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VATICAN, 1er JANVIER 2004 / JOURNEE MONDIALE DE LA PAIX, LE MESSAGE DE JEAN-PAUL II
__Plaidoyer du pape contre le terrorisme et en faveur des droits de l'homme
Le pape Jean Paul II a condamné l'usage de la
force comme unique instrument de lutte contre le terrorisme, mais
il a soutenu les sanctions contre les gouvernants coupables de
violations des droits de l'homme, dans son "message"
pour la célébration de la Journée mondiale
de la paix, le 1er janvier 2004.
"La lutte contre le terrorisme ne peut se limiter
seulement à des opérations répressives et
punitives. Il est essentiel que le recours à la force,
s'il est nécessaire, soit accompagné d'une analyse
courageuse et lucide des motivations sous-jacentes aux attaques
terroristes", a-t-il déclaré, soulignant que
"les gouvernants qui violent impunément la dignité
et les droits de l'homme, sous le prétexte inacceptable
qu'il s'agit de questions internes à leur Etat" doivent
être punis par "des sanctions appropriées".
Dans ce message, Jean Paul II a aussi affirmé
que "le droit international doit éviter que
prévale la loi du plus fort". "Son but essentiel
est qu'à la force matérielle des armes soit substituée
la force morale du droit, prévoyant des sanctions appropriées
contre les transgresseurs, ainsi que des réparations adaptées
pour les victimes".
L'importance fondamentale du droit international et du respect
des droits de l'homme sont constamment rappelés par le
souverain pontife qui en fait le pivot de son message. "Dans
tous les cas, les gouvernements démocratiques savent bien
que l'usage de la force contre les terroristes ne peut justifier
le renoncement aux principes d'un Etat de droit", a-t-il
dit, assurant que "des choix politiques qui rechercheraient
le succès sans tenir compte des droits fondamentaux de
l'homme seraient inacceptables ".
Jean Paul II estime que "dans la nécessaire lutte contre le terrorisme, le droit international est désormais appelé à élaborer des instruments juridiques dotés d'efficaces mécanismes de prévention, de surveillance et de répression de la criminalité". Selon lui, "pour parvenir à la paix il faut éduquer à la paix", et ce devoir est "aujourd'hui plus urgent que jamais".
UN ENGAGEMENT TOUJOURS ACTUEL : EDUQUER A LA PAIX
Je m'adresse à vous, chefs des nations, qui avez
le devoir de promouvoir la paix!
A vous, juristes, qui êtes engagés à
tracer des chemins d'entente pacifique, en élaborant des
conventions et des traités qui renforcent la légalité
internationale!
A vous, éducateurs de la jeunesse, qui dans tous
les continents travaillez inlassablement pour former les consciences
au chemin de la compréhension et du dialogue!
Et je m'adresse à vous aussi, hommes et femmes qui êtes
tentés de recourir aux moyens inacceptables du terrorisme,
compromettant ainsi à sa racine la cause pour laquelle
vous combattez!
Ecoutez tous l'humble appel du Successeur de Pierre qui s'écrie:
Aujourd'hui encore, au commencement de l'An nouveau 2004, la
paix reste possible! Et si elle est possible, la paix est
aussi un devoir!
Une initiative concrète
1. Mon premier Message pour la Journée
mondiale de la Paix, début janvier 1979, était
centré sur le thème: "Pour parvenir à
la paix, éduquer à la paix".
Ce Message du jour de l'An s'inscrivait dans le sillon
tracé par le Pape Paul VI, de vénérée
mémoire, qui avait souhaité que, le 1er janvier
de chaque année, soit célébrée une
Journée mondiale de prière pour la Paix. Je me souviens
des paroles du regretté pontife le jour de l'An 1968: "Notre
désir serait qu'ensuite, chaque année, cette célébration
se répétât, comme un souhait et une promesse,
à l'ouverture du calendrier qui mesure et décrit
le chemin de la vie humaine avec le temps. Nous voudrions voir
la paix, avec son juste et bienfaisant équilibre, dominer
le déroulement de l'histoire à venir". [1]
Faisant mien le vu exprimé par mon vénéré
prédécesseur sur la Chaire de Pierre, j'ai voulu
poursuivre chaque année cette noble tradition, consacrant
le premier jour de l'année civile à la réflexion
et à la prière pour la paix dans le monde.
Au cours des vingt-cinq ans de pontificat que le Seigneur m'a accordés jusqu'ici, je n'ai pas cessé de faire entendre ma voix, devant l'Eglise et devant le monde, pour inviter les croyants, ainsi que tous les hommes de bonne volonté, à faire leur la cause de la paix, pour contribuer à mettre en uvre ce bien primordial, assurant ainsi au monde des temps meilleurs, dans une convivialité sereine et dans un respect réciproque.
Cette année encore, je me sens le devoir d'inviter les
hommes et les femmes de tous les continents à célébrer
une nouvelle Journée mondiale de la Paix. L'humanité
en effet, ébranlée comme elle l'est par l'égoïsme
et par la haine, par la soif de puissance et par le désir
de vengeance, a plus que jamais besoin de retrouver le chemin
de la concorde.
La science de la paix
2. Les onze Messages adressés au monde
par le Pape Paul VI ont progressivement balisé le
chemin à accomplir pour parvenir à l'idéal
de la paix. Peu à peu, ce grand Pape en est venu à
illustrer les différents chapitres d'une véritable
"science de la paix". Il n'est pas inutile de nous remémorer
les thèmes des Messages qui nous ont été
laissés par le Pape Montini à cette occasion.
[2] Chacun d'eux est encore aujourd'hui d'une grande actualité.
Bien plus, face au drame des guerres qui, au début
du troisième millénaire, ensanglantent encore certaines
régions du monde, surtout au Moyen-Orient, ces écrits,
dans certains de leurs passages, prennent la valeur d'avertissements
prophétiques.
Le lexique de la paix
3. Pour ma part, au cours de mes vingt-cinq ans de pontificat,
j'ai cherché à poursuivre le chemin tracé
par mon vénéré prédécesseur.
Au début de chaque nouvelle année, j'ai appelé
les personnes de bonne volonté à réfléchir
sur différents aspects d'une convivialité ordonnée,
à la lumière de la raison et de la foi.
C'est ainsi qu'est née une synthèse de la doctrine
sur la paix, une sorte de lexique concernant ce sujet fondamental:
un lexique simple à comprendre pour qui a l'esprit bien
disposé, mais en même temps extrêmement exigeant
pour toute personne sensible au sort de l'humanité. [3]
Les différentes facettes du prisme de la paix ont désormais
été largement illustrées. Il reste maintenant
à travailler, pour que l'idéal de la convivialité
pacifique, avec ses exigences précises, entre dans la conscience
des individus et des peuples. Nous chrétiens, nous ressentons
l'engagement à nous éduquer nous-mêmes, ainsi
que les autres, à la paix comme faisant partie du génie
même de notre religion. Pour le chrétien, en effet,
proclamer la paix c'est annoncer le Christ qui est "notre
paix" (Ep 2,14), c'est annoncer son Evangile, qui est "l'Evangile
de la paix" (Ep 6,15), c'est appeler tous les hommes à
vivre la béatitude invitant à être des "artisans
de paix" (cf. Mt 5,9).
L'éducation à la paix
4. Dans le Message pour la Journée mondiale de
la Paix du 1er janvier 1979, je lançais déjà
cet appel: "Pour parvenir à la paix, éduquer
à la paix". Cela est aujourd'hui plus urgent que jamais,
car les hommes, devant les tragédies qui continuent d'affliger
l'humanité, sont tentés de céder au fatalisme,
comme si la paix était un idéal inaccessible.
L'Eglise, quant à elle, a toujours enseigné et
enseigne encore aujourd'hui un axiome très simple: la paix
est possible. Bien plus, l'Eglise ne se lasse pas de répéter:
la paix est un devoir. Cette dernière doit être
construite sur les quatre piliers indiqués par le Bienheureux
Jean XXIII dans l'encyclique Pacem in terris, c'est-à-dire
sur la vérité, la justice, l'amour et la liberté.
Un devoir s'impose donc à tous ceux qui aiment la paix,
celui d'éduquer les nouvelles générations
à ces idéaux, afin de préparer des temps
meilleurs pour toute l'humanité.
L'éducation à la légalité
5. Dans ce devoir d'éducation à la
paix, s'inscrit avec une particulière urgence la nécessité
de conduire les individus et les peuples à respecter l'ordre
international et à observer les engagements pris par les
Autorités qui les représentent légitimement.
La paix et le droit international sont intimement liés
entre eux: le droit favorise la paix.
Depuis le début de la civilisation, les regroupements
humains, qui se constituaient peu à peu, eurent soin d'établir
des ententes et des pactes afin d'éviter l'usage arbitraire
de la force et d'ouvrir la voie à une solution pacifique
des controverses surgissant au fil du temps. A côté
des ordonnancements juridiques propres aux différents peuples,
se constitua ainsi progressivement un autre ensemble de normes,
qui fut qualifié du nom de jus gentium [droit des
peuples]. Avec le temps, ce dernier s'est précisé
et affiné à la lumière des évolutions
historiques des divers peuples.
Ce processus a subi une forte accélération avec
la naissance des Etats modernes. A partir du XVIe siècle,
juristes, philosophes et théologiens s'engagèrent
dans l'élaboration de différents chapitres du droit
international, l'enracinant dans des postulats fondamentaux
du droit naturel. Au cours de cette évolution, ont pris
forme, d'une manière de plus en plus forte et avec un développement
croissant, des principes universels, qui sont antérieurs
et supérieurs au droit interne des Etats et qui tiennent
compte de l'unité et de la vocation commune de la famille
humaine.
Entre tous, le principe assurément central est le suivant:
pacta sunt servanda, à savoir les accords librement souscrits
doivent être honorés. C'est là le point fondamental
et le présupposé incontournable de tout rapport
entre des parties contractantes responsables. Sa violation ne
peut qu'engendrer une situation d'illégalité d'où
s'ensuivraient des désaccords et des oppositions qui ne
manqueraient pas d'avoir des répercussions négatives
durables. Il est donc opportun de rappeler cette règle
fondamentale, surtout dans les moments où l'on perçoit
la tentation de recourir au droit de la force plutôt qu'à
la force du droit.
Un de ces moments fut certainement le drame dont l'humanité
fit l'expérience durant la Seconde Guerre mondiale:
un abîme de violence, de destruction et de mort comme on
n'en avait jamais connu jusqu'alors.
L'observance du droit
6. Cette guerre, avec les horreurs et les
terrifiantes violations de la dignité de l'homme qu'elle
provoqua, conduisit à un profond renouvellement de
l'ordre juridique international. La défense et la promotion
de la paix furent mises au centre d'un système législatif
et institutionnel largement mis à jour. Pour veiller à
la paix et à la sécurité mondiales, pour
encourager les efforts des Etats au maintien et à la garantie
de ces biens fondamentaux de l'humanité, une organisation
a été créée, constituée spécialement
à cet effet - l'Organisation des Nations unies
- avec un Conseil de Sécurité investi de larges
pouvoirs d'action. L'interdiction du recours à la force
a été établie comme axe central du système;
interdiction qui, selon le chapitre VII, bien connu, de la Charte
des Nations unies, prévoit deux seules exceptions.
La première confirme le droit naturel à la légitime
défense, qui doit s'exercer selon les modalités
prévues et dans le cadre des Nations unies: par conséquent,
également dans les limites traditionnelles de la nécessité
et de la proportionnalité.
L'autre exception concerne le système de sécurité
collective, qui attribue au Conseil de Sécurité
la compétence et la responsabilité en matière
de maintien de la paix, avec les pouvoirs de décision et
une grande faculté discrétionnaire.
Le système élaboré par la Charte des
Nations unies aurait dû "préserver les générations
futures du fléau de la guerre, qui deux fois en l'espace
d'une vie humaine, a infligé d'indicibles souffrances à
l'humanité". [4] Toutefois, au cours des décennies
suivantes, la division de la communauté internationale
en blocs opposés, la guerre froide dans une partie du globe,
les violents conflits qui ont éclaté dans d'autres
régions, le phénomène du terrorisme, ont
conduit à un éloignement croissant des prévisions
et des attentes de l'immédiat après-guerre.
Un nouvel ordre international
7. Il faut toutefois reconnaître que l'Organisation
des Nations unies, même avec des limites et des retards
liés pour une grande part à des défaillances
de ses membres, a contribué notablement à promouvoir
le respect de la dignité humaine, la liberté
des peuples et l'exigence du développement, préparant
ainsi le terrain culturel et institutionnel sur lequel peut être
édifiée la paix.
L'action des gouvernements nationaux trouvera un puissant encouragement dans le fait que les idéaux des Nations unies sont largement répandus, en particulier à travers les gestes concrets de solidarité et de paix, accomplis par tant de personnes qui uvrent au sein des Organisations non gouvernementales et dans les Mouvements pour les droits de l'homme.
Cela représente une incitation significative pour entreprendre
une réforme qui mette l'Organisation des Nations unies
en mesure de fonctionner de manière efficace afin d'atteindre
ses fins statutaires, toujours valables: "Affrontant une
période nouvelle et plus difficile de son développement
authentique, l'humanité a besoin aujourd'hui d'un degré
supérieur d'organisation à l'échelle internationale".
[5] Les Etats doivent considérer un tel objectif
comme une obligation morale et politique précise, qui requiert
prudence et détermination. Je renouvelle le souhait que
j'avais formulé en 1995: "Il convient que l'Organisation
des Nations unies s'élève toujours plus du stade
d'une froide institution de type administratif à celui
de centre moral, où toutes les nations du monde se sentent
chez elles, développant la conscience commune d'être,
pour ainsi dire, une ''famille des nations". [6]
La plaie funeste du terrorisme
8. Le droit international a aujourd'hui du mal
à offrir des solutions aux situations conflictuelles découlant
des transformations de la physionomie du monde contemporain. En
effet, ces situations conflictuelles ont souvent parmi leurs protagonistes
des acteurs qui ne sont pas des Etats, mais des groupements issus
de la désagrégation des Etats, ou liés à
des revendications indépendantistes ou associés
à des organisations criminelles structurées. L'ordre
juridique, constitué de normes élaborées
tout au long des siècles pour réguler les rapports
entre Etats souverains, a du mal à faire face à
des conflits dans lesquels agissent également des organisations
qui ne peuvent être identifiées aux caractéristiques
traditionnelles du concept d'Etat. Ceci vaut, en particulier,
dans le cas de groupes terroristes.
La plaie du terrorisme est devenue ces dernières
années plus virulente et elle a produit d'atroces massacres,
qui ont rendu le chemin du dialogue et de la négociation
toujours plus hérissé d'obstacles, en exacerbant
les esprits et en aggravant les problèmes, en particulier
au Moyen-Orient.
Toutefois, pour être victorieuse, la lutte contre
le terrorisme ne peut se limiter seulement à des opérations
répressives et punitives. Il est essentiel que le recours
à la force, s'il est nécessaire, soit accompagné
d'une analyse courageuse et lucide des motivations sous-jacentes
aux attaques terroristes. En même temps, la lutte contre
le terrorisme doit aussi être menée sur le plan politique
et pédagogique: d'un côté, en supprimant
les causes qui sont à l'origine de situations d'injustice
qui incitent souvent aux actes les plus désespérés
et les plus sanguinaires; de l'autre, en insistant sur une éducation
inspirée du respect de la vie humaine en toute circonstance:
l'unité du genre humain est, en effet, une réalité
plus forte que les divisions contingentes qui séparent
les hommes et les peuples.
Dans la nécessaire lutte contre le terrorisme,
le droit international est désormais appelé à
élaborer des instruments juridiques dotés d'efficaces
mécanismes de prévention, de surveillance et de
répression de la criminalité. Dans tous les
cas, les gouvernements démocratiques savent bien que l'usage
de la force contre les terroristes ne peut justifier le renoncement
aux principes d'un Etat de droit. Des choix politiques qui
rechercheraient le succès sans tenir compte des droits
fondamentaux de l'homme seraient inacceptables, car la fin ne
justifie jamais les moyens.
La contribution de l'Eglise
9. "Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu!" (Mt 5,9). Comment ces mots, qui invitent à uvrer dans l'immense champ de la paix, trouveraient-ils un écho aussi intense dans le cur humain s'ils ne correspondaient à une aspiration profonde et à une espérance qui vivent en nous de manière indestructible? Et pour quelle autre raison les artisans de paix seraient-ils appelés fils de Dieu sinon parce que Dieu, par nature, est un Dieu de paix? C'est bien pour cela que l'annonce du salut, que l'Eglise répand dans le monde, contient des éléments doctrinaux d'une importance fondamentale pour l'élaboration des principes nécessaires à une convivialité pacifique entre les nations.
Les événements de l'histoire nous enseignent
que l'édification de la paix ne peut se passer du respect
d'un ordre éthique et juridique, selon le vieil adage:
"Serva ordinem et ordo servabit te" [préserve
l'ordre et l'ordre te préservera]. Le droit international
doit éviter que prévale la loi du plus fort. Son
but essentiel est qu'"à la force matérielle
des armes soit substituée la force morale du droit",
[7] prévoyant des sanctions appropriées contre
les transgresseurs, ainsi que des réparations adaptées
pour les victimes. Cela doit également valoir pour les
gouvernants qui violent impunément la dignité et
les droits de l'homme, sous le prétexte inacceptable qu'il
s'agit de questions internes à leur Etat.
En m'adressant au Corps diplomatique accrédité
près le Saint-Siège, le 13 janvier 1997, je relevais
que le droit international est un instrument de premier ordre
pour l'obtention de la paix: "Le droit international
a été pendant longtemps un droit de la guerre et
de la paix. Je crois qu'il est de plus en plus appelé à
devenir exclusivement un droit de la paix conçue en fonction
de la justice et de la solidarité. Et, dans ce contexte,
la morale doit féconder le droit; elle peut même
exercer une fonction d'anticipation sur le droit, dans la mesure
où elle lui indique la direction de ce qui est juste et
bien ". [8]
On note l'importance de la contribution doctrinale proposée
par l'Eglise au cours des siècles, grâce à
la réflexion philosophique et théologique de nombreux
penseurs chrétiens, pour orienter le droit international
vers le bien commun de la famille humaine tout entière.
En particulier, dans l'histoire contemporaine, les Papes n'ont
pas hésité à mettre en relief l'importance
du droit international comme gage de paix, car ils avaient la
conviction que "c'est dans la paix qu'est semée la
justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix" (Jc
3,18). L'Eglise est engagée sur cette voie, avec les moyens
qui lui sont propres, à la lumière sans déclin
de l'Evangile et avec le secours indispensable de la prière.
La civilisation de l'amour
10. Au terme de ces réflexions, j'estime toutefois
de mon devoir de rappeler que, pour l'établissement d'une
paix véritable dans le monde, la justice doit trouver
son complément dans la charité. Certes, le droit
est la première route à suivre pour atteindre la
paix. Les peuples doivent être éduqués au
respect de ce droit. Mais on n'arrivera pas au terme du chemin
si la justice n'est pas complétée par l'amour. Justice
et amour apparaissent parfois comme des forces antagonistes. Ils
ne sont en vérité que les deux faces d'une même
réalité, les deux dimensions de l'existence humaine
qui doivent se compléter mutuellement. L'expérience
historique nous le confirme. Elle montre comment la justice a
souvent de la peine à se libérer de la rancune,
de la haine et même de la cruauté. Seule, la justice
ne suffit pas. Elle peut même en arriver à se nier
elle-même, si elle ne s'ouvre pas à cette force plus
profonde qu'est l'amour.
C'est pour cela que, plus d'une fois, j'ai rappelé aux
chrétiens et à toutes les personnes de bonne volonté
la nécessité du pardon pour résoudre les
problèmes entre les personnes comme entre les peuples.
Il n'y a pas de paix sans pardon! Et je le répète
encore en cette circonstance, alors que j'ai en particulier sous
les yeux la crise qui continue à se déchaîner
en Palestine et au Moyen-Orient: une solution aux très
graves problèmes dont souffrent depuis trop longtemps les
populations de ces régions ne pourra pas être trouvée
tant que l'on ne se décidera pas à dépasser
la logique de la simple justice pour s'ouvrir aussi à celle
du pardon.
Le chrétien le sait: l'amour est la raison qui fait
que Dieu entre en relation avec l'homme. Et c'est encore l'amour
qu'Il attend comme réponse de l'homme. L'amour est de ce
fait la forme la plus haute et la plus noble de relation des êtres
humains entre eux aussi. L'amour devra donc animer tous les secteurs
de la vie humaine et s'étendre également à
l'ordre international. Seule une humanité dans laquelle
règne la "civilisation de l'amour" pourra jouir
d'une paix authentique et durable.
Au seuil d'une nouvelle année, je désire rappeler aux femmes et aux hommes de toute langue, de toute religion et de toute culture l'antique maxime: "Omnia vincit amor" [L'amour est vainqueur de tout]! Oui, chers Frères et Surs de toutes les parties du monde, au terme, c'est l'amour qui vaincra! Que chacun s'emploie à hâter le moment de cette victoire! En fin de compte, c'est à cette victoire qu'aspire le cur de tous.
Du Vatican, le 8 décembre 2003, JEAN PAUL II
NOTES 1. La Documentation catholique 65
(1968), p. 2 / 2. 1968: 1er janvier: Journée
mondiale de la Paix, 1969: La promotion des droits de l'homme,
chemin vers la paix, 1970: S'éduquer à la
paix à travers la réconciliation, 1971: Tout
homme est mon frère, 1972: Si tu veux la paix, agis
pour la justice, 1973: La paix est possible, 1974:
La paix dépend aussi de toi, 1975: La réconciliation,
chemin vers la paix, 1976: Les vraies armes de la paix,
1977: Si tu veux la paix, défends la vie, 1978:
Non à la violence, oui à la paix / 3. Voici
les thèmes des 25 Journées mondiales de la paix
successives : 1979: Pour parvenir à la paix, éduquer
à la paix, 1980: La vérité, force
de la paix, 1981: Pour servir la paix, respecte la liberté,
1982: La paix, don de Dieu confié aux hommes, 1983:
Le dialogue pour la paix, un défi pour notre temps, 1984: D'un cur nouveau naît la paix, 1985: La paix et les
jeunes marchent ensemble, 1986: La paix, valeur sans frontières,
1987: Développement et solidarité, deux clés
pour la paix, 1988: La liberté religieuse, condition
pour vivre ensemble la paix, 1989: Pour construire la paix,
respecter les minorités, 1990: La paix avec Dieu
créateur, la paix avec toute la création, 1991:
Si tu veux la paix, respecte la conscience de tout homme, 1992:
Croyants: tous unis dans la construction de la paix, 1993:
Si tu cherches la paix, va à la rencontre des pauvres,
1994: De la famille naît la paix de la famille humaine,
1995: La femme, éducatrice de la paix, 1996:
Donnons aux enfants un avenir de paix!, 1997: Offre le
pardon, reçois la paix, 1998: De la justice de chacun
naît la paix pour tous, 1999: Le secret de la véritable
paix réside dans le respect des droits de l'homme, 2000:
"Paix sur terre aux hommes, que Dieu aime!", 2001:
Dialogue entre les cultures pour une civilisation de l'amour et
de la paix, 2002: Il n'y a pas de paix sans justice, il
n'y a pas de justice sans pardon, 2003: "Pacem in
terris": un engagement permanent / 4. Préambule
7 5. Encycl. Sollicitudo rei socialis, n° 43:
AAS 80 (1988), p. 575; La Documentation catholique 85 (1988),
p. 253 / 6. Jean-Paul II, Discours à la 50e Assemblée
générale des Nations unies, New York, 5 octobre
1995, n. 14: La Documentation catholique 92 (1995), p.
922 / 7. Benoît XV, Appel aux Chefs des Etats
en guerre, 1er août 1917 : La Doctrine sociale de l'Eglise
à travers les siècles, Paris-Bâle-Rome (1970),
p. 2929 / 8. La Documentation catholique 94 (1997), p.
156.

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