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8-9 JUIN 2004, SEA ISLAND, SOMMET DES CHEFS D'ETAT ET DE GOUVERNEMENT DU G8
__France : "Eléments d'intervention sur le "Grand Moyen-Orient"
Le "document de travail" ci-dessous, a été
publié sous le titre : "Eléments d'intervention
sur le "GMO", par la Présidence de
la République française, Paris, juin 2004.
Depuis cinq mille ans, le Moyen-Orient et l'Afrique
du Nord sont un des creusets de la civilisation. C'est
là que furent inventées l'agriculture et l'écriture.
C'est là que sont nées les premières villes
et les premiers Etats. C'est là que furent rédigées
les premiers codes de lois. C'est là enfin que les trois
religions du Livre ont trouvé leur inspiration et leur
élan.
Cet héritage est aux sources de nos valeurs les plus
fondamentales : la liberté et la dignité humaine.
Dépositaires d'une histoire prestigieuse, de riches
cultures, les peuples de cette région aspirent naturellement
à trouver leur place dans la mondialisation, à tracer
leur chemin vers davantage de démocratie et de développement
économique.
Certains pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord ne nous
ont pas attendus pour s'engager dans la voie des réformes. Depuis longtemps déjà, des forces de changement y sont à l'uvre, à la recherche d'un équilibre entre le legs de la tradition et les exigences de la modernité.
L'adoption par les Chefs d'Etat de la Ligue Arabe, le 23 mai
2004 à Tunis, d'une déclaration sur le "processus
de développement et de modernisation" revêt
une grande signification politique. Je veux saluer la détermination
des dirigeants qui ont su faire le choix du mouvement. Je veux
aussi saluer la vitalité des sociétés civiles
qui ont placé ce débat sur la place publique.
Le G8 propose aujourd'hui aux pays du Moyen-Orient et d'Afrique
du Nord un "partenariat pour le progrès et
un futur commun".
Cette initiative, nous le savons tous, a été
longuement débattue au sein du G8 et dans le monde arabe.
Le résultat auquel nous sommes parvenus peut contribuer,
de manière utile et forte, au progrès des réformes
engagées par les pays de la région.
La réussite de cette initiative dépendra, en
définitive, de notre capacité à établir,
avec les gouvernements et les peuples du Moyen-Orient et d'Afrique
du Nord un partenariat authentique, fondé sur le pragmatisme,
le respect, la confiance et le dialogue.
1) Le pragmatisme, c'est d'abord de reconnaître
l'évidence : les conflits qui déchirent la région
sont aujourd'hui les premiers obstacles à son développement.
Nous devons prendre la mesure des ressentiments et des frustrations
qu'engendre - d'un bout à l'autre du monde arabe - le spectacle
quotidien de la violence et des humiliations dans des lieux aussi
chargés d'histoire et de symboles.
Dans ce contexte, notre responsabilité première
est de nous engager, sans réserve, en faveur du règlement
de ces conflits. De faire prévaloir les principes que nous
entendons promouvoir : la primauté du droit, le respect
des droits de l'homme.
Au Proche-Orient, nous n'avons pas fait preuve collectivement
de la détermination nécessaire. Nous sommes restés
trop longtemps otages des préalables et des pré-conditions.
Regardons les dégâts de ces quatre années
d'Intifada, ces milliers de civils innocents fauchés par
la violence aveugle.
Nous devons sans délai - parce que nous le pouvons - ramener les parties sur la voie d'un règlement politique et enrayer l'escalade de la violence. Nous devons accélérer, voire imposer la mise en uvre de la Feuille de route du Quartet, avec l'objectif de deux Etats vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, conformément aux résolutions des Nations Unies. Nous devons aussi réfléchir sérieusement à une présence internationale sur le terrain, que notre communiqué de Gênes en 2001 évoquait déjà.
N'oublions pas enfin que, pour être durable, la paix
dans la région devra être globale, et inclure un
règlement des volets syrien et libanais.
En Irak, un transfert effectif du pouvoir doit être mis en uvre, sous l'égide des Nations unies, afin que ce pays aujourd'hui plongé dans le chaos retrouve sa pleine souveraineté, avec un gouvernement crédible, responsable, pourvu de toute l'autorité nécessaire. C'est en ce sens que nous devons travailler au sein du Conseil de sécurité.
Si nous ne nous engageons pas davantage, tous ensemble, dans
ces voies de règlement, quelle sera notre crédibilité
collective ? Quelle sera notre légitimité à
promouvoir des réformes pourtant nécessaires ? Comment
désarmerons-nous la méfiance de ceux qui nous soupçonnent
d'intentions cachées ou de chercher à imposer à
la région, sans respect pour son identité et sa
diversité, un modèle qui lui est étranger
? Comment ferons-nous cesser le sentiment d'hostilité à
l'Occident, si répandu au Moyen-Orient, si destructeur
pour la cohabitation pacifique de nos pays ?
Soyons prêts à aider. Mais veillons à ne
pas provoquer. Au risque de nourrir les extrémismes et
d'enclencher le piège fatal du "choc des civilisations"
que nous cherchons précisément à conjurer.

2) Le partenariat que le G8 offre aujourd'hui aux
pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord ne doit pas être
imposé mais librement choisi.
Les droits de l'homme, proclamés par la Déclaration
Universelle de 1948, et la démocratie sont des valeurs
universelles.
Mais il n'est pas de formule démocratique toute faite
qu'on pourrait transposer d'un pays à l'autre. La démocratie
n'est pas une méthode mais une culture. Le fruit d'une
histoire, d'une profonde maturation, de combats et de débats
politiques. La démocratie dans le monde arabe ne s'enracinera
ainsi solidement et durablement que si c'est d'abord une démocratie
arabe.
Vouloir que la liberté, le respect des droits de l'homme,
l'Etat de droit s'imposent dans un pays, c'est d'abord respecter
la liberté et l'indépendance de ce pays.
Car la réforme ne se décrète pas de l'extérieur.
Elle s'accomplit à l'intérieur. Et les valeurs imposées
ne s'assimilent jamais. Elle gardent toujours le goût de
l'humiliation.
Les réformes politiques d'abord. Les pays du
Moyen-Orient et d'Afrique du Nord n'ont pas besoin de missionnaires
de la démocratie. Mais ils doivent savoir qu'ils peuvent
compter sur nous pour les accompagner sur le chemin des réformes
qu'ils ont choisi. Nous disposons à cette fin d'instruments
efficaces qui permettent d'appuyer les processus sans ingérence.
Les réformes économiques ensuite, afin
de libérer le potentiel d'initiative et de croissance.
Pour faire reculer la pauvreté. Pour permettre à
cette région, qui fut longtemps dans l'histoire à
l'avant-garde de la science, de l'industrie et du commerce, de
trouver toute sa place dans la mondialisation.
Les réformes sociales enfin, afin de permettre
aux femmes et aux hommes de cette région d'exprimer tous
leurs talents. Pour ouvrir à la jeunesse, qui en représente
plus de la moitié de la population, d'autres perspectives
que le chômage, la révolte et l'extrémisme.
Pour en finir en particulier avec l'analphabétisme et donner
aux générations nouvelles accès, par l'éducation,
aux trésors de leurs cultures et à tous les savoirs
du monde.
3) Nous voulons construire notre "futur
commun" sur le respect et le dialogue.
C'est cet esprit de respect mutuel qui, depuis 1995, anime
le partenariat euro-méditerranéen.
C'est ce même esprit que nous devons insuffler au partenariat
que nous inaugurons aujourd'hui entre le G8 et les pays du Moyen-Orient
et d'Afrique du Nord.
Ce nouveau partenariat n'a pas vocation à se substituer
aux instruments existants de l'Europe ou des Etats-Unis. Mais
il doit, au contraire, s'appuyer sur le capital de confiance patiemment
acquis.
Le "Forum pour le Futur" que nous lançons
aujourd'hui sera le cadre naturel de ce nouveau dialogue. Il nous
appartient de le faire vivre. D'en faire un lieu d'écoute
et d'échange. Un lieu d'initiative aussi où les
pays de la région pourront exprimer leurs besoins et leurs
attentes et où les pays du G8, avec ceux qui voudront les
rejoindre, pourront coordonner leur réponse.
Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord se joue pour une bonne
part l'avenir du monde.
L'avenir de la paix, tant les forces et les passions aujourd'hui
déchaînées ébranlent la stabilité
et la sécurité.
L'avenir du dialogue des civilisations et de nos valeurs communes
à un moment où menacent les intégrismes de
tout bord et les dogmatismes.
Tel est l'enjeu de notre partenariat et des réformes.
Tel est notre responsabilité face à l'histoire et
devant les générations futures.
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