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Rwanda-Le génocide des Tutsi




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FRANCE AVRIL 2004 / UN DOCUMENT D’AMNESTY INTERNATIONAL
__Le génocide rwandais : 10 ans déjà

 Rwanda, 10 ans déjà [PDF 260 ko]


Au début du mois d'avril 1994, le Rwanda est entré dans l'épisode le plus tragique de son histoire. Dans les cent jours qui suivirent l'attentat contre le président Habyarimana, le gouvernement rwandais et les extrémistes Hutu tuèrent les trois-quarts de la population Tutsi du Rwanda. Utilisant des armes à feu, des machettes, les milices Hutu, les soldats et des citoyens ordinaires ont massacré probablement près de 800'000 Tutsi et Hutu modérés.

"Les Tutsi étaient tués
pour le seul fait d'être nés Tutsi".
Alison Desforges, historienne à Human Rights Watch (HRW),
témoignage devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda.

UN GENOCIDE PLANIFIE

Contrairement à une certaine vision journalistique du génocide, présenté comme résultant d'un défoulement tribal atavique, ce génocide est le résultat d'une politique délibérée d'une élite décidée à garder le pouvoir et se sentant menacée par les avancées du Front Patriotique Rwandais (FPR) sur son territoire.

Dès 1990, le gouvernement avait mis en place une propagande de grande ampleur : l'ethnie tutsi est progressivement identifiée comme étant l'ennemi. Les médias, et tout particulièrement la tristement célèbre Radio Télévision des Milles Collines, ont joué un rôle important dans la diffusion de la propagande du régime en place et ont lancé des appels au génocide. Les milices Interahamwe et Impuzamugambi furent entraînées par la Garde présidentielle et des membres de l'armée.

La Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda - MINUAR -, présente depuis la fin 1993, assiste impuissante à l'armement de la population et à la mise en place d'une véritable " machine à tuer ".

Cette planification du génocide a été confirmée par trois experts nommés par le Conseil de sécurité des Nations unies en décembre 1994.Up

Pourquoi parle-t-on de génocide ?

L'étendue des tueries, la préparation minutieuse qui les a précédées, et surtout l'intention d'exterminer l'ethnie tutsi, montre qu'il s'agit incontestablement d'un génocide, comme celui des Arméniens ou des Juifs. Et cela, cinquante ans après que l'humanité eut juré "plus jamais ça"

Qu'il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, le génocide est un crime qui tombe sous le coup du droit international.

Il ne fait aucun doute que le dessein des auteurs de ces tueries était de faire disparaître à jamais le groupe tutsi. Ainsi, les massacres ont concerné toutes les catégories de la population : hommes, femmes, enfants, vieillards

Les Forces armées rwandaises (FAR) et le gouvernement rwandais sont les instigateurs de ces massacres, massacres qui ont été planifiés, encouragés, perpétrés et cautionnés.

LA FRANCE DANS LE GENOCIDE

"Il ne peut y avoir de neutralité face au génocide, d'impartialité face à une campagne d'extermination dirigée contre un groupe de population". Rapport de la Commission indépendante d'enquête sur les actions de l'Organisation des Nations unies lors du génocide de 1994 au Rwanda.

Pourtant, malgré l'évidence du génocide, l'attention de la communauté internationale est davantage tournée vers l'évacuation de ses ressortissants. Ainsi, le génocide se passe sans qu'interviennent les forces des Nations unies sur place ou les puissances occidentales.

Le 12 avril 1994, suite à l'assassinat de dix casques bleus et de la première ministre rwandaise, la Belgique retire ses troupes de la force des Nations unies. Par cette décision, le gouvernement belge prive les Nations unies de toute possibilité d'intervenir efficacement.

Le 21 avril, le Conseil de sécurité des Nations unies rappelle 2'000 hommes de la force de maintien de la paix. A la mi-juillet, quand le Front Patriotique Rwandais s'empare du pouvoir, seulement quelques centaines d'hommes sont sur place.Up

Une coopération militaire à la limite de l'engagement

L'Accord d'assistance militaire technique du 18 juillet 1975 marque le début des relations militaires entre la France et le Rwanda. D'octobre 1990 à 1993, la présence militaire française est renforcée dès que surviennent des risques sérieux d'un retournement de la situation sur le terrain au profit du FPR. Ainsi, en février 1993, le FPR aurait très probablement remporté une victoire militaire décisive en l'absence du renfort de l'armée française.

La France ne s'est pas contentée de soutenir les Forces Armées Rwandaises (FAR), elle s'est partiellement engagée dans la guerre contre le FPR : les militaires français ont dû rappeler à l'état-major rwandais les méthodes de raisonnement tactique les plus élémentaires, l'aider à préparer et à donner des ordres, à établir des cartes S'agissait-il toujours d'une simple mission d'assistance et de conseil ?

Par ailleurs, dès le début des années 90, le régime d'Habyarimana a obtenu un soutien diplomatique et idéologique de la part du gouvernement français : ce dernier n'a pas su apprécier à sa juste valeur la dérive politique du gouvernement. Les pressions exercées sur le président Habyarimana pour une démocratisation de son régime sont restées faibles et sans commune mesure avec l'intensité de la coopération militaire.

La France et le génocide

Durant le génocide, la France soutient le désengagement des Nations unies au Rwanda par le vote au Conseil de sécurité de la résolution 912, le 21 avril 1994, qui réduit la MINUAR à moins de 300 hommes sur le terrain.

Par ailleurs, lors de la session annuelle de la Commission des droits de l'homme des Nations unies de 1994, la France bloque la mise en accusation "d'actes de génocide contre les Tutsi " portée par la Commission internationale d'enquête sur les violations des droits de l'homme au Rwanda, pour éviter que ce pays fasse l'objet d'un débat public.

En outre, une unité de l'armée française, le Détachement d'assistance militaire d'instruction (DAMI) aurait également entraîné une milice, laquelle a donné naissance aux escadrons de la mort, les Interahamwe.Up

En juin 1994, le gouvernement français lance l'"Opération Turquoise", sous mandat des Nations unies. Cette opération permet l'installation d'une zone de sécurité dans le sud-ouest du pays, ce qui a contribué à protéger la population civile des attaques des forces armées et des milices, ainsi que de celles du FPR. Toutefois, cette zone a aussi permis le passage de membres du gouvernement génocidaire à l'étranger et ce sans que la France ne procède à leurs arrestations. De plus, l'activité des milices et des FAR n'a pas totalement été maîtrisée dans cette zone.

L'ARMEMENT DU RWANDA

Les armes à feu ont joué un rôle déterminant dans le génocide.

Photo

Excavation d’un charnier à Bigogwe
© Amnesty International

Détenues pour l'essentiel par les forces armées gouvernementales, elles ont permis de briser les résistances dans les églises et les lieux de refuge, les survivants étant achevés à la machette.

Le rôle de la France

Entre 1990 et avril 1994, les livraisons d'armes et de munitions se font de manière régulière. De plus, à chaque offensive du FPR, la France accroît sensiblement ses livraisons d'armes aux FAR et continue à les entretenir.

La France aurait suspendu toute exportation d'armes à compter du 8 avril 1994. Toutefois, selon le colonel Luc Marchal, commandant du contingent belge de la MINUAR, qui se trouvait à Kigali lors de l'arrivée des premiers avions français le 8 et 9 avril 1994, l'un des avions français transportait des munitions pour les Forces Armées Rwandaises.

En outre, des livraisons d'armes ont été effectuées sur l'aéroport de Goma (ex-Zaïre) après le 17 mai 1994. Ces armes auraient été destinées aux forces africaines de l'opération Turquoise, selon le ministre de la Coopération de l'époque, Michel Roussin.Up

Une aide de différents pays

L'Egypte vend 6 millions de dollars d'armes au Rwanda en mars 1992, grâce à une garantie bancaire du Crédit Lyonnais. L'Afrique du Sud a fourni une grande quantité d'armements et de munitions (9 millions de dollars de vente). D'après l'Agence américaine pour le contrôle des armes et le désarmement, les importations d'armes du Rwanda de toutes provenances entre 1981 et 1988 totalisent à peine 5 millions de dollars.

Le 17 mai 1994, les Nations unies décident un embargo sur les armes.

La reconnaissance des responsabilités

En mai 1994, le secrétaire général des Nations unies, Boutros Boutros-Ghali, reconnaît qu'en ne mettant pas un terme au génocide, la communauté internationale a manqué à ses obligations envers le peuple rwandais.

En 1998, le président américain Bill Clinton présente ses excuses pour ne pas avoir répondu aux appels à l'aide du Rwanda, et Kofi Annan, secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix lors du génocide, exprime ses regrets.

Le 7 avril 2000, à Kigali, le premier ministre belge, Guy Verhofstadt, présente ses excuses, au nom de son pays et de son peuple, et demande le pardon du peuple rwandais.

L'archevêque de Canterbury présente ses excuses au nom de l'Eglise anglicane et le Pape appelle les membres du clergé coupables de crimes à avoir le courage de les assumer.

Divers dirigeants de la communauté internationale reconnurent qu'ils auraient dû intervenir pour arrêter les massacres.

Le silence de la France

En 1998, une mission parlementaire d'information est créée pour étudier la politique de la France avant et pendant le génocide.

Toutefois, si la France a fini par parler du génocide, on n'a jamais entendu aucune condamnation officielle de ses auteurs ; ni de reconnaissance de sa part de responsabilité dans la tragédie rwandaise.

LA JUSTICE

L'un des défis majeurs post-génocide est de rendre la justice à l'égard des victimes, afin de guérir les déchirures profondes du tissu social rwandais.Up

La justice nationale

Les procès pour génocide ont commencé en décembre 1996.

Si le début de ces procès a marqué la fin d'une culture de l'impunité, de profondes inquiétudes quant à l'équité des procès existent : arrestations arbitraires, violations des droits humains, hostilité de l'environnement socio-politique.

Face à l'ampleur de la tâche à accomplir, en mars 2001, une solution parallèle est instituée : les juridictions "gacaca" inspirées du système communautaire traditionnel de résolution des conflits.

Toutefois, si les" gacaca " ouvrent des perspectives prometteuses, l'absence des garanties minimales du procès équitable risque d'entraver son bon fonctionnement.

Réveil de la communauté internationale

Le 8 novembre 1994, l'ONU crée le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) chargé de juger les personnes suspectées de génocide au Rwanda en 1994.

Outre des problèmes de dysfonctionnement interne, le TPIR doit faire face à des relations difficiles avec le Rwanda, dues à la lenteur de son action, à la découverte de personnes soupçonnées de génocide parmi les enquêteurs de la défense , mais également à la volonté du Tribunal d'enquêter sur les exactions commises par le FPR. Or, son efficacité dépend de la coopération du Rwanda, qui contrôle les mouvements des témoins et les accès aux sites du génocide.

De plus, peu après le début du génocide, des Rwandais impliqués dans les massacres ont fui en Europe et ailleurs. Dans les années qui ont suivi, certains Etats étrangers ont commencé à juger ces personnes en application de leur législation nationale : la Suisse, la Belgique ou le Canada.Up

Malheureusement, les autorités françaises se sont une nouvelle fois illustrées par leur absence.

En intégrant le statut du TPIR dans son ordre juridique interne par une loi du 22 mai 1996, la France s'est dotée d'un mécanisme de compétence universelle lui imposant le jugement ou l'extradition des personnes soupçonnées d'actes de génocide au Rwanda.

Depuis 1994, les plaintes déposées devant les juridictions françaises ont connu des sorts divers : du non-lieu à la remise en liberté sans passer par la condamnation.

Photo

Prison centrale de Kigali (Février 1998)
© Amnesty International

Toutefois, les procédures ont toujours été le fait de constitution de partie civile et, à ce jour, jamais le parquet n'a engagé de son propre chef une procédure.

Les prisons rwandaises

Le nombre de détenus dépasse les capacités pénitentiaires du pays. A l'heure actuelle, le Rwanda compte 90'000 détenus. Les conditions de détention constituent des traitements cruels, inhumains et dégradants.

En outre, des dizaines de milliers de détenus sont incarcérés dans des centres de détention de l'administration locale, les "cachots", structures rudimentaires construites pour recevoir des détenus pour quarante-huit heures au maximum, avant leur transfert en prison.

Les résultats de la justice

Le nombre des individus jugés depuis décembre 1996 ne représente que 8% des 120'000 personnes placées en détention pour génocide ou pour d'autres crimes contre l'humanité. Aucun condamné n'a été exécuté depuis avril 1998, date à laquelle 22 personnes avaient été exécutées en public.

Devant le TPIR, 19 affaires sont aujourd'hui terminées et 58 restent en cours.
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