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PROCHE-ORIENT 2004, LA SITUATION DES REFUGIES PALESTINIENS
__Visitez un camp palestinien !
par Peter Hansen
Si vous vous trouvez en Jordanie, en Syrie, au
Liban, ou dans les territoires occupés, allez
visiter un camp de réfugiés palestiniens.
Pendant votre promenade, vous découvrirez des allées
si étroites que les cercueils doivent être transportés
verticalement pour passer les coins des rues. Jetez un coup d'il
furtif dans les abris en ciment des réfugiés et
vous verrez qu'ils ne sont souvent guère mieux que des
cabanes améliorées, accueillant des familles de
treize personnes ou plus, toutes entassées dans une seule
pièce, souvent sans fenêtre ni aération. Dans
certains abris insalubres, vous rencontrerez des mères
qui préfèrent dormir avec leur bébé
dans les bras ou sur leurs genoux, de peur que les rats ne les
attaquent.
Si vous avez la malchance de visiter ce camp sous une pluie
hivernale, vous pourrez constater comment les égouts, fétides
et pullulants d'insectes en été, inondent désormais
leurs misérables habitations.
Maintenant, arrêtez-vous dans une école. Vous
découvrirez dans une salle de classe décrépie,
aux murs noircis par les ans, trois enfants s'agrippant à
un petit bureau fendu de toutes parts. Les salles sont surpeuplées;
les professeurs font de leur mieux pour enseigner à 50
élèves désireux d'apprendre. Patientez et
observez un instant. Soudain, vers midi, les bâtiments souvent
délabrés par les ans se vident entièrement
de leurs enseignants et collégiens, immédiatement
remplacés par leurs collègues et camarades du tour
de l'après-midi. Dans un brouhaha chaotique mais bon enfant,
les collégiens du matin partent alors jouer dans les rues
sales des camps, n'ayant pas la possibilité de profiter
de la cour de récréation, déjà conquise
par les nouveaux arrivants.
Ensuite, rendez-vous dans la clinique d'un de ces camps bondés,
dont les médecins s'efforcent de recevoir, du mieux qu'ils
peuvent, ces 115 patients journaliers, ces mères dont le
nombre croissant de prématurés inquiète,
ces bébés en pleurs, ou ces vieillards que l'âge
a fragilisés. Ils attendent patiemment les quelques minutes
que le médecin va pouvoir leur accorder, quelle que soit
la nature de leurs maux, une grippe, des douleurs pulmonaires,
ou la diarrhée préoccupante d'un nouveau-né.
Parlez à ces spécialistes des choix bouleversants
qu'ils doivent effectuer chaque jour, du fait des maigres ressources
à leur disposition : qui va financer l'opération
qui sauvera peut-être la vie d'un de leurs patients ? Certains
seront plus chanceux que d'autres...
Si vous le pouvez, essayez d'imaginer la souffrance de ces
réfugiés. Vous serez toujours bien en deçà
de la réalité ! Cinquante-six ans de conflit
et d'exil ont étouffé cette population reléguée
sur un lambeau de terre sans Etat.
Il n'en a pas toujours été ainsi : l'UNRWA,
l'Agence des Nations unies chargée des réfugiés
palestiniens, créée il y a cinquante ans, s'est
toujours occupée d'eux. Mais, alors qu'auparavant elle
disposait de 200 dollars par réfugié et par an pour
couvrir leurs besoins en éducation, santé et services
sociaux, elle ne dispose plus aujourd'hui que de 70 dollars
pour assurer les mêmes services.
L'UNRWA a toujours fait de son mieux pour que les réfugiés
de Palestine maintiennent un niveau de vie à peu près
semblable à celui des pays hôtes. On peut même
relever quelques réussites notables dans des domaines tels
que l'alphabétisation des femmes et la vaccination généralisée
des enfants.
Malheureusement, depuis une dizaine d'années, ce manque
de moyens et l'augmentation de la population réfugiée
- maintenant supérieure à 4 millions - ont plongé
l'UNRWA dans une crise grave. La qualité des services fournis
par l'Agence s'effrite, et les chances des réfugiés
de se sortir du marasme s'en trouvent diminuées d'autant.
Certains finissent par perdre l'espoir de connaître des
jours meilleurs.
Afin d'arrêter l'hémorragie, l'UNRWA et le gouvernement
suisse ont invité 70 pays à participer à
une conférence organisée à Genève
au mois de juin [2004], pour adopter de nouvelles stratégies
visant à améliorer la vie des réfugiés
palestiniens. Cette conférence portera tout particulièrement
sur les moyens et programmes facilitant l'accès de la population
réfugiée à l'emploi, à l'hébergement,
à l'éducation et aux services de santé, lui
permettant ainsi de s'aider elle-même.
Des experts des quatre coins du monde, de pays donateurs et
d'organisations internationales ont déjà commencé
à travailler afin de présenter des recommandations
qui feront l'objet de débats lors de la conférence.
En aidant l'UNRWA à planifier pour les années à
venir, la communauté internationale soutient ainsi les
besoins croissants des réfugiés palestiniens.
Cette conférence constitue une première dans
l'histoire de l'UNRWA. Je le répète : allez vous
promener dans l'un des 59 camps et vous comprendrez mieux pourquoi
cet événement est si important pour les réfugiés
palestiniens.
Peter Hansen est commissaire général de
l'agence des Nations unies chargée des réfugiés
palestiniens (UNRWA). Point de vue publié dans le quotidien
Le Monde, 19 mai 2004.
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