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FRANCE, DECEMBRE 2003 / LE DEBAT SUR LA LAICITE
__La Commission "sur l'application du principe de laïcité dans la République" propose une loi prohibant les signes d'appartenance religieuse et politique dans les établissements scolaires
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Bernard Stasi et Jacques Chirac. Photo Présidence de la République.
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Bernard Stasi a remis le 11 décembre 2003, à Jacques Chirac le rapport de la Commission "sur l'application du principe de laïcité dans la République", qu'il présidait. La Commission propose une loi prohibant les signes d'appartenance religieuse et politique dans les établissements scolaires. Cette loi inscrirait aussi les fêtes religieuses juive de Kippour et musulmane de l'Aïd-el-Kebir dans les calendriers des jours de congé des "écoles de la République".
Le chef de l'Etat français a annoncé, dans une déclaration à la presse, qu'il ferait connaître le 17 décembre 2003 sa décision sur une éventuelle législation sur le port des signes religieux à l'école. Il a indiqué que ce qui guiderait sa "position, c'est le respect des principes républicains et l'exigence de l'unité nationale et du rassemblement des Français".
"L'objectif est de garantir à chacun des Français
sa liberté, avec pour seule limite le respect de la règle
commune, et de garantir aussi à tous les Français
l'égalité des chances", a-t-il ajouté,
rendant "hommage à la qualité exceptionnelle
des travaux" qui "ont débouché sur des
propositions quasiment unanimes". Jacques Chirac avait confié,
le 1er juillet 2003, à Bernard Stasi, le médiateur
de la République, la mission de présider la Commission
de réflexion sur l'application du principe de laïcité
dans la République.
Refonder le pacte laïque en France
Si le président de la République accepte la musique
de la commission Stasi, la partition finale ressemblera à
une loi, une grande loi, au moins par son ambition: refonder
le pacte laïque en France et s'attaquer aux déchirures
du pays sans les aggraver. Pour gagner ce pari risqué,
les "sages" ont choisi de se reposer sur un diptyque
original, commente le quotidien Le Monde.
"Côté fermeté, la loi prohiberait
à l'école les "tenues et signes manifestant
une appartenance religieuse ou politique". Cette interdiction
serait précisée dans l'exposé des motifs
du texte : les signes "ostensibles" ["qui est
fait avec l'intention d'être remarqué", selon
Le Petit Robert] étant seuls prohibés (grande croix,
voile et kippa), tandis que les "signes discrets" tels
que "médailles, croix, étoiles de David, Coran
et mains de Fatima" seraient tolérés. La circulaire
Bayrou de 1994 prétendait, elle, interdire les signes "ostentatoires".
"Côté ouverture, la commission propose
de faire des fêtes de Kippour et de l'Aïd el-Kébir
des jours fériés pour tous les élèves
et les salariés qui le souhaitent. Les "sages"
ont ainsi choisi d'englober la question des signes religieux à
l'école dans un texte de loi multiforme qui traite aussi
bien de l'hôpital public que des entreprises privées,
de l'enseignement de l'islam que des rites funéraires.
Leurs propositions allient un net rappel à l'ordre sur
le fonctionnement des services publics à des signes manifestant
la volonté de la République de respecter la diversité
spirituelle". [Le Monde, 12 décembre 2003]
La multiplication de comportements "attentatoires à la laïcité"
Les membres de la Commission chargés de travailler
à "l'application des principes de laïcité
dans la République ont voulu répondre à un
double objectif: préciser les règles de fonctionnement
dans les services publics et les entreprises, et garantir la diversité
spirituelle" de la France, selon le rapport.
Tout en soulignant "l'attachement de la grande majorité
de nos concitoyens au principe de laïcité", ils
relèvent la multiplication de comportements "attentatoires
à la laïcité". Les causes en sont "les
difficultés de l'intégration", "les conditions
de vie dans les banlieues", les discriminations, mais aussi
l'action de "groupes extrémistes" qui testent
"la résistance de la République".
En ce qui concerne le voile islamique porté par des
élèves, la commission "estime qu'aujourd'hui,
la question n'est plus la liberté de conscience mais l'ordre
public".
C'est pourquoi elle propose d'interdire que "dans le respect
de la liberté de conscience et du caractère propre
des établissements privés sous contrat, sont interdits
dans les écoles, collèges et lycées, les
tenues et signes manifestant une appartenance religieuse ou politique".
Les signes religieux visés sont "les signes ostensibles
tels que grande croix, voile et kippa". Les "signes
discrets" (médailles, petites croix, étoiles
de David, main de Fatimah, petits Corans) ne sont pas concernés,
selon le texte.
Une charte de la laïcité
Le code du travail devrait également permettre aux entreprises
privées de prendre des dispositions relatives aux tenues
vestimentaires et au port des signes religieux. La loi rappellera
aux usagers des hôpitaux leurs obligations, "notamment
l'interdiction de récuser du personnel soignant et le respect
des règles d'hygiène et de santé publique".
La commission, qui propose également l'adoption sous
forme de guide d'une "charte de la laïcité"
définissant les droits et les obligations de chacun, préconise
l'inscription dans la loi du "strict respect du principe
de neutralité par tous les agents publics". Cette
obligation serait étendue aux personnels des entreprises
liées d'une manière ou d'une autre au service public.
Une résurgence du sexisme
Enfin, la commission s'est attachée à montrer,
dans son rapport, le lien entre les atteintes à la laïcité
que sont le port du voile à l'école ou les refus
d'être soignés par certains médecins dans
les hôpitaux, et la situation sociale dans les quartiers
sensibles.
"L'ensemble des intervenants de terrain auditionnés
ont fait état d'un contexte social et urbain favorable
au développement de logiques communautaristes", affirme
la commission, insistant longuement sur le sort fait aux femmes
et aux filles des cités, "un véritable drame".
"Les jeunes femmes se retrouvent victimes d'une résurgence
du sexisme qui se traduit par des pressions et des violences verbales
ou physiques", qui les conduisent à porter "volontairement
le voile tandis que certaines le revêtent sous la contrainte
ou la pression".
Le rapport juge "inacceptable" le recul de la mixité
dans les lieux publics, notamment dans l'accès aux équipement
publics sportifs, souhaitant "une disposition législative"
pour rappeler l'exigence de mixité.
Il fait état aussi de l'aggravation des manifestations racistes et xénophobes, de la montée d'un nouvel antisémitisme, et des "discriminations rampantes" qui "fragilise la laïcité", insistant sur les discriminations à l'embauche qui "désespèrent du modèle républicain".
LA DECLARATION DE JACQUES CHIRAC
Je viens de recevoir M. Bernard Stasi et les membres de sa
Commission. Ils m'ont apporté leurs conclusions. Et je
voudrais tout d'abord rendre hommage à la qualité
exceptionnelle des travaux qui ont été conduits
par la Commission, et qui ont débouché sur des propositions
quasiment unanimes.
Je vais maintenant, bien entendu, étudier de façon
approfondie les propositions qui sont faites et le Rapport qui
a été élaboré, comme je l'ai fait
d'ailleurs pour la mission de l'Assemblée Nationale, de
même que pour les prises de position des partis politiques,
des autorités religieuses ou des représentants des
grands courants de pensée.
Et puis, après m'être entretenu avec le Premier
ministre, je ferai connaître ma position le 17 décembre
[2003].
Mais d'ores et déjà, je voudrais vous dire que
ce qui me guidera dans ma position, c'est le respect
des principes républicains et c'est aussi l'exigence
de l'unité nationale et du rassemblement des Français.
L'objectif, c'est de garantir à chacun sa liberté
avec pour seule limite le respect de la règle commune,
et de garantir aussi à tous les Français l'égalité
des chances, de pouvoir vivre avec l'égalité des
chances, et ceci quels que soient son origine, sa religion, ou
son sexe.
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