![]() Sophie et Béatrice ont rencontré à Paris Jacques Dodiuk. Né en Pologne en 1920, il a vécu six ans à lorphelinat J. Korczak. Venu en France avant la guerre, il a pu échapper au terrible destin des enfants de lorphelinat... |
Avez-vous eu des nouvelles de Korczak après votre départ ?
Avant de partir pour Paris, je suis allé lui dire au revoir. Il nétait pas là, mais madame Stéfa ma souhaité bonne chance et ma dit : toi tu mas appris beaucoup de choses. Ca ma frappé. Jétais un garçon turbulent, je passai souvent au tribunal, je ne faisais pas parie de la crème : je mimaginais pas apprendre quoi que ce soit à quelquun ! Dès mon arrivée en France, jai envoyé une carte postale avec la tour Eiffel à Korczak et Stéfa. Mais ce nest quen 1946 que jai appris la fin, par un livre. Lors de mon premier voyage en Pologne, quarante ans après, jai revu la maison. Varsovie avait été détruite à 95% et cet orphelinat, comme par miracle, était toujours debout. Devenus grands, certains ont reproché à Korczak de les avoir élevé dans lignorance des réalités. Quen pensez-vous ? A cette époque, les enfants de religion catholique et ceux de la religion juive allaient dans deux écoles différentes. Nous étions juifs mais nous nous sentions profondément polonais: pour nous, il ny avait aucun problème. Nous allions en classe dans une école de la ville, mais sur le chemin, le dimanche*, des bandes de voyous nous jetaient des pierres. Même si ces enfants-là étaient méchants, nous étions persuadés que tous les adultes nous voulaient du bien... cela a été pour nous un handicap, bien sûr. Jai eu quelques désillusions par la suite.
Il y avait beaucoup de racisme à cette époque-là. Korczak, lui, respectait tout le monde et toutes les religions. * Le jour de congé des enfants juifs était le samedi et celui des enfants catholiques le dimanche. |