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OTTAWA, 9 MARS 2004 / DISCOURS DU SECRETAIRE GENERAL DES NATIONS UNIES
__Kofi Annan : Dix ans après, le monde doit réfléchir aux leçons du Rwanda
Le secrétaire général des Nations unies propose la création d'un poste de conseiller chargé de la prévention des génocides
Dans un discours prononcé devant le Parlement canadien,
le 9 mars 2004, Kofi Annan a invité la communauté
internationale, le 9 mars 2004, à "réfléchir
à la manière d'éviter" les "atrocités"
comme celles du génocide au Rwanda, dix ans après
cette tragédie.
Le secrétaire général des Nations unies
a indiqué qu'il avait proposé de nommer un rapporteur
ou conseiller spécial sur la prévention de génocide,
"pour faire le lien, souvent ignoré jusque tard, entre
violations massives et systématiques des droits de l'homme
et menace sur la sécurité et la paix internationales".
"Nous ne pouvons plus nous permettre des dysfonctionnements
dans nos moyens existants pour lancer les premières alertes
de risque de génocide ou de crimes comparables", a-t-il
souligné.
"La prochaine commémoration des dix ans du génocide
du Rwanda invite à faire une pause et à réfléchir
à la manière d'éviter de pareilles atrocités
à l'avenir", a-t-il souligné. Si la priorité
première des Etats est de protéger leur population,
"quand cette protection fait défaut, nous partageons
tous, dans la communauté internationale, la responsabilité
de protéger les autres êtres humains de violations
massives et systématiques des droits de l'homme, quels
que soient le moment ou le lieu où cela se passe".
"L'instabilité qui persiste en Irak et ses
répercussions régionales sont extrêmement
préoccupantes pour tout le monde"
Kofi Annan a évoqué, dans la première
partie de son intervention, un monde confronté actuellement
à des problèmes anciens, mais aussi à ceux
qui ont surgi récemment et occupent désormais le
devant de la scène.
Il a énuméré la liste de ces nouvelles
menaces à la paix et à la sécurité
internationales, en tout premier lieu, le terrorisme, mais aussi
la prolifération des armes de destruction massive et leur
acquisition possible par des groupes terroristes. "Chaque
jour ou presque, l'actualité met en évidence les
failles des systèmes collectifs censés enrayer la
prolifération et le trafic des matières nucléaires",
a-t-il fait observer.
Le secrétaire général des Nations unies
a souligné également que la dernière décennie
du XXe siècle avait mis en évidence le changement
de nature des conflits armés. "Il fut un temps où
l'on pensait que, pour faire régner la paix, il suffisait
de prévenir les guerres entre les Etats. Or, depuis la
fin de la guerre froide, la plupart des conflits éclatent
à l'intérieur des Etats", relève-t-il.
"Notre réaction instinctive est de dire : "Il
faut faire quelque chose". Mais nous ne savons pas quoi;
nous ne savons pas qui doit intervenir et comment". Aux réponses
qu'il convient d'apporter à ce qui a été
appelé "les menaces dures", s'ajoutent, selon
Kofi Annan, celles que "nous continuons à ne pas satisfaire",
la faim, la maladie, les violations massives des droits de l'homme
et la dégradation de l'environnement.
"Notre première priorité devrait être
de recentrer l'attention du monde sur le développement
et de prendre des mesures décisives pour atteindre les
grands objectifs que nous nous sommes fixés", souligne-t-il.
A propos de l'Irak, il reconnaît que "l'instabilité
qui persiste en Irak et ses répercussions régionales
sont extrêmement préoccupantes pour tout le monde",
ajoutant que se posait maintenant le problème d'aider les
Irakiens à recouvrer leur souveraineté grâce
à un gouvernement pleinement représentatif.
"Nous voyons tous, je crois, à quel point il serait dangereux d'encourager une multiplication des cas où la force est utilisée unilatéralement, au mépris du droit. Mais nous sommes également nombreux à comprendre que, pour l'éviter, nous devons nous attaquer de front aux problèmes qui font que certains Etats se sentent particulièrement vulnérables et montrer que ces problèmes peuvent être, et seront, gérés efficacement grâce à une action collective".
LE DISCOURS DE KOFI ANNAN
Comme vous le savez, la Charte des Nations Unies commence
avec les mots "Nous, peuples des Nations Unies". Depuis
que j'ai pris mes fonctions de Secrétaire général
en 1997, je me suis résolument efforcé de rapprocher
l'ONU de ces "peuples". J'ai aussi essayé de
leur donner la possibilité de s'exprimer plus directement
à l'ONU. C'est pourquoi je suis particulièrement
heureux d'être ici avec vous, représentants et porte-parole
du peuple canadien.
On dit souvent que la politique est toujours locale. Or, à
l'ère de la mondialisation, tous les événements
qui surviennent à l'échelon local s'articulent de
mille façons avec d'autres événements qui
se produisent au loin. Il suffit de penser aux nouvelles qui ont
fait la une des journaux ces dernières semaines - celles
qui portent sur de nouvelles maladies ou des changements climatiques,
par exemple - pour comprendre qu'il existe un lien important entre
le mondial et le local. En tant que citoyens d'un pays ouvert
sur l'extérieur, vous, les Canadiens, en avez bien conscience
; à bien des égards, vous avez réussi à
tirer le meilleur parti possible de la mondialisation, tout en
essayant de réduire au minimum les conséquences
néfastes qu'elle a pour le Canada et le reste du monde.
Depuis des années, le Canada est un des piliers de l'Organisation
des Nations Unies. En fait, il serait difficile d'imaginer l'ONU
sans le Canada, et j'irais même jusqu'à dire qu'il
serait difficile d'imaginer le Canada sans l'ONU. Multiculturel
et bilingue, votre pays fait figure de modèle parmi les
membres de l'Organisation.
Le Canada a joué un rôle de premier plan dans
la rédaction de la Charte des Nations Unies. Vous contribuez
à pratiquement toutes les activités de l'ONU, du
maintien de la paix à l'aide au développement. Vous
avez pris la tête d'initiatives importantes dans le domaine
du désarmement et de l'aide humanitaire. Le traité
qui interdit les mines terrestres anti-personnel porte le nom
de la ville où nous nous trouvons. Et je suis heureux
d'apprendre que Toronto pourrait accueillir bientôt un centre
de l'Université pour la paix. Je suis convaincu que ce
Centre coopérerait étroitement avec les institutions
canadiennes et permettrait au Canada d'apporter une contribution
plus riche encore aux efforts de l'ONU dans les domaines de la
prévention des conflits et de la consolidation de la paix.
Depuis le début, les Canadiens participent de façon
bien visible à la vie de l'ONU. John Humphrey fut
un des principaux rédacteurs de la Déclaration
universelle des droits de l'homme. En 1955, Paul Martin
Senior, le père de votre actuel Premier Ministre, a
aidé à régler des problèmes politiques
et des questions de procédure qui faisaient obstacle à
l'élargissement rapide de l'ONU ; il a ainsi ouvert la
voie à la quasi-universalité qui est aujourd'hui
un de nos grands atouts. Quant à Lester Pearson,
il a gagné le Prix Nobel de la paix pour ses efforts en
faveur d'un règlement de la crise de Suez. A cette occasion,
il a aidé à donner naissance à la notion
de maintien de la paix.
Sachant tout ce que le Canada peut apporter à l'Organisation
des Nations Unies, j'ai été très encouragé
par les paroles qu'a prononcées Son Excellence la Gouverneure
générale à la session d'ouverture du Parlement,
le mois dernier. Elle a dit que le Canada devait occuper une position
influente et fière dans les affaires internationales, pour
y faire triompher ses valeurs et créer un monde d'équité,
de justice et d'humanité. Face à ces propos, les
mots qui me viennent à l'esprit, comme souvent quand je
pense au Canada, sont les suivants: "Nous sommes faits pour
travailler ensemble".
Et c'est exactement ce que nous devons faire.
Aux problèmes que le monde connaît depuis longtemps
viennent aujourd'hui s'en ajouter de plus nouveaux, qui dominent
désormais l'ordre du jour international. Le terrorisme,
préoccupation centrale du nouveau millénaire, met
sérieusement en péril la paix et la sécurité
internationales. De nombreux Etats craignent que les armes de
destruction massive ne prolifèrent et ne tombent entre
les mains de terroristes. Chaque jour ou presque, l'actualité
met en évidence les failles des systèmes collectifs
censés enrayer la prolifération et le trafic des
matières nucléaires. Nul n'a le don d'omniscience
qui lui permettrait de savoir avec certitude si un pays possède
ou non des armes de destruction massive.
Les dix dernières années du XXe siècle
nous ont beaucoup appris sur l'évolution des conflits armés.
Il fut un temps où l'on pensait que pour faire régner
la paix, il suffisait de prévenir les guerres entre les
Etats. Or, depuis la fin de la guerre froide, la plupart des
conflits éclatent à l'intérieur des Etats.
A plusieurs reprises, nous avons assisté à des violations
graves et systématiques des droits de l'homme et du droit
international humanitaire. Notre réaction instinctive est
de dire : "Il faut faire quelque chose". Mais nous ne
savons pas quoi ; nous ne savons pas qui doit intervenir et comment.
A l'aube du XXIe siècle, l'ONU se trouve face
à un monde très différent de celui que connaissaient
ses fondateurs. Tous les Etats Membres rencontrent de nouveaux
problèmes auxquels ils doivent trouver de nouvelles solutions.
En tant que Secrétaire général de l'ONU,
je prends comme point de départ le multilatéralisme.
Vues sous cet angle-là, les choses ne vont pas très
bien. Nous n'avons pas encore trouvé le moyen de réagir
collectivement face aux problèmes qui mettent directement
en péril la paix et la sécurité internationales.
Collectivement, nous sommes également impuissants à
régler des problèmes comme la faim, les maladies,
les violations massives des droits de l'homme et la dégradation
de l'environnement, alors que des millions d'êtres humains
en pâtissent, en souffrent et en meurent. Les solutions
à ces problèmes ne peuvent être recherchées
hors du contexte général de la sécurité.
Un monde dans lequel des millions de miséreux n'ont aucune
perspective de développement ne peut être considéré
comme un monde en paix.
Mesdames et Messieurs,
Il y a trois ans et demi, au Sommet du Millénaire,
les dirigeants du monde entier ont adopté la Déclaration
du Millénaire, dans laquelle ils ont exposé
les ambitions qu'ils nourrissaient pour l'humanité au XXIe
siècle. Pour la première fois, ils étaient
tous réellement d'accord pour dire que la pauvreté,
la faim, les inégalités d'accès à
l'enseignement, le manque d'eau potable, des maladies comme le
sida et la malaria, et la dégradation de l'environnement
sont des problèmes qui concernent le monde entier. Pour
la première fois dans l'histoire, une date précise
- l'année 2015 - a été fixée
pour la réalisation d'objectifs précis dans le domaine
du développement et de la réduction de la pauvreté.
Malheureusement, les événements terribles survenus
ces trois dernières années, notamment sur le continent
américain, ont détourné notre attention collective
de ces aspirations. [En 2005], quand nous ferons le bilan des
progrès accomplis, nous devrons regarder la réalité
bien en face.
Notre première priorité devrait être de
recentrer l'attention du monde sur le développement et
de prendre des mesures décisives pour atteindre les grands
objectifs que nous nous sommes fixés.
Les pays en développement doivent eux-mêmes
contribuer, dans une très large mesure, à la réalisation
des objectifs du Millénaire : ils doivent mobiliser leurs
ressources internes, aménager leurs politiques, renforcer
la gouvernance démocratique et veiller au respect des droits
de l'homme. Mais aucun de ces objectifs ne pourra être atteint
sans un véritable partenariat mondial en faveur du développement
et la participation active de pays comme le Canada. C'est sous
l'impulsion du Canada que le G8 a adopté, il y a deux ans,
un Plan d'action à l'appui du Nouveau Partenariat pour
le développement de l'Afrique. Les Africains comptent
donc naturellement sur vous pour le faire appliquer.
Pour réaliser les objectifs du Millénaire, il
faut créer un véritable partenariat mondial dans
le cadre duquel tous les pays développés fassent
leur part : il s'agit d'augmenter le volume et l'efficacité
de l'aide publique au développement, d'investir, de donner
des conseils, et d'adopter des politiques allant dans le sens
d'un système commercial équitable. Le rapport que
la Commission du secteur privé et du développement
a récemment publié a mis en évidence le rôle
crucial que le secteur privé peut jouer dans ce partenariat.
Votre Premier Ministre, Paul Martin, a fait un travail remarquable
en tant que co-Président de cette Commission. J'espère
que le Canada ne relâchera pas ses efforts et proposera
des mesures concrètes pour donner suite au rapport.
Nous devrons également faire en sorte que les pays
pauvres aient la possibilité de se développer et
de tirer parti de la mondialisation. Nous devons remettre
le processus de Doha sur les rails, entreprise dans laquelle le
Canada devra jouer un rôle moteur. Les pays en développement
ne doivent pas être soumis à une concurrence déloyale;
leurs exportations les plus concurrentielles, en particulier,
ne doivent pas rencontrer de barrières. Les pays en développement
doivent avoir l'occasion de sortir de la pauvreté grâce
au commerce. Et il nous faut trouver de nouveaux moyens d'alléger
le fardeau de la dette des pays pauvres, pour qu'ils puissent
consacrer davantage de ressources à leur développement.
Pour protéger l'environnement et léguer aux générations
futures un monde viable, nous devons mettre l'accent sur un développement
durable. Je salue le Canada pour sa ferme volonté de réduire
sa production de gaz à effet de serre et de donner effet
aux engagements internationaux énoncés dans le Protocole
de Kyoto.
Enfin, et c'est peut-être ce qu'il y a de plus urgent,
nous devons tous redoubler d'efforts face à la crise
monumentale que constitue d'épidémie de sida.
Celle-ci représente non seulement un sérieux obstacle
au développement, mais aussi une menace pour la sécurité
mondiale. L'aide qu'apporte le Canada et la législation
que votre pays envisage d'adopter en vue de fournir aux pays africains
des médicaments génériques bon marchés
vont dans la bonne direction. Mais il faudra en faire bien plus
pour enrayer la propagation du VIH/sida d'ici à 2015, comme
nous nous sommes engagés à le faire.
Aucun des objectifs du Millénaire ne pourra être
atteint si les choses ne changent pas. Nous devons progresser
plus vite. Dans tous les domaines que j'ai cités, j'encourage
les Canadiens à viser plus haut encore. Des efforts accrus
s'imposent, à l'échelle mondiale, pour que les promesses
faites aux plus nécessiteux de la planète puissent
être tenues. Vous devez être un des moteurs du mouvement.
Je lance un appel tout particulier pour que nous nous engagions
durablement vis-à-vis du people haïtien. Ce qui
c'est passé à Haïti montre que la pauvreté,
l'instabilité et la violence se perpétuent les unes
les autres et que la situation qui en résulte a des répercussions
sur le plan régional. La communauté internationale
se prépare à lancer une nouvelle campagne d'aide
à ce pays, qui a besoin d'urgence d'assistance en matière
de sécurité, de secours humanitaires et d'aide au
développement. En même temps, il faudra que la communauté
internationale investisse sérieusement dans le renforcement
des institutions démocratiques haïtiennes. Seul un
engagement durable permettra de faire revenir la stabilité
et la prospérité. Les efforts que nous avons déployés
jusqu'ici sans trop de conviction n'ont pas suffi. A présent,
nous n'avons plus droit à l'échec.
L'année passée fut extrêmement difficile
pour l'Organisation des Nations Unies et pour moi-même.
Des coups terribles nous ont été portés,
notamment lorsque l'attaque contre notre personnel à Bagdad
a coûté la vie à plusieurs de nos amis et
collègues les plus précieux. L'instabilité
qui persiste en Irak et ses répercussions régionales
sont extrêmement préoccupantes pour tout le monde.
A présent, la tâche qui nous attend est d'aider
les Irakiens à recouvrer leur souveraineté en se
dotant d'un gouvernement pleinement représentatif.
Le recours à la force en Irak, [ 2003], a suscité
un débat houleux sur les circonstances dans lesquelles
ce recours est légitime. Nous voyons tous, je crois, à
quel point il serait dangereux d'encourager une multiplication
des cas où la force est utilisée unilatéralement,
au mépris du droit. Mais nous sommes également
nombreux à comprendre que, pour l'éviter, nous devons
nous attaquer de front aux problèmes qui font que certains
Etats se sentent particulièrement vulnérables et
montrer que ces problèmes peuvent être, et seront,
gérés efficacement grâce à une action
collective.
C'est pourquoi, en novembre[2003], j'ai créé
un Groupe de personnalités de haut niveau chargé
d'évaluer rigoureusement les menaces qui pèsent
sur nous aujourd'hui et pour les années à venir.
J'espère que ce Groupe nous aidera à nous éloigner
des stéréotypes, notamment l'idée que le
terrorisme et les armes de destruction massive n'inquiètent
que "le Nord", tandis que la pauvreté et la faim
ne concernent que "le Sud". J'espère aussi qu'il
formulera des recommandations tendant à rendre l'ONU la
plus efficace possible en tant qu'instrument de lutte collective
contre les dangers, anciens et nouveaux, qui nous guettent. Comme
il convient, il sollicite l'avis des gouvernements et de la société
civile partout dans le monde, et je suis sûr que le Canada
apportera une précieuse contribution à ses travaux.
Nous avons surtout besoin d'un nouveau consensus mondial,
que nous n'atteindrons qu'avec la participation active et déterminée
de tous les membres de l'ONU. J'attends avec intérêt
un débat sérieux et profond. Les décisions
nécessaires pour rendre l'Organisation plus efficace exigeront
une réelle volonté politique parmi les Etats Membres;
la volonté d'opérer les changements requis, mais
aussi de faire les compromis qui s'imposent pour y parvenir. Ici
encore, fort d'une longue tradition de conciliation entre différents
groupes internationaux, le Canada est à même de jouer
un rôle important.
Le Canada a déjà fait la preuve de son dynamisme
en mettant en avant des idées intéressantes concernant
les moyens d'encourager une gestion pacifique des affaires mondiales.
Les initiatives canadiennes, comme celle dont est issue la notion
de " responsabilité de protéger ", élaborée
par la Commission internationale de l'intervention et de la souveraineté
des Etats, font changer notre façon d'aborder certaines
des questions les plus graves qui se posent à nous.
J'applaudis l'approche canadienne, axée sur les droits
et la dignité de l'individu, une approche qui a d'ailleurs
aidé à donner au débat sur l'intervention
et la souveraineté une nouvelle orientation prometteuse.
L'individu se trouve à la base de toute société
libre et démocratique. C'est pourquoi notre conception
de la souveraineté fait de plus en plus entrer en jeu la
responsabilité première qu'ont les Etats de protéger
leurs propres populations. Quand cette protection n'est pas assurée,
tous les membres de la communauté internationale partagent
la responsabilité de protéger les êtres menacés
de violations massives et systématiques des droits de l'homme,
où que ce soit, et quand que ce soit.
A ce propos, l'approche du dixième anniversaire du
génocide rwandais doit nous faire réfléchir
aux moyens d'éviter que de telles atrocités ne se
reproduisent. Nous ne pouvons plus admettre aucune lacune dans
le système d'alerte rapide en cas de génocide ou
de crimes comparables. C'est pourquoi j'ai proposé la
création d'un poste de rapporteur ou de conseiller spécial
pour la prévention du génocide pour bien mettre
en évidence le lien, souvent ignoré jusqu'à
ce qu'il soit trop tard, entre les violations massives et systématiques
des droits de l'homme et les menaces à la paix et la sécurité
internationales.
Plus généralement, j'attends avec impatience
le jour où nous ressentirons tous notre "responsabilité
de protéger" comme une obligation d'assistance à
tous ceux de nos semblables qui se trouvent dans le besoin.
Mesdames et Messieurs,
Votre Premier Ministre a préconisé que le Canada
adopte "une nouvelle politique de la réussite"
et veille à occuper "une place d'influence et de fierté".
Je m'associe à son appel et vous engage à donner
plus de vigueur encore à votre grande tradition de participation
aux affaires internationales.
Source : Nations unies, New York, mars 2004.
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