|
Retour

|
SUISSE, 30 JANVIER 2003. LA DECLARATION ACTION CONTRE LA FAIM ET LA PAUVRETE DU BRESIL ET DE LA FRANCE
__La France et le Brésil envisagent de taxer les armes pour combattre la faim
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da
Silva et le président français Jacques Chirac
se sont prononcés, le 30 janvier 2004, à
Genève, en faveur de l'instauration d'une taxe internationale
sur les ventes d'armes et les transactions financières,
afin de financer une relance de la lutte contre la faim dans
le monde. "La faim est une arme de destruction massive
qui tue 24'000 personnes chaque jour et 11 enfants chaque minute",
a rappelé Lula.
Cette proposition commune fait suite à une idée
lancée par le président brésilien au sommet
du G8 à Evian (France) en juin 2003. Issu d'une famille
de paysans pauvres du nord-est brésilien, Lula avait
proposé de créer un fonds de lutte contre la
faim, financé par une taxe sur les ventes d'armes ou
par un pourcentage du service de la dette des pays pauvres, reversé
par les pays créanciers.
|
 |
|
Réunion quadripartite entre Luiz Inacio Lula da Silva, président de la République du Brésil, Jacques Chirac, président de la République française, Ricardo Lagos Escobar, président de la République du Chili et Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies. Photo Elysée.
|
Lula et Jacques Chirac ont signé une déclaration
- à laquelle ils ont associé le secrétaire
général des Nations unies Kofi Annan et le
président chilien Ricardo Lagos - dans laquelle
ils se prononcent pour l'établissement de "taxes sur
certaines transactions internationales comme, entre autres, certains
types de ventes d'armes et certaines transactions financières".
Les ressources ainsi recueillies iront à un "fonds
spécial" de lutte contre la faim, que Jacques Chirac
a surnommé "le Fonds Lula".
Le président français a qualifié de "scandale" la faim dans le monde et estimé que le chiffre de 50 milliards de dollars nécessaire chaque année pour atteindre les objectifs du millénaire fixés par les Nations unies (réduire de moitié le nombre de personnes sous alimentées d'ici à 2015) était "une goutte d'eau" en regard du commerce et de la richesse mondiales. "Cinquante milliards, c'est peu de choses, mais si nous les attendons d'un quasi-doublement de l'aide publique au développement, nous ne les aurons pas", a-t-il averti.
LA DECLARATION ACTION CONTRE LA FAIM ET LA PAUVRETE
1. A l'initiative du Président Luiz Inácio
Lula da Silva, nous, Jacques Chirac, président
de la République française, Luiz Inácio
Lula da Silva, président de la République fédérative
du Brésil, Ricardo Lagos, président de la
République du Chili et Kofi Annan, secrétaire
général de l'Organisation des Nations unies, nous
sommes réunis ce jour, 30 janvier 2004, à
Genève, pour un échange de vues sur les questions
sociales et économiques mondiales, et notamment sur la
question de l'éradication de la pauvreté et de
la faim.
2. Nous avons souligné la nécessité
d'un multilatéralisme effectif et, à cet égard,
avons réaffirmé le rôle central des Nations
unies et avons réitéré notre soutien au processus
de réforme engagé par le Secrétaire général
[des Nations unies].
3. Nous avons exprimé notre vive inquiétude
face aux tragédies humaines provoquées par la faim
et la pauvreté dans le monde. Nous avons rappelé
qu'un milliard 100 millions de personnes luttent pour survivre
avec moins d'un dollar par jour; qu'environ 840 millions de personnes
souffrent de la faim et que, selon les estimations, 24 000 personnes
meurent chaque jour - 11 enfants de moins de cinq ans chaque minute
- des suites de la faim. Nous avons mis en relief les liens négatifs
existant entre la faim et la pauvreté, la santé,
l'éducation et le développement. La faim est propice
à la propagation de la maladie, limite les facultés
d'apprentissage des enfants, réduit les capacités
de travail et désorganise les sociétés. Nous
avons mis l'accent sur l'effet multiplicateur de la propagation
du VIH/SIDA sur la faim et la pauvreté, en particulier
en Afrique.
4. Nous avons exprimé notre ferme détermination à uvrer ensemble afin de promouvoir une coopération internationale accrue et d'accroître la disponibilité des ressources pour faire face aux défis socio-économiques urgents, en particulier celui de la faim et de la pauvreté. Nous avons également marqué notre soutien aux travaux entrepris sous les auspices de la FAO/OAA sur le droit à une nourriture adéquate.
5. Nous avons souligné que les buts et objectifs
quantifiables et assortis d'échéances, convenus
lors du Sommet du Millénaire, et en particulier l'objectif de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées d'ici à 2015, demeurent l'axe de la lutte contre la faim et la pauvreté. La mise en uvre des Objectifs de développement pour le Millénaire (ODM) demeure inégale et lente. Un grand nombre de nations, notamment en Afrique et parmi les pays les moins avancés, ne seront pas en mesure d'atteindre ces objectifs de développement, malgré leurs efforts, à moins de recevoir des ressources extérieures et un appui substantiels.
6. Alors que les pays en développement continuent
de faire des efforts importants pour réduire la pauvreté,
nous avons également mis l'accent sur la relation entre
développement et réduction de la pauvreté,
ainsi que sur l'importance de progrès constants dans la
gouvernance. Dans ce contexte, nous avons souligné la nécessité
de poursuivre les efforts déployés pour une meilleure
prise en compte du fardeau de la dette, l'augmentation des flux
d'APD et la réduction des incertitudes du système
commercial international, dans le but de faciliter le développement.
7. Nous nous sommes accordés à penser
que le "Dialogue élargi" entre le G-8 et les
pays en développement constitue une initiative importante
dans la recherche de solutions aux défis socio-écomiques
actuels, en particulier l'éradication de la faim et de
la pauvreté.
8. Nous avons pris acte de l'émergence du G-20
et nous souhaitons qu'il joue un rôle positif dans la mise
en place d'un système commercial multilatéral qui
offre des opportunités à tous ses partenaires.
9. A la lumière de ces défis, nous avons
considéré qu'il était vital de forger un
partenariat réellement planétaire pour mobiliser
la volonté politique et le soutien financier, impliquer
les gouvernements, le système des Nations Unies et les
institutions financières, réorienter les priorités
et les politiques de développement et renforcer les capacités,
en associant à cette initiative des acteurs de la société
civile et du secteur privé.
10. Nous avons rappelé que la Conférence internationale de Monterrey sur le financement du développement et le Sommet mondial de Johannesburg sur le développement durable ont fourni des paramètres importants pour établir une coalition et assurer un soutien en vue d'un partenariat planétaire. Ces efforts appellent une mise en uvre rapide des engagements ainsi qu'une action de la part à la fois des pays en développement et des pays développés, notamment par des partenariats avec les ONG et les entreprises privées. Nous avons également souligné que des financements adéquats doivent être apportés aux organismes des Nations Unies. Des sources innovantes de financement devraient également être explorées.
11. Fermement déterminés à établir
des partenariats solides, et afin d'intensifier les efforts en cours pour la mise en uvre des ODM :
nous appuyons l'objectif d'une alliance mondiale contre
la faim et la pauvreté, dans le cadre de laquelle les pays
en développement recevront un appui continu à leurs
efforts nationaux en vue d'assurer un développement soutenu,
des politiques sociales efficaces et des institutions démocratiques
fortes, y compris par l'allégement des dettes, l'investissement
direct et autres flux de capital à long terme, l'augmentation
de l'aide, ainsi qu'un commerce plus équitable;
nous invitons les dirigeants du monde à rejoindre
cette alliance, en ayant à l'esprit que, selon les termes
du Secrétaire général, "un monde prisonnier
de la faim, de la maladie et de la pauvreté ne peut être
un monde de paix";
 nous appelons à des contributions substantielles
de la part des pays donateurs et du secteur privé aux différents
fonds et initiatives pour combattre la faim et la pauvreté,
parmi lesquels le FIDA, le Programme alimentaire mondial, le Fonds
spécial pour la sécurité alimentaire de la
FAO/OAA, le Fonds de solidarité mondiale et le fonds fiduciaire
mis en place par le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud
dans le cadre du PNUD (Fonds IBSA pour l'élimination de
la faim et de la pauvreté);
nous invitons également la Banque mondiale et
les autres institutions financières, y compris les banques
régionales de développement, à accroître
leurs programmes dans ce domaine;
nous encourageons fermement, dans ce contexte, ces organisations
et initiatives internationales à coordonner davantage leurs
activités, en donnant au Secrétaire général
un rôle accru de supervision et de suivi.
12. Afin de contribuer par des actions concrètes
à la lutte contre la faim et la pauvreté et
pour aider à combler le fossé financier qui met
en péril la réalisation de l'objectif de développement
pour le Millénaire consistant à réduire le
nombre de personnes sous-alimentées de moitié d'ici
à 2015, Nous, Jacques Chirac et Luiz Inácio Lula
da Silva, décidons de mettre en place un groupe technique
chargé d'étudier les différentes propositions
pour :
promouvoir des sources innovantes de financement,
telles qu'une Facilité internationale de financement, proposée
par le Gouvernement britannique, ainsi que des taxes sur certaines
transactions internationales comme, entre autres, certains types
de ventes d'armes et certaines transactions financières.
Des mécanismes pour la participation de sources de financement
privées volontaires devraient également être
envisagés.
examiner des mécanismes propres à orienter
efficacement ces éventuelles ressources additionnelles
vers un fonds spécial de lutte contre la faim et la pauvreté,
sous le contrôle des institutions multilatérales
appropriées. Un tel fonds devrait répondre, en priorité,
aux besoins les plus urgents dans le domaine de l'éradication
de la faim et de la lutte contre la pauvreté.
étudier les moyens par lesquels les institutions
spécialisées des Nations Unies et le PNUD pourraient
accompagner l'action de la FAO/OAA, du PAM et du FIDA et d'autres
programmes des Nations Unies dans l'identification, la dissémination
et la promotion des meilleures pratiques pour lutter contre la
faim et la pauvreté.
13. Le groupe technique sera composé d'experts
du Brésil, de la France et d'autres pays intéressés
et préparera un rapport sur les sujets mentionnés
ci-dessus d'ici à septembre 2004, en tant que contribution
au travail sur les sources innovantes de financement en cours
au sein des Nations Unies et d'autres instances.
14. Nous, Jacques Chirac et Luiz Inácio
Lula da Silva, exprimons notre intérêt pour la poursuite du " dialogue élargi " du G-8, afin qu'une discussion sur des moyens novateurs de financer la lutte contre la faim et la pauvreté puisse avoir lieu. Nous proposons également que la question soit discutée par les Etats Membres pendant les prochaines sessions des organes directeurs du FIDA, de la FAO/OAA et du PAM, ainsi que dans le cadre de l'Assemblée générale à sa cinquante-neuvième session, et par les dirigeants mondiaux lorsqu'ils se rencontreront en 2005 pour évaluer les progrès réalisés dans la mise en uvre des ODM.
15. Le Secrétaire général [des
Nations unies] accueille ces propositions avec satisfaction.
Source : Présidence de la République,
France, janvier 2004.
|