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Textes de référence - 2004


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6 juin 1944 - 2004

LES DISCOURS

JACQUES CHIRAC
Colleville-sur-mer
Arromanches
Caen

GEORGES W. BUSH
Colleville-sur-mer

GERHARD SCHRODER
Caen

FRANCE, 6 JUIN 2004 / LE 60e ANNIVERSAIRE DU DEBARQUEMENT ALLIE EN NORMANDIE
__La commémoration du 6 juin 1944 : Alliés d'hier et l'Allemagne, unis sur les plages de Normandie


Photo Elysée, 2004.

Photo Elysée, 2004

Le 6 juin 2004, 22 chefs d'Etat et de gouvernement de 15 pays, parmi lesquels le président américain Georges W. Bush, la reine d'Angleterre Elisabeth II et le premier ministre britannique Tony Blair, ont participé en Normandie, à l'invitation du président français Jacques Chirac, aux commémorations du 60e anniversaire du débarquement allié qui marqua le début de la libération de l'Europe et de la défaite nazie. Pour la première fois, un chancelier allemand, Gerhard Schröder, et un dirigeant russe, le président Vladimir Poutine ont participé à la célébration à laquelle plus d'un millier de vétérans ont participé.

Près de 150'000 soldats alliés (principalement américains, anglais et canadiens) débarquèrent sur les plages normandes le 6 juin 1944. Près de 60'000 soldats alliés ont été tués en Normandie durant le printemps et l'été 1944. 75'000 soldats allemands y sont enterrés. 20'000 civils ont péri.

Jacques Chirac et George W. Bush ont présidé, le matin, au cimetière américain de Colleville-sur-mer, face à Omaha Beach, la cérémonie franco-américaine du 60e anniversaire du Débarquement. La France "n'oubliera jamais ce qu'elle doit à l'Amérique, son amie de toujours, à tous ses Alliés grâce auxquels l'Europe enfin réunifiée vit dans la paix, la liberté et la démocratie", a déclaré le président français devant son homologue américain.

"Une certaine idée de l'homme"

Le sacrifice des combattants alliés du 6 juin 1944 et le "message" qu'ils ont portés "nous font devoir", a souligné Jacques Chirac, qui a rappelé notamment le "devoir de fidélité à nos valeurs".

Lors du Débarquement, les "deux peuples [français et américains] ont défendu côte à côte, dans la fraternité du sang versé, une certaine idée de l'homme, une certaine idée du monde", qui "est au coeur de la Charte des Nations unies", a assuré le président français, qui a fait remarquer qu'il "y a 60 ans, les soldats de la liberté ont porté les armes pour faire triompher des valeurs auxquelles aspire l'humanité tout entière : une vision de l'homme et de sa dignité, la paix, la liberté et la démocratie. […] Ce combat [...] reste un combat de chaque instant".Up

Et en ce 60e anniversaire du Débarquement en Normandie, "ce moment de mémoire porte également une parole de paix", a-t-il estimé. "Le glorieux combat de ces hommes auxquels nous rendons hommage est une exigence pour l'avenir, un devoir pour le présent".

Les événements de 1944 imposent donc non seulement un "devoir de mémoire", mais aussi un "devoir de vigilance pour combattre sans merci toutes ces résurgences, tous ces ferments de haine qui se nourrissent de l'ignorance, de l'obscurantisme et de l'intolérance". Ils exigent également un "devoir de fidélité à nos valeurs", afin de "construire cette société du respect et du dialogue, de la tolérance et de la solidarité, qui fut l'essence même du combat que nous commémorons".

Georges W. Bush a, pour sa part, souligné que "la France a été la première amie des Etats-Unis dans le monde", en allusion au soutien français aux Américains lors de la guerre d'indépendance contre les Anglais, à la fin du 18e siècle.

Rester fidèles aux "valeurs humanistes"

Les chefs d'Etat et de gouvernement ont assisté, dans l'après-midi, devant la plage d'Arromanches où débarquèrent, le 6 juin 1944 à l'aube, les troupes britanniques, à la cérémonie internationale. Anciens alliés et ennemis de la Seconde Guerre mondiale ont célébré dans la gravité ont exalté leurs valeurs communes de tolérance face à l'obscurantisme.

"Face aux dangers du temps et du monde, ce monde où la violence et la haine enflamment trop souvent les hommes et les peuples, le message des héros de ce "Jour le plus long", le flambeau que nos pères ont porté si haut et qu'ils nous ont transmis sont notre héritage commun", a déclaré Jacques Chirac, qui a appelé à "rester fidèles" aux "valeurs humanistes" pour lesquelles ces jeunes hommes "ont donné leur vie" le Jour J.

La responsabilité historique de l'Allemagne dans la guerre

Jacques Chirac et le chancelier allemand Gerhard Schroeder ont dévoilé, en fin d'après-midi, au Mémorial pour la paix, à Caen, une plaque indiquant que les deux hommes ont présidé "la première cérémonie commune du Débarquement du 6 juin 1944".Up

Le chancelier allemand a souligné la responsabilité historique de l'Allemagne dans la guerre et rendu hommage aux soldats alliés qui ont affronté les forces nazies le 6 juin 1944. "Nous connaissons notre responsabilité historique et nous la prenons au sérieux. […] L'Europe a appris sa leçon et particulièrement nous, Allemands, ne nous déroberons pas". Il a remercié ceux qui ont été privés "il y a soixante ans de vivre cette vie plus heureuse".

"Les Françaises et les Français vous reçoivent plus que jamais comme un ami, ils vous reçoivent en frère", a lancé le chef de l'Etat français, qui a affirmé que la réconciliation franco-allemande "offre une véritable espérance" à ceux "qui s'affrontent dans la nuit interminable de la haine et du ressentiment".

Sources: presse française, juin 2004.

GEORGES BUSH ET JACQUES CHIRAC. L'échange de cadeaux entre les deux présidents a été […] révélateur […] de l'état d'esprit qui les anime l'un envers l'autre. M. Bush a offert à M. Chirac les mémoires du général Omar Bradley, commandant en second du débarquement du 6 juin, et il en a reçu une édition de 1850 de De la démocratie en Amérique, la célèbre analyse de la société américaine écrite par le Français Alexis de Tocqueville. "Rappelez-vous ce que vous nous devez", semblait dire l'un. "Etudiez votre histoire", suggérait l'autre. […]

Accueilli par M. Bush au cimetière de Colleville, M. Chirac a prononcé un discours qui visait à effacer le souvenir de l'ingratitude ressentie par une grande partie de l'opinion américaine en 2003. "La France n'oubliera jamais", a dit le chef de l'Etat, en parlant du sacrifice des soldats morts sur les plages normandes.

Mais le président français a affirmé, aussi, que les deux pays partagent, depuis plus de deux cents ans, "une certaine idée de l'homme, une certaine idée du monde", qui sont "au cur de la Charte des Nations unies". Autrement dit, quand il s'est opposé à M. Chirac et a attaqué l'Irak, il y a presque quinze mois, sans y avoir été autorisé par l'ONU, c'est M. Bush qui a été infidèle à l'idéal commun. C'est M. Bush qui a "oublié". Patrick Jarreau, Le Monde, Paris, 8 juin 2004

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