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Foulard - et islam - à l'école et dans la société française : l'état des lieux


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Bas les voiles !
un livre de Chahdortt Djavann


FRANCE, JANVIER 2004 / LE DEBAT SUR LE PORT DU VOILE ISLAMIQUE A L’ECOLE
__Contre l'islamiste, le citoyen
par Chahdortt Djavann
La loi sur le voile va enfin aider les musulmans à se sentir membres de la République.

L'immense majorité des immigrés d'origine musulmane en France est laïque. Mais tous ne se sont pas déclarés ouvertement pour une loi interdisant le voile. Outre la crainte de représailles de la part des islamistes, cette réticence a d'autres motifs : une grande partie de ces immigrés a été longtemps délaissée par la République; et aujourd'hui on leur demande de lui faire confiance. Ils se trouvent dans une situation complexe. Beaucoup ont souffert du dogmatisme qui domine, depuis des siècles, les sociétés musulmanes et souhaitent que les lois de la République les protègent contre l'intégrisme religieux. Ils ont donc toutes les raisons de se dire favorables aux droits de l'homme, à l'égalité des sexes. Ils l'auraient fait mille fois et sans hésitation s'ils en avaient eu l'occasion dans leur pays d'origine.


Femme Afghane

Femme afghane avec son enfant, Kaboul, octobre 2003. Photo Eric Burkhard.


Mais en France, dans ce pays d'accueil où ils ont été marginalisés, ignorés, stigmatisés, souvent à cause de leur origine orientale ou musulmane, dans ce pays où ils n'ont pas eu droit à l'égalité des chances, ni pour eux-mêmes ni pour leurs enfants, pourtant nés ici, dans ce pays d'accueil où ils n'ont pas toujours eu le sentiment d'être considérés comme des citoyens de plein droit, ils peinent à trancher entre le souvenir des blessures et l'envie de croire aux engagements pour l'avenir. C'est pourquoi, chez certains, une réticence à l'égard d'une loi sur la laïcité existe : ils craignent que cette loi leur jette encore une fois à la figure leur origine musulmane.

C'est dans ce climat délicat et passionnel que les intégristes ont développé leur action depuis des années. Ils ont occupé le terrain dans les quartiers et les ghettos délaissés par les responsables politiques, pour récupérer les jeunes gens issus de l'immigration, pour les persuader que la République française ne les reconnaîtra jamais comme des citoyens de plein droit. Les islamistes ont encouragé le repli communautaire, la revendication des dogmes islamiques. Abusant de la crise internationale, et aussi de l'histoire coloniale, ils n'ont pas hésité à faire croire aux enfants de l'immigration que leur situation ressemblait à celle des Palestiniens, des Afghans, ou des Irakiens.Up

Il est vrai que les problèmes rencontrés par les immigrés sont innombrables, que la République n'a pas fait assez pour leur intégration, pour casser les ghettos. Il est indéniable que la France manque d'institutions, d'infrastructures républicaines d'accueil, que les immigrés orientaux non fortunés sont l'objet de discrimination, d'injustice sociale et économique. Pour vivre dignement en France quand on est immigré oriental, le prix à payer est souvent très cher, parfois trop cher. Je connais ces problèmes, je les connais de près. J'ai dû les affronter.

Mais nous ne pouvons pas ne pas faire confiance à la République et, quelles que soient les blessures du passé, nous ne devons pas oublier que notre ennemi n'est pas la République, mais l'islamisme. Nous sommes tous des citoyens à part entière, et nous devons tous ensemble réclamer à la République française non seulement des lois qui nous en protègent, mais aussi de réels moyens d'améliorer les conditions de vie des immigrés. Réclamons notre droit à l'égalité des chances et rompons avec le langage de victimisation que les islamistes encouragent. Revendiquons nos droits comme chaque citoyen français, et, si cela déplaît aux partisans de l'extrême droite et aux islamistes, tant pis pour eux. Ils sont les deux faces d'une même pièce, indispensables les uns aux autres.

La loi qui va être bientôt votée est une grande victoire, un premier pas en avant, une réelle chance pour tous les musulmans laïcs de France. Ils pourront vivre tranquillement leur religion sans qu'on les stigmatise par ce symbole de l'humiliation des femmes, sans qu'on fasse l'amalgame entre d'un côté l'immense majorité des musulmans, qui ne créent et ne souhaitent pas de problèmes, et, de l'autre, les islamistes ; sans que le voile soit la carte d'identité des bonnes musulmanes et son absence, la marque d'infamie des autres. Car nous savons tous que le voile n'est pas le symbole de la foi islamique mais bel et bien celui de la soumission des femmes aux hommes, les réduisant à la condition d'objet sexuel. Le voile inscrit la femme dans le registre du non-droit, la désigne comme sous-humaine, et il est surtout le symbole qui autorise toute violence à son endroit. Cette loi surtout sera un secours pour toutes celles, très nombreuses, qui subissent des pressions quotidiennes. Le voile est l'emblème du système islamiste, comme on le voit en Iran ou en Arabie Saoudite.

Certaines filles récemment voilées revendiquent le foulard comme le signe du respect de soi, la marque de leur pudeur féminine. Faut-il comprendre que toute femme qui ne se voile pas est sans pudeur, qu'elle ne se respecte pas, qu'elle n'est donc pas respectable et que toute violence à son égard est autorisée ? Etrange coïncidence entre la montée de la pudeur chez les nouvelles voilées et la montée de l'islamisme intégriste !

La loi est une chose, son application une autre, dit-on parfois. Je suis persuadée que son application à l'école posera très peu de problèmes et que les obstacles dont on parle aujourd'hui étaient dus pour beaucoup à son absence. La stratégie islamiste profite de toutes les failles du système. Et, pour éviter de lui ouvrir des boulevards, il faut évidemment tenir les promesses faites, consacrer tous les moyens nécessaires à une réelle politique de la ville, de l'emploi et de l'éducation, ne pas laisser en déshérence une partie du territoire et la part la plus jeune et la plus demandeuse de notre population. Il faut tenir les promesses et ne pas appeler à l'aide les pompiers pyromanes, les prosélytes de l'islamisme toujours prêts à offrir leurs bons services pour assurer l'ordre dans les banlieues.

Tariq Ramadan, l'idole des jeunes voilées, un mollah suisse déturbané qui se prend pour un néoprophète et rêve d'organiser la mondialisation de l'islam politique, n'est destiné à aucun titre à devenir porte-parole d'une partie de la population française. Mais c'est à la République, et très concrètement à l'action gouvernementale, de faire en sorte que nos banlieues ne deviennent pas une terre de mission pour ceux qui font leur miel de la misère, du désarroi et du désespoir de leurs fidèles.

Le régime fasciste et islamiste de l'Iran a demandé à la France de retirer sa loi contre le voile. Un régime qui a exterminé des centaines de milliers d'opposants, un régime qui pratique la lapidation au nom de la démocratie. C'est le monde à l'envers. Les nouvelles voilées en France ne peuvent pas prétendre ignorer ceux qui les soutiennent. La prise de position des dictatures islamiques contre cette loi, ingérence manifeste dans les affaires intérieures françaises, prouverait, s'il en est besoin, le lien étroit entre la prolifération du voile et l'offensive islamiste.

Chahdortt Djavann est l'auteur de Bas les voiles !, Gallimard, 2003. Tribune publiée par le quotidien Libération le 29 janvier 2004.
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