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__Les activités de la Chaire lyonnaise des droits de lHomme
L'intervention a été faite, au nom du président
de la Chaire, le 28 juin 2005, à Paris, lors
d'un séminaire de l'Unesco consacré aux modalités
de fonctionnement et aux activités des chaires Unesco à
travers le monde. Ce séminaire, qui a rassemblé
plus d'une centaine de responsables de l'organisation des Nations
unies, était conduit par Pierre Sané, directeur
adjoint en charge du secteur sciences sociale et droits de l'homme.
Lyon a toujours été une ville marquée
par la double dynamique de ses valeurs humanistes et de ses innovations
associatives. Riche des ponts lancés dans toute son histoire
tant avec l'Orient, à travers la route de la soie, qu'au
Maghreb, Lyon est le creuset de citoyens de diverses origines
qui ont toujours porté l'exigence des droits de l'homme,
tout comme la réalisation d'un patrimoine culturel et architecturale
reconnu patrimoine mondial par l'Unesco.
Ce n'est donc pas par hasard, qu'en 1990, la Ville de Lyon
propose aux Universités, grandes écoles et centres
de formation et de recherche, de constituer ensemble une Chaire
des Droits de l'Homme, dotée d'un statut associatif.
La Chaire lyonnaise des Droits de l'Homme regroupe depuis lors,
des entités aussi diverses que, l'Université Claude
Bernard Lyon I, l'Université Lumière Lyon II, l'Université
Jean Moulin Lyon III, l'Université Catholique et son Institut
des Droits de l'Homme, l'Institut des Sciences de l'Homme, l'Ecole
Centrale de Lyon, l'Institut National des Sciences Appliquées
(INSA), l'Ecole Nationale Supérieure de Police, l'Ecole
Normale Supérieure Sciences, l'Ecole Nationale Supérieure
Lettres et Sciences Humaines, l'Ecole BIOFORCE formatrice de cadres
pour les organisations non gouvernementales (ONG) humanitaires,
le Barreau de Lyon et la Ville de Lyon.
L'objectif de la Chaire est, d'une part, la sensibilisation
des lycéens, des étudiants, et de tout autre public
intéressé par les questions liées au respect
de la dignité de l'homme et, d'autre part, l'approfondissement
d'une réflexion sur la défense des droits de
l'homme.
Le XXe siècle a été l'époque des
génocides, des crimes contre l'humanité, des guerres
mondiales, des guerres civiles,
Nous risquons de nous habituer à ces tragédies
de l'histoire et de rester passifs. C'est pourquoi il est essentiel
de lutter contre ce qu'Hannah Arendt appelait la banalité
et la radicalité du mal.
Les affaires de crimes contre l'humanité jugées
en France depuis 20 ans (affaires Barbie, Touvier, Papon) ont
confirmé qu'en chaque homme ordinaire sommeille un tortionnaire
en puissance, ou un complice des criminels. Ce basculement peut
se produire à l'occasion de certaines circonstances historiques,
du vertige du pouvoir ou de la rencontre de certaines idéologies.
Pourquoi et comment un étudiant en droit comme Barbie,
un employé SNCF issu d'une famille traditionaliste comme
Touvier, ou un haut fonctionnaire comme Papon, se sont-ils transformés
en criminels de haute puissance, ou en complices ?
Par ailleurs, la dignité de l'individu peut être
bafouée dans la vie quotidienne que ce soit dans le cadre
d'un commissariat, d'une prison, ou même d'un lieu de travail.
C'est pourquoi, il est essentiel de préparer les nouvelles
générations à résister, à dire
non à des ordres criminels ou à des actes attentatoires
à la dignité.
Cette préparation peut s'effectuer par la transmission
de la mémoire, mais en même temps par la réflexion
sur les problèmes de notre temps.
I Le travail de mémoire
Ce travail s'effectue notamment autour de la compréhension
de ce que représente le camp d'Auschwitz-Birkenau, symbole
de la barbarie codifiée. Une fois par ans, la Chaire organise
un déplacement de lycéens à Auschwitz-Birkenau.
La Chaire a rédigé à cette occasion, un
dépliant qui est distribué au cours du voyage, pour
souligner non seulement l'horreur exceptionnelle de ce camp, où
l'extermination du peuple juif a été planifiée
et réalisée industriellement, mais également
expliquer sa place dans le système concentrationnaire
nazi, surgi dès mars 1933 pour réprimer l'opposition
politique au nazisme.
En 2004, plus de cent étudiants et lycéens
ont participé à ce voyage, en compagnie du sénateur-maire
de Lyon, de deux de ses adjoints, du bâtonnier de l'Ordre
des Avocats, du Président de la Ligue des Droits de l'Homme,
de la directrice du Centre d'Histoire de la Résistance
et de la Déportation (CHRD), et du président de
l'Association Internet pour la Promotion des Droits de l'Homme
(AIDH), dont le siège est à Genève.
En 2005, la Chaire a participé au voyage organisé
le 16 mars par l'Amicale des Rescapés d'Auschwitz. Du 22
au 25 octobre 2005, à Cracovie et au camp même d'Auschwitz,
la Chaire organise un séminaire d'études
destiné aux enseignants français, pour réfléchir
avec les responsables polonais sur le sens et la méthode
pédagogique qui doit prévaloir aujourd'hui. Ce séminaire
sera organisé en partenariat avec le Musée Mémorial
d'Izieu et le CHRD.
Par ailleurs, la Chaire travaille à l'édition
d'une plaquette à destination des lycées
et collèges, pour expliquer pédagogiquement, non
seulement les systèmes concentrationnaires nazis et staliniens,
mais aussi tous les crimes contre l'humanité qui ont jalonné
le XXe siècle, notamment les génocides ou purifications
ethniques, depuis le massacre des Arméniens en 1915, à
ceux effectués au Cambodge, au Rwanda ou dans l'ex-Yougoslavie.
Cette plaquette permettra également de faire apparaître
l'espoir, né de l'émergence des juridictions pénales
internationales.
La diffusion de ce document est projetée pour début
2006.
II Les conférences
La Chaire organise régulièrement depuis sa création
des conférences qui ont un double objectif : s'adresser
à un large public et faciliter la rencontre et le travail
en direct, dans toute la mesure du possible, entre l'intervenant
invité et les étudiants et professeurs de tel ou
tel lieu de formation, selon les possibilités.
Au cours de la dernière période, la Chaire a
organisé ses nombreuses conférences, dans le magnifique
salon Justin Godart mis à la disposition de la Chaire par
la Mairie, ce qui est apprécié par tous les participants,
et permet d'accueillir entre 200 et 300 personnes.
Les sujets évoqués en 2004, concernaient aussi
bien les violences conjugales, sujet malheureusement d'actualité,
que les droits des victimes du terrorisme, avec Françoise
Rudetzdi, fondatrice de l'Association "SOS. Attentat".
Nous avons aussi organisé une conférence sur
la "mémoire de l'esclavage dans les cultures africaines",
pour répondre à l'attente de nombreux Africains
qui nous reprochent de ne mettre en évidence que les atteintes
aux droits de l'homme commises en Europe.
N'oublions pas qu'une loi du 10 mai 2001 a reconnu l'esclavage
des Noirs comme un crime contre l'humanité.
Le 24 novembre 2004, plus de 300 personnes ont assisté
à un débat sur le thème "Qu'est-ce
qu'être juste ? ", auquel participaient Mireille
Delmas-Marty et un philosophe italien, Salvatore Vega.
Cela a permis d'évoquer, à la fois, la fin de l'impunité
pour les chefs d'Etat ou les chefs militaires, mais aussi, après
le 11 septembre, la régression du droit international.
Cette question du terrorisme international et des conflits
actuels avait été précédemment traitée
aussi bien par le philosophe André Glucksmann, que
par Jean-Christophe Rufin, prix Goncourt 2001 et médecin
humanitaire.
Mais nous voulons aussi donner aux citoyens, des informations
sur les recours qu'ils peuvent exercer à la suite de violences
illégitimes (police, gendarmerie, prisons) ou d'abus
administratifs.
C'est pourquoi, nous avons invité aussi bien Pierre
Truche, président de la Commission Nationale de déontologie
de la sécurité, que Bernard Stasi, alors
médiateur de la République.
Au cours du 1er trimestre 2005, les conférences ont
abordé trois sujets différents :
Le 1er mars 2005, Pierre Dazord, professeur honoraire
des universités, nous a permis de faire un retour historique
sur une question d'une brûlante actualité "De
la déclaration des droits à la loi de séparation
des Eglises et de l'Etat : la construction d'une République
laïque".
Le 29 mars 2005, Domingos Abreu, professeur d'université
brésilien, a ouvert le débat sur la situation
des enfants brésiliens assassinés, à
partir de travaux de sociologie qu'il a conduit dans le Nord este.
Claire Auzias, spécialiste reconnue des Tsiganes,
a évoqué, le 14 juin, le génocide
des Tziganes, trop souvent oublié, devant un auditoire
très nombreux, attentif et soucieux de tirer un enseignement
de ces faits historiques pour mieux déceler ce qui reste
de racisme et d'ostracisme encore aujourd'hui dans la place faite
aux populations roms.
Au programme du 4ème trimestre 2005, le 1er septembre,
en partenariat avec l'association "Economie et Humanisme",
nous accueillerons Albert Jacquard sur le thème
"Agir en Humanité aujourd'hui, quels repères ? ".
En projet également, l'organisation d'une conférence
avec des "représentants" des "Folles de
Mai", pour revenir sur cette question des personnes disparues
sous la dictature argentine.
A une date non encore précisée, Laennec Hurbon,
professeur de philosophie à la Sorbonne, exprimera son
inquiétude sur la situation à Haïti.
Une invitation est en cours auprès de Michel Vievorka
à propos de son livre sur l'antisémitisme.
III Le contact avec l'Association Internet pour la promotion des Droits de l'Homme (AIDH) de Genève
Ce site Internet créé par Jean-Marc Martin du
Theil, ancien journaliste lyonnais, est devenu, en moins de trois
ans, une référence. Il s'agit d'un site "grand
public", conçu comme un guide pratique, permettant
à chacun de s'informer sur les différents organismes
de défense des droits de l'homme (textes de références,
fiches techniques, dossiers thématiques,)
Une collaboration entre l'AIDH et la Chaire s'est concrétisée
depuis un an maintenant. Les deux associations se proposent d'étudier
la question des droits de l'homme dans la ville, en liaison avec
les établissements scolaires, et dans le cadre de l'engagement
de la Charte Européenne des Droits de l'Homme dans la Ville,
engagement ratifié tant à Genève qu'à
Lyon.
Le site Internet de la Chaire est enfin actualisé et
relié à celui de l'AIDH, vous nous trouvez désormais
sur www.aidh.org/cldh.
IV La Charte Européenne des Droits de l'Homme dans la ville
Par une lettre du 6 septembre 2004, M. Gérard Collomb,
sénateur-maire de Lyon, a demandé à la Chaire
de s'associer à la préparation de la 4e conférence
des villes, les 9 et 10 décembre 2004 à Nuremberg.
Le Maire de Lyon a fait appel à la Chaire, en raison
de l'expérience acquise lors des rencontres précédentes
de Venise et Saint-Denis, et considérant que les universitaires
au sein de la Chaire sont qualifiés pour effectuer un travail
scientifique avec d'autres organismes universitaires européens.
C'est pourquoi, dans la perspective de la prochaine conférence
des 9 et 10 décembre 2006 qui se tiendra à Lyon,
la Chaire, en liaison avec d'autres organismes (ex : l'Institut
catalan des droits de l'homme et l'Institut de Nuremberg), est
invitée à recenser les actions et expériences
déjà réalisées dans différentes
villes, notamment dans les domaines de la lutte contre le racisme,
l'antisémitisme ou les discriminations, Ce sera l'occasion
de mieux faire connaître les innovations lyonnaises, comme
le Conseil lyonnais pour le respect des Droits (CLRD) ou le Centre
d'Histoire de la Résistance et de la Déportation
(CHRD).
Ce sont les contacts noués lors de cette conférence
de Nuremberg qui ont été le prélude à
la participation de la Chaire à la réflexion que
vous conduisez aujourd'hui au sein de l'UNESCO, croyez que tous
les membres de la Chaire ont été très touchés
de votre invitation et se réjouissent de l'ouverture de
cette collaboration.
V Participation de la Chaire au sein d'autres organismes
La Chaire participe aux activités du CLRD, du collège
d'éthique de la vidéosurveillance, du CHRD et à
l'organisation annuelle du concours des lycéens pour les
droits de l'homme.
Elle soutient depuis plusieurs années, le projet photographique
ambitieux de Pierre-Yves Ginet, intitulé "Résistances
de femmes". C'est l'association "Femmes ici et ailleurs"
qui est à l'origine de ce projet, réalisé
en partenariat avec le CHRD. Les sujets traités concernent
aussi bien l'Afrique (ex : femmes contre l'excision, Mali), que
les Amériques (Mères de la Place de mai, Argentine;
femmes contre la peine de mort, USA), que l'Asie (les nonnes tibétaines;
les mères de Tien An Men, Chine; Talisma Nasleen, Bangladesh),
que l'Europe (les femmes de Srebrenica pour la justice, Bosnie-Herzégovine;
la résistance des femmes tchétchènes), et
enfin le Proche-Orient et le Maghreb (les femmes rebelles pour
l'Algérie; les Iraniennes contre l'intégrisme).
Ce projet doit se concrétiser par une exposition et une
publication fin 2006.
Et pour conclure, puisque nous évoquons les résistances
des femmes, la Chaire a appuyé la démarche de l'écrivain
Jean Butin et du biographe Marc Bertrand, tendant à obtenir
de la Ville de Lyon qu'elle donne le nom d'une grande poétesse
à une rue ou à un établissement scolaire
: Marceline Desbordes-Valmore. Les plus grands poètes
français, Victor Hugo, Beaudelaire, Verlaine ou Aragon,
l'ont admirée.
Ardente défenseur des droits de l'homme, elle a dénoncé
la pauvreté et l'exclusion, condamné le racisme,
défendu les condamnés, les bannis, les handicapés.
Elle n'a cessé de célébrer la liberté
et la dignité des individus, notamment lors des insurrections
des Canuts en 1831 et 1834.
Nous savons que la Ville répondra positivement à
notre attente. 
EN CONCLUSION
Ce qui fait sans doute l'originalité de la Chaire c'est
la capacité de réunir autant de diversité
institutionnelle entre la Ville, le Barreau, les milieux universitaires
et de formation supérieure, Bio Force, Ainsi juristes,
élus municipaux, scientifiques, littéraires, spécialistes
des droits de l'homme, sont tous des acteurs différents
et donc porteurs de cet esprit universaliste qui nous anime.
De l'esclavage des noirs, aux enfants brésiliens assassinés,
du génocide des juifs ou des tziganes à ceux du
Rwanda ou du Cambodge, du terrorisme international au trafic d'enfants,
aucun thème n'est tabou.
La Chaire est effectivement une structure de réflexion, de formation, d'échanges entre différents publics, mais elle n'est pas un organisme orienté vers l'action. Tout engagement à des actions concrètes risquerait en effet de diviser et donc d'affaiblir la Chaire dans la mise en uvre de ses objectifs.
Nous voulons uniquement irriguer le débat public, participer
à la réflexion sur les droits de l'homme et sensibiliser
les nouvelles générations au respect de la dignité
de l'individu quel qu'il soit, et où qu'il soit.
C'est la réflexion collective au sein du Conseil d'administration
de la Chaire qui alimente toutes les décisions qui engagent
la Chaire. Aucun des membres de la Chaire n'a le pouvoir d'autorité,
ni de contrôle, y compris ceux qui assurent la plus grande
part de son financement direct comme la Ville, ou sous forme de
services comme le Barreau.
A partir de cette réflexion collective, chaque membre
de la Chaire est libre d'organiser telle ou telle action sous
sa propre bannière.
L'essentiel de l'efficacité de la Chaire résulte
de cette réflexion réellement collective, de cet
échange constant où l'essentiel n'est pas de se
mettre en valeur, ni de mettre en valeur telle ou telle institution
membre, mais de faire progresser les objectifs, l'influence et
l'activité de la Chaire. L'humilité de chacun des
membres doit accompagner ce travail collectif. Il ne s'agit pas
seulement d'agir par nous même, mais encore de construire
des partenariats ponctuels avec d'autres organismes sur telle
ou telle activité, comme avec la "Villa Gillet",
lieu de débats à dominante plutôt culturelle
et philosophique, avec des associations lyonnaises comme "Economie
et Humanisme" ou "Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme"
dont les réseaux sont également porteurs de réflexions
qui enrichissent les apports de le Chaire.
Un groupe d'hommes et de femmes de générations
et de sensibilités différentes peut, après
une réflexion collective, relever des défis audacieux,
rien n'est interdit à ceux qui veulent ensemble réaliser
un rêve. C'est le sens que nous donnons à notre collaboration
aujourd'hui pour cette nouvelle aventure que vos travaux de l'Unesco
abordent. Nous vous sommes tout à fait reconnaissant de
nous avoir convié pour apporter notre modeste contribution.
Ugo Iannucci, président de la Chaire Lyonnaise
des Droits de l'Homme, juillet 2005.
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