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NATIONS UNIES 21 SEPTEMBRE 2004 / LOUVERTURE DU DEBAT ANNUEL DE LASSEMBLEE GENERALE
__Kofi Annan : Nous pouvons rétablir et faire régner l'Etat de droit partout dans le monde. Cela dépendra, en fin de compte, de l'emprise que le droit a sur notre conscience

Malgré l'arsenal des lois dont les Etats se sont dotés, l'actualité fournit de nombreux exemples des périls encourus par l'Etat de droit, a déclaré Kofi
Annan , le 21 septembre 2004, devant l'Assemblée
générale des Nations unies. "Nous
pouvons rétablir et faire régner l'Etat de droit
partout dans le monde", a-t-il ajouté : cela dépendra,
"de l'emprise que le droit a sur notre conscience"
Aux yeux du secrétaire général, comme
c'était le cas il y a un an, le monde est "à
la croisée des chemins". "Si vous, les dirigeants
politiques des nations du monde, ne pouvez pas vous mettre d'accord
sur la voie à suivre, l'histoire décidera pour vous,
ce qui ne servira pas nécessairement les intérêts
des peuples de vos pays", a-t-il prévenu.
Affirmant ne pas chercher aujourd'hui à préjuger
de ces décisions, il a insisté sur le cadre dans
lequel elles "devront absolument s'inscrire ; la légalité,
dans chaque pays et à l'échelle mondiale".
L'idée d'un "gouvernement des lois et non des
hommes" est presque aussi vieille que la civilisation
elle-même, a-t-il fait observer. "Non loin de cette
tribune, dans un des couloirs du bâtiment, se trouve une
reproduction du code de lois promulgué par Hammourabi il
y a plus de trois mille ans, dans un pays qui s'appelle à
présent l'Irak".
Il a ajouté que "dans l'ensemble, le code d'Hammourabi
nous paraît aujourd'hui incroyablement sévère".
Pourtant, a poursuivi Kofi Annan, "gravés dans les
tablettes figurent les principes de justice reconnus - à
défaut d'être appliqués - par presque toutes
les sociétés humaines qui se sont succédé
depuis, [la] protection juridique pour les pauvres, [les] restrictions
imposées aux plus forts pour les empêcher d'opprimer
les plus faibles et les lois promulguées publiquement et
connues de tous".
Mettant cet héritage en contraste, il a déclaré
"l'Etat de droit [...] en péril aux quatre coins du
monde", citant en appui "quelques exemples flagrants
tirés de l'actualité". En Irak, "des
civils sont massacrés de sang froid, tandis que des agents
humanitaires, des journalistes et d'autres non-combattants sont
pris en otage et mis à mort de la façon la plus
barbare", a-t-il fait observer, ajoutant que "par ailleurs,
des prisonniers irakiens on été honteusement maltraités".
Le secrétaire général a également
évoqué le Darfour, ses populations entières
déplacées, leurs habitations détruites et
où "le viol est devenu une stratégie délibérée".
Il a évoqué le nord de l'Ouganda, ses enfants
"mutilés et forcés de prendre part à
des actes d'une cruauté indicible", Belsan,
aux enfants "pris en otage et sauvagement massacrés".
Il a fait référence à Israël
et à ses "civils, y compris des enfants, délibérément
pris pour cibles par des Palestiniens, [...] victimes d'attentats-suicide",
à la Palestine aux maisons détruites, aux
terres confisquées et aux civils blessés ou tués
"parce qu'Israël fait un usage excessif de la force".
"Et, partout dans le monde, des gens sont préparés,
par la propagande anti-juive, anti-musulmane, anti-quiconque fait
partie d'un groupe différent, à commettre d'autres
actes du même genre", a-t-il ajouté. Affirmant
que de tels actes "sont absolument injustifiables",
il a affirmé qu'il n'existant aucune cause, aucune "revendication,
aussi légitime soit-elle, qui puisse les légitimer".
"Ils nous déshonorent tous, car leur fréquence
signale notre incapacité collective à faire appliquer
la loi et à inspirer le respect du droit aux hommes et
aux femmes du monde", a déclaré Kofi Annan,
qui a poursuivi en affirmé que le respect de la légalité
commençait "chez soi". "Or, dans bien des
endroits, il demeure un vain mot", a-t-il fait observer.
Faisant remarquer que "les Etats se sont dotés
d'une impressionnante collection de normes et de lois",
il a ajouté que "malheureusement, cet ensemble présente
beaucoup de lacunes et de points faibles" et que trop souvent,
il était appliqué de façon sélective
et arbitraire, ce qui lui enlevait le pouvoir "qui fait d'un
assortiment de lois un système juridique efficace".
"Là où existe un pouvoir coercitif, comme
au Conseil de sécurité, beaucoup estiment qu'il
n'est pas toujours utilisé de façon juste ou efficace.
Et là où le principe de la légalité
est invoqué le plus solennellement, comme à la Commission
des droits de l'homme, ceux qui l'invoquent ne prêchent
pas toujours par l'exemple", a-t-il souligné, remarquant
que "la légalité théorique ne suffisait
pas" et que "les lois devaient être mises en pratique
et imprégner tous les aspects de notre vie".
Partout dans le monde, "les victimes de la violence et
de l'injustice attendent, elles attendent que nous tenions notre
parole", a déclaré Kofi Annan, qui a ajouté
: "Quand l'inaction se dissimule derrière des mots,
elles s'en rendent compte. Quand les lois qui devraient les protéger
ne sont pas appliquées, elles s'en rendent compte aussi".
Affirmant sa conviction "que nous pouvons rétablir
et faire régner l'Etat de droit partout dans le monde",
il a fait remarquer que cela dépendrait, "en fin de
compte [...] de l'emprise que le droit a sur notre conscience".
"L'Organisation des Nations Unies a été
bâtie sur les cendres d'une guerre qui avait infligé
d'indicibles souffrances à l'humanité", a-t-il
rappelé, ajoutant : "chaque génération
doit poursuivre les efforts inlassables qu'a déployés
la précédente afin de renforcer l'Etat de droit
pour tous, seul moyen de garantir la liberté de tous. Nous
devons veiller à ce que la nôtre fasse sa part".
KOFI ANNAN INSISTE SUR L'IMPORTANCE DU RESPECT DE L'ETAT DE DROIT
DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES
Il définit les résolutions du Conseil de sécurité
comme la meilleure base de règlement des conflits qui se
prolongent partout dans le monde
On trouvera ci-après le texte du message délivré
par le secrétaire général des Nations unies,
Kofi Annan, dans le cadre de la présentation devant
l'Assemblée générale de son rapport annuel
sur l'activité des Nations Unies.
Je suis heureux de voir tant de pays représentés
ici à un niveau si élevé. C'est, je le sais,
parce que vous comprenez qu'en ces temps difficiles, l'Organisation
des Nations Unies est - comme vous l'avez dit il y a quatre ans
dans la Déclaration du Millénaire "le
lieu de rencontre indispensable de l'humanité tout entière".
Aujourd'hui, plus que jamais, le monde a besoin d'un mécanisme
efficace pour la recherche des solutions communes aux problèmes
communs. C'est précisément dans ce but que l'ONU
a été créée. N'allons pas croire que,
si nous n'en faisons pas bon usage, nous trouverons nécessairement
un autre instrument plus efficace.
L'année prochaine [2005], à la même époque,
vous vous réunirez pour faire le bilan de l'application
de la Déclaration du Millénaire. J'espère
qu'à ce moment-là, vous serez prêts à
prendre ensemble des décisions énergiques sur tout
l'éventail de questions abordées dans la Déclaration,
à l'aide du rapport du "Groupe de personnalités
de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement",
qui paraîtra avant la fin de l'année.
Comme je l'ai dit il y a un an, nous sommes à la croisée
des chemins. Si vous, les dirigeants politiques des nations du
monde, ne pouvez vous mettre d'accord sur la voie à suivre,
l'histoire décidera pour vous, ce qui ne servira pas nécessairement
les intérêts des peuples de vos pays.
Je n'essayerai pas aujourd'hui de préjuger ces décisions,
mais bien de vous rappeler le cadre dans lequel elles devront
absolument s'inscrire : la légalité, dans chaque
pays et à l'échelle mondiale.
L'idée d'un "gouvernement des lois et
non des hommes" est presque aussi vieille que la civilisation
elle-même. Non loin de cette tribune, dans un des couloirs
du bâtiment, se trouve une reproduction du code de lois
promulgué par Hammourabi il y a plus de trois mille
ans, dans un pays qui s'appelle à présent l'Irak.
Dans l'ensemble, le code d'Hammourabi nous paraît
aujourd'hui incroyablement sévère. Mais gravés
dans les tablettes figurent les principes de justice reconnus
- à défaut d'être appliqués - par presque
toutes les sociétés humaines qui se sont succédées
depuis :
Protection juridique pour les pauvres;
Restrictions imposées aux plus forts pour les empêcher d'opprimer les plus faibles;
Lois promulguées publiquement et connues de tous.
Ce code a marqué une étape importante dans
les efforts de l'humanité pour établir un ordre
régi non par la loi du plus fort mais par la force de la
loi. Bien des nations représentées ici peuvent
fièrement citer des textes fondateurs qui donnent corps
à cette notion. Et c'est aussi sur ce principe que repose
l'Organisation des Nations Unies, votre Organisation.
Pourtant, aujourd'hui, l'état de droit est en péril
aux quatre coins du monde. Jour après jour, les
lois les plus fondamentales - celles qui exigent le respect
des innocents, des civils, des plus vulnérables, en particulier
les enfants - sont impudemment foulées aux pieds.
Je ne citerai que quelques exemples flagrants tirés
de l'actualité.
En Irak, des civils sont massacrés de sang froid,
tandis que des agents humanitaires, des journalistes et d'autres
non-combattants sont pris en otage et mis à mort de la
façon la plus barbare. Par ailleurs, des prisonniers irakiens
on été honteusement maltraités.
Au Darfour, des populations entières sont déplacées,
leurs habitations sont détruites et le viol est une stratégie
délibérée.
Dans le nord de l'Ouganda, des enfants sont mutilés
et forcés de prendre part à des actes d'une cruauté
indicible.
A Beslan, des enfants ont été pris en
otage et sauvagement massacrés.
En Israël, des civils, y compris des enfants, délibérément
pris pour cibles par des Palestiniens, sont victimes d'attentats-suicide.
En Palestine, des maisons sont détruites, des terres sont
confisquées et des civils sont blessés ou tués
parce qu'Israël fait un usage excessif de la force.
Et, partout dans le monde, des gens sont préparés,
par la propagande anti-juive, anti-musulmane, anti-quiconque fait
partie d'un groupe différent, à commettre d'autres
actes du même genre.
Ces actes sont absolument injustifiables; il n'est pas
une cause, pas une revendication, aussi légitime soit-elle,
qui puisse les légitimer. Ils nous déshonorent tous,
car leur fréquence signale notre incapacité collective
à faire appliquer la loi et à inspirer le respect
du droit aux hommes et aux femmes du monde. Nous avons tous le
devoir de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour cultiver
ce respect du droit.
Nous devons pour cela partir du principe que nul n'est au-dessus
des lois, et que nul ne doit non plus être privé
de leur protection. Les gouvernements qui proclament la primauté
du droit chez eux doivent respecter la légalité
en dehors de chez eux; ceux qui insistent pour que le droit prime
en dehors de chez eux doivent en assurer la prééminence
dans leur pays.
Le respect de la légalité est, à n'en
pas douter, un principe qu'il faut d'abord appliquer chez soi.
Or, dans bien des endroits, il demeure un vain mot. La haine,
la corruption, la violence et l'exclusion ont libre cours. Les
plus vulnérables n'ont aucun recours réel, et les
plus puissants manipulent la loi pour garder le pouvoir et s'enrichir
toujours plus. Il arrive même que la lutte contre le terrorisme,
parfaitement justifiée, soit prétexte à des
atteintes aux libertés du citoyen qui elles ne se justifient
en rien.
Au niveau international, tous les Etats, les forts et
les faibles, les grands et les petits, doivent disposer d'un ensemble
de règles équitables et savoir que les autres s'y
plieront. Heureusement, cet ensemble de règles existe.
Du commerce au terrorisme, du droit de la mer aux armes de destruction
massive, les Etats se sont dotés d'une impressionnante
collection de normes et de lois.
Mais malheureusement, cet ensemble présente beaucoup
de lacunes et de points faibles. Trop souvent, il est appliqué
de façon sélective et arbitraire. Et il n'a pas
le pouvoir qui fait d'un assortiment de lois un système
juridique efficace.
Là où existe un pouvoir coercitif, comme au Conseil
de sécurité, beaucoup estiment qu'il n'est pas toujours
utilisé de façon juste ou efficace. Et là
où le principe de la légalité est invoqué
le plus solennellement, comme à la Commission des droits
de l'homme, ceux qui l'invoquent ne prêchent pas toujours
par l'exemple.
Ceux qui prétendent conférer la légitimité
doivent eux-mêmes l'incarner; ceux qui invoquent le droit
international doivent eux-mêmes s'y soumettre.
Au niveau national, la loi ne sera respectée
que si chacun a l'impression d'avoir son mot à dire dans
son élaboration et son application, et il en va de même
dans notre communauté mondiale. Aucune nation ne doit se
sentir exclue. Chacun doit considérer le droit international
comme sien et avoir le sentiment qu'il protège ses intérêts
légitimes.
La légalité théorique ne suffit pas. Les
lois doivent être mises en pratique et imprégner
tous les aspects de notre vie.
C'est en renforçant et en appliquant les traités
de désarmement, y compris leurs dispositions relatives
aux régimes de vérification, que nous nous prémunirons
le mieux contre la prolifération - et le risque d'utilisation
- des armes de destruction massive.
C'est en appliquant la loi que nous priverons les terroristes
de ressources financières et de refuge, ce que nous devons
absolument faire pour vaincre le terrorisme.
C'est en rétablissant l'Etat de droit et en persuadant
chacun que la loi sera appliquée de façon impartiale
que nous pourrons espérer ramener à la vie les sociétés
anéanties par des conflits.
C'est le droit, notamment en la forme des résolutions
du Conseil de sécurité, qui offre la meilleure base
de règlement des conflits qui se prolongent, au Moyen-Orient,
en Irak, et partout dans le monde.
Et c'est en respectant rigoureusement le droit international
que nous pourrons, comme nous en avons la responsabilité,
protéger les civils innocents menacés par des génocides,
des autres crimes contre l'humanité et des crimes de guerre.
Comme je l'ai dit devant cette Assemblée il y a cinq ans,
l'histoire nous jugera sévèrement si nous renonçons
à nous acquitter de cette tâche ou si nous pensons
pouvoir en être dispensés pour des raisons de souveraineté
nationale.
Le Conseil de sécurité vient de me demander
de nommer une commission internationale chargée d'enquêter
sur les violations des droits de l'homme signalées au Darfour
et de déterminer si des actes de génocide ont été
commis. Je le ferai dans les meilleurs délais. Mais cela
ne signifie pas pour autant qu'il y ait un répit, que nous
puissions laisser les événements suivre leur cours
dans cette région dévastée. Il se passe
des choses au Darfour qui, quelle que soit leur définition
juridique, ne peuvent que choquer la conscience humaine.
L'Union africaine a dignement décidé
de prendre en main le déploiement d'observateurs et d'une
force de protection au Darfour, ainsi que la recherche d'un règlement
politique, qui seul pourra déboucher sur une sécurité
durable. Mais nous connaissons tous les limites actuelles de cette
jeune Union, et nous devons lui apporter tout l'appui possible.
Que personne n'aille penser que le Darfour est l'affaire des Africains
et des Africains uniquement. Les victimes sont des êtres
humains, dont les droits fondamentaux doivent être sacrés
pour nous tous. Nous avons tous le devoir de tout faire pour les
secourir, et de le faire immédiatement.
[En août 2004], j'ai promis au Conseil de sécurité
que, jusqu'à la fin de mon mandat, je donnerais la priorité
aux activités que mène l'ONU pour promouvoir
l'Etat de droit et la justice dans les sociétés
en situation de conflit ou d'après conflit.
Dans le même ordre d'idées, je vous engage vivement
à redoubler d'efforts pour faire respecter la légalité
chez vous et ailleurs. Je demande à chacun d'entre vous
de tirer parti des dispositions que nous avons prises pour vous
permettre de signer les traités sur la protection des civils
- traités que vous avez vous-mêmes négociés
-, puis, une fois rentrés chez vous, d'en appliquer de
bonne foi toutes les dispositions. Et je vous implore d'accorder
tout votre soutien aux mesures que je vous soumettrai, à
cette session, en vue d'améliorer la sécurité
du personnel des Nations Unies. Vous conviendrez, je crois, que
ces non-combattants, qui prennent volontairement de grands risques
pour venir en aide à d'autres êtres humains, méritent
non seulement votre respect, mais aussi votre protection.
Partout dans le monde, les victimes de la violence et de l'injustice
attendent. Elles attendent que vous teniez votre parole. Quand
l'inaction se dissimule derrière des mots, elles s'en rendent
compte. Quand les lois qui devraient les protéger ne sont
pas appliquées, elles s'en rendent compte aussi.
Je crois sincèrement que nous pouvons rétablir
et faire régner l'Etat de droit partout dans le monde.
Mais en fin de compte, cela dépendra de l'emprise que le
droit a sur notre conscience. L'Organisation des Nations Unies
a été bâtie sur les cendres d'une guerre qui
avait infligé d'indicibles souffrances à l'humanité.
Aujourd'hui, nous devons à nouveau examiner notre conscience
collective et nous demander si nous faisons tout ce que nous pouvons.
Chaque génération doit poursuivre les efforts
inlassables qu'a déployés la précédente
afin de renforcer l'état de droit pour tous, seul moyen
de garantir la liberté de tous.
Nous devons veiller à ce que la nôtre fasse sa
part.
Source : nations unies, New York, 21 septembre 2004.
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