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LA DECLARATION DU MILLENAIRE



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SEPTEMBRE 2003 / KOFI ANNAN INVITE LES ETATS A REFLECHIR À UNE REFORME "RADICALE" DES NATIONS UNIES
__Le secrétaire général des Nations unies juge le système de sécurité collective institué en 1945 inadapté aux "nouvelles menaces" du XXIe siècle

LogoLa publication, le 8 septembre 2003, de son rapport sur l'application de la Déclaration du Millénaire a été l'occasion pour Kofi Annan, six mois après le début d'une guerre menée en contradiction avec les principes énoncés dans la Charte de 1945, de mettre en question "l'architecture" des institutions internationales et d'inviter à se demander si elle est adaptée aux tâches que l'on attend d'elles. Le système de sécurité collective hérité de la Deuxième Guerre mondiale est, selon lui, inadapté.

Depuis le Sommet du millénaire, en 2000 à New York, le secrétaire général des Nations unies fait chaque année un rapport sur les objectifs que s'y sont fixés les chefs d'Etat dans leur Déclaration. Le rapport 2003 s'ouvre sur une référence à l'attentat qui a coûté la vie à Bagdad à certains des "serviteurs les plus talentueux de l'ONU.

"Défi direct à la vision de la solidarité mondiale et de la sécurité collective ancrée dans la Charte des Nations unies et exposée dans la Déclaration du Millénaire", "les conséquences de cette tragédie n'ont pas encore été évaluées dans toute leur ampleur, mais elles soulèvent clairement d'importantes questions concernant le type de mandats confiés aux Nations unies par ses Etats membres et notre capacité de les exécuter", indique Kofi Annan, qui estime l'heure venue d'envisager "une réforme radicale" et invite dans ses conclusions à ne pas retarder plus longtemps les réformes envisagées pour le Conseil de sécurité, l'Assemblée générale, le Conseil économique et social (ECOSOC) et peut-être également le Conseil de tutelle. Haut de page

"J'ai le sentiment inconfortable que le système ne fonctionne pas comme il le devrait", souligne-t-il. C'est pourquoi il faut songer à une "réforme radicale" des Nations unies. Le Conseil de sécurité (quinze membres, dont quatre Européens de l'Ouest actuellement et deux Asiatiques) ne reflète plus "les réalités géopolitiques du XXIe siècle". Il doit être rendu plus représentatif pour que ses décisions apparaissent légitimes.

Le secrétaire général a des mots particulièrement sévères contre l'Assemblée générale, qui, souligne Corine Lesnes dans Le Monde, "a été l'instance préférée des Américains dans les années 1950, quand le Conseil était paralysé par les vetos soviétiques, puis la plus détestée, quand les pays en développement ont fait alliance avec les satellites de l'URSS pour la transformer en un forum anti-américain.

"L'ordre du jour est "encombré de questions qui font double emploi ou n'intéressent qu'un très petit nombre d'Etats. Les débats répétitifs et stériles ne laissent plus le temps d'examiner les questions réellement importantes. Des décisions peuvent souvent être prises sur la base du plus petit dénominateur commun, et, une fois prises, elles ne suscitent pratiquement aucune attention au-delà de la salle de l'Assemblée générale", écrit M. Annan" [Le Monde, 10 septembre 2003].

Kofi Annan propose en même temps de revitaliser le Conseil de tutelle, un organisme dormant du système des Nations unies, mais qui, figurant dans la Charte, ne peut que difficilement être aboli (toute modification suppose l'accord des deux tiers des 191 pays membres).

Irak : "de profondes divisions" au sein de la communauté internationale

Dans le domaine de la paix et de la sécurité, "les événements ont ébranlé le système international", souligne-t-il, relevant que "le consensus exprimé ou impliqué dans la Déclaration du millénaire semblait maintenant moins solide que trois ans auparavant." La guerre en Irak a mis en évidence "de profondes divisions" au sein de la communauté internationale et donné lieu à "des accusations de double jeu", remarque-t-il, ajoutant que, même si la communauté internationale a retrouvé certains terrains d'entente, "des divisions demeurent qui seront difficiles à surmonter."

"Il est indispensable que la communauté internationale mette un terme aux différends des derniers mois et parvienne à une identité de vues fondée sur un programme de sécurité commun. Cet objectif ne pourra être atteint que si les Etats, dans la poursuite de leurs intérêts nationaux, montrent qu'ils comprennent et respectent les réalités mondiales et les besoins d'autrui", affirme-t-il avant d'énoncer un certain nombre de recommandations à l'égard des grandes questions ayant trait à la paix et à la sécurité. En ce qui concerne les armes de destruction massive notamment, il met en garde contre "le deux poids, deux mesures" et estime que les Etats dotés d'armes nucléaires ont trop peu oeuvré au désarmement. Haut de page

En ce qui concerne les objectifs de développement fixés par les dirigeants du monde en 2000, lors du Sommet du millénaire, Kofi Annan déclare qu'ils pouvaient être réalisés si la dynamique de ces trois dernières années se maintenaient. Au nombre de ceux-ci, figurent la réduction de moitié de la pauvreté et l'enseignement primaire universel d'ici à 2005.

Kofi Annan préconise une "réforme radicale" pour sauver les Nations unies

Voici les principaux points du rapport sur l'état de la communauté internationale présenté, le 8 septembre 2003 à New York, par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan

TERRORISME. "Le climat de coopération et de consensus a été gravement compromis par la guerre contre l'Irak [...] L'émergence de formes nouvelles et potentiellement plus virulentes de terrorisme, la prolifération des armes non classiques, l'extension des réseaux criminels transnationaux et les moyens par lesquels tous ces éléments peuvent se regrouper pour se renforcer mutuellement sont actuellement considérés dans certaines régions du monde comme les menaces dominantes pour la paix et la sécurité. Des questions sont posées quant à l'adéquation et à l'efficacité des règles et instruments dont dispose la communauté internationale pour affronter cette nouvelle série de défis. L'utilité même des règles et des institutions multilatérales actuelles est remise en question."

INGERENCE. "Nous continuons à manquer de la volonté politique nécessaire et d'une vision commune de nos responsabilités face aux violations massives des droits de l'homme et aux catastrophes humanitaires résultant des conflits [...] Bien que la communauté internationale ait été témoin de massacres proches du génocide en République démocratique du Congo et au Liberia, notre intervention a été hésitante et tardive."

MAINTIEN DE LA PAIX. "Il existe des cas où il faut d'abord rétablir la paix et stabiliser la situation avant de pouvoir déployer une mission de maintien de la paix. Les casques bleus ne sont pas un instrument adapté à ce genre de cas. C'est pourquoi j'ai plaidé contre leur déploiement et pour le déploiement de forces multinationales placées sous le contrôle de nations chefs de file en Afghanistan, en Côte d'Ivoire, en République démocratique du Congo et au Liberia. Une fois que la situation a été stabilisée, une mission de maintien de la paix "robuste" peut logiquement prendre la succession, à condition que des Etats membres disposant des moyens nécessaires acceptent de mettre leurs troupes à la disposition de l'Organisation. Malheureusement, certains des pays dotés de moyens militaires substantiels [...] sont aujourd'hui les plus réticents à mettre leurs forces au service des opérations de maintien de la paix des Nations unies. Entre-temps, le monde en développement a supporté une grande partie du fardeau, mais il ne pourra pas le faire indéfiniment tout seul."

NATIONS UNIES. L'Organisation des Nations unies "se trouve à une étape critique : si le Conseil de sécurité ne regagne pas la confiance des Etats et de l'opinion publique mondiale, les Etats se fieront de plus en plus exclusivement à leurs propres perceptions nationales des menaces émergentes et à leur propre jugement sur la meilleure façon de les écarter."

PAUVRETE. Deux tiers des 1,2 milliard de personnes qui vivent avec moins d'un dollar par jour se trouvent en Asie. Les chances de réduire de moitié l'extrême pauvreté dans le monde sont largement fonction des progrès réalisés en Chine et en Inde. Ces deux pays sont sur la bonne voie. Il y a donc de fortes chances d'atteindre l'objectif fixé pour 2015 de réduire de moitié la pauvreté.

SIDA, PALUDISME, TUBERCULOSE. Aucun progrès. Le sida est devenu "la pandémie la plus meurtrière de l'histoire de l'humanité".
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