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"Si les objectifs sont atteints d'ici à 2015, 500 millions de personnes seront arrachés à la pauvreté extrême, plus de 300 millions de personnes ne seront plus victimes de la faim, 30 millions d'enfants seront sauvés de maladies que l'on peut prévenir", a déclaré le secrétaire général des Nations unies, lors d'un discours prononcé devant un parterre de près de 200 chefs d'entreprises réunis pour une conférence sur "la contribution du monde des affaires aux Objectifs du Millénaire pour le développement", organisée par le président français, dans le cadre de l'Initiative relative au Pacte mondial. "115 millions d'enfants pourront prendre le chemin de l'école plutôt que d'aller travailler dans les usines ou les champs, 2 millions de femmes ne périront pas en donnant naissance à leurs enfants, le sida ne sera plus une maladie qui continue de se répandre mais une épidémie contenue", a poursuivi Kofi Annan. "Loin d'être utopiques, ces objectifs sont réalisables", a-t-il rappelé. "Ce qui est utopique, c'est de penser que la pauvreté peut être surmontée sans un engagement de la part du monde des affaires". "Atteindre les objectifs du Millénaire est, selon le Secrétaire général, principalement de la responsabilité des gouvernements. Mais le monde des affaires a aussi un rôle central à jouer". "Cette idée que le monde des affaires peut faire pour les autres est au cur de l'Initiative relative au Pacte Mondial que j'ai lancé il y a six ans", a rappelé Kofi Annan. "Ce qui a commencé avec un simple appel à l'action est aujourd'hui un partenariat dans lequel quelques 2'000 entreprises, venant de plus de 80 pays, travaillent ensemble pour faire avancer dix principes universels dans le domaine des droits de l'homme, du droit du travail, de l'environnement et du combat contre la corruption". Les dix principes du Pacte mondial sont les suivants : 1. Les entreprises doivent promouvoir et respecter les droits de l'homme reconnus sur le plan international. 2. Elles ne doivent pas se faire complices de violations des droits fondamentaux. 3. Elles devraient respecter l'exercice de la liberté d'association et reconnaître le droit à la négociation collective. 4. Elimination de toutes les formes de travail forcé et obligatoire. 5. Abolition effective du travail des enfants. 6. Elimination de la discrimination en matière d'emploi et d'exercice d'une profession. 7. Promouvoir une approche prudente des grands problèmes touchant l'environnement. 8. Prendre des initiatives en faveur de pratiques environnementales plus responsables. 9. Encourager la mise au point et la diffusion de technologies respectueuses de l'environnement. 10. Les entreprises sont invitées à agir contre la corruption sous toutes ses formes, y compris l'extorsion de fonds et les pots-de-vin. L'Initiative relative au Pacte mondial avait été lancée par Kofi Annan, le 26 juillet 2000, au siège des Nations unies, à New York, pour encourager le monde des affaires à s'engager dans la défense des droits de l'homme, du droit du travail et du droit social, ainsi que dans la protection de l'environnement et dans la lutte conte la corruption. Le rapport des Nations Unies sur la mise en uvre des Objectifs du Millénaire pour le développement, publié le 9 juin 2005, a noté des progrès sans précédent dans la lutte contre la pauvreté au niveau mondial, notamment en Asie, mais avait attiré l'attention sur des retards inacceptables qui persistent, notamment en Afrique subsaharienne. Chaque jour, près de 30'000 enfants dans le monde meurent de maladies - soit 11 millions par an a notamment dénoncé le rapport. KOFI ANNAN : EN JOUANT UN PLUS GRAND RÔLE DANS LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ, LES ENTREPRISES PEUVENT CONTRIBUER A REMEDIER AUX MAUX DE LA PLANETEVous trouverez ci-après le texte de l'allocution de Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, à l'occasion de la Réunion sur "La contribution des entreprises aux Objectifs du Millénaire pour le développement", à Paris le 14 juin 2005. C'est un très grand plaisir pour moi de joindre à vous aujourd'hui. Je tiens à remercier M. Chirac de son initiative et de la fidélité de son attachement à l'Organisation des Nations Unies. M. Blair partage le même attachement et je le remercie aussi de tout ce qu'il fait pour que la réunion du G-8 [en juillet 2005] soit un succès, tant pour l'Afrique que pour le reste du monde. Nous sommes réunis pour réfléchir au moyen de vaincre l'extrême pauvreté, qui, sous ses multiples formes, est un des grands fléaux de notre époque. La présence dans cette salle de certains des capitaines d'industrie les plus clairvoyants du monde souligne le fait que les gouvernements ne doivent pas être seuls en première ligne. Le monde des affaires, comme le monde politique, a intérêt à ce que la mondialisation apporte des avantages réels au plus grand nombre. Nous devons offrir d'autres perspectives à ceux qui vivent dans un sentiment de perpétuelle impuissance économique. Dans un monde plus interdépendant que jamais, la pauvreté non seulement détruit les individus et ronge les familles de l'intérieur, mais elle se propage par vagues, répandant le malheur et la révolte. Combien de fois avons-nous vu l'indigence, les violations des droits de l'homme et la guerre se nourrir mutuellement dans un engrenage fatal qui ignore les frontières ? Aucune entreprise n'est à l'abri du phénomène, car aucune ne travaille isolément. Beaucoup ont une longue expérience des pays en développement; beaucoup d'autres, qui découvrent la mondialisation des contacts et des réseaux de fournisseurs, rencontrent ces problèmes pour la première fois. Mais toutes savent maintenant que la manière dont elles vont les aborder a un effet direct sur les risques qu'elles prennent, l'image qu'elles donnent, le moral de leurs employés et la solidité même des marchés dont elles dépendent. Il est plus clair que jamais que les intérêts du secteur privé convergent parfaitement sur les objectifs de développement des Nations unies. Nous devons tous prendre conscience qu'il y a là une chance à saisir, non pas dans un avenir encore flou, mais aujourd'hui même. C'est pourquoi nous faisons dorénavant cause commune. Nous ne sommes pas ici pour dresser des plans nouveaux, mais bien pour mettre en uvre une stratégie qui jouit d'une légitimité et d'un soutien international sans précédents. Je parle évidemment des Objectifs du Millénaire pour le développement, tirés de la déclaration adoptée par les dirigeants du monde entier lors de la réunion au sommet qu'ils ont tenue en septembre 2000 à l'ONU. Si ces objectifs sont atteints à la date fixée, le monde sera très différent en 2015 de ce qu'il est aujourd'hui.
Le sida aura cessé de gagner du terrain et commencera même de reculer. L'Afrique, continent le plus touché et le plus négligé, aura une deuxième chance et pourra faire fond sur les progrès considérables des dernières années. Ces objectifs ne sont pas utopiques, loin de là; ils sont tout à fait réalisables. Beaucoup de pays font de vaillants efforts et sont sur la voie qui conduit à certains d'entre eux. Mais beaucoup d'autres marquent le pas, particulièrement en Afrique. Il faut, d'urgence, redoubler d'effort. La tâche incombe principalement aux gouvernements, mais le secteur privé a aussi un rôle central à jouer. En effet, ce sont les entreprises qui créent l'emploi et la richesse. Vos énormes moyens humains et techniques et leur extraordinaire capacité d'organisation peuvent s'appliquer directement dans presque tous les domaines du développement, où leurs qualités ne sont pas moins importantes que leurs capitaux. Ce n'est pas la présence, c'est l'absence d'une activité commerciale et industrielle largement implantée qui condamne une grande part de l'humanité à souffrir. Ce qui est en fait utopique, c'est l'idée que la pauvreté peut être vaincue sans le soutien actif du monde des affaires. Ainsi, les entreprises ont à jouer un rôle d'une importance capitale dans la réalisation des Objectifs du Millénaire. Mais l'intérêt que présentent pour elles ces objectifs est tout aussi évident. Vaincre la pauvreté, c'est créer une main-d'uvre plus dynamique et en meilleure santé, générer du pouvoir d'achat, relever la productivité, apaiser les tensions sociales. Et à une époque où les entreprises consacrent une bonne part de leur temps à combattre l'idée qu'elles sont à l'origine de tous les maux de la planète, un plus grand rôle dans la lutte contre la pauvreté montre qu'elles peuvent en fait contribuer à y remédier. L'idée de ce que le monde économique peut faire pour autrui et de ce qu'il doit faire pour lui-même est au cur même de l'initiative de citoyenneté d'entreprise que j'ai lancée il y a six ans sous le nom de Pacte mondial. Simple appel à l'action au départ, elle est devenue un réseau de multiples partenaires regroupant 2'000 sociétés implantées dans plus de 80 pays qui travaillent ensemble à promouvoir 10 principes universels relatifs aux droits de l'homme, au droit du travail, à l'environnement et à la lutte contre la corruption. Dans le cadre du Pacte, les entreprises intègrent ces principes dans la définition de leur mission et dans leurs activités. Elles font prendre conscience à leurs employés et au milieu dans lequel elles se situent du problème du VIH/sida. Elles fournissent un microfinancement aux entrepreneurs ruraux et soutiennent les PME locales. Elles veillent à pratiquer la transparence et à ce que leurs fournisseurs respectent les règles de l'éthique. Le problème consiste maintenant à passer à l'échelle supérieure, à amplifier les projets pilotes qui ont démarré dans diverses régions. Ainsi, les entreprises peuvent jouer un rôle clé dans beaucoup de grands projets à effet rapide comme la distribution universelle de moustiquaires imprégnées et la généralisation des repas préparés localement dans les cantines scolaires. On pourrait ainsi sauver des millions de vies et améliorer le sort d'innombrables être humains en quelques années seulement. Parallèlement, nous attendons des gouvernements des pays en développement qu'ils mettent en place les incitations, les infrastructures et les politiques nécessaires et protègent comme il se doit les droits de propriété. Nous attendons d'eux une saine gestion des affaires publiques et le maintien de la légalité. Ce n'est qu'à ces conditions que les capitaux et la vie économique iront ailleurs que dans la poignée de pays qui se partagent pour l'instant la part du lion. Ce n'est qu'à ces conditions que se réalisera le potentiel que les entreprises peuvent mettre au service des Objectifs du Millénaire. Une entreprise ne peut prospérer quand l'Etat s'essouffle ou défaille. Parallèlement, nous continuerons d'insister auprès des pays développés pour qu'ils honorent enfin leurs promesses d'aide supplémentaire et d'allégement de la dette et qu'ils libéralisent les échanges mondiaux. Nous voyons enfin des progrès majeurs dans ce domaine. [En mai 2005], les Etats membres de l'Union européenne ont décidé d'accroître substantiellement leur aide publique au développement au cours des dix prochaines années. [Le 11 juin 2005], les ministres des finances du G-7 ont décidé d'annuler 40 milliards de dollars de la dette de 18 pays parmi les plus pauvres de la planète, dont principalement des pays africains. Ces mesures sont très encourageantes et laissent espérer une augmentation de l'aide plus importante, ce qui reste nécessaire, ainsi que des décisions plus favorables encore aux pays en développement à la réunion du G-8 [juillet 2005], et par la suite. Nous avons bien besoin de vous sur le terrain, dans les rues et dans les villages du monde en développement, mais nous avons aussi bien besoin de vos voix dans les allées du pouvoir. C'était vrai hier, mais ce le sera davantage dans les mois qui viennent. Dans trois mois en effet, les dirigeants du monde entier se retrouveront à l'ONU, à New York, pour une réunion d'une extrême importance, le plus grand sommet de l'histoire. Il ne s'agit pas moins que de modifier fondamentalement le système international et l'Organisation elle-même. Nous ne pourrons nous satisfaire d'un sommet où seraient simplement répétées les promesses faites il y a cinq ans. Avec mon rapport intitulé "Dans une liberté plus grande" et l'excellent travail des deux groupes de réflexion sur le développement et la sécurité collective organisés par l'ONU, la toile de fond est déjà en place pour de grandes décisions. Au début du mois [juin 2005], le Président de l'Assemblée générale a pris une grande initiative, qui illustre la démarche énergique que nous voulons voir adoptée : il a diffusé un projet de déclaration politique, qui conclurait ce sommet, en écho à plusieurs semaines de débats intergouvernementaux. J'ai été très satisfait d'y retrouver la plupart de mes propres propositions. J'espère que vous ferez savoir que vous soutenez ce programme de réforme et de revitalisation. La lutte contre la pauvreté et contre les multiples périls qui menacent notre sécurité appelle un effort mondial. Je tiens à vous exprimer ma profonde gratitude pour votre engagement. Je suis certain qu'ensemble nous pouvons créer un monde plus libre et plus juste, plus propice à la vie commerciale et industrielle, un monde où tous les êtres humains pourront vivre dans la dignité, avec un réel espoir de prospérité. |