coïncide avec la première journée de "liquidation " du ghetto. Les rafles commencent dans les rues; trois fois Korczak est pris et emporté par "la charrette de la mort". Chaque fois, il est renvoyé à son domicile.

4 août : Korczak, Stefania Wilczynska, les éducateurs et deux cents orphelins sont amenés à la "Place de transbordement" (d'où partent les trains pour les camps de la mort). On les enferme dans des wagons. Ils sont transportés au camp d'extermination de Treblinka.

Cette chronologie a été établie d'après le Kalendarium de la vie, des activités et de l'oeuvre de Janusz Korczak, édité par l'Institut de recherches pédagogiques du Ministère de l'enseignement et de l'éducation; l'Etablissement de recherches deHt de page systèmes d'éducation; le Laboratoire Janusz Korczak, Varsovie, 1978. Elle figure dans l'ouvrage Comment aimer un enfant de Janusz Korczak (Editions Robert Laffont, Paris).