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FRANCE, 17 DECEMBRE 2003 / LE DEBAT SUR LA LAICITE DANS LA REPUBLIQUE
__Jacques Chirac favorable à une loi interdisant les signes religieux "ostensibles" à lécole
Les principaux points du discours de Jacques Chirac
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Jacques Chirac. Photo Présidence de la République.
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Après des mois d'un débat passionné, le
président Jacques Chirac s'est prononcé,
le 17 décembre 2003, en faveur d'une loi interdisant
les signes religieux "ostensibles" - tels que le voile ou la kippa - dans les écoles, les collèges et les lycées publics français. "En conscience, j'estime que le port de tenues ou de signes qui manifestent ostensiblement l'appartenance religieuse doit être proscrit dans les écoles, les collèges et les lycées publics". [
] "Pour cela, une loi est évidemment nécessaire. Je souhaite qu'elle soit adoptée par le Parlement et pleinement mise en uvre dès la rentrée prochaine", a déclaré le chef de l'Etat français dans un discours solennel sur le respect du principe de la laïcité dans la République, prononcé à l'Elysée devant un parterre de 400 personnalités.
Mais Jacques Chirac rejette l'idée de l'instauration
de deux jours fériés juif et musulman dans le calendrier
scolaire, mesure proposée par la Commission Stasi. La loi
préconisée devrait aussi inclure le respect du principe
de laïcité dans les hôpitaux. Le président,
qui a réaffirmé la neutralité et la laïcité
du service public, a annoncé la création d'un Observatoire
de la laïcité, d'un Code de la laïcité
remis à tous les fonctionnaires et d'une "autorité
indépendante" chargée de "lutter contre
toutes les formes de discriminations".
Faisant siennes les propositions de la commission Stasi, Jacques
Chirac a affirmé que "les signes discrets,
par exemple une croix, une étoile de David, ou une main
de Fatima, resteront naturellement possibles". "En revanche,
a-t-il précisé, les signes ostensibles, c'est-à-dire
ceux dont le port conduit à se faire remarquer et reconnaître
immédiatement à travers son appartenance religieuse,
ne sauraient être admis. Le voile islamique, quel que soit
le nom qu'on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement
excessive n'ont pas leur place dans les enceintes des écoles
publiques."
Répondant à ceux qui craignent une "stigmatisation"
de l'Islam, il a souligné que cette religion avait "toute
sa place" en France et a appelé à "développer
l'enseignement du fait religieux à l'école".
Mais au-delà de la question du voile, il a rappelé
que "la laïcité n'est pas négociable",
soulignant que le "communautarisme ne saurait être
le choix de la France". Jacques Chirac a aussi fait de l'égalité
entre les femmes et les hommes une "nouvelle frontière
de la parité".
Le président du Conseil français du culte musulman
(CFCM), Dalil Boubakeur, a appelé les cinq millions
de Musulmans vivant en France "à la sagesse, à
la réflexion dans le calme et la sérénité".
Service public, hôpital, monde du travail
Le Président de la république a souhaité
dans son intervention que soit réaffirmée "avec
force la neutralité et la laïcité du service
public". "Celle de chaque agent public, au service de
tous et de l'intérêt général, à
qui s'impose l'interdiction d'afficher ses propres croyances ou
opinions. [...] De la même manière, les convictions
du citoyen ne sauraient l'autoriser à récuser un
agent public", a-t-il expliqué.
Pour le chef de l'Etat, le principe de laïcité
doit donc être respecté à l'hôpital
et la loi interdire aux malades de refuser d'être soignés
par un médecin de l'autre sexe. "Il faut rappeler
les règles élémentaires du vivre ensemble,
a estimé M. Chirac. Je pense à l'hôpital,
où rien ne saurait justifier qu'un patient refuse, par
principe, de se faire soigner par un médecin de l'autre
sexe." "Il faudra que la loi vienne consacrer cette
règle pour tous les malades qui s'adressent au service
public", a-t-il précisé.
"De la même manière, a-t-il ajouté,
le ministre du travail devra engager les concertations nécessaires
et, si besoin, soumettre au Parlement une disposition permettant
au chef d'entreprise de réglementer le port de signes religieux,
pour des impératifs tenant à la sécurité
ou aux contacts avec la clientèle."
Un Observatoire de la laïcité
Jacques Chirac souhaite aussi que de nouveaux instruments viennent
soutenir le respect de la laïcité. Il a ainsi annoncé
la création, auprès du premier ministre, d'"un
Observatoire de la laïcité, chargé d'alerter
les Français et les pouvoirs publics sur les risques de
dérive ou d'atteinte à ce principe essentiel".
Il s'est également prononcé pour un "code
de la laïcité", réunissant "tous
les principes et les règles relatifs à la laïcité",
et "remis notamment à tous les fonctionnaires et agents
publics le jour de leur entrée en fonction".
Jacques Chirac a mis en avant son refus de toute dérive
communautariste, affirmant que "le communautarisme ne saurait
être le choix de la France". "On ne saurait tolérer
que, sous couvert de liberté religieuse, on conteste les
lois et les principes de la République. La laïcité
est une des grandes conquêtes de la République. Elle
est un élément crucial de la paix sociale et de
la cohésion nationale. Nous ne pouvons la laisser s'affaiblir.
Nous devons travailler à la consolider", a-t-il souligné.
Il a appelé à "mener avec vigilance et fermeté
un combat sans merci contre la xénophobie, le racisme et,
en particulier, contre l'antisémitisme". "Ne
tolérons pas la banalisation de l'insulte ! Ne minimisons
aucun geste, aucune attitude, aucun propos ! Ne laissons rien
passer !", a-t-il lancé.
Répondant à ceux qui craignent une "stigmatisation"
de l'islam, Jacques Chirac a affirmé que cette religion
avait "toute sa place" en France et a appelé
à "développer l'enseignement du fait religieux
à l'école".
"L'islam, religion plus récente sur notre territoire,
a toute sa place parmi les grandes religions présentes
sur notre sol", a-t-il affirmé. "Malgré
les progrès récents, il reste encore beaucoup à
faire" pour que les musulmans puissent "disposer de
lieux de culte leur permettant de pratiquer leur religion dans
la dignité et la tranquillité", a-t-il estimé.
"Un nouveau pas sera franchi" avec la formation d'imams
français, a-t-il ajouté, estimant que cela "permettra
d'affirmer la personnalité d'un islam de culture française".
DENONCIATION DES DISCRIMINATIONS
Enfin, le président a annoncé que l'"autorité
indépendante", chargée de lutter contre
toutes les formes de discrimination serait installée au
début de 2004. Il faut, a-t-il dit, "briser le mur
du silence et de l'indifférence qui entoure la réalité
des discriminations" dont sont victimes les jeunes issus
de l'immigration dans la recherche d'un emploi, pour l'accès
au logement ou les loisirs. "Je sais le sentiment d'incompréhension,
de désarroi et parfois même de révolte"
de ces jeunes Français, a-t-il affirmé.
Il avait annoncé la création de cette autorité
lors de son discours sur l'intégration du 14 octobre
2002 à Troyes (Aube). C'est Bernard Stasi, médiateur
de la République, qui a été chargé
en juin 2003 de dessiner le contenu de cette "autorité".
Il doit rendre son avis au premier ministre, Jean-Pierre Raffarin,
fin février 2004, et un texte de loi devrait être
présenté au Parlement avant l'été,
a affirmé récemment le ministre des affaires sociales,
François Fillon.
"La ligne de front de ce combat passe désormais
dans les quartiers. Comment demander à leurs habitants
de se reconnaître dans la nation et dans ses valeurs quand
ils vivent dans des ghettos à l'urbanisme inhumain, où
le non-droit et la loi du plus fort prétendent s'imposer
?", a demandé le chef de l'Etat.
Jacques Chirac a aussi fait de l'égalité professionnelle
entre les femmes et les hommes une "nouvelle frontière
de la parité". "Le degré de civilisation
d'une société se mesure d'abord à la place
qu'y occupent les femmes, a jugé le président. [...]
Je compte m'y engager personnellement dans les prochaines semaines."
"La République s'opposera à tout ce qui
sépare, à tout ce qui retranche, à tout ce
qui exclut, a lancé M. Chirac. La règle, c'est la
mixité parce qu'elle rassemble, parce qu'elle met tous
les individus sur un pied d'égalité, parce qu'elle
se refuse à distinguer selon le sexe, l'origine, la couleur,
la religion." "Il faut être vigilant et intransigeant
face aux menaces d'un retour en arrière, a-t-il ajouté.
Nous ne pouvons pas accepter que certains, s'abritant derrière
une conception tendancieuse du principe de laïcité,
cherchent à saper ces acquis de notre République
que sont l'égalité des sexes et la dignité
des femmes."
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