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SUISSE, JANVIER 2005 / LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE DANS LE MONDE
__Jacques Chirac plaide pour la solidarité internationale au Forum de Davos : "L'avenir de la mondialisation n'est pas dans une économie de dumping social ou de gaspillage des ressources naturelles, mais dans le respect des droits sociaux"
Dans un discours adressé en visioconférence au
Forum économique mondial qui rassemble chaque année
à Davos (Suisse) de nombreux dirigeants économiques
et politiques de la planète, le président français
Jacques Chirac a prononcé, le 26 janvier 2005,
un vibrant plaidoyer pour le "respect des droits sociaux"
dans le monde. La catastrophe du raz-de-marée du 26 décembre
2004 en Asie "doit provoquer un éveil des consciences",
a-t-il lancé.
"Le monde souffre de façon chronique de ce que
l'on a appelé [...] les tsunamis silencieux. Famines, maladies
infectieuses qui déciment les forces vives de continents
entiers, violences et révoltes, régions livrées
à l'anarchie, mouvements migratoires non maîtrisés,
dérives extrémistes, terreau fertile au terrorisme".
"Ces drames, ces dérèglements exigent une réaction
collective et solidaire. Ce n'est pas seulement un devoir d'humanité,
c'est aussi l'intérêt bien compris des pays les plus
favorisés. Car le monde ne s'arrête pas aux limites
de leur prospérité. Il ne se borne pas aux certitudes
de ceux que la fortune sert aujourd'hui", a-t-il ajouté.
Jacques Chirac, qui milite avec le président brésilien,
Luiz Inacio Lula da Silva, pour l'élaboration de
nouveaux dispositifs de financement du développement, a
proposé la création "à titre
expérimental" d'un prélèvement international
pour financer la lutte contre le sida, notamment dans les
pays sous-développés.
Affirmant que la communauté internationale était
"en train d'échouer face à cette terrible pandémie",
le président français a souligné qu'il fallait
"mobiliser au moins 10 milliards de dollars (7,7 milliards
d'euros) par an" pour enrayer la progression du sida.
Il a évoqué plusieurs pistes : "Une contribution
sur les transactions financières internationales",
pouvant rapporter dix milliards de dollars par an, une autre sur
"les flux de capitaux sortants et entrants" dans les
pays qui maintiennent le secret bancaire, "une contribution
sur le carburant utilisé par le transport aérien
et maritime", et "un faible prélèvement",
par exemple d'un dollar, "sur les trois milliards de billets
d'avion vendus chaque année dans le monde".
LE DISCOURS DE JACQUES CHIRAC DEVANT LE FORUM ECONOMIQUE MONDIAL DE DAVOS
Merci pour votre accueil et pour votre indulgence. J'y suis
très sensible. En ce début d'année en effet,
j'avais souhaité avec beaucoup de plaisir, vous rencontrer
et dialoguer avec vous sur cet enjeu de solidarité dont
dépend l'avenir même de la mondialisation.
Les conditions météorologiques difficiles, malgré
tous les efforts faits par les autorités compétentes,
celles du Forum et celles de la Suisse, ne m'ont malheureusement
pas permis de rejoindre Davos et croyez bien que je le regrette
vivement. Et je remercie tous les organisateurs du Forum économique
mondial qui ont bien voulu que je m'adresse à vous par
télé-conférence.
Première catastrophe naturelle majeure du vingt-et-unième
siècle, le raz-de-marée qui vient de ravager
l'Océan Indien est un révélateur de l'état
de notre monde.
L'ampleur de la tragédie humaine, comparée à
d'autres catastrophes récentes en Europe, en Amérique
du Nord, au Japon, met en évidence le fossé qui
sépare les riches et les pauvres face aux risques de notre
planète. Car les pauvres n'ont pas les moyens de se protéger
physiquement, et encore moins financièrement, contre les
dangers de l'existence. 
L'ampleur des destructions nous rappelle la fragilité
de l'humanité face à la nature. Elle engage notre
civilisation urbaine et technicienne à davantage d'humilité,
de respect, de responsabilité.
L'organisation de l'aide aux régions dévastées
souligne que, face à des défis d'une telle dimension,
seule une réponse internationale coordonnée est
efficace.
L'immense élan de générosité qui
s'exprime de toute part témoigne de l'affirmation d'une
conscience planétaire, d'un sentiment de citoyenneté
mondiale. A l'heure du monde ouvert, l'humanité, dans sa
diversité, mesure combien elle partage une même destinée.
Pour que cette solidarité s'exprime par des actions collectives
efficaces, elle a besoin de nouveaux modes de coopération
entre les Etats et la société civile, ONG et entreprises.
Cette catastrophe doit provoquer un éveil des consciences.
Car le monde souffre de façon chronique de ce que l'on
a appelé, d'une formule saisissante, les "tsunamis
silencieux". Famines. Maladies infectieuses qui déciment
les forces vives de continents entiers. Violences et révoltes.
Régions livrées à l'anarchie. Mouvements
migratoires non maîtrisés. Dérives extrémistes,
terreau fertile au terrorisme.
Ces drames, ces dérèglements exigent une réaction
collective et solidaire. Ce n'est pas seulement un devoir d'humanité.
C'est aussi l'intérêt bien compris des pays les plus
favorisés. Car le monde ne s'arrête pas aux limites
de leur prospérité. Il ne se borne pas aux certitudes
de ceux que la fortune sert aujourd'hui.
Le dynamisme de l'Occident, son modèle économique
sans rival, suscitent légitimement la fierté. Ils
s'appuient sur le travail, l'esprit d'innovation, la liberté
d'entreprise et l'état de droit. Avec la libéralisation
des échanges commerciaux et la diffusion du progrès
scientifique, la mondialisation permet à des centaines
de millions de femmes et d'hommes d'améliorer leur condition,
en Chine, en Inde ou en Amérique Latine.
Vous êtes ici, à Davos, à la pointe de
ce mouvement. Dans les bilans de vos entreprises se lit la puissance
de l'économie mondialisée. Le chiffre d'affaires
des cent premières entreprises mondiales s'élève,
en 2004, à plus de sept mille milliards de dollars. La
somme des chiffres d'affaires des deux premières dépasse
le Produit National Brut de l'Afrique tout entière.
Cette économie mondialisée ne concerne pourtant
qu'un tiers de la population du globe, minorité privilégiée
dans un monde de précarité. En Afrique, dans les
pays émergents, une immense majorité de la population,
dans les campagnes ou dans les bidonvilles, attend encore, mais
n'attendra pas indéfiniment la concrétisation des
promesses du progrès. 
Cette situation est lourde de menaces. Elle est moralement
inacceptable. Elle est aussi une absurdité économique,
quand on mesure les opportunités et les perspectives de
croissance ouvertes par le décollage, par exemple d'un
pays comme la Chine.
Le développement constitue le premier défi
et la première urgence de notre temps.
C'est une question de morale. C'est, pour le système
économique ouvert et la civilisation humaniste que nous
avons en partage, la meilleure des garanties et le meilleur investissement
pour l'avenir.
Le fossé entre riches et pauvres s'est accru dans des
proportions vertigineuses ! L'écart de revenu par habitant
entre les pays les moins avancés et les pays de l'OCDE,
qui était, en 1980, de un à trente, s'établit
aujourd'hui de un à quatre-vingts ! La jeunesse d'Afrique,
d'Asie, d'Amérique Latine revendique à juste titre
son droit à l'avenir. Elle lui apportera son énergie
et son talent, pourvu qu'il lui soit donné de le faire.
Prenons garde à sa révolte si cette perspective
lui était refusée.
Vaincre la pauvreté par l'alliance du marché
et de la solidarité. Telle doit être notre ambition
partagée.
Nous avons progressé ces dernières années.
Nous avons levé bien des obstacles. Une nouvelle vision
globale du développement s'impose. Une vision rompant avec
les logiques archaïques ou les idées reçues,
s'appuyant sur l'idée de partenariat qu'expriment les objectifs
du Millénaire, les conclusions de Monterrey ou les ambitions
du NEPAD.
Laissées à elles-mêmes, les forces économiques
sont aveugles et accentuent la marginalisation des plus faibles.
Mais, accompagnées par des règles appropriées,
la libéralisation du commerce et l'ouverture aux investissements
stimulent puissamment le développement.
Pour que l'ouverture économique porte ses fruits, il
faut en ajuster le rythme aux capacités d'adaptation de
chaque pays. C'est pourquoi nous devons replacer les préoccupations
des pays les plus pauvres, notamment d'Afrique, au premier rang
des objectifs du cycle de Doha, ce qui n'est pas assez le cas
aujourd'hui. Car le développement est la première
finalité, la première justification de ce cycle.
La France travaille en ce sens pour assurer le succès de
la conférence de l'OMC à Hongkong, en décembre
[2005], et la conclusion de la négociation en 2006 sur
des bases larges et équilibrées. 
Le progrès démocratique, l'amélioration
de la gouvernance, la lutte contre la corruption figurent au premier
rang des conditions du décollage économique. Les
hommes s'épanouissent dans la liberté. Les entreprises,
grandes ou petites, nationales ou étrangères, ont
besoin pour investir de sécurité juridique, de règles
respectées, d'une concurrence loyale. Avec le NEPAD, l'Afrique
a engagé sa mutation. Ces efforts doivent être poursuivis.
Il faut y répondre par l'engagement massif de la communauté
internationale. C'est l'un des objectifs du sommet du G8 de Gleneagles.
La France sera au rendez-vous.
Mais l'ouverture économique, la bonne gouvernance et
la libération de l'esprit d'entreprise ne sont pas suffisantes.
Il est d'autres entraves au développement. Tant de pays
sont enclavés, subissent de façon récurrente
des calamités naturelles, voient leur population en proie
aux pandémies, à la sous-alimentation, à
l'analphabétisme, à la tyrannie des besoins immédiats.
Comment peuvent-ils envisager autre chose qu'une économie
de survie ?
Le moyen de briser cette fatalité, le moyen de permettre
à des centaines de millions d'hommes, de femmes, d'enfants
d'entrer dans la dynamique d'une mondialisation positive, c'est
l'aide et la solidarité internationales. Ce sont elles
qui permettront de financer les infrastructures de base, l'accès
à la santé, l'accès à l'éducation,
en un mot l'accumulation de ce capital physique, humain et financier
nécessaire au décollage économique. Une fois
encore, l'exigence morale, l'exigence de paix et de sécurité
et l'intérêt économique se rejoignent.
Tel est le sens des objectifs de développement du Millénaire
que la communauté internationale s'était fixés.
Réduire de moitié l'extrême pauvreté
et la malnutrition d'ici à 2015. Assurer l'éducation
primaire universelle des filles et des garçons. Diminuer
des deux tiers la mortalité des enfants de moins de cinq
ans. Enrayer le sida et maîtriser le paludisme. Réduire
de moitié le pourcentage de la population mondiale n'ayant
pas accès à l'eau potable et à l'assainissement.
Des engagements pris solennellement en 2000 par la communauté
internationale. Objectifs en réalité modestes par
rapport aux besoins légitimes, des objectifs qui sont aujourd'hui
hors d'atteinte si nous ne prenons pas les mesures qui s'imposent.
Le rapport de M. SACHS le démontre. Il n'est pas encore
trop tard pour atteindre ces objectifs du Millénaire. A
condition que toute la communauté internationale se rassemble
et s'engage dans un doublement progressif, d'ici à 2015,
de l'effort de solidarité des pays riches. En 2006, c'est
près de cinquante milliards de dollars d'aide publique
supplémentaire qu'il faut mobiliser.
Ces montants peuvent sembler considérables. Ils sont
en réalité minimes par rapport aux richesses créées
par la mondialisation. Aux quarante mille milliards de dollars
du Produit National Brut mondial. Aux huit mille milliards que
représente chaque année le commerce international.
Aux mille cinq cent milliards de dollars créés par
la croissance en 2004.
Trois pour cent de l'augmentation annuelle de la richesse
du monde : voilà ce qu'il faut mobiliser pour vaincre
la pauvreté.
Et contrairement aux craintes qui s'expriment parfois, cette
aide supplémentaire, nous pouvons l'utiliser efficacement.
Dès maintenant.
Avec un effort dans la durée de deux milliards de dollars
par an, on finance la recherche d'un vaccin contre le paludisme.
Avec deux milliards de dollars par an, on garantit l'éducation
primaire de tous les enfants d'Afrique subsaharienne.
En engageant pendant quelques années de l'ordre de cent
millions de dollars par an, on assure la réinsertion des
trois cent mille enfants soldats aujourd'hui recensés dans
le monde.
Ces ressources nouvelles n'impliquent en aucun cas la création de nouvelles bureaucraties internationales. Nous devrons au contraire utiliser les mécanismes existants, en les rationalisant et en les rendant toujours plus transparents, toujours plus efficaces. Je pense d'abord aux Nations Unies qui disposent d'une expérience irremplaçable et d'une capacité de coordination unique, encore démontrées en Asie. Nous devons aussi nous appuyer sur l'ensemble des autres acteurs, institutions de Bretton Woods, agences et banques bilatérales et multilatérales de développement, administrations locales, organisations non gouvernementales, dans une démarche au cas par cas, faisant prévaloir, dans un esprit de pragmatisme, les exigences de transparence et de bonne gestion.
Ces ressources additionnelles, comment les réunir ? La France propose de combiner les approches.
L'augmentation de l'aide publique est nécessaire. Tous
les pays qui n'atteignent pas encore le chiffre de 0,7 pour cent
de leur PIB devraient s'engager, comme le font le Royaume-Uni
et la France, sur un calendrier pour y parvenir dans les meilleurs
délais.
Mais soyons réalistes. Cela ne suffira pas. Les pays
en développement ont besoin de financements prévisibles
et stables, c'est-à-dire fondés sur des mécanismes
pérennes.
La France propose d'avancer simultanément dans deux
directions qui exigent les efforts conjoints des Etats et
des entreprises.
Première direction : la facilité financière
internationale. La France a immédiatement soutenu cette
proposition britannique qui permettrait de lever sans délai
des sommes très importantes sur les marchés financiers.
Nous appuyons le projet d'un mécanisme expérimental
dans ce domaine consacré à la vaccination, qui permettra
de sauver la vie de plusieurs millions d'enfants.
Nous sommes également prêts à envisager,
comme le propose le Royaume-Uni, un mécanisme similaire
contre le sida.
Mais comment rembourser ces emprunts sans diminuer l'assistance
internationale ou grever les budgets ? En adossant ces emprunts
à des ressources nouvelles, taxes ou prélèvements
internationaux ou bien contributions volontaires. Des ressources
qui pourraient aussi être utilisées directement pour
financer le développement.
Le rapport que j'ai commandé sur ces questions à
un groupe d'experts de tous horizons -français et étrangers,
économistes, responsables d'entreprises, banquiers, représentants
des ONG - ainsi que les travaux conduits par la France, le Brésil,
le Chili et l'Espagne démontrent l'opportunité,
la rationalité économique et la faisabilité
technique de tels instruments. Le 20 septembre dernier, à
New-York, plus de cent dix pays ont apporté leur soutien
à cette démarche.
Il est normal que ces propositions fassent débat. Il
ne saurait être question d'outrepasser la souveraineté
et les compétences fiscales des Etats. Le consentement
à l'impôt est l'un des fondements de la démocratie
et il n'existe pas aujourd'hui de parlement mondial pour le voter.
Mais rien n'interdit aux Etats de coopérer, de s'entendre
sur de nouvelles ressources et sur leur affectation à une
cause commune.
Et je propose aujourd'hui d'aller de l'avant, par la création
à titre expérimental d'un prélèvement
pour financer la lutte contre le sida.
Pourquoi le sida ? Parce que, malgré l'action
remarquable du Fonds Mondial, de l'Organisation Mondiale de la
Santé, de la Banque mondiale, des bailleurs de fonds bilatéraux,
nous sommes en train d'échouer face à cette terrible
pandémie. Nous ne sommes parvenus à placer sous
antirétroviraux, à ce jour, huit ans après
leur découverte, que quatre cent cinquante mille malades
dans les pays pauvres, très loin de l'objectif minimal
fixé par l'OMS de trois millions, d'ici la fin de 2005.
Trois millions de vies sauvées chaque année, voilà
l'enjeu.
Pour financer la recherche d'un vaccin, développer les
campagnes de prévention, lever les obstacles qui demeurent
pour l'accès aux soins, nous avons besoin de mobiliser
au moins 10 milliards de dollars par an, au lieu de six aujourd'hui.
Nous pourrons ainsi renforcer les systèmes de santé, notamment du point de vue des ressources humaines. Consolider les baisses de prix, par la mise en uvre effective de l'accord de l'OMC sur les médicaments. Nous engager, dans les pays les plus pauvres ou les plus touchés par ce fléau sur la voie de la fourniture universelle et gratuite des soins aux malades. L'exemple notamment du Brésil ou du Sénégal démontre que cela est économiquement faisable et efficace en termes de santé publique.
Plusieurs assiettes pour ces nouvelles ressources sont envisageables.
Explorons la voie d'une contribution sur les transactions
financières internationales. Ce ne serait pas une taxe
Tobin : le prélèvement de solidarité internationale
serait conçu de manière à ne pas entraver
le fonctionnement normal des marchés. Il reposerait sur
trois exigences principales :
un très faible taux, au maximum d'un dix millième;
appliqué à une fraction des transactions financières internationales, qui représentent quelque trois mille milliards de dollars par jour;
ce prélèvement serait enfin fondé sur la coopération des grandes places financières mondiales pour éviter les effets d'évasion.
Il permettrait de mobiliser dix milliards de dollars par an.
Deuxième voie possible. Pourquoi ne pas demander
aux pays qui maintiennent un secret bancaire, considéré
par eux comme un élément de liberté individuelle,
d'en compenser une partie des conséquences sur l'évasion
fiscale mondiale, si préjudiciable aux pays les plus pauvres,
par un prélèvement sur les flux de capitaux étrangers
sortants et entrants de leur territoire. Ce prélèvement
serait affecté au développement.
Troisième piste. Ouvrons l'hypothèse d'une
contribution sur le carburant utilisé par le transport
aérien ou maritime. Ce ne serait là que la fin d'un
régime d'exemption. Le carburant utilisé par ces
secteurs, qui contribuent pourtant à l'effet de serre et
à la pollution de notre planète, est aujourd'hui
pratiquement exonéré de toute imposition. Là
encore, il serait possible de mobiliser plusieurs milliards de
dollars.
Autre piste encore. Un faible prélèvement
sur les trois milliards de billets d'avion vendus chaque année
dans le monde. A titre d'exemple, une contribution d'un dollar
par billet rapporterait, sans compromettre l'équilibre
économique du secteur, au moins trois milliards de dollars.
Ce qui frappe, dans tous ces exemples, c'est la disproportion
entre la modestie de l'effort nécessaire et les bénéfices
qui en résulteraient pour tous.
Il serait également possible, avec une bonne information,
de susciter en plus grand nombre des contributions volontaires
pour le développement. 
Les citoyens américains donnent chaque année
pour la philanthropie plus de deux cent vingt milliards de dollars,
dont trois pour cent pour des causes internationales. Je propose
que les grands pays développés mettent en place
des incitations fiscales coordonnées pour stimuler et encourager
les dons privés pour le développement. L'élan
de solidarité qui s'est manifesté à l'occasion
du raz-de-marée de l'Océan indien nous montre que
les esprits sont prêts à cela.
Cette approche volontaire n'est pas nécessairement limitée aux individus, mais pourrait également s'appliquer aux grands acteurs économiques mondiaux. Ce serait, par exemple, pour les grandes entreprises et les institutions financières privées, à l'image de la Fondation Bill et Melinda GATES, une uvre magnifique que de créer, sous leur égide, de grandes fondations internationales dédiées à la lutte contre la pauvreté. Pensons aux perspectives fructueuses de coopération entre acteurs privés et publics du développement qu'ouvrirait une telle initiative.
La France, avec les pays qui l'ont accompagnée depuis
le début dans cette démarche et avec ceux qui voudront
la rejoindre, portera au cours des prochaines semaines ces propositions
dans toutes les enceintes compétentes : ONU, Union européenne,
institutions financières internationales, institutions
spécialisées, telles que l'Organisation de l'aviation
civile internationale.
Notre but est d'aboutir à des décisions lors du sommet des Nations unies de septembre [2005] sur la mise en uvre des objectifs du Millénaire.
Le G8 de Gleneagles, en juillet [2005], doit permettre
de franchir une étape décisive sur le financement
du développement. Je sais que mon ami Tony Blair a de grandes
ambitions à cet égard. Et il aura tout l'appui de
la France.
Dans cette perspective, l'adhésion des entreprises est
capitale. Et je propose au Secrétaire général
des Nations unies d'organiser, à Paris, une réunion
du Pacte Mondial afin d'associer le plus grand nombre d'entre
elles dans ce combat qu'impose la morale et dont dépend
l'avenir même de la mondialisation.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Nous voulons que l'économie mondialisée ait un
avenir. Pour cela, nous devons lui donner sa dimension éthique,
nous devons l'humaniser, la maîtriser, l'élargir
aux vraies mesures du monde.
Nous voulons que les peuples et la jeunesse du monde y voient
un projet d'espoir et de progrès. Pour cela, nous devons
simultanément mettre en place, à l'échelle
de la planète, de nouvelles formes de gouvernance politique
et les règles d'un marché global, comme nos devanciers
l'ont fait, au dix neuvième siècle et au vingtième
siècle, à l'échelle nationale ou continentale.
L'histoire de l'Europe et des Etats-Unis démontre
qu'il existe un lien dynamique entre le progrès économique,
appuyé sur des règles de marché garanties
par la puissance publique, le progrès social et la démocratie.
Il nous revient de renforcer la gouvernance mondiale. Tel sera,
avec le développement, l'objectif du sommet des Nations
Unies de septembre. Tel est le sens des propositions françaises
sur la création d'un conseil de gouvernance économique
et sociale.
Il nous revient aussi de promouvoir la responsabilité
sociale et environnementale des entreprises comme des Etats. L'avenir
de la mondialisation n'est pas dans une économie de dumping
social ou de gaspillage des ressources naturelles, mais
dans le respect des droits sociaux, dans l'élévation
générale du niveau de vie et dans un développement
respectueux des équilibres écologiques.
Libérer les plus vulnérables de l'horizon du
quotidien, horizon de survie, c'est aussi leur donner les moyens
de se prémunir contre les principaux risques de l'existence.
Dans les pays développés, la mise en place de mécanismes
de protection sociale et de mutualisation des risques a puissamment
contribué à l'essor économique. Il est indispensable
d'aider les pays en développement à mettre en place
des filets de sécurité minimum.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Le combat pour le développement est un combat pour l'avenir
de la mondialisation. Ce combat est aussi le vôtre. C'est
votre intérêt de dirigeants économiques. C'est
votre responsabilité de citoyens. C'est votre devoir de
femmes et d'hommes.
C'est un combat qui engage l'humanité tout entière.
Et c'est ensemble que nous le gagnerons.
Source : Présidence de la République,
Paris, janvier 2005.
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