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[La Commission]

NATIONS UNIES, OCTOBRE 2007 | COMMISSION DE CONSOLIDATION DE LA PAIX
__Au cours de sa première année d'existence, la Commission a fait "œuvre de pionnier"

           Les missions de la Commission

Après le Conseil des droits de l'homme, installé le 19 juin 2006, à Genève, les Nations unies ont marqué, le 23 juin 2006, à New York, une nouvelle étape majeure de sa réforme institutionnelle avec l'installation de la Commission de consolidation de la paix, organe intergouvernemental chargé d'aider les pays sortant d'un conflit armé.

La Commission a été créée par une résolution adoptée conjointement par le Conseil de sécurité des Nations unies [Résolution 1645 du 20 décembre 2005] et de l’Assemblée générale [60e session, Résolution 60/180 du 20 décembre 2005 adoptée le 22 décembre].

K. Annan "Le nombre des conflits a certes baissé, grâce notamment à la contribution des Nations unies, mais le monde a vu un nombre inacceptable d'accords de paix se désintégrer dans les cinq ans qui sont suivi la guerre civile", a affirmé Kofi Annan dans un discours prononcé, à l'ouverture de la première réunion de la Commission.

"Comme on vient de le voir au Timor-Leste, un retrait trop rapide peut aboutir à un revers et rendre nécessaire un redéploiement coûteux, en particulier pour la population civile", a-t-il ajouté le secrétaire général de l'organisation. "La consolidation de la paix exige, a-t-il estimé, l'augmentation des ressources, l'amélioration de la coordination des stratégies, mais d'abord et avant tout, leur appropriation par les premiers concernés, gouvernement et population nationaux. Elle exige aussi la mise en place d'institutions publiques efficaces, dans un cadre constitutionnel et d'Etat de droit".

Créée, le 20 décembre 2005, simultanément par l'Assemblée générale et le Conseil de sécurité, la Commission de consolidation de la paix est habilitée à donner un avis à ces deux instances, mais aussi au secrétaire général et aux pays sur le point de sombrer dans un conflit. La création d'une telle Commission avait été décidée au Sommet mondial des chefs d'Etat, en septembre 2005. Dans le document final du sommet, les Etats membres avaient décidé d'instituer « une Commission de consolidation de la paix en tant qu'organe intergouvernemental consultatif ».

Outre les membres de son Comité d'organisation, elle comprend, pour les réunions consacrées à tel ou tel pays, des représentants du pays concerné, des pays de la région et de ceux qui participent au relèvement et qui fournissent des ressources importantes et un nombre élevé de militaires et de membres de la police civile. Elle accueillera aussi des représentants des institutions financières régionales et internationales dont les institutions de Bretton Woods.

La Commission a élu son premier président, Ismaël Abraao Gaspar Martins, ressortissant de l'Angola, un pays qui sort d'un long conflit. "Rien ne pourra réellement être accompli sans un financement soutenu et prévisible", a-t-il prévenu.

"Les institutions financières internationales seront des acteurs clefs et centraux des efforts de la Commission", a dit en écho Jan Eliasson, président de l'Assemblée générale des Nations unies.

La Commission a inscrit à son premier ordre du jour le Burundi et la Guinée-Bissau, deux pays qui continuent de faire face à de grands défis politiques et économiques, des années après la fin d'une guerre civile.Haut de page

LA DECLARATION DE KOFI ANNAN

Texte de l'allocution du secrétaire général des nations unies, Kofi Annan, devant la Commission de consolidation de la paix, à New York, le 23 juin 2006.

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ouvre la première session de la Commission de consolidation de la paix. Je tiens à féliciter tous ses membres d'avoir été élus à ce nouvel organe historique.

Il y a peu de questions sur lesquelles il y ait un plus large consensus, ou qui suscitent davantage d'attentes, que la responsabilité qui incombe à l'Organisation des Nations unies d'aider les Etats et les sociétés qui ont été dévastés par la guerre à se relever. Ce n'est donc pas un hasard si, lors du Sommet mondial des Nations unies de 2005, les dirigeants mondiaux ont souligné le rôle vital qui était celui de l'Organisation dans les périodes de transition faisant suite à un conflit et ont demandé à l'Assemblée générale et au Conseil de sécurité de créer la Commission.

La communauté internationale a maintenant à sa disposition un organe intergouvernemental unique, le premier expressément chargé de la consolidation de la paix. La nouvelle Commission s'efforcera de fournir un appui plus soutenu, mieux coordonné et mieux ciblé aux pays sortant d'un conflit.

Elle rassemblera toutes les parties prenantes. Et, compte tenu de la création du nouveau Conseil des droits de l'homme, du renforcement du Fonds central d'intervention pour les urgences humanitaires, du Fonds pour la démocratie et des autres changements et réformes réalisés ou amorcés récemment, la Commission de consolidation de la paix représente un nouveau progrès majeur sur la voie de l'avènement d'une Organisation des Nations unies pleinement équipée pour relever les défis de son époque.

Vous commencez vos travaux alors que le monde est confronté à un paradoxe dans les efforts qu'il déploie pour promouvoir une paix, une stabilité et un développement durables. On a assisté à une diminution très bienvenue du nombre total des conflits, et l'Organisation des Nations unies a fait de son mieux, au moyen de ses opérations de maintien de la paix et autres opérations d'assistance, pour contribuer à cette tendance. Toutefois, dans le même temps, le monde a vu un nombre inacceptable d'accords de paix se désintégrer dans les cinq ans qui ont suivi la fin d'une guerre civile, les pays concernés retombant dans un conflit mortel.

Certaines des faiblesses des interventions actuelles de la communauté internationale dans les situations d'après conflit sont bien connues. L'une est la pénurie de fonds. L'absence de coordination internationale en est une autre. Une troisième est la tendance qu'ont les acteurs internationaux à s'en aller trop rapidement. Comme on vient de le voir au Timor-Leste, une hâte excessive à se désengager d'une situation de transition peut aboutir à des revers et à la nécessité d'un redéploiement, à grands frais pour tous, et en particulier pour les victimes civiles sans défense.Haut de page

Toutes ces difficultés ont directement influé sur la conception et le mandat de la Commission de consolidation de la paix, ainsi que sur la création du Bureau d'appui à la consolidation de la paix et du Fonds permanent.

Mais, il nous faut aussi reconnaître que l'augmentation des ressources et l'amélioration de la coordination ne suffiront pas en elles-mêmes à instaurer une paix durable. La consolidation de la paix nécessite un engagement national, et doit naître sur place. Aussi bien intentionnés soient-ils, ceux qui viennent de l'extérieur ne peuvent remplacer les connaissances et la volonté du peuple du pays concerné. C'est ce dernier qui connaît le mieux son histoire, sa culture et sa situation politique. C'est lui qui vivra avec les conséquences des décisions prises. Et c'est lui qui doit avoir le sentiment que la consolidation de la paix est son œuvre, pour qu'elle ait une chance de durer sur le long terme.

L'expérience montre aussi que la consolidation de la paix ne consiste pas seulement dans la prévention d'une reprise des combats et dans la reconstruction matérielle. Une tâche fondamentale consiste à établir des institutions publiques efficaces, dans un cadre constitutionnel et dans le respect de l'Etat de droit.

Bien trop souvent, des populations touchées par la guerre qui aspirent à la mise en place d'institutions de gouvernement nouvelles et plus équitables assistent au maintien, à la perpétuation ou au renforcement involontaire de structures sociales, économiques et politiques exclusives. Il est essentiel que les citoyens aient de nouveau confiance dans les institutions étatiques. La consolidation de la paix peut contribuer à renforcer le contrat social par lequel les Etats s'acquittent de leurs obligations envers leurs citoyens, tandis que ceux-ci exercent leur droit de participer, et de prendre leur destin en main.

Il ne faut pas non plus oublier que la consolidation de la paix est intrinsèquement politique. Il est arrivé à la communauté internationale d'envisager la consolidation de la paix comme une entreprise largement technique, faisant intervenir des connaissances et des ressources. La communauté internationale doit non seulement comprendre le jeu des pouvoirs locaux, mais aussi admettre qu'elle est elle-même un acteur politique entrant dans un environnement politique.

Les membres de la Commission de consolidation de la paix sont bien équipés pour appuyer les pays sortant d'un conflit, puisqu'il y a parmi vous non seulement des acteurs clefs, par exemple des Etats fournissant des contingents et des donateurs, mais aussi des pays qui ont eux-mêmes connu la transition de la guerre à la paix.

Vous serez appelés à agir comme des appuis partageant les aspirations de la population et comme des alliés qui demeureront engagés dans le pays une fois la mission de maintien de la paix terminée. Ceci signifie qu'il faudra gérer les attentes, car de nombreux éléments de la consolidation de la paix - comme la réconciliation - peuvent prendre des années ou des décennies, alors que les populations qui sortent épuisées d'un conflit veulent, cela est compréhensible, des résultats beaucoup plus rapides.

La Commission devra appuyer la mise au point de stratégies de consolidation de la paix, et dégager un consensus parmi les acteurs internationaux en vue de leur mise en œuvre. Elle travaillera en collaboration étroite avec d'autres organismes des Nations unies. Et je note avec satisfaction que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, ainsi que des banques régionales de développement et d'autres organisations, participeront à l'entreprise.

Et, bien entendu, la participation active des autorités nationales à l'action de la Commission dans le pays sera essentielle. Ceci donnera un poids supplémentaire au dialogue au niveau national entre les autorités concernées et la communauté internationale. J'espère que la Commission trouvera aussi des moyens d'entrer en contact avec la société civile, le secteur privé et les autres parties qui, sur place, sont en mesure de contribuer à son action.

Le Bureau d'appui à la consolidation de la paix, pour sa part, soutiendra la Commission en lui fournissant des informations et des analyses, et en veillant à ce que les recommandations issues de ses travaux soient traduites en une action concrète au niveau des pays.

Le Fonds pour la consolidation de la paix, quant à lui, fournira des moyens supplémentaires qui viendront compléter les autres sources de financement. J'engage vivement les Etats membres à le doter généreusement et régulièrement.

La Commission symbolise à la fois l'espoir et la persévérance : l'espoir des millions de personnes qui, dans le monde entier, s'efforcent de maintenir leurs sociétés sur la voie précaire de la paix; et la persévérance parce que vous avez surmonté des difficultés considérables pour créer cette nouvelle instance vitale et lui permettre de commencer à fonctionner. Je suis persuadé que vous ferez preuve d'une résolution similaire dans l'accomplissement de votre mandat; vous allez maintenant commencer vos travaux, et je vous souhaite le plus grand succès.

Source : Nations unies, New York, juin 2006.
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