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Rwanda-Le génocide des Tutsi




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2004, 10 ANS APRES / UN DOSSIER D’AMNESTY FRANCE
__Les gacaca en prison

A partir de 1998, à l'intérieur des prisons rwandaises, un certain nombre de présumés coupables de génocide vont initier leur propre gacaca (généralement intitulé gacaca prison). Encouragés par les autorités, ils vont organiser des rencontres, parfois virulentes, afin d'établir des listes de personnes ayant commis des crimes (avec les dates, les noms, les lieux). L'aveu est un sujet paradoxal. En général, les tueurs n'avouent pas, ils se défaussent derrière le déni, le mensonge ou la soumission à l'autorité.

Il faut lire à ce sujet le terrible ouvrage de Jean Hatzfeld, "Une saison de machette", dans lequel il rassemble une dizaine de témoignages de tueurs de la prison de Rilima. L'auteur souligne l'absence de remords, de cauchemars et associe la demande de pardon - souvent évoquée - à une naïveté déconcertante, une sorte de marché ou encore une opportunité. L'échange est souvent stérile avec un présumé coupable de génocide.

A l'extérieur du milieu carcéral, c'est le mutisme total, à l'intérieur il arrive que les langues se délient un peu. La procédure d'aveu et le plaidoyer de culpabilité constituent, dans ce contexte, un élément central pour tenter de diminuer la surcharge de travail des tribunaux et accélérer les instructions judiciaires. En échange d'aveux complets, les accusés peuvent bénéficier d'une importante remise de peine. En dépit de leur part de responsabilités dans le génocide, les Eglises semblent jouer un rôle non négligeable dans cette dynamique. Pour la plupart membres de l'une des nombreuses communautés protestantes, ces groupes déclarent s'être confessés à cause de leur foi et engagent l'assistance à faire de même. Ils dansent en tenant la Bible à la main, leurs chants portent sur Dieu et le ciel mais aussi sur la nécessité de dire la vérité et de réconcilier le pays. En public, ils avouent leurs crimes et demandent pardon à la population. On les appelle les "groupes de choc" car ils incitent les détenus réticents à passer aux aveux", selon un rapport de Penal reform international (PRI).

Les résultats sont très variables suivant les centres de détention. A Miyove, les femmes ont tout simplement nié leur responsabilité dans le génocide, considérant qu'elles ne pouvaient être jugées responsables des péchés de leurs maris. Dans un cachot à proximité de Gitarama, il est question de 80 % d'aveux sous l'effet direct de l'Eglise adventiste. Parmi les prisons les plus actives en ce domaine figurent celles de Kibungo et Rilima. Fin 2002, un tiers des détenus du pays serait passé aux aveux, soit quelque 32'000 personnes [1]. Le 1er janvier 2003, le président de la République Paul Kagame demandait la libération provisoire de près de 40'000 prisonniers. Mesure concernant ceux qui ont "avoué", les malades, les mineurs au moment des faits et les personnes âgées. Si la plus grande vigilance s'impose pour vérifier le caractère réellement "sincère et complet" des aveux obtenus, aux yeux de nombreux observateurs cette procédure apparaît comme un élément déterminant de la justice au Rwanda. B.G. , "La Chronique", Amnesty France, avril 2004.

1. Au lendemain du génocide, plus de 120'000 détenus se retrouvent derrière les barreaux (la capacité des prisons était de 18'000 places avant 1994). A l'heure actuelle, ils seraient 80'000.

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