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FRANCE, 17 DECEMBRE 2003 / LE DEBAT SUR LA LAICITE
__Jacques Chirac : Nous ne pouvons pas accepter que certains, s'abritant derrière une conception tendancieuse du principe de laïcité, cherchent à saper ces acquis de notre République que sont l'égalité des sexes et la dignité des femmes
Discours prononcé par Jacques Chirac, président
de la République française, relatif au respect du
principe de laïcité dans la République, le
17 décembre 2003, au Palais de l'Elysée,
à Paris.
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Jacques Chirac. Photo Présidence de la République.
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Le débat sur le principe de laïcité
résonne au plus profond de nos consciences. Il renvoie
à notre cohésion nationale, à notre aptitude
à vivre ensemble, à notre capacité à
nous réunir sur l'essentiel.
La laïcité est inscrite dans nos traditions. Elle est au cur de notre identité républicaine. Il ne s'agit aujourd'hui ni de la refonder, ni d'en modifier les frontières. Il s'agit de la faire vivre en restant fidèle aux équilibres que nous avons su inventer et aux valeurs de la République.
Voilà plus de deux cents ans que la République
se construit et se renouvelle en se fondant sur la liberté,
garantie par la primauté de la loi sur les intérêts
particuliers, sur l'égalité des femmes et des
hommes, sur l'égalité des chances, des droits,
des devoirs, sur la fraternité entre tous les Français,
quelle que soit leur condition ou leur origine.
Dans notre République, chacun est respecté dans
ses différences parce que chacun respecte la loi commune.
Partout dans le monde, la France est ainsi reconnue comme la patrie
des droits de l'homme.
Mais le monde change, les frontières s'abaissent, les
échanges se multiplient. Dans le même temps, les
revendications identitaires ou communautaires s'affirment ou s'exacerbent,
au risque, souvent, du repli sur soi, de l'égoïsme,
parfois même de l'intolérance.
Comment la société française saura-t-elle
répondre à ces évolutions ?
Nous y parviendrons en faisant le choix de la sagesse et
du rassemblement des Français de toutes origines et de
toutes convictions. Nous y parviendrons, comme aux moments
importants de notre histoire, en cherchant dans la fidélité
à nos valeurs et à nos principes la force d'un nouveau
sursaut. 
Sursaut des consciences, pour redécouvrir avec fierté l'originalité et la grandeur de notre culture et de notre modèle français. Sursaut de l'action, pour inscrire au cur de notre pacte républicain l'égalité des chances et des droits, l'intégration de tous dans le respect des différences. Sursaut collectif, pour qu'ensemble, forts de cette diversité qui fait notre richesse, nous portions notre volonté, notre engagement, notre désir de vivre ensemble vers un avenir de confiance, de justice et de progrès.
C'est dans la fidélité au principe de laïcité,
pierre angulaire de la République, faisceau de nos valeurs
communes de respect, de tolérance, de dialogue, que j'appelle
toutes les Françaises et tous les Français à
se rassembler.
Notre peuple, notre Nation, notre République
sont unis par des valeurs communes. Ces valeurs ne se sont
pas imposées aisément. Elles ont parfois divisé
les Français avant de contribuer à les réunir.
Souvent, elles se sont forgées dans l'épreuve douloureuse
de ces luttes qui traversent notre histoire et qui marquent notre
mémoire.
Depuis les origines de la monarchie jusqu'aux tragédies
du siècle dernier, la longue marche vers l'unité
a dessiné notre territoire et forgé notre Etat.
De l'Edit de Nantes aux lois de séparation des églises
et de l'Etat, la liberté religieuse et la tolérance
se sont frayé un chemin au travers des guerres de religion
et des persécutions. Les droits de l'homme et ceux du
citoyen ont été progressivement conquis, consolidés,
approfondis, depuis la Déclaration de 1789 jusqu'au Préambule
de 1946. Ils l'ont été par la consécration
du suffrage universel et le droit de vote des femmes, la liberté
de la presse, la liberté d'association et bien sûr
le combat pour faire reconnaître l'innocence du capitaine
Dreyfus.
De l'abolition des privilèges, la nuit du 4 août,
à celle de l'esclavage le 27 avril 1848, la République
a proclamé avec force sa foi dans l'égalité
et elle a bataillé sans relâche pour la justice sociale,
avec ces conquêtes historiques que sont l'éducation
gratuite et obligatoire, le droit de grève, la liberté
syndicale, la sécurité sociale. Elle a su tendre
la main, faire vivre l'égalité des chances, reconnaître
le mérite et permettre ainsi la promotion, jusqu'aux plus
hautes fonctions, de femmes et d'hommes issus des milieux les
plus modestes. Aujourd'hui, nous continuons d'avancer résolument
pour consolider les droits des femmes.
Ces valeurs fondent la singularité de notre Nation. Ces valeurs portent notre voix haut et loin dans le monde. Ce sont ces valeurs qui font la France.
Terre d'idées et de principes, la France est une terre ouverte, accueillante et généreuse. Uni autour d'un héritage singulier qui fait sa force et sa fierté, le peuple français est riche de sa diversité. Une diversité assumée et qui est au cur de notre identité.
Diversité des croyances, dans cette vieille terre de
chrétienté où s'est aussi enracinée
une tradition juive qui remonte à près de deux mille
ans. Terre de catholicisme qui a su dépasser les déchirements
des guerres de religion et reconnaître finalement toute
leur place aux protestants à la veille de la Révolution.
Terre d'ouverture enfin pour les Français de tradition
musulmane qui sont partie intégrante de notre Nation.
Diversité des régions qui ont progressivement
dessiné le visage de notre pays, de l'Ile-de-France aux
duchés de Bretagne, d'Aquitaine, de Bourgogne, de l'Alsace
et de la Lorraine jusqu'au comté de Nice, à la Caraïbe,
l'océan indien ou le Pacifique Sud.
Et bien sûr, diversité de ces femmes et de ces
hommes qui, à chaque génération, sont venus
rejoindre la communauté nationale et pour qui la France
a d'abord été un idéal avant de devenir une
patrie.
Immigrés italiens, arrivés massivement avec la
première révolution industrielle pour apporter à
notre pays leur talent et leur énergie. Espagnols, chassés
par les terribles déchirements des années trente
et venus trouver refuge en France. Portugais, arrivés dans
les années soixante, pleins d'ardeur et de courage. Mais
aussi Polonais, Arméniens, Asiatiques. Ressortissants du
Maghreb et de l'Afrique Noire, qui ont si puissamment contribué
à la croissance des "Trente Glorieuses" avant
de faire souche sur notre sol. Tous ont contribué à
forger notre pays, à le rendre plus fort et plus prospère,
à accroître son rayonnement en Europe et dans le
monde.
Notre drapeau, notre langue, notre histoire
: tout nous parle de ces valeurs de tolérance et de
respect de l'autre, de ces combats, de cette diversité
qui font la grandeur de la France. Cette France, celle qui se
bat pour la paix, pour la justice, pour les droits de l'homme,
nous en sommes fiers. Nous devons la défendre. Plutôt
que de la remettre en question, chacun doit prendre la mesure
de ce qu'elle lui apporte et se demander ce qu'il peut faire pour
elle.
C'est pour que la France reste elle-même que nous devons
aujourd'hui répondre aux interrogations et désamorcer
les tensions qui traversent notre société.
Ces facteurs de tensions, chacun les connaît.
Bien que porteuse de chances nouvelles, la mondialisation inquiète,
déstabilise les individus, les pousse parfois au repli.
Au moment où s'affaissent les grandes idéologies,
l'obscurantisme et le fanatisme gagnent du terrain dans le monde.
Entre la nation française et cette Europe des citoyens
que nous souhaitons, chacun de nous doit redéfinir ses
repères.
En même temps, la persistance voire l'aggravation des
inégalités, ce fossé qui se creuse entre
les quartiers difficiles et le reste du pays, font mentir le principe
d'égalité des chances et menacent de déchirer
notre pacte républicain.
Une chose est sûre : la réponse à
ces interrogations n'est pas dans l'infiniment petit du repli
sur soi ou du communautarisme. Elle est au contraire dans
l'affirmation de notre désir de vivre ensemble,
dans la consolidation de l'élan commun, dans la fidélité
à notre histoire et à nos valeurs.
Face aux incertitudes du temps et du monde, face au sentiment
d'impuissance, parfois à l'étreinte du désarroi,
chacun recherche des références plus personnelles,
plus immédiates : la famille, les solidarités de
proximité, l'engagement associatif. Et cette aspiration
est naturelle. Elle est même un atout. Elle témoigne
de la capacité des Françaises et des Français
à se mobiliser, à agir, à donner libre cours
à leur énergie, à leurs initiatives.
Pour autant, ce mouvement doit trouver ses limites dans le
respect des valeurs communes. Le danger, c'est la libération
de forces centrifuges, l'exaltation des particularismes qui séparent.
Le danger, c'est de vouloir faire primer les règles particulières
sur la loi commune. Le danger, c'est la division, c'est la discrimination,
c'est la confrontation.
Regardons ce qui se passe ailleurs. Les sociétés
structurées autour de communautés sont bien souvent
la proie d'inégalités inacceptables.
Le communautarisme ne saurait être le choix de la
France. Il serait contraire à notre histoire, à
nos traditions, à notre culture. Il serait contraire à
nos principes humanistes, à notre foi dans la promotion
sociale par la seule force du talent et du mérite, à
notre attachement aux valeurs d'égalité et de fraternité
entre tous les Français.
C'est pourquoi je refuse d'engager la France dans cette direction.
Elle y sacrifierait son héritage. Elle y compromettrait
son avenir. Elle y perdrait son âme.
C'est pourquoi aussi, nous avons l'ardente obligation d'agir.
Ce n'est ni dans l'immobilisme, ni dans la nostalgie, que nous
retrouverons une nouvelle communauté de destin. C'est dans
la lucidité, dans l'imagination et dans la fidélité
à ce que nous sommes.
La France a su cette année encore porter, dans tous les domaines de tensions et de crise, sa parole de paix et de tolérance pour inviter les peuples qui se déchirent au respect de l'autre.
A l'intérieur de nos frontières, au cur de notre société, sachons vivre ensemble en portant la même exigence, la même ambition de respect et de justice !
L'égalité des chances a de tout temps été
le combat de la République. La ligne de front de ce
combat passe désormais dans les quartiers. Comment demander
à leurs habitants de se reconnaître dans la Nation
et dans ses valeurs quand ils vivent dans des ghettos à
l'urbanisme inhumain, où le non-droit et la loi du plus
fort prétendent s'imposer ?
Avec le renforcement de la sécurité, avec le
programme de rénovation urbaine pour détruire les
"barres", avec les zones franches destinées à
ramener l'emploi et l'activité dans les cités, nous
enrayons la fatalité et nous retrouvons l'espoir. C'est,
pour le Gouvernement et pour moi-même, un défi et
une exigence majeurs.
Faire vivre l'égalité des chances, c'est aussi
redonner toute sa force à notre tradition d'intégration
en nous appuyant sur les réussites déjà acquises
mais aussi en refusant l'inacceptable.
Beaucoup de jeunes issus de l'immigration, dont le français
est la langue maternelle, et qui sont, la plupart du temps, de
nationalité française, réussissent et se
sentent à l'aise dans une société qui est
la leur. Ils doivent être reconnus pour ce qu'ils sont,
pour leur capacité, leur parcours, leur mérite.
Ils veulent exprimer leurs succès, leur soif d'agir, leur
insertion, leur pleine appartenance à la communauté
nationale.
Ces réussites, il faut également les préparer
avec les étrangers qui nous rejoignent légalement,
en leur demandant d'adhérer à nos valeurs et à
nos lois. C'est tout l'objet du contrat d'accueil et d'intégration
mis en place par le Gouvernement, à ma demande, et qui
leur est proposé individuellement. Il leur donne accès
à des cours de français, à une formation
à la citoyenneté française, à un suivi
social, en contrepartie de l'engagement de respecter scrupuleusement
les lois de la République.
Ces réussites, il faut aussi les rendre possibles en
brisant le mur du silence et de l'indifférence qui entoure
la réalité aujourd'hui des discriminations. Je sais
le sentiment d'incompréhension, de désarroi, parfois
même de révolte de ces jeunes Français issus
de l'immigration dont les demandes d'emplois passent à
la corbeille en raison de la consonance de leur nom et qui sont,
trop souvent, confrontés aux discriminations pour l'accès
au logement ou même simplement pour l'entrée dans
un lieu de loisir.
Il faut une prise de conscience et une réaction énergique.
Ce sera la mission de l'autorité indépendante
chargée de lutter contre toutes les formes de discriminations
qui sera installée dès le début de l'année
prochaine.
Tous les enfants de France, quelle que soit leur histoire, quelle que soit leur origine, quelle que soit leur croyance, sont les filles et les fils de la République. Ils doivent être reconnus comme tels, dans le droit mais surtout dans les faits. C'est en veillant au respect de cette exigence, c'est par la refondation de notre politique d'intégration, c'est par notre capacité à faire vivre l'égalité des chances que nous redonnerons toute sa vitalité à notre cohésion nationale.
Nous le ferons aussi en faisant vivre le principe de laïcité qui est un pilier de notre Constitution. Il exprime notre volonté de vivre ensemble dans le respect, le dialogue et la tolérance.
La laïcité garantit la liberté de conscience.
Elle protège la liberté de croire ou de ne pas croire.
Elle assure à chacun la possibilité d'exprimer et
de pratiquer sa foi, paisiblement, librement, sans la menace de
se voir imposer d'autres convictions ou d'autres croyances. Elle
permet à des femmes et à des hommes venus de tous
les horizons, de toutes les cultures, d'être protégés
dans leurs croyances par la République et ses institutions.
Ouverte et généreuse, elle est le lieu privilégié
de la rencontre et de l'échange où chacun se retrouve
pour apporter le meilleur à la communauté nationale.
C'est la neutralité de l'espace public qui permet la coexistence
harmonieuse des différentes religions.
Comme toutes les libertés, la liberté
d'expression des croyances ne peut trouver de limites que dans
la liberté d'autrui et dans l'observation des règles
de la vie en société. La liberté religieuse,
que notre pays respecte et protège, ne saurait être
détournée. Elle ne saurait remettre en cause la
règle commune. Elle ne saurait porter atteinte à
la liberté de conviction des autres. C'est cet équilibre
subtil, précieux et fragile, construit patiemment depuis
des décennies, qu'assure le respect du principe de laïcité.
Et ce principe est une chance pour la France. C'est pourquoi il
est inscrit à l'article premier de notre Constitution.
C'est pourquoi il n'est pas négociable !
Après avoir déchiré la France lors de
l'adoption de la grande loi républicaine de séparation
des églises et de l'Etat en 1905, une laïcité
apaisée a permis de rassembler tous les Français.
A l'épreuve de bientôt un siècle d'existence,
elle a montré sa sagesse et recueille l'adhésion
de toutes les confessions et de tous les courants de pensée.
Pourtant, malgré la force de cet acquis républicain, et comme l'ont notamment montré les travaux de la Commission présidée par Monsieur Bernard Stasi, Commission à laquelle je veux à nouveau rendre un hommage tout particulier, l'application du principe de laïcité dans notre société est aujourd'hui en débat. Certes, il est rarement contesté. Beaucoup même s'en réclament. Mais sa mise en uvre concrète se heurte, dans le monde du travail, dans les services publics, en particulier à l'école ou à l'hôpital, à des difficultés nouvelles et grandissantes.
On ne saurait tolérer que, sous couvert de
liberté religieuse, on conteste les lois et les
principes de la République. La laïcité
est l'une des grandes conquêtes de la République.
Elle est un élément crucial de la paix sociale et
de la cohésion nationale. Nous ne pouvons la laisser s'affaiblir.
Nous devons travailler à la consolider.
Pour cela, nous devons assurer effectivement le même
respect, la même considération à toutes les
grandes familles spirituelles. A cet égard, l'Islam,
religion plus récente sur notre territoire, a
toute sa place parmi les grandes religions présentes sur
notre sol. La création du Conseil Français
du Culte Musulman permet désormais d'organiser les
relations entre l'Etat et l'Islam de France. Les musulmans doivent
avoir en France la possibilité de disposer de lieux de
culte leur permettant de pratiquer leur religion dans la dignité
et dans la tranquillité. Malgré les progrès
récents, il faut reconnaître qu'il reste encore beaucoup
à faire dans ce domaine. Un nouveau pas sera également
franchi quand la formation d'Imams français sera assurée
et permettra d'affirmer la personnalité d'un Islam de culture
française.
Le respect, la tolérance, l'esprit de dialogue s'enracineront
aussi avec la connaissance et la compréhension de l'autre
auxquelles chacun d'entre nous doit attacher la plus grande importance.
C'est pourquoi il me paraît aujourd'hui primordial de développer
l'enseignement du fait religieux à l'école.
Il faut mener, aussi, avec vigilance et fermeté, un
combat sans merci contre la xénophobie, le racisme et en
particulier contre l'antisémitisme. Ne tolérons
pas la banalisation de l'insulte ! Ne minimisons aucun geste,
aucune attitude, aucun propos ! Ne laissons rien passer ! C'est
une question de dignité.
Nous devons réaffirmer avec force la neutralité
et la laïcité du service public. Celle de chaque
agent public, au service de tous et de l'intérêt
général, à qui s'impose l'interdiction d'afficher
ses propres croyances ou opinions. C'est une règle de notre
droit, car aucun Français ne doit pouvoir suspecter un
représentant de l'autorité publique de le privilégier
ou de le défavoriser en fonction de convictions personnelles.
De la même manière, les convictions du citoyen ne
sauraient l'autoriser à récuser un agent public.
Il faut aussi réaffirmer la laïcité à
l'école, car l'école doit être absolument
préservée.
L'école est au premier chef le lieu d'acquisition
et de transmission des valeurs que nous avons en partage. L'instrument
par excellence d'enracinement de l'idée républicaine.
L'espace où l'on forme les citoyens de demain à
la critique, au dialogue, à la liberté. Où
on leur donne les clés pour s'épanouir et maîtriser
leur destin. Où chacun se voit ouvrir un horizon plus large.
L'école est un sanctuaire républicain
que nous devons défendre, pour préserver l'égalité
devant l'acquisition des valeurs et du savoir, l'égalité
entre les filles et les garçons, la mixité de tous
les enseignements, et notamment du sport. Pour protéger
nos enfants. Pour que notre jeunesse ne soit pas exposée
aux vents mauvais qui divisent, qui séparent, qui dressent
les uns contre les autres.
Il n'est pas question, bien sûr, de faire de l'école
un lieu d'uniformité, d'anonymat, où seraient proscrits
le fait ou l'appartenance religieuse. Il s'agit de permettre aux
professeurs et aux chefs d'établissements, aujourd'hui
en première ligne et confrontés à de véritables
difficultés, d'exercer sereinement leur mission avec l'affirmation
d'une règle claire.
Jusqu'à récemment, en vertu d'usages raisonnables
et spontanément respectés, il n'avait jamais fait
de doute pour personne que les élèves, naturellement
libres de vivre leur foi, ne devaient pas pour autant venir
à l'école, au collège ou au lycée
en habit de religion.
Il ne s'agit pas d'inventer de nouvelles règles ni de
déplacer les frontières de la laïcité.
Il s'agit d'énoncer avec respect mais clairement et fermement
une règle qui est dans nos usages et dans nos pratiques
depuis très longtemps.
J'ai consulté. J'ai étudié le rapport
de la Commission Stasi. J'ai examiné les arguments de la
Mission de l'Assemblée nationale, des partis politiques,
des autorités religieuses, des grands représentants
des grands courants de pensée.
En conscience, j'estime que le port de tenues ou de signes
qui manifestent ostensiblement l'appartenance religieuse doit
être proscrit dans les écoles, les collèges
et les lycées publics.
Les signes discrets, par exemple une croix, une étoile
de David, ou une main de Fatima, resteront naturellement possibles.
En revanche les signes ostensibles, c'est-à-dire
ceux dont le port conduit à se faire remarquer et reconnaître
immédiatement à travers son appartenance religieuse,
ne sauraient être admis. Ceux-là -le voile islamique,
quel que soit le nom qu'on lui donne, la Kippa ou une croix manifestement
de dimension excessive- n'ont pas leur place dans les enceintes
des écoles publiques. L'école publique restera
laïque.
Pour cela une loi est évidemment nécessaire. Je souhaite qu'elle soit adoptée par le Parlement et qu'elle soit pleinement mise en uvre dès la rentrée prochaine. Dès maintenant je demande au Gouvernement de poursuivre son dialogue, notamment avec les autorités religieuses, et d'engager une démarche d'explication, de médiation et de pédagogie.
Notre objectif, c'est d'ouvrir les esprits et les curs. C'est de faire comprendre aux jeunes concernés les enjeux de la situation et de les protéger contre les influences et les passions qui, loin de les libérer ou de leur permettre d'affirmer leur libre arbitre, les contraignent ou les menacent.
Dans l'application de cette loi, le dialogue et la concertation
devront être systématiquement recherchés,
avant toute décision.
En revanche, et la question a été soulevée,
je ne crois pas qu'il faille ajouter de nouveaux jours fériés
au calendrier scolaire, qui en compte déjà beaucoup.
De plus, cela créerait de lourdes difficultés pour
les parents qui travaillent ces jours-là. Pour autant,
et comme c'est déjà largement l'usage, je souhaite
qu'aucun élève n'ait à s'excuser d'une absence
justifiée par une grande fête religieuse comme le
Kippour ou l'Aït-El-Kebir, à condition que l'établissement
en ait été préalablement informé.
Il va de soi aussi que des épreuves importantes ou des
examens ne doivent pas être organisés ces jours là.
Et des instructions en ce sens seront données aux recteurs
par le ministre de l'éducation nationale.
Il faut aussi rappeler les règles élémentaires
du vivre ensemble. Je pense à l'hôpital
où rien ne saurait justifier qu'un patient refuse, par
principe, de se faire soigner par un médecin de l'autre
sexe. Il faudra que la loi vienne consacrer cette règle
pour tous les malades qui s'adressent au service public.
De la même manière, le ministre du travail devra
engager les concertations nécessaires et, si besoin, soumettre
au Parlement une disposition permettant au chef d'entreprise de
réglementer le port de signes religieux, pour des impératifs
tenant à la sécurité - cela va de soi - ou
aux contacts avec la clientèle.
D'une manière générale, je crois souhaitable
qu'un "Code de la laïcité" réunisse
tous les principes et les règles relatifs à la laïcité.
Ce code sera remis notamment à tous les fonctionnaires
et agents publics le jour de leur entrée en fonction.
Par ailleurs, le Premier ministre installera auprès
de lui un Observatoire de la laïcité chargé d'alerter les Français et les pouvoirs publics sur les risques de dérive ou d'atteinte à ce principe essentiel.
Enfin, notre combat pour les valeurs de la République
doit nous conduire à nous engager résolument en
faveur des droits des femmes et de leur égalité
véritable avec les hommes. Ce combat est de ceux qui
vont dessiner le visage de la France de demain. Le degré
de civilisation d'une société se mesure d'abord
à la place qu'y occupent les femmes.
Il faut être vigilant et intransigeant face aux menaces
d'un retour en arrière et elles existent.
Nous ne pouvons pas accepter que certains, s'abritant
derrière une conception tendancieuse du principe de laïcité,
cherchent à saper ces acquis de notre République
que sont l'égalité des sexes et la dignité
des femmes. Je le proclame très solennellement : la
République s'opposera à tout ce qui sépare,
à tout ce qui retranche, à tout ce qui exclut !
La règle, c'est la mixité parce qu'elle rassemble,
parce qu'elle met tous les individus sur un pied d'égalité,
parce qu'elle se refuse à distinguer selon le sexe, l'origine,
la couleur, la religion.
En matière de droits des femmes, notre société
a encore beaucoup de progrès à faire. La nouvelle
frontière de la parité, c'est désormais l'égalité
professionnelle entre les femmes et les hommes. Chacun doit en
prendre conscience et agir dans ce sens. Et je compte m'y engager
personnellement dans les prochaines semaines.
Mesdames et Messieurs,
Les débats sur la laïcité, l'intégration,
l'égalité des chances, le droit des femmes, nous
posent une même question : quelle France voulons-nous, pour
nous et pour nos enfants ?
Nous avons reçu en héritage un pays riche de
son histoire, de sa langue, de sa culture, une Nation forte de
ses valeurs et de ses idéaux.
Notre pays, la France, chacun doit en être fier. Chacun
doit se sentir dépositaire de son héritage. Chacun
doit se sentir responsable de son avenir.
Sachons transformer les interrogations d'aujourd'hui en atouts
pour demain. En recherchant résolument l'unité des
Français. En confirmant notre attachement à une
laïcité ouverte et généreuse telle
que nous avons su l'inventer année après année.
En faisant mieux vivre l'égalité des chances, l'esprit
de tolérance, la solidarité. En menant résolument
le combat pour les droits des femmes. En nous rassemblant
autour des valeurs qui ont fait et qui font la France.
C'est ainsi que nous resterons une Nation confiante, sûre,
forte de sa cohésion. C'est ainsi que nous pourrons réaffirmer
l'ambition qui nous rassemble de bâtir, pour notre pays
et pour nos enfants, un avenir de progrès et de justice.
C'est l'un des grands défis lancé à nos
générations. Ce défi, nous pouvons, nous
devons, nous allons le relever ensemble.
Tous ensemble.
Source : Présidence de la République,
Paris, décembre 2003.
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