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La décision de président français Jacques Chirac de suivre les recommandations d'une Commission indépendante sur l'application du principe de laïcité dans la République, qui s'est prononcée en faveur d'une loi pour interdire à l'école publique les signes religieux "ostensibles", comme le foulard islamique, la kippa juive et les "grandes croix" chrétiennes, a de fortes répercussions aux Etats-Unis, en Europe, ainsi que dans le monde arabe. L'affaire du foulard islamique a de fortes répercussions dans le monde arabe, où les médias, unanimes, condamnent l'"intégrisme laïque" français. [Le Monde, 12.12.2003] Le ministre français de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, en déplacement en Egypte, a reçu le soutien de l'imam de la mosquée Al-Azhar, Cheikh Mohamed Sayyed Tantaoui, considéré comme la plus haute autorité de l'islam sunnite. L'imam d'al-Azhar, nommé en 1996 par le président Hosni Moubarak, a affirmé, le 30 décembre 2003, au Caire, que la France avait "le droit" d'interdire le voile islamique, notamment à l'école publique, et que, le cas échéant, les musulmanes de France devraient se plier à cette interdiction. "Le voile est une obligation divine, pour la femme musulmane, a-t-il souligné [...] Aucun musulman, qu'il soit gouvernant ou gouverné, ne peut s'y opposer". Mais, a-t-il ajouté, cette obligation est valable "si la femme vit dans un pays musulman. Si elle vit dans un pays non musulman, comme la France, dont les responsables veulent adopter des lois opposées au voile, c'est leur droit". "Je répète: c'est leur droit et je ne peux pas m'y opposer", a-t-il insisté, affirmant, versets coraniques à l'appui, qu'une musulmane qui se conforme à la loi d'un pays non musulman n'a pas à craindre le châtiment divin. "Je ne permettrais pas à un non musulman d'intervenir dans les affaires musulmanes, mais, de la même façon, je ne me permettrais pas d'intervenir dans les affaires non musulmanes". Pour le recteur de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur,
cet avis sur le port du voile "n'est pas un quitus. C'est
un avis très important, mais s'il doit y avoir un quitus,
ce ne peut être que le CFCM [Conseil français du
culte musulman] qui le donnera". Enfin, Fouad Alaooui,
secrétaire général de l'UOIF [Union des organisations
islamiques de France] a estimé, pour sa part sur le site
Internet de son association, que "nos responsables politiques
ont tout intérêt à privilégier le dialogue
avec les instances religieuses françaises, notamment le
CFCM, au lieu de se référer à des autorités
religieuses étrangères". L'avis de Cheikh Tantaoui "confirme, a-t-il souligné, que notre défense des femmes [portant le voile] ne relève pas d'une lecture intégriste de l'islam, mais tout simplement d'une défense d'une liberté fondamentale de nos citoyens, la liberté religieuse". LES REACTIONS DANS LES PAYS ARABESLa décision française d'interdire à l'école les signes religieux "ostensibles", y compris le foulard islamique, a suscité l'indignation dans plusieurs pays arabes et musulmans. En Turquie et à Singapour, en revanche, cette décision rencontre un écho favorable. IRAN. "Les autorités françaises ne réussiront pas à interdire le voile islamique dans les écoles, mais si elles y parviennent, des millions de musulmans les maudiront", a déclaré l'ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani, le 9 janvier 2004. LIBAN. Seyyed Mohammad Hussein Fadlallah, guide spirituel des intégristes chiites pro-iraniens au Liban, a estimé que la décision française constituait une "atteinte au droit de l'homme musulman". "Le port du foulard est engagement religieux au même titre que les autres devoirs religieux, et ne pas le porter est un péché". Le mufti sunnite au Liban, cheikh Mohammad Rachid Qabbani, plus modéré, s'est contenté de regretter la décision française. Dans un article du quotidien An-Nahar, Mohammad Sammak, un musulman membre du comité national pour le dialogue islamo-chrétien, a "réfuté aux exégètes musulmans le droit d'imposer à un Etat non-musulman les règles de conduite à suivre". Soutenant la position du cheikh d'Al-Azhar, il a rappelé que "les musulmans qui vivent dans des pays d'accueil non-musulmans se doivent de respecter les lois et usages en cours". IRAK. Le chef chiite irakien Moqtada Sadr a proposé
" qu'une fatwa [avis religieux] soit promulguée par
Najaf [centre religieux des chiites en Irak], par Qom [centre
religieux des chiites en Iran] et par al-Azhar [principale autorité
des musulmans sunnites] pour boycotter les produits français". AL-QAIDA. "La dernière décision du président français d'interdire aux musulmanes de couvrir leur tête dans les écoles dénote une fois encore de la rancune des croisés occidentaux contre les musulmans", a déclaré une voix attribuée à Ayman Al-Zawahiri, le numéro deux de l'organisation terroriste Al-Qaïda, dans un document sonore diffusé le 24 février 2004 par la télévision satellitaire Al-Arabiya. S'il ne prononce pas le mot "djihad", celui qui est considéré comme le penseur d'Al-Qaïda souligne que "l'interdiction du voile en France s'inscrit dans le même cadre que l'incendie des villages en Afghanistan, la destruction des maisons sur les têtes de leurs occupants en Palestine, le massacre des enfants et le vol du pétrole en Irak". TURQUIE ET SINGAPOUR : L'INTERDICTION DU FOULARD ISLAMIQUE A L'ECOLEEn TURQUIE, pays musulman au régime strictement laïque, le port du foulard est interdit dans les écoles, universités et bâtiments publics. Dans ce pays où, selon un récent sondage d'opinion, près de 6 femmes sur 10 portent le foulard, les autorités estiment que les revendications sur le port du voile s'apparentent à un soutien actif à l'islam politique et doivent pour cette raison être combattues. SINGAPOUR a choisi la fermeté et fait taire les dissensions sur l'interdiction du port du foulard islamique à l'école publique. Singapour est une ville où la majorité chinoise, 77% des 3,5 millions d'habitants, dirige le gouvernement et les affaires. Mais elle compte aussi une forte minorité malaise musulmane, 14% de la population, et est coincée entre deux grands pays à majorité musulmane, l'Indonésie et la Malaisie. Elle doit enfin tenir compte d'une petite minorité indienne. Comme dans le projet français, les élèves musulmanes ne sont pas autorisées à porter leur voile à l'école, une interdiction officiellement destinée à favoriser l'intégration et l'harmonie sociale. "Nous nous soucions particulièrement des élèves car tout signe distinctif à un jeune âge d'un groupe d'élèves peut provoquer un regard différent des autres. Cela peut les conduire à se sentir différents et à une ségrégation", souligne le vice premier ministre Lee Hsien Loong, en novembre 2003, dans une interview où il expliquait que l'interdiction était en fait pour le bien des petites musulmanes. Mais à la différence de la France, où le projet de loi interdit également les signes des autres religions, les petits sikhs de Singapour sont autorisés à garder leur turban. Le premier ministre Goh Chok Tong a mis en garde les
musulmans contre une campagne anti-interdiction. "Pousser
au port du tudung [nom malais du voile] à l'école
ne fera qu'accroître l'inquiétude des non musulmans.
Je leur conseillerais donc d'être prudents sur la question". |