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LE RAPPORT DE L'OMS

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NATIONS UNIES, OCTOBRE 2008 | LE RAPPORT ANNUEL DE L’ORGANISATION MONDIAL DE LA SANTE SUR "LA SANTE DANS LE MONDE"
__Le Rapport de l'OMS préconise un retour aux soins de santé primaires

Un renouveau des soins de santé primaires
Face aux inégalités criantes en matière sanitaire dans le monde, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise un retour aux soins de santé primaire, dans son Rapport sur la santé dans le monde 2008 publié le 14 octobre 2008, à Genève.
"Nous encourageons les pays à revenir aux fondamentaux", a déclaré la directrice générale de l'OMS, Margaret Chan, lors du lancement du rapport à Almaty, au Kazakhstan. "Un monde fortement déséquilibré en matière de santé n'est ni stable ni sûr".
Le rapport intitulé : Les soins de santé primaires maintenant plus que jamais commémore le 30e anniversaire de la Conférence internationale d'Alma-Ata sur les soins de santé primaires qui s'est tenue en 1978. Cet événement fut le premier à inscrire l'équité en matière de santé au projet politique international.
Les différences d'espérance de vie entre les pays les plus riches et les plus pauvres dépassent désormais 40 ans. Sur les quelque 136 millions de femmes qui accoucheront cette année, près de 58 millions ne bénéficieront d'aucune assistance médicale ni pendant l'accouchement ni après, ce qui met en jeu leurs vies et celles de leurs nourrissons.
Sur le plan mondial, les dépenses publiques de santé varient entre 20 dollars par personne et par an et plus de 6’000 dollars. Avec l'augmentation des coûts de la santé et la désorganisation des systèmes de protection financière, les dépenses personnelles de santé poussent désormais chaque année 100 millions de personnes sous le seuil de pauvreté.
Des différences considérables en matière de santé existent entre pays et à l'intérieur des pays, et parfois au sein d'une même ville. A Nairobi, par exemple, le taux de mortalité des moins de cinq ans est inférieur à 15 pour mille dans les quartiers à revenu élevé. Dans une zone de taudis de la même ville, ce taux atteint 254 pour mille.
“Une mortalité maternelle, infantile et des moins de cinq ans élevée révèle un manque d'accès à des services de base tels que l'approvisionnement en eau propre et l'assainissement, la vaccination et une nutrition appropriée,” a déclaré la directrice générale du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), Ann M. Veneman. “Des soins de santé primaires incluant des services intégrés au niveau de la collectivité peuvent contribuer à améliorer la santé et à sauver des vies.”
Pour améliorer les performances des systèmes de santé, le rapport préconise un retour aux soins de santé primaires. La comparaison entre des pays ayant le même niveau de développement montre que ceux dont les soins de santé sont organisés selon les principes des soins de santé primaires assurent un niveau sanitaire plus élevé pour le même investissement.
Il arrive bien trop souvent que ce soient les gens riches et en meilleure santé qui aient le meilleur accès aux meilleurs soins, alors que les pauvres sont livrés à eux-mêmes. Les soins de santé sont souvent dispensés selon un modèle qui se concentre sur les maladies, sur les technologies de pointe et sur les soins spécialisés, la santé étant considérée comme le résultat d'interventions biomédicales et le pouvoir de la prévention largement ignoré.
Les spécialistes accomplissent parfois des tâches qui conviendraient mieux à des généralistes, des médecins de famille ou du personnel infirmier. Cela contribue à l'inefficacité, limite l'accès et prive les patients des possibilités de recevoir des soins complets. Lorsque la santé est laissée de manière disproportionnée aux mains des spécialistes, toute une série de mesures protectrices et préventives tend à se perdre.
L'OMS estime qu'un meilleur recours aux mesures préventives existantes permettrait de réduire la charge mondiale de morbidité de près de 70%.
Les inégalités en matière d'accès aux soins et de résultats sanitaires sont généralement plus marquées lorsque la santé est traitée comme une marchandise et les soins sont animés par la recherche du profit.
Lorsqu'ils sont correctement mis en oeuvre, les soins de santé primaires protègent contre nombre de ces problèmes. Ils favorisent une approche globale de la santé qui donne autant d'importance à la prévention qu'aux soins dans le cadre d'une continuité de soins qui s'étend tout au long de la vie.
Les soins de santé primaires offrent aussi le meilleur moyen de faire face à trois maux du 21e siècle : la mondialisation des modes de vies malsains, l'urbanisation rapide et anarchique, ainsi que le vieillissement de la population. Ces tendances contribuent à l'augmentation des maladies chroniques telles que cardiopathies et accidents vasculaires cérébraux, cancer, diabète et asthme, qui créent de nouvelles demandes de soins de longue durée et d'appui au niveau de la collectivité. Une approche multisectorielle est primordiale pour la prévention, car les principaux facteurs de risque de ces maladies sont extérieurs au secteur de la santé.
Le texte [du rapport] fustige trois tendances : les systèmes de santé "qui mettent l'accent de manière disproportionnée sur une offre étroite de soins curatifs spécialisés", ceux "dans lesquels la lutte contre la maladie, axée sur des résultats à court terme, fragmente la prestation des services", et enfin ceux où "un certain laisser-faire en matière de gouvernance a permis l'éclosion d'une marchandisation incontrôlée de la santé".
Pour répondre aux défis posés, l'OMS définit quatre types de réforme. La première vise à "réduire l'exclusion et les disparités sociales en matière de santé" par la "couverture universelle", combinant accès universel aux soins et à la Sécurité sociale. La deuxième concerne les "prestations de services", par la réorganisation des services de santé "sous forme de soins de santé primaires, c'est-à-dire autour des besoins et des attentes de la population".
La troisième a trait aux réformes des politiques publiques. Elles ont pour objet de rendre "les collectivités plus saines, en coordonnant les actions de santé publique avec les soins de santé primaires et en menant des politiques publiques saines dans tous les secteurs". Le rapport insiste sur le fait que la santé ne concerne pas le seul ministère de la santé, mais aussi ceux de l'éducation, du commerce, des transports…
Enfin, les "réformes de leadership" combinent l'implication des pouvoirs publics, la participation de tous les secteurs de la société et l'accroissement de la recherche sur les systèmes de santé. Paul Benkimoun, Le Monde, Paris, 14 octobre 2008.
Sources : Nations unies, New York et Genève, octobre 2008.

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