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ETATS-UNIS, 6 NOVEMBRE 2003 / LE ROLE DES ETATS-UNIS DANS LE MONDE
__George W. Bush : "Un Irak libre au cur du Moyen-Orient sera une étape décisive de la révolution démocratique mondiale"
A l'occasion du 20e anniversaire de la Fondation nationale pour la démocratie, créée par Ronald Reagan, le président américain George W. Bush a explicité, le 6 novembre 2003, à Washington, les fondements idéologiques de la campagne militaire en Irak.
Le président américain a placé le Moyen-Orient au centre de la politique étrangère des Etats-Unis pour des décennies à venir, affirmant que "l'établissement d'un Irak libre au cur du Moyen-Orient constituera une étape décisive de la révolution démocratique mondiale". Il a attribué la lenteur des progrès démocratiques au Moyen-Orient à ce qu'il appelé le "déficit de liberté", qui sape le développement socio-économique ainsi que les réformes politiques.
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Georges W. Bush.
Photo Eric Draper, Maison Blanche.
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"Le déficit de liberté [...] a de
terribles conséquences sur les peuples du Moyen-Orient
et sur le monde, a-t-il souligné. Dans de nombreux pays
du Moyen-Orient, la pauvreté est considérable et
elle s'étend encore, les femmes n'ont pas assez de droits
et se voient refuser toute éducation. Des sociétés
entières stagnent pendant que le monde évolue. Ce
ne sont pas là les échecs d'une culture ou d'une
religion. Ce sont les échecs de doctrines politiques et
économique".
Georges Bush a fait l'éloge des progrès réalisés au Maroc, au Bahreïn, à Oman, en Egypte et en Arabie saoudite sur la voie de la démocratie. Au sujet du peuple palestinien, il a déclaré : "La seule voie vers l'indépendance, la dignité et le progrès est la démocratie". Quant à la situation en Iran, le président américain a lancé l'avertissement suivant : "Le gouvernement de Téhéran doit tenir compte des aspirations de son peuple à la démocratie ou renoncer à son ultime prétention à la légitimité".
LE DISCOURS DE GEORGES BUSH
Notre démocratie tire son origine de l'Angleterre
et de son Parlement, et il en est de même pour votre fondation.
En juin 1982, le président Ronald Reagan déclara
devant le Parlement britannique que l'histoire était arrivée
à un tournant. Il soutint que le communisme soviétique
avait échoué, précisément parce qu'il
ne respectait pas le peuple soviétique - sa créativité,
son génie et ses droits.
Le président Reagan dit que la tyrannie soviétique
allait disparaître, que la liberté avait pris un
élan que l'on ne pourrait arrêter. Il donna à
votre fondation sa mission, à savoir accélérer
l'élan de la liberté à travers le monde.
Votre mission était importante il y a vingt ans, elle l'est
tout autant de nos jours.
Un certain nombre de détracteurs parlèrent avec
dédain du discours du président Reagan. On peut
lire dans un éditorial de l'époque : "Il semble
difficile d'être un Européen raffiné et également
un admirateur de Ronald Reagan". Certains observateurs des
deux côtés de l'Atlantique déclarèrent
que son discours était simpliste et naïf, voire dangereux.
En fait, les propos de Ronald Reagan étaient courageux,
optimistes et tout à fait corrects.
Le grand mouvement démocratique que le président
Reagan décrivait était déjà bien en
cours. Au début des années 1970, on comptait une
quarantaine de pays démocratiques dans le monde. Au milieu
de cette décennie, le Portugal, l'Espagne et la Grèce
eurent des élections libres. Peu de temps après,
des pays d'Amérique latine se dotèrent d'un régime
démocratique, et la Corée, Taïwan et d'autres
pays d'Asie de l'Est mirent en place des institutions libres.
Cette même semaine en 1989, des manifestations eurent lieu
à Berlin-Est et à Leipzig. A la fin de cette année-là,
toutes les dictatures communistes en Amérique centrale
s'étaient effondrées. L'année suivante, le
gouvernement sud-africain libéra Nelson Mandela. Quatre
ans plus tard, celui-ci fut élu président de son
pays, passant comme Lech Walesa et Vaclav Havel
de l'état de prisonnier à celui de chef d'Etat.
A la fin du XXe siècle, on dénombrait quelque
120 pays démocratiques dans le monde, et je peux vous donner
l'assurance que ce nombre va augmenter. Ronald Reagan serait heureux
et il ne serait pas surpris.
Vous avez observé, en une vingtaine d'années,
la progression la plus rapide de la liberté depuis l'origine
de la démocratie il y a 2'500 ans. Les futurs
historiens offriront leurs propres explications de ce qui s'est
passé. Déjà nous connaissons certaines des
raisons dont ils feront état. Ce n'est pas par hasard que
l'apparition de tant de démocraties a eu lieu à
une époque où le pays le plus influent du monde
était lui-même doté d'un régime démocratique.
Les Etats-Unis ont pris des engagements d'ordre militaire et
moral envers l'Europe et l'Asie, qui ont permis de protéger
des pays libres de l'agression et qui ont créé les
conditions nécessaires à l'épanouissent des
nouvelles démocraties. Alors que nous assurions la sécurité
de pays entiers, nous offrions une inspiration à des peuples
opprimés. Dans les camps d'internement, dans les réunions
syndicales frappées d'interdiction, dans les églises
clandestines, des hommes et des femmes savaient que le monde entier
ne vivait pas dans le même cauchemar qu'eux. Ils étaient
au courant d'au moins un lieu - un pays splendide et plein d'espoir
- où la liberté était chérie et garantie.
Ils priaient pour que les Etats-Unis ne les oublient pas ou pour
qu'ils n'oublient pas la mission consistant à encourager
la liberté dans le monde entier.
Les historiens constateront que, dans de nombreux pays, la
progression de l'économie de marché et de la libre
entreprise a contribué à créer des classes
moyennes qui étaient assez sûres d'elles-mêmes
pour réclamer leurs droits. Ils citeront le rôle
de la technologie qui permet de passer outre à la censure
et au contrôle central et s'émerveilleront devant
le pouvoir des communications instantanées de répandre
la vérité, les nouvelles et le courage de part et
d'autre des frontières.
Les futurs historiens se pencheront sur un fait extraordinaire
et indéniable : au fil du temps, les pays où
règnent la liberté deviennent plus forts alors que
les dictatures deviennent plus faibles. Au milieu du XXe siècle,
certains imaginaient que la planification centrale et une discipline
sociale très stricte constituaient le chemin le plus court
pour devenir une puissance nationale. En fait, la prospérité,
la vitalité sociale et le progrès technique d'un
peuple sont directement déterminés par le degré
de sa liberté. La liberté donne libre cours à
la créativité de l'homme, et la créativité
détermine la force et la richesse des nations. La liberté
est aussi bien le plan divin pour l'humanité que le meilleur
espoir de progrès sur terre.
La progression de la liberté constitue une tendance
puissante. Néanmoins, nous savons aussi que l'on peut
perdre la liberté si on ne la défend pas. Le succès
de la liberté n'est pas déterminé par une
dialectique quelconque relative à l'histoire. Par définition,
le succès de la liberté dépend des choix
et du courage des peuples libres et de leur acceptation de faire
des sacrifices. Dans les tranchées de la Première
Guerre mondiale, sur les deux fronts de la Seconde Guerre
mondiale, dans les batailles difficiles de Corée et
du Vietnam et lors des missions de sauvetage et de libération
effectuées dans presque tous les continents, les Américains
ont amplement montré qu'ils étaient disposés
à faire des sacrifices pour défendre la liberté.
Les sacrifices des Américains n'ont pas toujours été
reconnus ou appréciés, et pourtant ils ont été
utiles. Grâce à notre fermeté et à
celle de nos alliés, l'Allemagne et le Japon sont des Etats
démocratiques qui ne font plus peser une menace sur le
monde. Le risque d'un affrontement nucléaire avec l'Union
soviétique a pris fin pacifiquement, tout comme l'Union
soviétique elle-même. Les Etats européens
s'orientent vers l'unité au lieu de se diviser en camps
armés et de tomber dans le génocide. Tous les pays
ont appris, ou auraient dû apprendre, une leçon importante
: la liberté vaut la peine que l'on se batte pour elle,
que l'on meure pour elle et qu'on la défende, et sa progression
aboutit à la paix.
Et maintenant nous devons appliquer cette leçon à
notre époque. Nous avons atteint un autre grand tournant,
et la détermination dont nous faisons montre influencera
le prochain stade du mouvement démocratique dans le monde.
Notre attachement à la démocratie est mis
à l'épreuve dans des pays tels que Cuba,
la Birmanie, la Corée du Nord et le Zimbabwe,
qui sont des avant-postes de la répression dans le monde
d'aujourd'hui. Les habitants de ces pays vivent en captivité,
dans la crainte et dans le silence. Néanmoins, ces pays
ne peuvent pas juguler la liberté pour toujours, et un
jour des dirigeants de nouvelles démocraties sortiront
des camps d'internement et des cellules de prison et retourneront
de l'exil. Le communisme, le militarisme et le gouvernement par
des êtres capricieux et corrompus sont les reliques d'une
époque révolue. Nous nous tiendrons aux côtés
de ces peuples opprimés jusqu'au jour où ils jouiront
finalement de la liberté.
Notre attachement à la démocratie est mis à
l'épreuve en Chine. La population de ce pays jouit
d'un éclat, d'un fragment de liberté, mais elle
finira par réclamer sa liberté entière. La
Chine a découvert que la liberté dans le domaine
économique permettait d'accroître la richesse nationale.
Les dirigeants de la Chine ont aussi découvert que la liberté
était indivisible, que la liberté sociale et religieuse
était aussi essentielle à la grandeur de leur pays
et à sa dignité. Les hommes et les femmes qui sont
autorisés à avoir le contrôle de leur richesse
finiront par insister pour avoir le contrôle de leur vie
et de leur propre pays.
Notre attachement à la démocratie est aussi mis
à l'épreuve au Moyen-Orient, qui est aujourd'hui
mon centre d'attention et qui sera un des centres d'attention
de la politique américaine pendant les décennies
à venir. Dans de nombreux pays du Moyen-Orient, dans des
pays qui revêtent une grande importance stratégique,
la démocratie ne s'est pas encore enracinée. Il
s'ensuit qu'on peut se poser plusieurs questions. Les peuples
du Moyen-Orient sont-ils en quelque sorte hors de portée
de la liberté ? Des millions d'hommes, de femmes et d'enfants
sont-ils condamnés par l'histoire ou par leur culture à
vivre sous un régime despotique ? Sont-ils les seuls à
ne jamais connaître la liberté et à ne jamais
avoir de choix dans ce domaine ? Moi, je ne le crois pas. Je
crois que toute personne a la capacité et le droit d'être
libre.
Certains détracteurs de la démocratie affirment
que les traditions islamiques sont incompatibles avec un gouvernement
représentatif. Cette "condescendance culturelle",
comme l'a baptisée Ronald Reagan, remonte à loin.
Après la capitulation du Japon, en 1945, un soi-disant
expert sur cet ancien empire a affirmé que la démocratie
n'y "marcherait jamais". Un autre observateur a affirmé
que les perspectives de la démocratie dans l'Allemagne
de l'après-Hitler étaient, je cite, "des plus
incertaines dans le meilleur des cas". C'était en
1957. Il y a 74 ans, le Sunday London Times affirmait que
les neuf dixièmes de la population de l'Inde étaient
illettrés et se "moquaient de la politique comme de
leur première chemise". Pourtant, lorsque, dans les
années 70, la démocratie indienne a été
menacée, le peuple indien a donné la preuve de son
engagement envers la liberté dans un référendum
national qui a sauvé son régime politique.
Les observateurs n'ont cessé de demander si tel ou tel
pays, tel ou tel peuple, tel ou tel groupe était "prêt"
pour la démocratie - comme si la liberté était
un prix que l'on gagnait en respectant les normes occidentales
du progrès. En fait, c'est le travail quotidien de la démocratie
lui-même qui ouvre la voie vers le progrès. Il enseigne
la coopération, le libre-échange des idées
et le règlement pacifique des différends. Comme
le montrent des hommes et des femmes du Bangladesh au Botswana
en passant par la Mongolie, c'est la pratique de la démocratie
qui prépare une nation à la démocratie, et
chaque pays peut s'engager sur cette voie.
Il devrait être clair que l'islam - une foi professée
par un cinquième de l'humanité - cadre avec les
règles de la démocratie. Le progrès démocratique
se manifeste dans de nombreux pays à forte influence musulmane
- en Turquie et en Indonésie, au Sénégal
et en Albanie, au Niger et en Sierra Leone.
Les musulmans et les musulmanes sont de bons citoyens de l'Inde
et de l'Afrique du Sud, des pays de l'Europe occidentale
et des Etats-Unis d'Amérique.
Plus de la moitié de tous les musulmans du monde vivent
dans la liberté sous l'autorité de gouvernements
démocratiquement constitués. Ils réussissent
dans les sociétés démocratiques, non pas
en dépit de leur foi, mais grâce à elle. Une
religion qui exige une responsabilité morale individuelle
et qui encourage la communion de l'individu avec Dieu est entièrement
compatible avec les droits et responsabilités qu'implique
l'autonomie.
Cependant, il se pose aujourd'hui un grand défi au
Moyen-Orient. Selon un rapport récemment publié
par des universitaires arabes, la vague mondiale de la démocratisation
a, et je cite, "à peine effleuré les Etats
arabes". Et ils ajoutent : "Ce déficit de liberté
sape le développement humain et est l'une des manifestations
les plus douloureuses d'un développement politique à
la traîne". Le déficit de liberté qu'ils
décrivent a de terribles conséquences sur les peuples
du Moyen-Orient et sur le monde. Dans de nombreux pays du Moyen-Orient,
la pauvreté est considérable et elle s'étend
encore, les femmes n'ont pas assez de droits et se voient refuser
toute éducation. Des sociétés entières
stagnent pendant que le monde évolue. Ce ne sont pas
là les échecs d'une culture ou d'une religion.
Ce sont les échecs de doctrines politiques et économiques.
A la fin de l'ère coloniale, le Moyen-Orient
a vécu la création de nombreuses dictatures militaires.
Certains dirigeants ont adopté les dogmes du socialisme,
exerçant un contrôle total sur les partis politiques,
les médias et les universités. Ils se sont alliés
au bloc soviétique et au terrorisme international. En Irak
et en Syrie, les dictateurs ont promis le retour de l'honneur
national et de la gloire passée. Mais au lieu de cela,
ils ont apporté la torture, l'oppression, la misère
et la ruine.
D'autres hommes, ou groupes d'hommes, ont établi leur influence
au Moyen-Orient par le truchement d'une idéologie théocratique
de terreur. Derrière leur langage religieux se cache le
désir du pouvoir politique absolu. Des cabales dirigeantes,
comme les talibans, ont montré la façon dont elles
concevaient la piété religieuse en fouettant des
femmes, en supprimant brutalement toute différence et toute
dissidence et en soutenant des terroristes qui s'arment et s'entraînent
en vue de l'assassinat d'innocents. Les talibans avaient promis
la pureté religieuse et la fierté nationale. Au
lieu de cela, ils ont systématiquement détruit une
société fière et travailleuse, laissant derrière
eux souffrance et famine.
De nombreux gouvernements moyen-orientaux comprennent maintenant
que la dictature militaire et la théocratie sont une voie
qui ne mène nulle part. Mais certains gouvernements s'accrochent
toujours aux vieilles habitudes de la centralisation du pouvoir.
Il existe des gouvernements qui craignent encore et font tout
pour réprimer la pensée et la créativité
indépendantes, l'entreprise privée et toutes les
qualités humaines qui sous-tendent les sociétés
stables et florissantes. Même les pays qui disposent de
vastes ressources naturelles sont incapables de respecter et de
développer leur bien le plus précieux : le talent
et l'énergie des hommes et des femmes qui travaillent et
vivent dans la liberté.
Au lieu de s'étendre sur les erreurs passées
et d'accuser les autres, les gouvernements du Moyen-Orient feraient
mieux de s'attaquer aux vrais problèmes et de réellement
servir les intérêts de leur pays. Les peuples capables
et vertueux du Moyen-Orient méritent des dirigeants responsables.
Pendant trop longtemps, les peuples de la région ont été
des victimes et des sujets - ils méritent de devenir des
citoyens actifs.
Les gouvernements du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord
commencent à prendre conscience de la nécessité
du changement. Le Maroc a un Parlement plus diversifié
; le roi Mohammed l'a exhorté à renforcer les droits
des femmes. Voici comment Sa Majesté a expliqué
aux parlementaires les réformes qu'il envisageait : "Comment
une société peut-elle progresser quand les femmes,
qui représentent la moitié de la nation, voient
leurs droits bafoués et souffrent de l'injustice, de la
violence et de la marginalisation, malgré la dignité
et la justice que leur reconnaît notre glorieuse religion
? " Le roi du Maroc a raison : l'avenir des nations musulmanes
sera plus radieux pour tous avec la participation des femmes.
L'année dernière, au Bahreïn, les
citoyens ont élu leur Parlement pour la première
fois en trente ans. Le sultanat d'Oman a étendu le droit
de vote à tous les citoyens adultes ; le Qatar s'est doté
d'une nouvelle constitution ; le Yémen a désormais
un système politique pluraliste ; le Koweït a une
assemblée nationale directement élue, et la Jordanie
a organisé des élections historiques cet été.
De récents sondages réalisés dans les pays
arabes révèlent qu'il existe un vaste soutien au
pluralisme, à l'État de droit et à la liberté
d'expression. Ce sont là les premiers frémissements
de la démocratie au Moyen-Orient, et ils sont la promesse
de vastes changements à venir.
Au fur et à mesure que le changement arrive au Moyen-Orient,
ceux qui sont au pouvoir devraient se poser la question suivante
: se souviendra-t-on d'eux parce qu'ils ont résisté
au changement, ou parce qu'ils l'ont soutenu ? En Iran,
l'exigence de démocratie est forte et répandue,
comme nous l'avons constaté le mois dernier lorsque des
milliers de gens se sont rassemblés afin d'accueillir Shirin
Ebadi, la lauréate du prix Nobel de la paix. Le gouvernement
de Téhéran doit tenir compte des aspirations de
son peuple à la démocratie ou renoncer à
son ultime prétention à la légitimité.
Quant au peuple palestinien, la seule voie vers l'indépendance,
la dignité et le progrès est la démocratie.
Et les dirigeants palestiniens qui bloquent ou sapent les réformes
démocratiques, qui alimentent la haine et encouragent la
violence ne sont pas des dirigeants. Ils sont les principaux obstacles
à la paix et au succès du peuple palestinien.
Le gouvernement saoudien est en train de faire les premiers
pas vers la réforme, notamment en introduisant progressivement
des élections. En donnant aux Saoudiens un plus grand rôle
dans leur propre société, le gouvernement de ce
pays peut avoir une réelle influence dans la région.
La grande et fière nation égyptienne a
montré la voie de la paix au Moyen-Orient, et maintenant
elle doit y indiquer celle de la démocratie. Les champions
de la démocratie dans la région savent qu'elle n'est
pas parfaite. Il ne s'agit pas de s'acheminer vers une utopie,
mais c'est le seul chemin qui conduit au succès et à
la dignité.
A mesure que nous observons et encourageons les réformes
dans la région, nous n'oublions nullement que modernisation
ne signifie pas occidentalisation. Les gouvernements représentatifs
du Moyen-Orient vont refléter la culture de leur pays.
Ils ne doivent ni ne sauraient nous ressembler. Un Etat démocratique
peut épouser la forme d'une monarchie constitutionnelle,
d'une république fédérale ou d'un régime
parlementaire. De plus, une démocratie fonctionnelle a
besoin de temps pour se développer, comme ce fut le cas
de la nôtre. Depuis 200 ans, nous avançons vers l'inclusion
et la justice, et cela nous rend patients et compréhensifs
alors que d'autres Etats en sont à des stades différents
de cette évolution.
Mais toute société, toute culture florissante
a certains principes essentiels communs. Une bonne société
limite le pouvoir de l'Etat et le pouvoir de l'armée, de
manière que le gouvernement réponde à la
volonté du peuple et non à celle d'une élite.
Une société réussie protège la
liberté par l'application constante et impartiale de la
règle du droit, au lieu d'une application sélective
des lois, destinée à punir l'opposition politique.
Une société dynamique assure un espace aux institutions
civiles : partis politiques, syndicats, journaux et médias
audiovisuels indépendants. Une société
réussie garantit la liberté des cultes : le droit
de servir et d'honorer Dieu sans crainte de persécution.
Une société prospère privatise son économie
et défend le droit à la propriété.
Elle interdit et sanctionne la corruption officielle et investit
dans la santé et dans l'éducation de sa population.
Elle reconnaît les droits des femmes. Et au lieu d'inspirer
la haine et le ressentiment envers d'autres sociétés,
une bonne société en appelle aux meilleures aspirations
de son peuple.
Ces principes vitaux sont à l'honneur en Afghanistan
et en Irak. Sous la ferme direction du président
Karzaï, le peuple afghan se forge un gouvernement moderne
et pacifique. Le mois prochain, 500 délégués
vont se réunir en assemblée nationale à Kaboul
afin d'adopter une nouvelle constitution. Le projet de constitution
prévoit l'établissement d'un Parlement bicaméral,
la tenue d'élections nationales l'année prochaine
et la reconnaissance de l'identité musulmane afghane, tout
en protégeant les droits de tous les citoyens. L'Afghanistan
est confronté à des difficultés économiques
et à des problèmes de sécurité tenaces
: elle y fera face en tant que démocratie libre et stable.
En Irak, l'Autorité provisoire de la Coalition
et le Conseil de gouvernement irakien collaborent à la
construction d'une démocratie - et après trois décennies
de tyrannie, ce travail n'est pas facile. L'ancien dictateur avait
régné par la terreur et la perfidie et imprimé
des réflexes profondément ancrés de peur
et de méfiance. Les vestiges de son régime, auxquels
se sont joints des terroristes étrangers, poursuivent leur
offensive contre l'ordre et contre la civilisation. Notre coalition
réagit aux attaques récentes par des raids précis
entrepris sur la foi de renseignements fournis par les Irakiens
eux-mêmes. En outre, nous travaillons étroitement
avec les Irakiens à l'élaboration d'une constitution,
à la préparation d'élections libres et à
leur reprise en main des rênes du pays. A l'image de la
défense de la Grèce en 1947 et, plus tard, du pont
aérien de Berlin, la force et la volonté de peuples
libres sont mises à l'épreuve devant un monde qui
observe. Face à cette épreuve, nous ne faillirons
pas.
L'avènement de la démocratie en Irak est l'uvre de nombreuses mains. Les forces des Etats-Unis et de la coalition consentent des sacrifices pour la paix dans ce pays et pour la sécurité des États libres. Les agents des organismes d'aide d'un grand nombre de pays bravent les dangers pour aider le peuple irakien. Le Fonds national pour la démocratie s'emploie à favoriser les droits de la femme, à former des journalistes irakiens et à diffuser les connaissances nécessaires à la participation politique. Les Irakiens eux-mêmes - policiers, gardes-frontière et représentants locaux - se joignent à ce travail et assument leur part de sacrifices.
C'est une entreprise massive et difficile : elle en vaut la peine, elle mérite nos sacrifices, car nous en connaissons les enjeux. L'échec de la démocratie en Irak enhardirait les terroristes de par le monde, augmenterait les dangers qui pèsent sur le peuple américain et anéantirait les espoirs de millions de personnes dans la région. Oui, la démocratie régnera en Irak, et ce succès propagera la nouvelle, de Damas à Téhéran, que la liberté est possible pour toute nation. L'établissement d'un Irak libre au cur du Moyen-Orient constituera une étape décisive de la révolution démocratique mondiale.
Les soixante années d'excuses et d'accommodements
de l'Occident face à l'absence de liberté au Moyen-Orient
n'ont rien fait pour notre sécurité - car en
fin de compte, la stabilité ne saurait s'acheter au prix
de la liberté. Tant que le Moyen-Orient demeurera un lieu
où la liberté ne règne pas, ce sera un lieu
de stagnation, de ressentiment et de violence prête à
l'exportation. Et vu la prolifération d'armes capables
d'infliger des maux catastrophiques à notre pays et à
nos amis, ce serait folie que d'accepter le statu quo.
En conséquence, les Etats-Unis ont adopté une
nouvelle politique, une stratégie progressiste de liberté
pour le Moyen-Orient. Cette stratégie exige la même
persistance, la même énergie et le même idéalisme
que nous avions déployés en d'autres occasions.
Elle conduira aux mêmes résultats. Comme en Europe,
comme en Asie, comme dans toutes les parties de la terre, l'avancée
de la liberté mène à la paix.
Cette avancée de la liberté est la mission de
notre temps, la vocation de notre pays. Des Quatorze Points
aux Quatre Libertés et au discours de Westminster,
l'Amérique a placé sa puissance au service de ce
principe. Nous croyons que la liberté est le dessein de
la nature ; nous croyons que la liberté est la direction
de l'histoire. Nous croyons que l'être humain, dans sa plénitude
et dans son excellence, se réalise dans l'exercice responsable
de la liberté. Enfin, nous croyons que la liberté
- la liberté que nous chérissons - n'appartient
pas qu'à nous, mais que l'humanité tout entière
a le droit et la capacité d'en jouir.
Promouvoir la liberté peut être une tâche
ardue. Mais l'Amérique a accompli des tâches difficiles par le passé. Notre pays est fort ; il est fort de par sa générosité de cur. Et il n'est pas seul. La liberté trouve des alliés dans tous les pays ; elle en trouve dans toutes les cultures. Et tandis que nous faisons face à la terreur et à la violence du monde, nous pouvons être sûrs que l'auteur de la liberté n'est pas indifférent au sort de la liberté.
Au milieu de toutes ses épreuves et de tous ses défis,
l'ère présente est, par-dessus tout, l'âge
de la liberté. Chacun d'entre vous, qui participez au travail
de ce Fonds, est pleinement engagé dans la grande cause
de la liberté. Je vous en remercie. Que Dieu bénisse
vos travaux. Et que Dieu continue de bénir les Etats-Unis
d'Amérique.
Source : Département d'Etat, Washington, novembre
2003.
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