GENEVE, 16 MARS 2004 / REUNION DES MINISTRES FEMININES DES AFFAIRES ETRANGERES
__Micheline Calmy-Rey lance une initiative mondiale contre la violence faite aux femmes
A l'initiative de la ministre suisse des affaires étrangères
Micheline Calmy-Rey, les ministres féminines des
affaires étrangères ont adopté, le 16
mars 2004, à Genève, une initiative commune
pour lutter contre la violence exercée contre les femmes.
L'annonce de cette initiative coïncide avec les travaux de
la 60e session de la Commission des droits de l'homme des Nations
unies, réunie du 15 mars au 23 avril 2004 à Genève.
Une déclaration sur une action commune à
mener contre la violence fondée sur le genre a été
publiée à l'issue d'une rencontre qui a rassemblé
vingt femmes ministres des affaires étrangères du
monde entier, auxquelles se sont associées des représentantes
de nombreux pays.
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Rencontre des femmes Ministres des affaires étrangères et dignitaires sur le thème de la violence à l'égard des femmes lors de la 60ème session de la Commission des droits de l'homme- Photo: Copyright DFAE Service d'Information
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"La violence contre les femmes est intolérable",
a déclaré Micheline Calmy-Rey lors d'une conférence
de presse organisée à l'issue de la rencontre. Elle
peut revêtir différentes formes, du viol à
l'excision, en passant par les violences physiques et morales,
l'inégalité des chances ou l'exploitation. Une femme
sur trois est touchée dans le monde. Les ministres sont
résolues à lutter contre la violence faite aux femmes
et à supprimer les inégalités entre les sexes,
a souligné la ministre suisse.
Les femmes ministres des affaires étrangères
sont ensuite intervenues devant la Commission des droits de l'homme,
au Palais des Nations. Elles ont appelé les responsables
politiques et la société civile du monde entier
à soutenir leurs efforts pour lever les obstacles qui empêchent
les femmes de jouir du plein exercice de leurs droits fondamentaux.
Cette dénonciation de la "Violence contre les femmes"
fait suite à l'initiative de septembre 2003 sur les "Femmes
et les migrations" qu'avait lancée la ministre des
affaires étrangères du Salvador, María
Eugenia Brizuela de Avila, en marge de l'Assemblée
générale des Nations unies à New York.
L'initiativede Micheline Calmy-Rey vient s'ajouter à
"divers évènements phares" - comme la
journée de tolérance zéro pour les mutilations
génitales féminines - qui visent à renforcer
en 2004 "la lutte contre la violence basée sur le
genre":
10e anniversaire de la création du poste de rapporteur spécial des Nations unies sur la violence contre les femmes, y compris ses causes et ses conséquences;
Année internationale de commémoration de la lutte contre l'esclavage et de son abolition - avec référence aux formes contemporaines de l'esclavage, à savoir le trafic des personnes;
10e anniversaire de l'adoption de la Convention interaméricaine pour la prévention, la sanction et l'élimination de la violence contre les femmes (Convention de Belem do Parà);
Pour la première fois cette année, un jour le 6 février a été déclaré Journée de tolérance zéro pour les mutilations génitales féminines.
Le réseau des femmes ministres étrangères
se réunira une nouvelle fois à l'automne 2004 lors
de l'Assemblée générale des Nations unies
à New-York.
"NOUS NOUS ENGAGEONS A INTERVENIR CONTRE LA VIOLENCE SEXISTE"
A l'initiative de la ministre suisse des affaires étrangères
Micheline Calmy-Rey, trente-deux femmes ministres des cinq
continents, présentes pour la plupart à la 60e session
de la Commission des droits de l'homme des Nations unies
à Genève, ont signé une déclaration
dénonçant la violence exercée à l'égard
des femmes. En voici de larges extraits.
La violence contre les femmes empêche celles-ci
de jouir de leurs droits humains. Des femmes et des jeunes filles
sont victimes d'innombrables actes de violence à travers
le monde, au simple motif qu'elles sont de sexe féminin.
Nous nous unissons aujourd'hui pour élever notre voix
contre ces violations très généralisées
des droits humains dont sont victimes des femmes de tout âge,
de toute origine ethnique et de toute religion. Certes, les vingt
dernières années ont vu des changements significatifs
dans la reconnaissance du problème de la violence sexo-spécifique.
Cependant, rien n'a changé dans l'importance et la fréquence
des agressions subies par les femmes de tous bords.
En tant que femmes ministres et représentantes de gouvernements,
nous avons l'occasion unique de nous pencher sur les questions
de genre dans la poursuite de notre objectif général,
qui est de promouvoir la paix, la démocratie, la protection
et la promotion des droits humains. Cependant, cet objectif ne
peut être atteint sans s'attaquer à la pauvreté
extrême qui, de nos jours, porte essentiellement un visage
féminin.
La sauvegarde de la dignité et de la liberté des femmes, la protection de leur santé et de leur subsistance, la promotion de leur éducation et leur responsabilisation doivent être au cur de notre engagement politique pour une société démocratique, juste et équitable. Le renforcement du pouvoir des femmes contribuera également à la lutte contre la pandémie du VIH/ sida.
A ce titre, nous rappelons que les Nations unies ont choisi pour la Journée internationale des femmes de cette année le thème "femmes et VIH/sida". Nous nous engageons à sensibiliser le public à l'interconnexion entre la violence sexuelle exercée à l'égard des femmes et leur vulnérabilité au VIH/AIDS, et d'éliminer toute forme de stigmatisation et de discrimination liées aux VIH/sida. [
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Cette année, le 6 février a été
déclaré Journée internationale de tolérance
zéro pour les mutilations génitales féminines.
A ce sujet, nous affirmons notre refus de tolérer toute
forme de violence fondée sur le genre, y compris les pratiques
traditionnelles affectant la santé de plus de 100 millions
de femmes et d'enfants. Nous sommes profondément convaincues
que des facteurs sociaux, culturels ou religieux ne peuvent justifier
en aucun cas les abus de droits humains.
Les conflits armés continuent de ravager le monde, devenant de plus en plus vicieux. Les femmes et filles souffrent disproportionnément durant et après les guerres. Elles forment la majorité des réfugiés et personnes déplacées à l'intérieur de leurs pays. Les femmes et les filles sont la cible de viols et d'abus sexuels, atrocités utilisées comme armes de guerre tout au long de l'histoire. Nous avons la ferme conviction qu'une attention accrue doit être accordée aux conséquences des conflits sur les femmes et les filles et, en particulier, à leur protection des violences sexo-spécifiques. Nous réitérons notre entier soutien pour la mise en uvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies et réaffirmons le rôle important des femmes dans la prévention et la résolution des conflits.
L'initiative sur "la violence à l'égard
des femmes" que nous lançons cette année
à l'occasion de la 60e session de la Commission des droits
de l'homme reflète notre détermination à
nous opposer à toute tentative de neutraliser les efforts
déployés pour la promotion des droits humains de
la femme.
L'indifférence qui entoure les droits humains de la
femme doit être inversée et devenir un engagement
sincère en faveur de la protection et de l'avancement des
femmes. Les déclarations dénonçant la violence
exercée contre les femmes doivent se traduire par des actes.
Nous appelons les leaders politiques et la société
civile du monde entier à se joindre à nos efforts
et lever les obstacles qui empêchent les femmes d'avoir
la pleine jouissance de leurs droits humains.
Nous nous engageons à poursuivre le développement de politiques conformes au Programme d'action de Pékin, à intervenir contre la violence exercée contre les femmes, à renforcer la mise en uvre des lois protégeant les droits humains des femmes, à élaborer des stratégies contre les racines de la violence sexo-spécifique et à attirer l'attention de la communauté internationale sur cette tragédie.
Nous appelons les Etats qui n'ont pas encore ratifié
ou adhéré à la Convention sur l'élimination
de toutes les formes de discrimination à l'égard
des femmes de le faire. Nous demandons aux gouvernements de s'engager
fermement à ce que les droits consacrés dans cette
Convention deviennent une réalité pour toutes les
femmes dans le monde.
La violence contre les femmes n'est pas un "sujet des
femmes", elle nous concerne tous. Chacun de nous doit assumer
sa part de responsabilité dans l'éradication de
la violence sexo-spécifique. Assurons-nous que ce message,
proclamé haut et fort, soit entendu, en particulier par
celles et ceux qui ont le plus grand besoin de l'entendre.
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