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Un livre-bilan de Pierre Hazan


2008, LIVRE | JUSTICE INTERNATIONALE
__Juger la guerre, juger l'Histoire
Du bon usage des commissions Vérité et de la justice internationale

Que peut la justice face à la guerre et face à l’histoire ? C’est la question que s’est posé Pierre Hazan dans son dernier livre "Juger la guerre, juger l’histoire".

Du procès de Nuremberg à la Bosnie-Herzégovine, de l’Afrique du Sud au Rwanda, de l’Ouganda à la Namibie, en passant par le conflit Israélo-Palestinien, Pierre Hazan remet en question la capacité de la justice à guérir les societés violées. Il s’intéresse notamment à l’instrumentalisation des victimes lors des procès, à l’évolution des valeurs et des normes dans les sociétés confrontées aux crimes de masse, et montre comment les enjeux politiques de la mémoire sont déterminants dans la construction du destin collectif d’une nation.

Juger la guerre, juger l’histoire. Du bon usage des commissions de vérité et de la justice internationale, par Pierre Hazan. Editeur : PUF, Paris, septembre 2007.

POINTS DE VUE

JEAN ZIEGLER. Une révolution culturelle et politique est en cours aux Nations unies et dans les milieux judiciaires, celle de la "justice transitionnelle". De quoi s’agit-il ? Pour sortir des guerres civiles et des conflits, pour garantir un avenir viable à des sociétés déchirées, la justice ordinaire, celle de la normativité verticale, ne suffit plus. D’autres mécanismes se mettent lentement en place. Ils doivent garantir l’établissement de la vérité, la réparation des souffrances endurées, l’éloignement des criminels, l’obtention du pardon, la fin de l’impunité.

De l’Afrique du Sud au Maroc, de la Bolivie au Rwanda, de la Sierra Leone au Liberia ou au Tchad, des commissions "justice et vérité" et des institutions similaires où victimes et bourreaux s’affrontent de façon pacifique ont été créées.

Pierre Hazan, dans un livre brillant, érudit, écrit dans une langue limpide, dresse le bilan passionnant de cette révolution juridique et culturelle, commencée il y a quinze ans. Il en ressort que des contradictions, qui parfois paraissent insurmontables, se présentent, justice verticale et justice transitionnelle se heurtant de plein fouet. Jean Ziegler, Le Monde diplomatique, novembre 2007.

AMNESTY INTERNATIONAL
. La justice face aux conflits. "Pendant des siècles, la principale réponse fut celle de l'amnistie et du silence. Dans les années 1970, le président Charles de Gaulle va jusqu'à justifier l'interdiction de diffusion à la télévision française du documentaire Le Chagrin et la pitié au nom de l'unité nationale : "La France n'a pas besoin de vérité, [...] ce qu'il faut lui donner, c'est l'espoir, la cohésion et un but".

Le journaliste et universitaire Pierre Hazan propose un ouvrage qui devrait passionner tous ceux qui s'intéressent aux enjeux politiques et éthiques post-conflits. Il examine le renversement de stratégie qui s'est produit avec les tribunaux de Nuremberg et qui s'est accéléré depuis la fin de la Guerre froide. C'est le premier livre en français offrant une synthèse critique sur la justice pénale internationale et un premier bilan de la justice transitionnelle. A la croisée du politique, du judiciaire, de l'éthique, de la psychologie et du religieux, la justice transitionnelle interpelle. Elle met au jour des tensions: en effet, comment rechercher simultanément la justice et la paix ? L'auteur indique quelques études empiriques signalant que la "vérité" factuelle sur les crimes - pour autant qu'elle ait été établie - n'est pas thérapeutique pour l'ensemble des victimes. Il aborde également le rôle des ONG, "ces missionnaires d'une mondialisation humaine", et leur vision parfois réductrice dans la manière dont elles façonnent un environnement manichéen (les coupables d'un côté, les victimes innocentes de l'autre).

Pierre Hazan scrute trois cas concrets: la conférence diplomatique de Durban qui entendait guérir les blessures nées de l'esclavage et de la colonisation, l'instance Équité et réconciliation du Maroc, première du genre dans le monde arabo-musulman, et les poursuites engagées en Afrique par la Cour pénale internationale.

Dans un style limpide, l'auteur analyse enfin une nouvelle période ouverte avec les attentats du 11 septembre 2001 et la guerre contre le terrorisme déclenchée par l'administration Bush : "C'est cette utopie d'un monde gouverné par la règle du droit qui s'efface avec le 11-septembre, même si les instruments juridiques demeurent: avec, pour risque, que les normes élaborées durant la décennie précédente ne deviennent plus que des options à choix non contraignantes". Benoît Guillon, La Chronique AI, février 2008Haut page