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MARK MALLOCH BROWN > L'ONU et les Etats-Unis ont besoin l'un de l'autre |
NATIONS UNIES, JUIN 2006 / LES PROJETS DE REFORME DE L'ORGANISATION
Le 6 juin 2006, le vice-secrétaire général des Nations unies, Mark Malloch Brown, "a provoqué une mini-tempête en disant dans un discours que, s'ils veulent parvenir à réformer l'Organisation, les Etats-Unis devraient faire un effort sérieux pour dialoguer avec les autres Etats membres", rappelle Kofi Annan. "Il avait absolument raison. Mais - il le pense comme moi - cela vaut aussi pour beaucoup d'autres pays", ajoute-t-il. "Pour les Nations unies, l'heure de vérité approche. En décembre [2005], les Etats membres ont adopté un budget couvrant les années 2006 et 2007 - l'exercice biennal actuellement en cours -, mais limité les engagements de dépenses au minimum nécessaire pour que l'Organisation puisse fonctionner pendant six mois". "Avec les Etats-Unis à leur tête, les gros bailleurs de fonds ont insisté pour que le reste des fonds ne soit débloqué que quand des progrès sensibles auraient été accomplis dans la réforme de l'ONU. L'échéance approche à grands pas, et il n'est pas du tout sûr que les Etats en question jugeront les progrès suffisants. Personne, ni dans un camp ni dans l'autre, n'a trouvé le moyen de susciter un dialogue constructif sur la suite de la réforme", souligne-t-il. "Les Etats-Unis essaient de tirer sur les cordons de la bourse pour imposer une réforme de la gestion réellement nécessaire et les pays en développement se rebiffent face à ce procédé", explique le secrétaire général des Nations unies. "La plupart d'entre eux savent bien que la réforme est indispensable, d'autant plus que c'est chez eux que l'ONU mène une grande partie de ses activités : maintien et consolidation de la paix, secours d'urgence, promotion des droits de l'homme, assistance électorale et lutte contre les maladies infectieuses". "En fait, c'est eux qui ont le plus à gagner à ce que l'Organisation soit bien gérée et à ce que les membres en aient pour leur argent. Ce qu'ils contestent n'est pas tant tel ou tel volet de la réforme que ce qu'ils perçoivent comme l'influence écrasante exercée par quelques pays riches, dans une organisation censée reposer sur "le principe de l'égalité souveraine de tous ses membres", relève-t-il. Kofi Annan rappelle que, "comme Tony Blair l'a constaté à Washington il y a deux semaines", "c'est toute la mécanique onusienne qui doit être refondue, y compris le Conseil de sécurité". Mais, remarque-t-il, "il n'y a pas que le Conseil de sécurité qui, de par sa composition, est figé au milieu du XXe siècle". "La façon dont l'ONU est gérée et
l'attitude de bien des gouvernements vis-à-vis de l'Organisation
sont aussi complètement dépassées. Ni l'une
ni l'autre n'a vraiment évolué, alors que l'ONU,
s'il fut un temps où elle se bornait à organiser
des conférences et à produire des rapports, conduit
aujourd'hui des opérations extrêmement complexes
pesant des milliards de dollars pour aider tantôt à
maintenir la paix et tantôt à surmonter des crises
humanitaires. De ce fait, les institutions dont nous disposons
ne sont pas celles dont nous avons besoin pour faire face aux
défis mondiaux de ce siècle-ci. Cela ne peut
plus durer". [ KOFI ANNAN ET LA REFORME DES NATIONS UNIES : "CELA NE PEUT PLUS DURER"[Le 6 juin 2006], le vice-secrétaire général de l'ONU a provoqué une mini-tempête en disant dans un discours que, s'ils veulent parvenir à réformer l'Organisation, les Etats-Unis devraient faire un effort sérieux pour dialoguer avec les autres Etats membres. Il avait absolument raison. Mais - il le pense comme moi - cela vaut aussi pour beaucoup d'autres pays. Pour l'ONU, l'heure de vérité approche. En décembre, les Etats membres ont adopté un budget couvrant les années 2006 et 2007, mais limité les engagements de dépenses au minimum nécessaire pour que l'Organisation puisse fonctionner pendant six mois. Avec les Etats-Unis à leur tête, les gros bailleurs de fonds ont insisté pour que le reste des fonds ne soit débloqué que quand des progrès sensibles auraient été accomplis dans la réforme de l'ONU. L'échéance approche à grands pas, et il n'est pas du tout sûr que les Etats en question jugeront les progrès suffisants. Personne, ni dans un camp ni dans l'autre, n'a trouvé le moyen de susciter un dialogue constructif sur la suite de la réforme. Sir Brian Urquhart, qui compte parmi ce que l'Organisation
a connu de grands esprits, a dit un jour qu'il n'y a pas de crises
financières à l'ONU, toutes les crises étant
en réalité politiques. Il avait raison. Les Etats-Unis
essaient de tirer sur les cordons de la bourse pour imposer une
réforme de la gestion réellement nécessaire,
et les pays en développement se rebiffent face à
ce procédé. La plupart d'entre eux savent bien que la réforme est indispensable, d'autant plus que c'est chez eux que l'ONU mène une grande partie de ses activités : maintien et consolidation de la paix, secours d'urgence, promotion des droits de l'homme, assistance électorale et lutte contre les maladies infectieuses. En fait, c'est eux qui ont le plus à gagner à ce que l'Organisation soit bien gérée et à ce que les membres en aient pour leur argent. Ce qu'ils contestent n'est pas tant tel ou tel volet de la réforme que ce qu'ils perçoivent comme l'influence écrasante exercée par quelques pays riches, dans une organisation censée reposer sur "le principe de l'égalité souveraine de tous ses membres". C'est de cela que je parlais, à Londres en janvier [2006], lorsque j'ai évoqué le sentiment de frustration et d'exclusion qui pousse de nombreux Etats à exercer le seul pouvoir dont ils disposent, celui de bloquer d'autres réformes, notamment celles qui visent à améliorer la gestion, voyant même là l'expression d'un désir des grands d'accaparer toujours plus de pouvoir. Cela signifie, comme Tony Blair l'a constaté à Washington, il y a deux semaines, que c'est toute la mécanique onusienne qui doit être refondue, y compris le Conseil de sécurité. Les réformes qui nous préoccupent actuellement ne sont donc qu'un avant-goût de ce qui doit absolument suivre. Le fait est que de plus en plus, les affaires publiques doivent être conduites à l'échelle mondiale : qu'il s'agisse du terrorisme ou de la pauvreté, de la drogue, de la criminalité ou des maladies, aucun pays ne peut régler seul ses problèmes. Mais en attendant que les politiques prennent la mesure des problèmes d'aujourd'hui, nous ne pouvons pas rester les bras croisés : nous avons à exécuter des tâches de la plus haute importance et de la plus grande urgence, à mettre en uvre des programmes que les Etats membres ont prescrits et sur lesquels comptent, pour survivre, des populations terrifiées ou complètement démunies. Quelle que soit l'importance du débat sur la réforme, ce travail ne peut attendre. Il est dans l'intérêt de tous les Etats membres que l'ONU continue de tourner, et aussi qu'elle soit adaptée aux tâches qui lui sont confiées. Il faut donc que les deux camps baissent le ton et négocient sérieusement afin d'aboutir rapidement à un compromis raisonnable qui puisse, plus tard, servir de point de départ à des changements plus fondamentaux. Il n'y a pas que le Conseil de sécurité qui,
de par sa composition, est figé au milieu du XXe siècle.
La façon dont l'ONU est gérée et l'attitude
de bien des gouvernements vis-à-vis de l'Organisation sont
complètement dépassées. Ni l'une ni l'autre
n'a vraiment évolué, alors que l'ONU, s'il fut un
temps où elle se bornait à organiser des conférences
et à produire des rapports, conduit aujourd'hui des opérations
extrêmement complexes pesant des milliards de dollars pour
aider tantôt à maintenir la paix et tantôt
à surmonter des crises humanitaires. De ce fait, les institutions
dont nous disposons ne sont pas celles dont nous avons besoin
pour faire face aux défis mondiaux de ce siècle-ci.
Cela ne peut plus durer. Le plan de réforme que j'ai présenté [en 2005] ne laissait aucun doute sur ce point. Il rappelait que l'ONU s'appuie sur trois piliers : le développement, la sécurité collective et les droits de l'homme. Chacun de ces piliers est à la fois indispensable et insuffisant sans les autres. Comme tout édifice, l'ONU tiendra mieux avec un quatrième pilier : une grande réforme de la gestion. L'ONU doit aider ses membres à avancer sur tous les fronts en même temps. C'est pour cette raison qu'il ne lui faut pas qu'un Conseil de sécurité, mais aussi un Conseil des droits de l'homme, et que le Conseil économique et social doit devenir un véritable organe de développement, au sein duquel les ministres du Développement et des Finances puissent faire avancer les choses et suivre les Objectifs du Millénaire pour le développement, qui visent à faire reculer la pauvreté de moitié d'ici à 2015. Des réformes, il y en a eu. Deux nouveaux organes, le Conseil des droits de l'homme et la Commission de consolidation de la paix, se réuniront pour la première fois [en juin 2006]. Tous les Etats membres ont admis qu'il leur incombe de protéger les populations menacées de génocide ou d'autres crimes également odieux. Un fonds pour les secours d'urgence nettement amélioré a été mis en place, ainsi qu'un bureau de la déontologie, et un dispositif beaucoup plus musclé a été adopté pour la protection de ceux qui dénoncent des irrégularités. Il nous faut maintenant améliorer les mécanismes de contrôle et ceux qui garantissent le respect du principe de responsabilité, renforcer le système de passation des marchés, assouplir la gestion financière et améliorer les règles qui régissent le recrutement et la gestion du personnel. Par rapport à l'ampleur de notre tâche, ces objectifs ne sont pas excessivement ambitieux. Comment les gouvernements pourraient-ils ne pas s'entendre sur les moyens de concrétiser ces réformes sans que toute l'Organisation soit complètement immobilisée ? Le moment est venu pour ceux qui tiennent à la réforme de former une nouvelle coalition, une coalition qui referme le fossé artificiel et néfaste entre le Nord et le Sud et regroupe tous ceux qui veulent collaborer parce qu'ils ont la même ambition pour l'ONU : en faire une organisation qui fonctionne réellement, pour le plus grand bien de tous les peuples du monde. |