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La position française
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SEA ISLAND 8-9 JUIN 2004 / SOMMET DES CHEFS D'ETAT ET DE GOUVERNEMENT DU G8
__Un Partenariat pour le progrès et pour un avenir commun avec la région du Moyen-Orient élargi et de lAfrique du Nord
Malgré des divergences sérieuses sur la manière
d'agir en Irak et au Proche-Orient, en particulier entre les Etats-Unis
et la France, le "partenariat pour le progrès et
un avenir commun" dans le "Grand Moyen-Orient
et l'Afrique du Nord" a été adopté par
les pays du G8 - les huit pays les plus industrialisés
: Etats-Unis, Japon, Canada, Allemagne, France, Grande-Bretagne,
Italie, Russie -, le 9 juin 2004, à Sea Island (Georgie,
Etats-Unis).
Les dirigeants du G8 se déclarent "conscients que
la paix, le développement politique, économique
et social, la prospérité et la stabilité
des pays du "Grand Moyen-Orient", représentent
un défi pour nous et pour l'ensemble de la communauté
internationale". "En conséquence, ajoutent-ils,
nous déclarons notre soutien pour des réformes démocratiques,
sociales et économiques venant de cette région".
Le texte adopté souligne que "la solution de conflits
persistants, souvent amers, et surtout le conflit israélo-palestinien,
sont un élément important de progrès dans
la région". Mais "en même
temps, les conflits régionaux ne doivent pas représenter
un obstacle aux réformes. Au contraire, les réformes
peuvent apporter une contribution significative à leur
solution", ajoute-t-on de même source.
Les Européens et la plupart des pays du "Grand Moyen-Orient" font de la solution du conflit israélo-palestinien une priorité pour toute avancée politique dans la région, alors que les Etats-Unis estiment que les Palestiniens doivent adopter des institutions démocratiques pour permettre une paix durable avec les Israéliens.
"LES PAYS DU MOYEN-ORIENT ET D'AFRIQUE DU NORD N'ONT PAS
BESOIN DE MISSIONNAIRES DE LA DEMOCRATIE". Particulièrement
critique, le président français Jacques Chirac
a souligné que cette région n'avait pas besoin de
"missionnaires de la démocratie" et estimé
qu'"il n'est pas de formule démocratique toute faite
qu'on pourrait transposer d'un pays à l'autre". Jacques
Chirac, qui a plaidé pour le respect des processus locaux
d'ouverture politique, conditionne la réussite du plan
d'action du G8 au Proche-Orient et en Afrique du Nord à
la mise en place d'un "partenariat authentique, fondé
sur le pragmatisme, le respect, la confiance et le dialogue".
"La réforme ne se décrète pas de
l'extérieur", et le règlement des conflits
au Proche-Orient est un préalable indispensable au développement
du Proche et Moyen-Orient, a-t-il estimé lors d'un déjeuner
réunissant, outre les dirigeants du G 8, plusieurs responsables
de la région dont les présidents algérien
et turc, Abdelaziz Bouteflika et Recep Tayyip Erdogan, ainsi que
le roi Abdallah de Jordanie. "Le pragmatisme, c'est d'abord
l'évidence : les conflits qui déchirent la région
sont aujourd'hui les premiers obstacles à son développement".
"Nous devons prendre la mesure des ressentiments et des
frustrations qu'engendre - d'un bout à l'autre du monde
arabe - le spectacle quotidien de la violence et des humiliations
dans des lieux aussi chargés d'histoire et de symboles",
a ajouté Jacques Chirac, pour qui "la réforme
ne se décrète pas de l'extérieur. Elle s'accomplit
à l'intérieur. Et les valeurs imposées ne
s'assimilent jamais. Elles gardent le goût de l'humiliation.
[...] "Les pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord n'ont
pas besoin de missionnaires de la démocratie. [...] Soyons
prêts à aider. Mais veillons à ne pas provoquer".
PARTENARIAT POUR LE PROGRES ET POUR UN AVENIR COMMUN AVEC
LA REGION DU MOYEN-ORIENT ELARGI ET DE L'AFRIQUE DU NORD
"Le changement ne saurait ni ne peut être imposé
de l'extérieur"
1. Nous, chefs d'Etat et de Gouvernement du
G8, sommes conscients que la paix, le développement
politique, économique et social, la prospérité
et la stabilité dans les pays du Moyen-Orient élargi
et de l'Afrique du Nord constituent un défi qui nous concerne
tous, ainsi que la communauté internationale dans son ensemble.
C'est pourquoi nous proclamons notre soutien à la réforme
démocratique, sociale et économique engagée
dans cette région.
2. Les peuples du Moyen-Orient élargi
et d'Afrique du Nord ont une riche tradition et une culture
prestigieuse en matière notamment d'administration, de
commerce, de science, d'arts. Ils ont beaucoup contribué,
et de manière durable, à la civilisation humaine.
Nous saluons les récentes déclarations des dirigeants
de la région sur la nécessité des réformes,
en particulier de la dernière déclaration publiée
à l'issue du Sommet de la Ligue arabe à Tunis, dans
laquelle les dirigeants arabes ont exprimé leur volonté
de "mettre en place des bases solides pour la démocratie".
De même, nous nous félicitons des déclarations
sur la réforme faites par des représentants du monde
des affaires et de la société civile, notamment
les déclarations d'Alexandrie et de la Mer Morte,
de Sanaa et d'Aqaba. En tant que chefs d'Etat et
de Gouvernement des grandes démocraties industrialisées
du monde, nous reconnaissons notre responsabilité particulière
pour soutenir la liberté et la réforme, et nous
nous engageons à poursuivre nos efforts dans cette grande
entreprise.
3. C'est pourquoi nous nous engageons aujourd'hui
en faveur d'un Partenariat pour le progrès et un avenir
commun avec les gouvernements et les peuples du Moyen-Orient élargi
et de l'Afrique du Nord. Ce partenariat reposera sur une véritable
coopération avec les gouvernements de la région,
ainsi qu'avec les représentants du monde des affaires et
de la société civile, afin de consolider la liberté,
la démocratie et la prospérité pour tous.
4. Les valeurs inscrites dans le Partenariat que
nous proposons sont universelles. La dignité humaine,
la liberté, la démocratie, l'Etat de droit, le développement
économique et la justice sociale sont des aspirations universelles
qui sont inscrites dans les textes internationaux pertinents,
tels que la Déclaration universelle des droits de l'homme.
5. A l'heure où nous lançons ce partenariat,
nous adhérons aux principes suivants :
Renforcer l'engagement de la communauté internationale
en faveur de la paix et de la stabilité dans la région
du Moyen-Orient élargi et de l'Afrique du Nord est essentiel.
Une solution aux conflits souvent âpres qui durent
depuis longtemps, en particulier le conflit israélo-palestinien,
constituerait un important facteur de progrès dans la région.
Parallèlement, les conflits régionaux ne doivent
pas être un obstacle aux réformes. En effet,
les réformes peuvent contribuer de manière significative
à leur règlement.
Le rétablissement de la paix et de la stabilité
en Irak est déterminant pour le bien-être de
millions d'Irakiens et pour la sécurité de la région.
Le succès des réformes dépend des pays de la région, car le changement ne saurait ni ne peut
être imposé de l'extérieur.
Chaque pays est unique et la diversité doit être
respectée. Notre engagement doit tenir compte de la
situation locale et permettre une appropriation locale. Chaque
société doit parvenir à ses propres choix
sur le rythme et l'ampleur du changement. Toutefois, cette diversité,
aussi importante soit-elle, ne doit pas servir de prétexte
pour empêcher la réforme.
Notre soutien à la réforme impliquera les
gouvernements, les décideurs économiques et les
sociétés civiles de la région, qui seront
des partenaires à part entière dans notre effort
commun.
Agir pour la réforme dans la région, dans
l'intérêt de tous ses citoyens, est un effort de
longue haleine qui requiert un engagement sur une génération
de la part du G8 et de la région.
6. Notre action en faveur de la réforme de
la région ira de pair avec un soutien en faveur
d'un règlement juste, global et durable du conflit
israélo-arabe, fondé sur les résolutions
242 et 338 du Conseil de sécurité de l'ONU. Nous
approuvons pleinement la déclaration du Quartet en date du 4 mai 2004 et nous nous associons à lui dans sa "vision commune de deux États, Israël et un Etat palestinien viable, démocratique, souverain et contigu, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité". Nous soutenons les travaux du groupe de travail international sur la réforme palestinienne et du comité de liaison ad hoc, et nous demandons instamment à tous les Etats d'étudier quelle aide ils pourraient apporter à leurs travaux. Nous nous félicitons de la création du Fonds fiduciaire de la Banque mondiale et nous demandons instamment aux donateurs de contribuer à cette importante initiative. Nous nous associons à l'appel lancé par le Quartet aux "deux parties pour qu'elles prennent des mesures afin de remplir leurs obligations en vertu de la feuille de route, comme le demandent la résolution 1515 du Conseil de sécurité de l'ONU et les déclarations antérieures du Quartet, et d'honorer les engagements qu'elles ont pris lors des sommets de la mer Rouge à Aqaba et à Charm-el-Cheikh". Nous réaffirmons qu'un règlement juste, global et durable du conflit israélo-arabe, y compris en ce qui concerne la Syrie et le Liban, doit être conforme aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations Unies, notamment la résolution 425, qui demande que "soient strictement respectées l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance politique du Liban à l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues".
7. Nous sommes unis pour soutenir le peuple irakien
et le Gouvernement provisoire Irakien pleinement souverain
dans leurs efforts pour reconstruire leur pays. L'Irak a besoin
du ferme soutien de la communauté internationale pour réaliser
son potentiel et devenir un pays libre, démocratique et
prospère, en paix avec lui-même, ses voisins et le
monde tout entier. Nous nous félicitons de l'approbation
à l'unanimité de la Résolution 1546 du Conseil
de sécurité des Nations Unies sur l'Irak et, tous
ensemble, nous soutenons l'engagement durable et élargi
des Nations Unies en Irak après le transfert de souveraineté,
dans la mesure où les circonstances le permettront. Nous
nous engageons à apporter aide et assistance au processus
électoral qui aboutira à des élections nationales
à l'Assemblée nationale de transition au plus tard
le 31 janvier 2005. Nous souhaitons tous unanimement voir la Force
multinationale en Irak réussir dans sa mission conformément
à la résolution 1546 du Conseil de sécurité
des Nations Unies, à savoir contribuer à rétablir
et à préserver la sécurité, y compris
en assurant la protection de la présence des Nations Unies,
et soutenir les efforts humanitaires et de reconstruction. Nous
avons exprimé notre volonté commune d'apporter notre
soutien à la relance économique de l'Irak et nous
demandons à d'autres pays d'en faire autant, en mettant
l'accent sur les projets prioritaires identifiés par le
Gouvernement provisoire. Nous nous félicitons du succès
de la dernière conférence des donateurs du Fonds
international pour la reconstruction de l'Irak qui s'est tenue
à Doha et nous nous engageons à nous réunir
avant la prochaine conférence qui se tiendra à Tokyo
d'ici la fin de l'année pour déterminer comment
chacun d'entre nous peut contribuer à la reconstruction
de l'Irak. La réduction de la dette est essentielle pour
permettre au peuple irakien de construire un pays libre et prospère.
Cette réduction devrait être consentie dans le cadre
d'un programme du FMI et être suffisante pour assurer la
soutenabilité de la dette, en tenant compte de l'analyse
récente du FMI. Nous coopérerons les uns avec les
autres, au sein du Club de Paris, ainsi qu'avec les créanciers
non membres du Club de Paris pour atteindre cet objectif en 2004.
Pour contribuer à rétablir les liens de l'Irak avec
le monde, nous étudierons comment mener des actions directement
avec le peuple irakien (population, écoles et villes) qui
sort de décennies de dictature et de privations afin de
permettre la renaissance politique, sociale et économique
de son pays.
8. Le partenariat que nous engageons aujourd'hui
s'inscrit dans la politique de soutien aux efforts de réforme
dans la région que nous menons depuis des années
par le biais de nos programmes de coopération bilatéraux
et multilatéraux. Le Partenariat euro-méditerranéen
("Processus de Barcelone"), l'initiative américaine
pour un partenariat avec le Moyen-Orient, et l'initiative de dialogue
nippo-arabe sont autant d'exemples de notre solide engagement
à soutenir l'évolution démocratique et le
développement économique. De même, nous sommes
attachés à la réalisation de progrès
de ce type en Afghanistan et en Irak grâce à nos
efforts multilatéraux de reconstruction. Le Partenariat
que nous proposons s'appuiera sur notre engagement actuel dans
la région.
9. L'ampleur des difficultés que connaît
la région exige un renouvellement de l'engagement en faveur
de la réforme et de la coopération. Ce n'est qu'en
conjuguant nos efforts que nous parviendrons à progresser
durablement sur la voie de la démocratie. Nous accueillons
avec satisfaction et nous soutenons les travaux d'autres gouvernements,
institutions et organisations multilatérales dont l'objectif
est de contribuer au développement de la région.
10. Au cur de ce nouveau Partenariat, un "Forum pour
l'avenir" ancrera nos efforts dans un dialogue ouvert
et durable. Le Forum constituera un cadre ministériel qui
réunira les ministres des affaires étrangères,
de l'économie et d'autres ministres du G8 et de la région
pour discuter de la réforme, avec des dialogues parallèles
entre décideurs économiques et entre représentants
de la société civile. Il servira de cadre pour être
à l'écoute des besoins de la région et veiller
à ce que nos efforts collectifs répondent à
ces besoins.
11. Les efforts auxquels nous nous engageons aujourd'hui
dans ce Partenariat se concentrent sur trois domaines :
11.1 Dans le domaine politique¸ progresser
vers la démocratie et l'état de droit implique d'instaurer
des garanties efficaces dans le domaine des droits de l'homme
et des libertés fondamentales, et notamment le respect
de la diversité et du pluralisme. Cela entraînera
la coopération, la libre circulation des idées et
le règlement pacifique des différends. La réforme
de l'Etat, la bonne gestion des affaires publiques et la modernisation
sont également des composantes nécessaires de la
démocratie.
11.2 Dans le domaine social et culturel, l'éducation pour tous, la liberté d'expression, l'égalité entre hommes et femmes et l'accès aux technologies mondiales de l'information sont essentiels pour la modernisation et la prospérité. Une main-d'uvre mieux formée est essentielle à une participation active à l'économie mondialisée. Nous concentrerons nos efforts sur la lutte contre l'analphabétisme et le renforcement de l'accès à l'éducation, en particulier pour les filles et les femmes.
11.3 Dans le domaine économique, la création
d'emplois est la priorité des priorités pour nombre
de pays dans la région. Pour accroître les chances
de développement et promouvoir les conditions dans lesquelles
le secteur privé peut créer des emplois, nous travaillerons
avec les gouvernements et les décideurs économiques
afin de stimuler l'esprit d'entreprise, de développer le
commerce et l'investissement, d'améliorer l'accès
aux capitaux, de soutenir les réformes financières,
de garantir les droits de propriété, d'encourager
la transparence et la lutte contre la corruption. La promotion
du commerce intra-régional sera une priorité du
développement économique du Moyen-Orient élargi
et de l'Afrique du Nord.
12. Le Partenariat pour le progrès et un avenir
commun donnera un nouvel élan à notre relation avec la région du Moyen-Orient élargi et de l'Afrique du Nord. Pour marquer notre engagement, nous publions aujourd'hui un premier Plan d'appui à la réforme qui définit les activités en cours et prévues afin de concrétiser ce Partenariat.
Source : Présidence de la République,
Paris, 9 juin 2004.
Le G8 a adopté une version édulcorée
du plan du "Grand Moyen-Orient", écrit
le quotidien Le Monde. Rebaptisé "partenariat",
le projet américain a été amendé.
Les Européens ont notamment obtenu qu'un long paragraphe sur le conflit israélo-palestinien figure dans la déclaration [
], ce que les Etats-Unis, au départ, n'envisageaient pas. Tous avaient fait de cette omission leur première critique du projet; les pays, arabes ou non, de la région concernée leur ont fait écho.
"Notre action en faveur de la région ira de
pair avec un soutien à un règlement juste, global
et durable du conflit israélo-arabe", dit le texte,
qui rappelle les obligations s'imposant aux deux parties dans
le cadre de la "feuille de route". L'expression "ira
de pair" est une formule de compromis recouvrant un différend
de fond.
Pour les uns, le conflit israélo-palestinien ne doit pas bloquer la modernisation dans l'ensemble du monde arabo-musulman. Pour d'autres, il est illusoire de penser que les pays de la région peuvent évoluer favorablement tant que ce conflit ne sera pas réglé. [
]
"C'est en réalité un préalable", a estimé Jacques Chirac, [qui a] plaidé, à l'adresse de George Bush, pour une meilleure prise en compte du réel : "Les conflits qui déchirent la région sont aujourd'hui les premiers obstacles à son développement [
]. Au Proche-Orient, nous n'avons pas fait preuve collectivement de la détermination nécessaire [
].
En Irak, un transfert effectif du pouvoir doit être mis en uvre, sous l'égide des Nations unies, afin que ce pays aujourd'hui plongé dans le chaos retrouve sa pleine souveraineté". Le Monde, Paris, 11 juin 2004.

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