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PORTO ALEGRE, BRESIL, JANVIER 2005 / LE Ve FORUM SOCIAL MONDIAL
__LAppel des mouvements sociaux "pour un autre monde possible"
Le 5e Forum social mondial (FSM) a eu lieu du 26
au 31 janvier 2005, à Porto Alegre (Brésil).
Il fut, selon ses organisateurs, "la plus importante édition
du Forum social mondial réalisé jusqu'à maintenant".
"Lors de la marche d'ouverture, ce sont plus de 200'000
personnes qui ont défilé dans les rues de Porto
Alegre. Ce chiffre regroupe 155'000 participants, 35'000 personnes
des campements de la jeunesse et 6 880 membres des médias.
Des participants de 135 pays ont été impliqués
dans les 2'500 activités ; 2'800 volontaires ont travaillé
à réaliser cet événement. Il a été
décidé que le FSM sera décentralisé
vers différents endroits du monde pour l'édition
2006 et que le FSM 2007 se tiendra en Afrique".
A l'issue du forum, les participants ont rendu public une "Appel
des mouvements sociaux : Pour un autre monde possible",
appelant à "la mobilisation contre la guerre, le néo-libéralisme,
l'exploitation, et l'exclusion".
L'APPEL DE PORTO ALEGRE
Appel des mouvements sociaux à la mobilisation contre
la guerre, le néo-libéralisme, l'exploitation et
l'exclusion, pour un autre monde possible.
Nous sommes les mouvements sociaux réunis dans
le cadre du 5e Forum social mondial (FSM). L'ampleur de
la participation, plurielle et massive, au FSM nous donne la possibilité
et la responsabilité de mener plus et mieux nos campagnes
et mobilisations, pour étendre et renforcer nos luttes.
Il y a quatre ans, le cri collectif et global UN AUTRE MONDE
EST POSSIBLE, a brisé le mensonge selon lequel la domination
néo-libérale est inéluctable ainsi que celui
de la "normalité" de la guerre, des inégalités
sociales, du racisme, des castes, du patriarcat, de l'impérialisme
et de la destruction de l'environnement. A mesure, le sentiment
de cette force collective s'est matérialisé en faits
concrets de résistance, de revendication et de proposition.
Ainsi le fait marquant de cette nouvelle situation est le
développement des mouvements sociaux sur tous les continents
et leur capacité à construire dans la diversité,
des convergences nouvelles et des actions communes au niveau global.
Dans ce cadre, des dizaines de millions d'hommes et de femmes
se sont mobilisés partout dans le monde pour la paix, contre
la guerre et l'occupation de l'Irak menée par Bush. Les
sommets comme ceux du G8, de l'OMC, du FMI ou de la Banque mondiale,
où un petit nombre prétend décider pour toutes
et tous, ont été délégitimés
par l'action des mouvements sociaux. Les luttes populaires en
défense de la nature, des droits des peuples et des biens
communs, contre leur privatisation, telles que les luttes menées
en Bolivie, en Uruguay et par d'autres peuples, ont démontré
la possibilité de mettre la domination néo-libérale
en crise. Des nouveaux espaces de lutte politique et sociale se
sont ouverts.
Le néo-libéralisme est incapable d'offrir un
futur digne et démocratique à l'humanité.
Cependant, aujourd'hui il reprend l'initiative, en répondant
à sa crise de légitimité par la force, la
militarisation, la répression, la criminalisation des luttes
sociales, l'autoritarisme politique, et la réaction idéologique.
Des millions d'hommes et de femmes souffrent chaque jour. Nous
voulons ici rappeler la guerre au Congo, qui a déjà
fait quatre millions de victimes. Pour tout cela, un autre monde
non seulement est possible, mais il est nécessaire et urgent.
Conscients du fait que le chemin à parcourir est encore
long, nous appelons tous les mouvements sociaux du monde à
lutter pour la paix, les droits de l'homme, sociaux et démocratiques,
le droit des peuples à décider de leur destin, et
l'annulation immédiate de la dette externe des pays du
Sud, à partir d'un agenda commun que nous avons construit
au cours du 5ème FSM.
L'AGENDA DES LUTTES
1. Nous appelons toutes les organisations et mouvements
sociaux participant au Forum social mondial ainsi que ceux qui
n'ont pas pu être présents à Porto Alegre,
à travailler ensemble une campagne pour l'ANNULATION
IMMEDIATE ET INCONDITIONNELLE DE LA DETTE externe et illégitime
des pays du Sud, en commençant par les pays victimes du
tsunami, et d'autres qui ont souffert de terribles catastrophes
et crises au cours des derniers mois. Nous appuyons les mouvements
sociaux du Sud qui se déclarent créditeurs des dettes
historiques, sociales et écologiques. Nous exigeons la
reconnaissance internationale de ces dettes pour en stopper l'augmentation,
et la restauration de nos écosystèmes et l'indemnisation
des peuples. Nous exigeons l'arrêt de l'exécution
de projets et "d'accords d'intégration" qui facilitent
le pillage des ressources naturelles dans les pays du Sud. Nous
appuyons l'exigence des mouvements sociaux de paysans et pêcheurs
des régions affectées par le tsunami, afin que les
ressources pour l'urgence et la réhabilitation soient administrées
directement par les communautés locales, et ainsi éviter
de nouvelles dettes, colonisation et militarisation.
2. Deux ans après l'invasion de l'Irak,
l'opposition globale à la guerre est plus forte que jamais.
Pour le mouvement contre la guerre, il est temps d'augmenter les
actions et de ne pas reculer. Nous exigeons la fin de l'occupation
de l'Irak. Nous exigeons que les Etats-Unis en finissent avec
les menaces à l'encontre de l'Iran, du Venezuela et d'autres
pays. Nous nous engageons à établir davantage de
contacts avec les forces anti-occupation en Irak et au Moyen-Orient.
Nous renforcerons nos campagnes contre les transnationales impliquées
dans l'occupation, nous soutenons les militaires qui refusent
de participer à la guerre, et nous défendons les
activistes poursuivis pour être contre la guerre.
Nous appelons les mouvements sociaux à se mobiliser le 19 mars [2005] lors d'une grande journée d'action globale, pour exiger le retrait des troupes d'occupation en Irak. Plus de guerres !
3. Nous appuyons toutes les campagnes pour le désarmement
et la démilitarisation, y compris la campagne contre les
bases militaires des Etats-Unis dans le monde, les campagnes de
désarmement nucléaire, pour le contrôle du
commerce des armes et pour la réduction des dépenses
militaires.
4. Sous le prétexte de "Libre échange",
le capitalisme néo-libéral avance en affaiblissant
les Etats, en dérégulant les économies et
en "légalisant" des privilèges pour les
corporations transnationales grâce aux Traités de
libre échange (TLB). Après l'échec de la
ZLEA, grâce à la pression populaire, on oblige aujourd'hui
l'Amérique centrale et d'autres pays à se soumettre
à des traités de libre échange bilatéraux,
que nous, les peuples, nous rejetons. En Europe, la directive
Bolkestein de l'Union européenne veut imposer la privatisation
complète des services publics. Dans ce contexte, nous appelons
à ce que toutes et tous se mobilisent pendant les Journées
d'action globale, du 10 au 17 avril [2005]; au Sommet des peuples
des Amériques, à Mar de Plata, en Argentine, en
novembre 2005, et face à la 6e réunion ministérielle
de l'Organisation mondiale du commerce, à Hong Kong, en
décembre 2005.
5. Nous soutenons la Marche mondiale des femmes, qui
lance une nouvelle campagne d'actions féministes globales.
De São Paulo, le 8 mars, au 17 octobre [2005] au Burkina
Faso, il s'agit de réaffirmer notre engagement dans la
lutte contre le néolibéralisme, le patriarcat, l'exclusion
et la domination. Nous appelons tous les mouvements sociaux à
mettre en place durant cette période des actions féministes
contre le libre-échange, le trafic sexuel, la militarisation
et pour la souveraineté alimentaire.
6. Nous appuyons les efforts des mouvements sociaux
et organisations qui promeuvent la lutte pour la dignité,
la justice, l'égalité et les droits humains, particulièrement
les Dalits, les Afro-descendants, les peuples indigènes,
les Roms, les Burakumins et les secteurs les plus opprimés
et réprimés de la société.
7. Nous appelons à la mobilisation de masse contre
le sommet du G8 en Ecosse du 2 au 8 juillet [2005]. Nous irons
dans les rues et nous participerons au "contre sommet"
à Edinburg et Gloneagles. Nous exigeons que : la pauvreté
passe à l'histoire, que la guerre s'arrête, que la
dette soit annulée et que soit imposé un impôt
global sur les transactions financières pour financer le
développement.
8. Nous protestons contre les politiques néo-libérales
et les appuis militaires de l'Union européenne vers l'Amérique
latine. Nous convoquons à une mobilisation pour la solidarité
entre les peuples à l'occasion du Sommet des présidents
d'Amérique latine et de l'Union européenne en mai
2006 à Vienne, en Autriche.
9. Nous luttons pour le droit universel à
une alimentation saine et suffisante. Nous luttons pour le
droit des peuples, des nations et des paysans à produire
leurs propres aliments. Nous manifestons contre les aides à
l'exportation qui ruinent les économies des communautés
rurales. Evitons le dumping alimentaire.
Nous rejetons tous les aliments transgéniques, car outre le fait de mettre en danger notre santé et notre environnement, ils sont l'instrument pour le contrôle des marchés par cinq entreprises transnationales. Nous rejetons les brevets sur toute forme de vivant, en particulier sur les semences, car les breveter c'est aussi prétendre s'approprier nos ressources et le savoir qui y est associé. Nous exigeons la Réforme agraire comme stratégie qui permette de garantir l'accès des paysans à la terre, et qui soit la garantie d'une alimentation saine et suffisante, et non que la terre soit concentrée entre les mains de transnationales et de latifundistas. Nous exigeons la fin des actions contre les paysans dans le monde entier, la libération immédiate des paysans et prisonniers politiques qui existent de par le monde, et l'arrêt de la militarisation des zones rurales. Nous appuyons la production durable basée sur la préservation des ressources naturelles : sol, eau, forêt, air, biodiversité, ressources aquatiques, etc. Nous appuyons la promotion de la production biologique et agro-écologique.
Nous appelons à la mobilisation le 17 avril [2005],
journée mondiale des luttes paysannes, et le jour anniversaire
de la mort de Lee, le 10 septembre [2005], contre l'OMC.
10. Nous appuyons les campagnes et les luttes ayant
pour objectif de définir l'eau comme un bien commun
public, de s'opposer à sa privatisation et pour la reconnaissance
de l'accès à l'eau comme un droit de l'homme, telle
que la campagne "Non à la Suez en Amérique
latine". Nous invitons à participer au Forum international,
du 18 au 20 mars [2005] à Genève.
11. Nous partageons l'exigence de construire une alliance
entre mouvements sociaux et réseaux pour un "Contrat
mondial pour le climat : un monde solaire est possible".
L'énergie est un droit à la vie et un bien commun.
La lutte contre la pauvreté et le changement climatique
exige que l'énergie durable soit dans les priorités
des initiatives et campagnes du mouvement social. Nous appuyons
la marche internationale sur le climat en novembre [2005].
12. La "Responsabilité sociale des transnationales"
n'est pas parvenue à éliminer les abus et les crimes
des transnationales. C'est pourquoi, elle doit être sérieusement
mise à l'épreuve. Les mouvements travaillent ensemble
pour retirer du pouvoir aux transnationales, stopper leurs abus
et leurs crimes. Les communautés doivent être libres,
pour se protéger elles-mêmes, leur environnement
et la société, de la domination des transnationales.
13. Nous appuyons les campagnes contre les transnationales
qui violent les droits humains, sociaux et syndicaux, telles que
celles contre Nestlé et Coca Cola en Colombie, Pepsi et
Coca Cola en Inde.
14. Nous appuyons la lutte du peuple palestinien
pour ses droits fondamentaux et nationaux, y compris le droit
au retour, basés sur le droit international et les résolutions
des Nations unies.
15. Nous demandons à la communauté internationale
et aux gouvernements d'imposer des sanctions politiques et
économiques à Israël, y compris l'embargo
sur les armes. Nous appelons les mouvements sociaux à se
mobiliser également pour les désinvestissements
et les boycotts. Ces efforts ont pour objectif de faire pression
sur Israël pour qu'elle applique les résolutions internationales
et respecte l'avis de la Cour internationale de justice qui exige
l'arrêt de la construction et la destruction du mur illégal
de l'apartheid, et la fin de l'occupation.
16. Nous appuyons les activistes israéliens qui
luttent pour la paix, et les refusniks dans leur lutte contre
l'occupation.
17. Nous condamnons le blocus injuste contre Cuba
et demandons un jugement juste pour les cinq cubains emprisonnés
aux Etats-Unis. De même, nous exigeons le retrait immédiat
des troupes militaires étrangères en Haïti.
18. Nous reconnaissons la diversité de choix
sexuel comme une expression d'un monde alternatif, et nous
en condamnons la marchandisation. Les mouvements sociaux s'engagent
à partager la lutte contre les exclusions pour des raisons
d'identité, de genre et d'homophobie. Nous joindrons nos
voix contre toutes les formes de marchandisation du corps, des
femmes et des personnes GLBT.
19. Nous appuyons le processus de construction d'un
réseau global de mouvements sociaux engagés
dans la défense des migrants, des réfugiés
et déplacés. Le néolibéralisme et
les politiques de "guerre contre la terreur" ont conduit
à l'augmentation de la criminalisation des migrants, de
la militarisation des frontières, du nombre de clandestins,
et de la disponibilité d'une main d'oeuvre bon marché.
Nous appuyons la campagne pour la ratification de la Convention
des Nations unies pour les droits des migrants, qu'aucun gouvernement
du Nord ne veut accepter. Nous appuyons la campagne pour l'établissement
d'un organisme indépendant qui sanctionne les gouvernements
ne respectant pas la Convention de Genève pour les réfugiés
et les droits des migrants et migrantes.
20. Nous appuyons les campagnes et les luttes pour les
droits des enfants, contre l'exploitation par le travail et sexuelle,
contre le trafic d'enfants et le tourisme sexuel.
21. Nous appuyons l'appel des exclus, des sans-voix,
pour développer une campagne de solidarité active
et impulser une marche mondiale où les opprimé(e)s
et les exclu(e)s élèvent leur voix pour conquérir
le droit à une vie digne.
22. Du 14 au 16 septembre [2004], à l'Assemblée
générale des Nations unies, les chefs de gouvernements
du monde entier ont pris des décisions sur la réforme
des Nations unies, et ont révisé leurs engagements
pour éradiquer la pauvreté. Ce sont eux les principaux
responsables de la situation critique actuelle de l'humanité.
Nous appuyons l'appel de réseaux internationaux qui invitent
à se mobiliser de façon globale le 10 septembre
pour un nouvel ordre mondial démocratique, contre la pauvreté
et la guerre.
23. Nous appuyons l'appel pour une mobilisation le 17
novembre, jour international des étudiants, pour la défense
de l'éducation publique, contre la privatisation et la
transnationalisation de l'éducation.
24. En solidarité avec le Venezuela, la jeunesse
du monde est appelée à participer au 16e festival
mondial de la jeunesse et des étudiants au Venezuela, du
7 au 15 août [2005].
25. La communication est un droit de l'homme fondamental.
Nous appuyons l'appel pour les mobilisations dans le cadre du
Sommet mondial de la société de la communication,
à Tunis, du 16 au 18 novembre [2005]. Nous appuyons l'appel
à une forte Convention internationale sur la diversité
culturelle, et nous nous opposons à la marchandisation
de l'information et de la communication par l'OMC.
26. Nous appuyons l'économie sociale comme expression
concrète d'une alternative de développement juste,
solidaire, démocratique et équitable.
27. En défense de la santé publique et
contre sa privatisation, nous appelons tous les peuples du monde
à une lutte permanente. Nous appelons à la mobilisation,
dans le cadre de l'Assemblée générale, pour
la défense de la santé des peuples, à Cuenca,
Pérou, en 2005, et dans le cadre du Forum mondial de la
santé, lors du Forum social mondial en Afrique en 2007.
Porto Alegre, Brésil, janvier 2005.
Source : http://www.movsoc.org/htm/call_2005_french.htm

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