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Rwanda-Le génocide des Tutsi




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2003, UNE EXPOSITION, UN LIVRE / LES BLESSURES DU SILENCE
__"Le chagrin des vies mutilées" et l’horreur des crimes

LES BLESSURES DU SILENCECinq ans après le génocide rwandais, Yolande Mukagasana, rescapée, seule survivante de sa famille, et Alain Kazinierakis, photographe occidental, ont sillonné les collines du Rwanda et entrepris un travail long et difficile d'entretiens avec les auteurs et les victimes du génocide

De ces rencontres est née une exposition composée 60 portraits et de 60 témoignages, dont le but est la mémoire et la vérité sur le génocide rwandais, et dont la volonté est de briser le silence autour de ce génocide. Dans l'aller-retour permanent entre le témoignage et la photographie, il s'agit de toucher au plus intime des génocidaires ou des rescapés, à leur douleur, à leur mémoire.

L'exposition, réalisée avec le soutien de "Médecins sans frontières", a été présentée, en 2002 et 2003, au Parlement européen, à Bruxelles; au Haut commissariat pour les réfugiés, à Genève, ainsi qu'au Centre d'histoire de la résistance et de la déportation de Lyon.

LES BLESSURES DU SILENCEL'œil du photographe a saisi les visages, les émotions et les regards, plus insoutenables encore que les images habituelles des machettes et des crânes fracassés.

Les paroles de victimes, de bourreaux ou de "Justes" nous révèlent la simplicité du mal absolu et la difficulté d'être vivant après le génocide. "Je ne pleure plus car je ne suis plus enfant. Je suis un assassin" nous dit Evariste coupable d'avoir tué d'autres enfants à l'âge de dix ans. Comment des êtres humains ont-ils pu en arriver là ? Et pourquoi d'autres ont-ils été capables de résister à la pression ?

LES BLESSURES DU SILENCEDépassant les clivages ethniques et moraux attendus, le réflexe de l'émotion laisse place à la réflexion.

Tentant avec force et lucidité de comprendre l'idéologie génocidaire, la démarche de l'exposition illustre "le chagrin des vies mutilées" et l'horreur des crimes tout en réaffirmant que bourreaux et victimes sont de la même espèce : l'espèce humaine.Up

UN LIVRE

LES BLESSURES DU SILENCE"A ce moment, l'idéologie prenait le dessus sur l'humanité. Les génocidaires disent qu'ils n'étaient plus eux-mêmes, qu'ils étaient victimes de tout ce qu'on leur a mis en tête. Mais alors, pourquoi torturer avant de tuer ? Pourquoi faire tant de mal ? " Yolande Mukagasana revient d'un parcours terrible : rescapée du génocide rwandais de 1994, où ses enfants et son mari furent massacrés, elle s'est rendue dans les prisons, à la rencontre des génocidaires, en tout cas de ceux qui plaident coupables. Tel Gaspard, l'assassin des enfants de Yolanda, ou Patrice, 79 ans, qui a tué cent personnes.

LES BLESSURES DU SILENCEEntre victime et bourreaux, le courant est passé, sous l'oeil d'un photographe, Alain Kazinierakis, qui a saisi les visages, les émotions, les regards. L'objectif : pour que les enfants ne soient pas à leur tour victimes, il faut reconstituer le tissu social rwandais. Photos et textes composent ce livre-témoignage qui, sans grande analyse théorique, éclaire cette question qui reste néanmoins sans réponse finale : comment des êtres humains ont-ils pu en arriver là avec d'autres êtres humains, parfois même des parents envers leurs enfants ? Et pourquoi d'autres ont-ils été capables de résister à la pression ? André Linard, Le Monde diplomatique, avril 2002.

Yolande Mukagasana. Née au Rwanda en 1954, Yolande Mukagasana a survécu au génocide de 1994 où son mari et ses trois enfants furent massacrés.

Infirmière-anesthésiste pendant dix-neuf ans au Centre hospitalier de Kigali, puis infirmière en chef jusqu'en 1994 d'un dispensaire privé, elle vivait sur la colline de Nyamirambo quand éclate le génocide des Tutsi. Sauvée par une femme hutu, véritable miraculée, c'est en Belgique qu'elle se rend après quatre mois d'errance et qu'elle décide de se consacrer à la mémoire du génocide : témoigner pour que le martyr des siens ne reste pas lettre morte, pour que la justice soit faite, et pour lutter contre le racisme au Rwanda.

Elle est l'auteur avec Patrick May de La mort ne veut pas de moi (Ed. Fixot 1997) et de N'aie pas peur de savoir (Ed. Robert Laffont, 1999). Elle a également co-écrit avec le Groupov, la pièce de théâtre Rwanda 94. Elle a reçu le prix Colombe d'or pour la paix le 3 juillet 2002 à Rome.

Alain Kazinierakis. Photo-reporter belge, mais se qualifiant volontiers d'apatride, Alain Kazinierakis parcourt la terre en témoin engagé, préférant s'immerger dans le monde de l'autre avant de le photographier, pour ne pas en voler une image, mais pour la révéler.
En Bosnie, à Berlin, en Mauritanie, au Rwanda ou en Belgique, "il choisit de s'établir dans l'humain, c'est-à-dire de porter son regard sur la vie non comme esthète mais comme témoin".

Lauréat de la Fondation Spès en 1997, il travaille depuis 1993 sur les Touaregs dont il a suivi le quotidien en Algérie, au Mali, au Burkina-Faso, au Niger. Il a participé en 2002 au projet de Plate forme "Prévention Sida Vivre ensemble", un autre regard sur la séropositivité, et débuté un nouveau travail au Rwanda, des portraits d'enfants auxquels Yolande Mukagasana apporte son témoignage.

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