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LIVRE, 2009 | ROUMANIE, 1940, LA "SOLUTION FINALE" SOUS LA DICTATURE ANTONESCU
__Le Livre noir de la destruction des Juifs de Roumanie [1940-1944]

| LU DANS LA PRESSE |

La publication, en février 2009, à Paris, du Livre noir de la destruction des Juifs de Roumanie 1940-1944, de Matatias Carp (1904-1953), constitue un événement éditorial à plus d’un titre. Elle est accompagnée d’un très substantiel appareil critique et iconographique, proposé par Alexandra Laignel-Lavastine.

Il s’agit de la principale source d’information sur l’extermination sauvage, par l’armée et la gendarmerie roumaines, de près de 400’000 Juifs roumains et ukrainiens, un chapitre encore largement méconnu de la Shoah à l’est de l’Europe. Comme l’écrit pourtant Raul Hilberg, "aucun pays, Allemagne exceptée, ne participa aussi massivement au massacre des Juifs". Le Premier ministre et conducător [dictateur] roumain, Ion Victor Antonescu, avait fait le choix de l'alliance avec Hitler et l’Allemagne nazie, et envoyé des troupes en Bessarabie, puis en Union soviétique jusqu’à Stalingrad.

Initialement publié à Bucarest entre 1946 et 1948, en trois volumes, cette chronique "de sang et de larmes", pour reprendre l’expression de son auteur, fait enfin partie des rares documents de premier plan sur la Shoah à avoir été publié dès l’immédiat après-guerre. Rapidement mis à l’index par le régime communiste, il tombera ensuite dans l’oubli. Soixante ans après sa parution, ce volume, accompagné d’un très substantiel appareil critique et iconographique, constitue donc la toute première traduction intégrale du Livre noir de Matatias Carp, enfin accessible au public occidental.

D’un intérêt historique comparable à l’autre Livre noir publié en 1995, Le Livre noir sur l’extermination des Juifs en URSS et en Pologne (1941-1945) de Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg, celui de Matatias Carp se distingue également par les conditions extrêmement périlleuses dans lesquelles il a été écrit. Il occupe en cela une place de choix dans ce qu’on a appelé "la bibliothèque de la Catastrophe".

"A ceux qui oublient trop vite…"

Né à Bucarest dans une famille de la bourgeoisie juive assimilée, Matatias Carp était avocat et pianiste virtuose. Il était le fils d'Horia Carp, l'une des grandes figures de la vie intellectuelle roumaine de l'entre des deux guerres du XXe siècle.

Il prend la mesure, dès la fin 1940, de la menace de destruction qui pèse sur le judaïsme européen. Cet homme d’une rare lucidité se lance alors, au péril de sa vie et avec sa femme pour unique collaboratrice, dans une folle entreprise : enquêter et collecter en temps réel et dans le plus strict secret, témoignages, ordonnances, rapports officiels, lettres, photographies. Un vaste ensemble documentaire qu’il destine explicitement, dès 1946, "à ceux qui oublient trop vite, à ceux qui ne savent pas ou qui ne veulent pas savoir ce qui s’est passé".

Au fil de cette chronique de la tragédie des Juifs de Roumanie, élaborée au cœur même de la tourmente, le lecteur découvrira un véritable enfer, marqué par la diversité insoupçonnée des méthodes de tuerie : pogroms sanglants, fusillades massives en bordure des villages, Juifs brûlés vifs dans d’immenses étables à cochons, enfants jetés vivants dans des puits, marches de la mort dantesques, abattage et vente des déportés aux paysans les plus offrants, etc.


Après Les Bienveillantes de Jonathan Littell et Les Disparus de Daniel Mendelsohn, en passant par les recherches du père Patrick Desbois sur "la Shoah par balles" en Ukraine, ce Livre noir devrait à son tour attirer l’attention du grand public sur une page longtemps occultée de la destruction des Juifs d’Europe.

Alexandra Laignel-Lavastine est spécialiste de l’histoire des pays d’Europe de l’Est au XXe siècle. Sur la montée du fascisme et de l’antisémitisme en Roumanie, elle a notamment publié Eliade, Cioran, Ionesco : "L’Oubli du fascisme. Trois intellectuels roumains dans la tourmente du siècle" (PUF, 2002), traduit dans plusieurs langues.

Son dernier ouvrage, "Esprits d’Europe : autour de Czeslaw Milosz, Jan Patocka, Istvan Bibo" (Calmann-Lévy, 2005) a été couronné par le prix Charles Veillon du meilleur essai européen.
Membre du comité de rédaction de la "Revue d’histoire de la Shoah", elle est chercheur associée au Centre d’histoire de l’Europe centrale (Paris-IV-Sorbonne).

Le livre noir de la destruction des Juifs de Roumanie (1940-1944), par Matatias Carp. Traduit du roumain, annoté et présenté par Alexandra Laigniel-Lavastine. Editions Denoël, 680 p., Paris, février 2009.

LU DANS LA PRESSE

Voilà enfin la traduction bienvenue d’un ouvrage qui faisait cruellement défaut à l’historiographie francophone de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah. Le livre de Matatias Carp, publié pour la première fois en Roumanie à la fin des années quarante (entre 1946 et 1948), n’était effectivement connu jusqu’ici que des spécialistes de l’histoire de l’Europe médiane en général et de la Roumanie en particulier. Mis à l’index par le régime communiste, il a progressivement été oublié avant d’être redécouvert après l’effondrement du bloc soviétique.

La publication en 2002 de La Roumanie et la Shoah par les éditions de la Maison des Sciences de l’Homme de Paris avait certes déjà permis au plus grand nombre de se familiariser avec Cartea Neagră auquel doit effectivement beaucoup le livre de Radu Ioanid. Toutefois, si l’édition de l’intégralité de ce monumental ouvrage ouvre aujourd’hui de nouvelles perspectives de recherches, elle donne surtout à lire un document de première importance pour la compréhension de la genèse du massacre des Juifs d’Europe.

Avocat bucarestois d’origine juive, Matatias Carp comprend très vite, dès 1940, le désastre qui guette sa communauté dans une Roumanie dorénavant alliée de l’Allemagne et pénétrée par un antisémitisme virulent. Dès les premiers pogroms, à la veille et aux premiers jours de la guerre lancée contre l’URSS en juin 1941, il entreprend, au péril de sa vie et avec le soutien de son épouse, de recenser au jour le jour, méticuleusement, les différents massacres perpétrés par l’armée et la gendarmerie roumaines à l’encontre des Juifs de Roumanie et d’Ukraine soviétique. La lecture de ces pages "de sang et de larmes" (pour reprendre une expression de l’auteur) émeut par la description parfois difficilement soutenable du massacre de plus de 250’000 hommes, femmes, vieillards et enfants.

Traduit et annoté par Alexandra Laignel-Lavastine, spécialiste reconnue de la Roumanie et auteur en 2002 du remarqué Cioran, Eliade, Ionesco. L’oubli du fascisme : trois intellectuels roumains dans la tourmente du siècle, publié aux PUF, Cartea Neagră permet de lever un voile cru sur l’implication de la Roumanie dans le processus d’éradication des Juifs, aux côtés de l’Allemagne nazie. Abondamment illustré, ce livre est avant tout un témoignage bouleversant dont il est souhaitable qu’il connaisse le plus large succès possible... auprès du plus large public. Matthieu Boisdron, site web www.histoforum.org

04.2009.
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