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NATIONS UNIES, 6 OCTOBRE 2004 / LA REAFFIRMATION DE L'ETAT DE DROIT
__Kofi Annan : " la réconciliation nationale dans les sociétés post-conflit passe par le rétablissement de la justice et de lEtat de droit"
L'expérience des Nations unies en matière de
justice en période de transition après un conflit
lui a appris que la démocratie sortait renforcée
par les efforts consentis pour faire prévaloir la justice
et lutter contre l'impunité mais que leur efficacité
dépendait de leur adaptation aux besoins du pays et à
ses aspirations, a souligné Kofi Annan devant le
Conseil de sécurité, le 6 octobre 2004.
"Réintroduire l'Etat de droit et susciter la confiance
dans son application impartiale constitue une part essentielle
de la réanimation des sociétés détruites
par les conflits", a rappelé le secrétaire
général des Nations unies dans un rapport présenté
au Conseil.
Kofi Annan a précisé que les outils à
la disposition des Nations unies pour assister l'administration
de la justice pendant la période de transition, dans les
sociétés en proie à un conflit ou en sortant,
allaient "des systèmes de justice nationaux au soutien
apporté par les opérations de maintien de la paix
de l'ONU, de la Cour internationale de justice aux tribunaux internationaux
ad hoc, aux tribunaux mixtes et aux commissions vérité
et réconciliation".
Même si pour assurer le succès de ces efforts,
les activités de consolidation de la paix doivent refléter
les règles et normes internationales, "cela ne signifie
pas que l'on doit importer ou imposer sans effort critique un
modèle étranger. Il n'y a pas de "taille unique",
et il faut soigneusement adapter le modèle aux besoins
du pays et à ses aspirations", a-t-il souligné.
Les ressources nécessaires à un "investissement
durable dans la justice" constituent également un
aspect important pour Kofi Annan qui estime qu'il faut être
en mesure de "contribuer à promouvoir et soutenir
la volonté politique au niveau national, soutenir les réformes
et faciliter des consultations nationales sur les réformes
de la justice".
Mentionnant les discriminations ethniques, les disparités
flagrantes dans la distribution des richesses et des services
sociaux, l'abus de pouvoir et le déni du droit à
la propriété ou à la citoyenneté,
il a affirmé que "la paix et la stabilité ne
pouvaient s'instaurer que si les causes des conflits sont traitées
de manière légitime et équitable", ajoutant
qu'il ne faisait "aucun doute" que "la justice,
la paix et la démocratie se renforçaient mutuellement".
Plaidant par ailleurs pour une approche globale de la justice,
impliquant la police, les tribunaux, les prisons, les avocats
et procureurs, le secrétaire général des
Nations unies a suggéré une combinaison de mécanismes
déterminés au niveau national. Enfin, tirant les
leçons des expériences passées, il a rappelé
que si les tribunaux internationaux ou les tribunaux mixtes avaient
permis, dans une certaine mesure, de rendre la justice, de condamner
certains auteurs de crimes et d'ôter du pouvoir des éléments
extrémistes, ils s'étaient révélés
coûteux et n'avaient pas contribué de manière
adéquate à l'établissement de capacités
nationales durables.
En revanche, a-t-il affirmé, "la création
de la Cour internationale de justice offre un nouvel espoir de
réduire de façon permanente le phénomène
de l'impunité" Il a par ailleurs suggéré
que les recommandations contenues dans son rapport servent
"d'aide-mémoire pratique" au Conseil de sécurité.
(Le rapport du secrétaire général des Nations unies, établi en réponse à la demande faite par le Conseil de sécurité, le 26 janvier 2004, préconise la condamnation de l'amnistie pour les actes de génocide, de crimes de guerre ou de crime contre l'humanité et la non-participation des Nations unies à un tribunal pouvant appliquer la peine capitale. Kofi Annan y fait par ailleurs part de son intention de demander au Comité exécutif pour la paix et la sécurité du Secrétariat des Nations unies de proposer des mesures concrètes sur les différents points examinés dans le rapport, en vue de renforcer l'appui fourni par les Nations unies en matière d'administration de la justice en période de transition et de rétablissement de l'Etat de droit.
LA DECLARATION DU PRESIDENT DU CONSEIL DE SECURITE
A la 5052e séance du Conseil de sécurité,
tenue le 6 octobre 2004, dans le cadre de l'examen des
questions intitulées "Justice et Etat de droit : le
rôle des Nations Unies" et "Réconciliation
nationale après un conflit : rôle de l'Organisation
des Nations Unies", le président du Conseil de sécurité
a fait la déclaration suivante au nom du Conseil :
"Le Conseil de sécurité remercie
le Secrétaire général de son rapport daté
du 3 août 2004, qui a fait l'objet d'un nouveau tirage le
23 août 2004 (S/2004/616), et réaffirme l'importance
cruciale qu'il attache à la promotion de la justice et
de l'Etat de droit, ainsi qu'à la réconciliation
nationale après un conflit. Il examinera comme il conviendra
au cours de ses délibérations les recommandations
énoncées au paragraphe 64 du rapport.
"Le Conseil prie instamment le Secrétariat de l'Organisation des Nations Unies de faire des propositions concernant l'application des recommandations énoncées au paragraphe 65 du rapport, et appelle l'attention en particulier sur l'importance des mesures pratiques mentionnées dans ce paragraphe qui peuvent être rapidement mises en uvre, dont la coordination des compétences et ressources existantes, la création de bases de données et de ressources en ligne et l'établissement de fichiers d'experts, les ateliers et la formation. Il prie les Etats Membres qui souhaitent le faire de mettre à disposition du personnel national et du matériel, dans les limites de leurs moyens, pour la mise en uvre de ces mesures, et d'améliorer leurs capacités dans ces domaines.
"Le Conseil rappelle l'importante déclaration
faite par le Secrétaire général à
la cinquante-neuvième session de l'Assemblée générale
des Nations Unies le 21 septembre 2004 et souscrit au point de
vue selon lequel "[c]'est en rétablissant
l'Etat de droit et la confiance dans l'impartialité de
la justice que nous pouvons espérer faire revivre des sociétés
brisées par un conflit". Il souligne qu'il importe
et qu'il est urgent de restaurer la justice et l'état de
droit dans les sociétés qui sortent d'un conflit,
non seulement pour surmonter les effets des exactions commises
dans le passé, mais aussi pour promouvoir la réconciliation
nationale et contribuer à empêcher une résurgence
du conflit. Il souligne que de tels processus doivent être
ouverts, tenir compte des sexospécificités et permettre
la pleine participation des femmes.
"Le Conseil souligne qu'il importe d'évaluer
les besoins particuliers en matière de justice et d'état
de droit de chaque pays hôte, en prenant en considération
la nature du système juridique, les traditions et les institutions
du pays, et d'éviter de plaquer des solutions toutes faites.
Il reconnaît que la mise en place de capacités
nationales et d'institutions nationales indépendantes est
essentielle, que la prise en main nationale de ce processus devrait
être encouragée et respectée, et que les structures
internationales peuvent jouer un rôle complémentaire
et d'appui.
"Le Conseil souligne qu'il faut absolument mettre
un terme au climat d'impunité pour que les sociétés
en proie à un conflit ou sortant d'un conflit puissent
surmonter les effets des exactions du passé et empêcher
de futures exactions. Il appelle l'attention sur toute la gamme
des mécanismes de justice à envisager pour les périodes
de transition, dont les tribunaux pénaux nationaux, internationaux
et "mixtes" et les commissions vérité
et réconciliation, et souligne que ces mécanismes
devraient être axés non seulement sur la responsabilité
individuelle pour les crimes graves, mais aussi sur la nécessité
de rechercher la paix, la vérité et la réconciliation
nationale. Il se félicite de l'appréciation équilibrée
des enseignements à tirer de l'expérience des tribunaux
pénaux internationaux ad hoc et des tribunaux "mixtes".
"Le Conseil rappelle que la justice et l'Etat de droit
au niveau international revêtent une importance capitale
pour la promotion et le maintien de la paix, la stabilité
et le développement dans le monde. Il souligne aussi qu'il
importe d'aider à prévenir les futurs conflits en
s'attaquant à leurs causes profondes de façon légitime
et équitable.
"Le Conseil se félicite vivement que le Secrétaire général ait décidé de faire du renforcement de l'état de droit et de la justice dans les sociétés en proie à un conflit ou sortant d'un conflit l'une des priorités de l'Organisation des Nations Unies pendant le reste de son mandat. Il invite le Secrétaire général à le tenir informé des progrès accomplis par le Secrétariat en ce qui concerne les suites à donner aux recommandations énoncées au paragraphe 65 du rapport et exprime l'intention de réexaminer cette question dans six mois".
LA DECLARATION DE KOFI ANNAN
Le rétablissement de l'Etat de droit et son application
impartiale constituent une part essentielle de la revitalisation
des sociétés détruites par les conflits
On trouvera ci-après la déclaration du
secrétaire général des Nations unies, Kofi
Annan, faite à la réunion que le Conseil de
sécurité a tenu, le 6 octobre 2004, sur le thème
"le rôle de l'ONU dans le rétablissement de
l'Etat de droit et l'administration de la justice dans les sociétés
en proie à un conflit ou sortant d'un conflit".
Kofi Annan a livré au Conseil les cinq clefs du succès
en matière de rétablissement de l'Etat de droit
et de la justice. Il a cité le respect des normes internationales
et l'adaptation des efforts au contexte national; le renforcement
des capacités et de la volonté politique nationales;
la mise au point d'une stratégie à trois dimensions
-justice, paix et démocratie; l'adoption d'une approche
globale couvrant des questions telles que la police, les prisons
ou la défense; et la conjugaison des différents
mécanismes de justice dont les mécanismes traditionnels.
J'ai déclaré à l'Assemblée générale,
il y a quelques semaines, que le rétablissement de l'Etat
de droit et la certitude qu'il soit appliqué de façon
impartiale constituent une part essentielle de la revitalisation
des sociétés détruites par les conflits.
Ce principe se trouve au cur du rapport dont le Conseil est saisi aujourd'hui, rapport qui reflète les efforts coordonnés de plus d'une dizaine de départements et institutions de l'ONU qui se fondent sur l'expérience que nous avons acquise après des décennies de présence sur le terrain.
Le rapport examine les outils mis à notre disposition
pour nous aider à gérer cette justice pendant la
période de transition et à rétablir l'état
de droit dans les sociétés en proie à un
conflit ou sortant d'un conflit : des systèmes nationaux
d'administration de la justice à l'appui accordé
par les opérations de maintien de la paix de l'ONU; de
la Cour pénale internationale aux tribunaux internationaux
ad hoc, aux tribunaux mixtes et aux commissions de vérité;
de l'assainissement du secteur public aux réparations pour
les victimes.
Comme l'indique le rapport, nous avons tiré de nombreux
enseignements du travail accompli par l'ONU dans ces domaines.
Premièrement, les activités de maintien
de la paix doivent, pour réussir, refléter les normes
internationales. Cela ne signifie pas pour autant que nous devions
sans discernement importer ou imposer des modèles étrangers.
Un modèle ne s'applique pas à tous. Notre appui
doit soigneusement être adapté au contexte et se
fonder sur des évaluations nationales, une participation
des acteurs nationaux et les besoins et aspirations locaux.
Deuxièmement, nous devons obtenir les ressources
nationales nécessaires à un investissement durable
dans la justice. Ces ressources doivent nous aider à renforcer
les capacités locales, mais fournir seulement une assistance
technique ne suffit pas. Nous devons également encourager
et renforcer la volonté politique au niveau national. Nous
devons donc soutenir les partisans locaux de la réforme
et faciliter les consultations nationales sur la réforme
du système judiciaire et l'administration de la justice
pendant la période de transition.
Troisièmement, nous ne pouvons pas oublier le
contexte politique. La paix et la stabilité ne peuvent
prévaloir que si on s'attaque aux causes du conflit par
des moyens légitimes et justes, des questions telles que
la discrimination fondée sur l'appartenance ethnique, l'inégalité
d'accès aux richesses et services sociaux, les abus de
pouvoir et le déni du droit à la propriété
ou à la citoyenneté. En fait, la justice, la paix
et la démocratie se renforcent les uns les autres. Les
faire progresser toutes les trois sur un terrain fragilisé
par un conflit exige une planification stratégique, une
intégration rigoureuse et un échelonnement judicieux
des activités.
Quatrièmement, notre démarche à
l'égard de la justice doit être globale. Nous devons
nous occuper de la police, des tribunaux, des prisons, des avocats
de la défense et des procureurs, et nous devons être
sensibles aux besoins de la société civile, y compris
ceux des victimes, des femmes, des enfants et des minorités.
Cinquièmement, s'agissant de l'administration
de la justice pendant la période de transition, la meilleure
démarche ne consiste pas tout simplement à choisir
entre engager des poursuites contre des individus ou créer
des commissions de vérité. En fait, une combinaison
de mécanismes, déterminée au plan national,
sera en général plus efficace, y compris en recourant,
le cas échéant, aux mécanismes de justice
traditionnelle.
Dans certains cas, des tribunaux internationaux ou mixtes ont
été établis pour juger les crimes perpétrés
dans le passé. Ces tribunaux ont aidé à rendre
justice aux victimes et ont permis d'écarter les éléments
extrémistes du pouvoir. Ils ont également enrichi
la doctrine en matière de droit pénal international.
Leur coût a toutefois été élevé
et ils n'ont guère contribué à doter les
pays concernés de capacités durables dans le domaine
de l'administration de la justice.
Le rapport indique que la création de la Cour pénale
internationale suscite un nouvel espoir de voir l'impunité
reculer durablement - espoir qui grandira à mesure qu'augmentera
le nombre de ratifications du Statut de Rome.
Les recommandations du rapport sont regroupées à
la section XIX. J'espère qu'elles serviront d'aide-mémoire
pratique au Conseil de sécurité et l'aideront à
accorder toute l'attention voulue à l'état de droit
et à la justice transitionnelle lorsqu'il se penchera sur
les situations de conflit ou d'après-conflit dont il sera
saisi.
Je n'ai pas oublié mes propres responsabilités, ni celles des départements, institutions, fonds et programmes des Nations unies. Le système des Nations Unies est en train de préparer d'importants nouveaux outils qui nous aideront à renforcer nos capacités à appuyer l'état de droit et la justice transitionnelle, notamment, une cartographie du secteur de la justice; l'appui à l'élaboration de codes pénaux types applicables pendant la période de transition et des principes de base pour les poursuites par des instances nationales ou mixtes. Le système des Nations Unies continuera d'uvrer dans les mois à venir en vue de l'application des recommandations du rapport qui nous sont destinées.
Nous sommes prêts à jouer notre rôle et
je suis sûr que les membres du Conseil sont prêts
à jouer le leur.
Source : Nations unies, New York, 6 octobre 2004.
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