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FRANCE, 1905 - 2005 / LOI SUR LA LAICITE, CENT ANS APRES
__"Laïcité et enseignement supérieur", un guide de la Conférence des présidents d'université
La loi de 1905
Dans une tribune parue dans le quotidien "La Croix",
le 14 février 2005, le premier ministre Jean-Pierre
Raffarin estime que "l'équilibre subtil instauré
par la loi de 1905 ]...] doit être préservé".
La neutralité de l'espace public par rapport aux religions
qu'elle instaure correspond "aux attentes du peuple français".
"Pour cette raison, ajoute-t-il, je ne suis pas favorable
à une modification des principes édictés
par la loi de 1905. Une évolution législative en
ce domaine ne pourrait être partielle : toucher à
une portion de l'édifice - fût-ce avec des intentions
louables - conduirait immanquablement à des réactions
qui ébranlerait tout le système".
Le ministre de l'intérieur, Dominique de Villepin,
en fait une "loi pionnière, devenue un pilier de notre
identité collective" dans la présentation du
recueil édité à cette occasion [1905,
la séparation des Eglises et de l'Etat, Tempus /
Perrin, 2004].
La laïcité à la française, qui en
2005 a cent ans, a permis un apaisement de la querelle entre l'Etat
et les Eglises, mais doit aujourd'hui faire face à de nouveaux
enjeux, notamment avec l'installation de l'islam dans le paysage
religieux. La loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat
de 1905, citée comme l'un des principaux piliers de la
République, fait toujours l'objet de controverses à
un moment où il est question de l'intégration de
l'islam en France.
Le principal argument des partisans d'une révision du
texte de 1905 repose sur l'enracinement de l'islam dans le paysage
religieux français que la loi n'avait, bien sûr,
pas prévue et sur le besoin d'aider à l'insertion
de ce culte afin d'éviter une marginalisation de ses fidèles.
L'ancien ministre Nicolas Sarkozy a proposé de modifier
la loi afin que l'Etat puisse financer la construction de mosquées.
Mais les tenants d'une non-révision de la loi font valoir,
à l'instar de Jean-Pierre Raffarin et de Dominique de Villepin,
qu'il existe "des solutions techniques" pour financer
la construction des mosquées comme la formation des imams,
sans pour autant toucher à la loi de 1905.
LE DISCOURS DE JEAN-PIERRE RAFFARIN : LAÏCITE ET IDENTITE REPUBLICAINE
Au moins, croire en l'homme
La laïcité est un élément structurant
de la société française. Elle ne signifie
évidemment pas que la religion en est exclue. Elle est
la grammaire avec laquelle les religions doivent conjuguer les
valeurs républicaines. Elle nous appelle tous à
assumer clairement le rôle et les valeurs de l'identité
républicaine de la France.
Ce principe d'ordre constitutionnel repose sur un ensemble
de lois dont la plus emblématique est naturellement la
loi du 9 décembre 1905.
1. La loi de 1905 est un fondement de notre pacte
social
L'un des effets de la loi de 1905 a été d'assurer
définitivement la neutralité de l'espace public.
La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne
aucun culte. Cela signifie que, selon l'expression d'Emile Poulat,
"La laïcité n'est pas seulement un esprit d'émancipation
par la philosophie mais aussi une politique de pacification par
le droit".
Cet acquis est aujourd'hui unanimement respecté et même
reconnu. Le principe de liberté religieuse, indissociable
de celui de la neutralité de l'espace public, est une caractéristique
de notre société.
C'est bien pour cette raison que l'équilibre subtil
instauré par la loi de 1905 et qui a été
vivifié tout au long du siècle dernier par les décisions
des pouvoirs publics et de la jurisprudence administrative doit
être préservé. Si, un siècle
après, la loi de 1905 demeure d'une telle actualité,
c'est qu'elle correspond en profondeur aux attentes du peuple
français. Pour cette raison, je ne suis pas favorable
à une modification des principes édités par
la loi de 1905. Une évolution législative en ce
domaine ne pourrait être partielle : toucher à une
partie de l'édifice -fût-ce avec des intentions louables
- conduirait immanquablement à des réactions qui
ébranleraient tout notre système.
La commémoration de son centenaire sera, pour cette
raison, un rendez-vous important. C'est pourquoi, j'ai demandé
à l'Académie des sciences morales et politiques
de l'organiser. Il est en effet logique de confier à l'une
des institutions les plus respectables de notre République
le soin d'organiser la réflexion sur ce texte, hors tout
esprit polémique et avec la volonté de faire progresser
la réflexion.
J'ai souhaité que l'Académie exerce cette mission
dans un esprit d'ouverture à toutes les tendances philosophiques,
intellectuelles et spirituelles qui forment la diversité
et la richesse de notre pays. J'ai voulu que le travail effectué
permette la consolidation d'un savoir positif sur ces questions,
loin des polémiques et des passions, afin de diffuser au
plus grand nombre de nos concitoyens une connaissance éclairée,
tant historique que juridique et sociologique.
La réflexion sur la relation entre la République
et les religions en régime de séparation après
un siècle de pratiques institutionnelles doit faire progresser
l'analyse sur le caractère singulier de la laïcité
française au plan international : nous ne pouvons valoriser
utilement notre modèle qu'en ayant conscience de son originalité.
Toute réflexion sur la laïcité n'a de sens
que si elle permet de marquer les enjeux liés à
l'intégration, aux tensions communautaires et de débattre
des principes de liberté religieuse, de liberté
d'expression et de laïcité publique.
2. Les religions doivent jouer pleinement leur rôle
social
La laïcité n'est pas l'opposition aux religions.
La laïcité n'est pas un régime d'athéisme
public. Notre responsabilité est d'éviter toute
mauvaise appréciation sur le rôle des religions dans
notre pays.
La laïcité juste est celle qui ne se veut pas militantisme
anti-religieux mais régime protecteur de la liberté
de conscience.
L'opposition simpliste entre espace public, qui relèverait
de l'intervention des acteurs que nous sommes, et espace privé
qui serait réservé aux individus et aux relations
avec les religions doit évidement être nuancée.
Aujourd'hui, les religions n'ont pas vocation à
édicter des règles s'imposant à nos concitoyens
dans le champ social. Lorsque des ambiguïtés apparaissent
sur le sujet, le pouvoir républicain se doit d'intervenir.
Il a d'ailleurs eu l'occasion de le faire voici quelques mois
lorsque des questions se sont posées sur le respect d'un
certain nombre de règles fondamentales de la laïcité
dans les établissements scolaires publics.
Cela ne signifie évidemment pas que les Eglises ne peuvent
pas s'exprimer sur les questions de société. Sur
Emmanuelle nous y invite tous quand elle dit : "Croire en
Dieu, ce n'est pas le plus important, le plus important c'est
de croire en l'homme".
Ce qui prévaut d'ailleurs aujourd'hui, c'est une forme
d'apaisement et même, très régulièrement,
une intervention positive des religions dans le dialogue public.
Dans les très douloureuses circonstances auxquelles nous
avons été confrontés durant les derniers
mois à propos des actes de racisme et d'antisémitisme,
j'ai été frappé de la qualité de réaction
de l'ensemble des religions qui ont toujours lancé des
appels à l'apaisement, à la tolérance et
au respect mutuel, dans le cadre d'un dialogue interreligieux
et en concertation avec les pouvoirs publics.
En régime de laïcité, toutes les
religions ont leur place, à égalité de
droits, quel que soit leur statut, leur ancienneté ou le
nombre de leurs fidèles. C'est bien en ce sens qu'il faut
comprendre les efforts entrepris par le ministère de l'intérieur
afin que l'Islam puisse se doter d'une organisation utile dans
notre pays. Il n'appartient certes pas à l'Etat de se proclamer
organisateur de telle ou telle religion. Pour autant, il est de
sa responsabilité qu'une religion professée par
des millions de nos concitoyens puisse disposer de structures
de concertation avec les pouvoirs publics.
La démarche entreprise par le ministre de la défense
afin de permettre l'affectation d'aumôniers musulmans dans
les armées relève de la même volonté
: celle qui avait été mise en avant dans le rapport
remis par Bernard Stasi au Président de la République
: "Affirmer une laïcité ferme qui rassemble".
3. L'identité républicaine doit être
clairement assumée
Qu'est-ce que l'identité républicaine aujourd'hui
? C'est tout d'abord l'identité de la France. Un pays
marqué par ses racines, sa tradition et sa volonté
de vivre en commun.
Tous les débats concernant la laïcité posent
la question du communautarisme qui se développe et des
défis qu'il adresse à notre République. L'Etat
républicain et laïc peut-il admettre, et dans quelles
limites, le développement de modèles identitaires
qui, se fondant ou non sur des principes religieux, sont susceptibles
de remettre en cause la cohésion nationale en prônant
des pratiques sociales incompatibles avec les principes de neutralité,
d'égalité et de liberté des individus ? La
réponse est nécessairement complexe.
Là a été l'enjeu de la loi du 15 mars
2004 encadrant le port de signes manifestant ostensiblement
une appartenance religieuse à l'école. L'objectif
n'était certes pas de brider l'expression d'une croyance
mais de prévenir les risques de communautarisation des
établissements scolaires et de remise en cause de l'égalité
entre les hommes et les femmes. J'observe d'ailleurs que le premier
bilan de l'application de cette loi est positif puisque à
la rentrée de septembre, seules 639 jeunes filles portant
un voile avaient été recensées dans les établissements
scolaires contre 1'465 l'année précédente.
La plupart des situations ont d'ailleurs pu être traitées
dans la période de rentrée, à l'issue de
laquelle seuls 72 cas n'étaient pas résolus, qui
ont finalement débouchés sur 47 exclusions.
C'est dans le même esprit que le ministre de la jeunesse
et des sports signera prochainement une circulaire visant à
favoriser la mixité sociale dans les pratiques sportives
et garantir légal accès des femmes et des hommes
à ces pratiques.
La laïcité est au confluent de la liberté
et de l'égalité. Elle est l'outil qu'a forgé
plus d'un siècle de progrès dans l'acceptation d'un
Etat arbitre impartial, régulateur des tensions sociales
qu'impliquent nécessairement la liberté de conscience,
la liberté d'expression, la liberté des cultes et
de leur pratique.
Elle permet aujourd'hui à tous les citoyens de vivre
librement leur foi ou leurs absence de croyance.
Pour autant, ce régime juridique est aujourd'hui confronté
à un terrible défi : la montée de l'inculture
religieuse. Une société ne peut vivre sans mémoire.
Or, tous les témoins le constatent, les Français
sont de plus en plus nombreux à ignorer ce que sont les
principes des grandes religions qu'ont structuré et structurent
encore notre société. 
Or, si la France ne pourrait plus envisager d'être une
société théocratique, elle ne saurait supporter
d'être une société sans mémoire ni
tradition.
C'est pour cette raison que mon gouvernement met en uvre les préconisations du rapport remis par Régis Debray au président de la République sur l'enseignement
du fait religieux à l'école. Non pour promouvoir
un engagement religieux ni mettre à bas le principe de
laïcité mais simplement pour permettre à nos
enfants de vivre dans une société dont ils comprennent
l'essence. "Souviens toi du futur", dit le Talmud.
Enfin, dans le cadre du principe de laïcité, les
religions doivent pouvoir pleinement s'exprimer dans le cadre
républicain.
C'est la raison pour laquelle le ministère de l'intérieur accompagne actuellement le projet de création d'une fondation destinée à permettre le financement dans de bonnes conditions des lieux de culte musulman. Il ne s'agit pas évidemment de modifier la loi de 1905 pour permettre le financement par l'Etat des lieux de culte. Il s'agit plus simplement de mettre en uvre, dans le cadre juridique actuel tous les moyens permettant à un culte respecté par plusieurs millions de nos concitoyens de disposer de capacité de construction de lieux de prière.
De la même façon, les projets mis en uvre concernant la formation des imans visent tout simplement à permettre à ceux-ci de bénéficier d'un accompagnement leur permettant de maîtriser pleinement la langue française et de s'intégrer dans une société dont ils ne connaissent pas nécessairement tous les principes.
C'est par des actions concrètes de ce type que progressent
la laïcité et le respect des valeurs républicaines.
La neutralité de l'Etat ne peut être imposée
au prix d'une impression de négation des consciences :
toutes les religions méritent le respect. C'est dans ce
cadre que la promotion de nos valeurs doit être effectuée.
La laïcité a cela de commun avec l'amour et avec
la foi "elle commence dans un élan mais elle se construit
dans une fidélité".
[La loi de1905, considérée comme le texte
fondateur de la laïcité à la française,
proclame avant tout des principes : la liberté de conscience
et le libre exercice des cultes. Elle précise que "la
République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne
aucun culte".
Promulguée en plein conflit entre l'Eglise catholique
et l'Etat, elle fixe par ailleurs les modalités de gestion
des édifices cultuels. Elle prévoit aussi la constitution
d'associations cultuelles, auxquelles peuvent être accordées
des exemptions fiscales.
La loi de 1905, qui succédait au régime concordataire
en vigueur en France depuis le début du XIXe siècle,
ne s'applique pas à l'Alsace-Moselle, alors territoire
allemand.]

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