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BRUXELLES, 17 DECEMBRE 2004 / CONSEIL DE LUNION EUROPEENNE
__Kofi Annan demande le soutien de l'Europe à une nouvelle architecture de la sécurité mondiale
Après les Etats-Unis, c'est vers l'Europe, modèle
de réconciliation et de coopération, que s'est
tourné Kofi Annan pour l'appeler à soutenir
une vision de la sécurité collective, centrée
autour de valeurs qui puissent engager l'adhésion de tous
les Etats face aux nouvelles menaces.
A la croisée des chemins, "une voie nous mène
vers l'effondrement du système de sécurité
collective qui nous a rendu de si grands services depuis 1945"
et vers "des réponses au coup par coup, improvisées
ou unilatérales" aux nouvelles menaces et vers "un
monde de dangers et de chaos", a déclaré, le
17 décembre 2004, le secrétaire général
des Nations unies, lors d'une allocution devant le Conseil
européen, à Bruxelles.
"L'autre voie, qui n'est pas aisée mais qui en
vaut la peine, mène à la solidarité mondiale,
fondée sur des engagements et des doctrines communes et
vers une architecture de la sécurité mondiale en
mesure d'inspirer le respect - et l'adhésion - de tous
les Etats", a-t-il précisé.
Pour l'avenir, "un plein engagement de l'Europe sera essentiel",
a rappelé Kofi Annan, alors que depuis des décennies
à présent, "les nations européennes
poursuivent une destinée commune".
"Des centres de la tyrannie, de la division et de la guerre,
vous avez suivi la réconciliation et la coopération",
prouvant à vous-mêmes et aux autres que d'anciens
rivaux et ennemis pouvaient remplacer l'horreur par l'espoir",
a rappelé Kofi Annan, précisant que "ce succès
signifie que le monde se tourne à présent vers vous
pour soutenir un cadre multilatéral mondial".
"Ces dernières années ont connu un accroissement
bienvenu de la coopération entre l'Europe et les Nations
unies et le support de l'Europe joue un rôle clef dans le
renforcement du maintien de la paix et de la gestion des crises
par l'Union européenne", a-t-il conclu.
KOFI ANNAN PLAIDE POUR UNE SOLIDARITÉ PLANETAIRE POUR RÉPONDRE AUX MENACES DU XXIe SIECLE
Texte de la déclaration du secrétaire
général des Nations unies, Kofi Annan, au
Conseil de l'Union européenne, "l'Organisation
des Nations unies et l'Union européenne : notre programme
commun", à Bruxelles, le 17 décembre 2004.
C'est avec plaisir que j'ai accepté votre invitation
à prendre la parole à un moment si important dans
la vie de la communauté mondiale et de nos deux institutions.
Ces dernières années, la coopération entre
l'Europe et l'Organisation des Nations unies a connu un développement
régulier dont on ne peut que se féliciter. Nous
avons beaucoup fait pour donner un contenu réel à
nos relations.
Aujourd'hui, nos fonctionnaires travaillent côte à
côte en Afghanistan, dans les Balkans, en Afrique et ailleurs.
Le soutien de l'Europe en matière de déploiement
rapide est déterminant dans la gestion des crises et le
maintien de la paix par l'Organisation. L'Europe contribue activement
aux efforts entrepris pour atteindre les "Objectifs de développement
du Millénaire". Dans le cadre du Quartet, nous continuons
ensemble à faire pression sur les Israéliens et
les Palestiniens pour qu'ils prennent les mesures qui pourraient
relancer le processus de la feuille de route. En Irak enfin, nous
avons, les uns et les autres, intérêt, je dirais
même un intérêt pressant, à édifier
un pays stable, unifié et démocratique, en paix
avec lui-même dans une région elle-même paisible.
La solidité de ces relations me donne à espérer
que nous pourrons dorénavant avancer d'un grand pas dans
un domaine tout aussi urgent mais bien plus vaste : la préparation
aux menaces du XXIe siècle.
Vous disposez maintenant du rapport du Groupe de personnalités
de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement.
Avec une grande lucidité, les auteurs ont proposé
une nouvelle vision globale de la sécurité collective,
dans un monde où les menaces se conjuguent et où
les riches et les pauvres, les forts et les faibles sont mutuellement
vulnérables. Ils ont également expliqué,
pourquoi aucun pays ne peut se permettre d'affronter isolément
les menaces du monde contemporain, et pourquoi aucune de ces menaces
ne peut être écartée si l'on ne s'oppose pas
aux autres en même temps.
La vision proposée par le Groupe est essentiellement
axée sur la prévention, sur le renforcement des
moyens qu'ont les Etats de faire face aux menaces et d'assumer
leurs responsabilités. Le rapport fixe des principes précis
pour le recours à la force. Il donne du terrorisme la
définition que l'on recherchait depuis longtemps. Il
offre des idées inédites pour revivifier les organes
des Nations unies. Prises ensemble, les 101 recommandations qu'il
contient portent l'espoir de politiques mondiales efficaces et
d'une Organisation des Nations Unies rénovée. Elles
mettent à notre portée plus que jamais auparavant
la réponse à certaines des questions les plus brûlantes
de notre temps.
Maintenant, c'est à nous d'agir.
Certaines de ces recommandations sont de mon ressort, et j'entends
leur donner suite rapidement. J'ai notamment l'intention de mener
le mouvement qui aboutira à une nouvelle stratégie
générale de lutte contre le terrorisme.
Mais nous ne pourrons réussir que si vous, Etats membres
des Nations unies, êtes disposés à jouer le
rôle qui vous revient.
Comme vous le savez, l'Assemblée générale
a convoqué pour le mois de septembre [2005] une réunion
au sommet pour faire le point sur la Déclaration
du Millénaire. D'ici là, vous disposerez pour
alimenter vos délibérations du rapport du Projet
du Millénaire sur ce qu'il faudrait faire pour réaliser
les objectifs de développement du Millénaire, et
de mon propre rapport sur les progrès réalisés
en cinq ans dans tous les domaines couverts par la Déclaration.
J'espère que vous arriverez au sommet, prêts à
prendre une décision sur les questions politiques les plus
importantes.
J'espère également que tout ne va pas s'arrêter
en attendant septembre. S'il y a des points sur lesquels on peut
s'entendre et intervenir entre-temps, il ne faut pas hésiter
à le faire.
En septembre [2003], je disais que nous étions à
la croisée des chemins.
D'un côté, il y a le chemin qui conduit
au démembrement d'un système qui garantit notre
sécurité depuis 1945, c'est-à-dire aux réactions
unilatérales improvisées, cas par cas, face aux
nouveaux défis dont nous connaissons déjà
l'existence; c'est un chemin qui conduit en fait à un monde
plein de dangers et de chaos.
L'autre chemin, qui n'est pas facile, mais qui me semble
mériter qu'on s'y engage, mène à une solidarité
planétaire, fondée sur des doctrines et des
engagements communs, à une architecture mondiale de la
sécurité qui aura le respect et l'adhésion
de tous les Etats.
Plus nous avancerons, plus l'engagement de l'Europe
nous sera nécessaire. Il y a des décennies maintenant
que les nations européennes poursuivent un destin commun.
Renaissant des cendres de la tyrannie, de la division et de la
guerre, vous vous êtes voués à la réconciliation
et à la coopération et avez édifié
une union économique et politique ouvrant pour vos citoyens
une ère sans précédent de paix et de prospérité.
Vous avez prouvé à vos propres yeux et au reste
du monde que les rivaux et les ennemis d'antan pouvaient faire
succéder l'espoir à l'horreur.
C'est ce succès qui explique que le monde se tourne
dorénavant vers vous pour la mise en place d'un cadre multilatéral
mondial. Votre soutien n'est nulle part plus nécessaire
que dans la préparation aux périls de demain. Nous
avons besoin que vous jouiez votre rôle non seulement à
la réunion au sommet de septembre prochain, mais aussi
dans les travaux qui la précéderont en conciliant
les divergences et en réalisant un large consensus.
Si 2003 était une année de profondes dissensions,
et 2004 une année de réflexion sans complaisance,
2005 doit être l'année de l'audace. Il est
possible de réaliser des progrès de fond, des progrès
historiques. Il y a beaucoup à faire et je ne sous-estime
pas les difficultés. Mais nous devons réussir. Nous
pouvons et nous devons édifier ensemble un monde prospère,
plus sûr et plus juste.
Source : Nations unies, New York, 17 décembre
2004.
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