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DOSSIER de presse
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Bande-annonce
du film


DOSSIER AMNESTY

La traque de Carla

Entretien avec Carla Del Ponte


UN FILM, 2006-7 | TPIY : LA LISTE DE CARLA
__La traque de Carla

Soutenu par Amnesty International, le film La Liste de Carla explore le cœur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Pour la première fois, une caméra pénètre dans ses coulisses pour suivre le travail de la procureure Carla del Ponte et de son équipe.

Voici un documentaire sobre, rigoureux et pourtant haletant comme un polar. Le tournage débute précisément le 11 juillet 2005, date anniversaire du massacre de Srebrenica (lire les repères), et s’achève le 15 décembre de la même année, jour du discours de Carla del Ponte devant le Conseil de sécurité des Nations unies, à New York. "Ce n’est surtout pas un portrait", se défend Marcel Schüpbach, le réalisateur.

"Ce qui m’intéressait au départ, c’était de suivre ces tentatives de rendre la justice… Comprendre comment ça marche".  Et parfois aussi comment ça ne marche pas : les deux "bourreaux de Srebrenica", Ratko Mladic, l’ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, et Radovan Karadzic, leur ancien président, sont toujours en fuite. Et ce, malgré la ténacité de la procureure, véritable "pèlerin" de la justice internationale que l’on voit notamment à Belgrade rencontrer les services secrets serbes, le Premier ministre Kostunica et son ministre de la Défense, qui lui promet, main sur le cœur, de sacrifier "sa vie pour l’arrestation de Mladic". C’est parce que ces deux criminels de guerre sont toujours en fuite que Carla del Ponte n’a pas souhaité "montrer son visage" lors de la commémoration du massacre de Srebrenica. "Je porte la responsabilité du fait qu’ils ne sont pas à La Haye", assume-t-elle, mettant également en cause la négligence de la communauté internationale.

Devant la caméra, elle accuse Belgrade de s’illusionner en tentant de convaincre Mladic de se rendre "volontairement", elle stigmatise le manque d’échanges d’informations entre les services secrets et l’absence de coordination des différentes forces sur le terrain, notamment de l’Otan. Le regard planté dans celui de ses interlocuteurs, la plupart du temps sans notes, Carla ne mâche pas ses mots : "Quand je dois dire que c’est noir, c’est noir, je ne dis pas gris", explique-t-elle à la veille de son discours devant le Conseil de sécurité, qui peut toujours la démissionner.

Ténacité 
Au début du documentaire, la liste de Carla comporte douze noms d’inculpés toujours en cavale, avec photos signalétiques, dates de naissance et surnoms de guerre. À la fin, elle n’en affiche plus que six. Et le film suit la traque du septième, Ante Gotovina, un Croate inculpé de crime contre l’humanité. A force de manier la carotte et le bâton, en l’occurrence l’ouverture ou le blocage des négociations entre la Croatie et l’Union européenne pour contraindre Zagreb à coopérer avec le TPIY, il est arrêté le 7 décembre 2005. A peine le temps de savourer cette victoire avec son équipe en sabrant le champagne dans un avion, la magistrate s’envole vers les Etats-Unis pour leur demander de s’impliquer davantage dans sa chasse à l’homme et proposer que le tribunal ait un rôle opérationnel en Serbie.

En contrepoint de cette traque, le documentaire donne la parole aux familles de victimes. "Je n’attends plus rien, soupire une veuve. Carla del Ponte est forte et travailleuse mais elle nous donne à chaque fois de faux espoirs". Une autre estime que "La Haye [siège du TPIY], c’est la vérité mais pas la justice". La plupart admirent cependant le courage de la procureure qui, en Bosnie, ne s’est pas contentée de recevoir les trois représentantes des Femmes de Srebrenica, mais a rencontré les 200 femmes présentes. 
In fine, on reste sceptique lorsque la magistrate persiste à dire qu’elle ne s’occupe que du juridique. Justement l’un des points forts de ce film est de montrer à quel point la justice internationale est indissociable des sphères politique et médiatique.

Aurélie Carton. Extrait de La Chronique, mensuel d’Amnesty International France, Paris, juin 2007.
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