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NEW YORK, 9 SEPTEMBRE 2005 / LA CONFERENCE
__Kofi Annan compare les idéaux des Nations Unies aux principes fondateurs des Etats-Unis
A la veille d'un Sommet mondial des chefs d'Etats, du
14 au 16 septembre 2005, "qui pourrait avoir des conséquences
d'une importance capitale pour tous les peuples de tous les pays",
Kofi Annan s'est déclaré très préoccupé
qu'en dépit de signes de progrès, les travaux ne
soient pas achevés à temps et que l'échéance
soit manquée.
"Comme vous, je serais heureux d'avoir tort sur ce point",
mais "le temps presse", a déclaré le secrétaire
général des Nations unies lors d'une allocution
de clôture d'une conférence réunissant le
département de l'information des Nations unies aux organisations
non gouvernementales (ONG) au siège des Nations unies à
New York. "Des discussions acharnées continuent",
mais "pour que les Etats membres parviennent à un
résultat significatif, il faudra qu'il y ait plus de concessions",
a-t-il souligné.
Kofi Annan a par ailleurs exhorté les membres de la
société civile à "s'ériger en
gardiens de la réforme du système international".
KOFI ANNAN : VOUS DEVEZ VOUS FAIRE LES GARANTS DE LA REFORME INSTITUTIONNELLE
Texte de l'allocution prononcée le 9 septembre
2005, à New York, par le secrétaire général
des Nations unies, Kofi Annan, à la séance
de clôture de la 58e Conférence annuelle du Département
de l'information pour les organisations non gouvernementales.
Je suis très heureux de me joindre à vous aujourd'hui.
Le fait que vous soyez venus si nombreux cette année
plus nombreux que jamais dans l'histoire de cette conférence
est une preuve supplémentaire de l'importance que
vous accordez à la mission dont s'acquittent les Nations
unies dans le monde. Je tiens à vous remercier d'être
ici surtout ceux qui sont venus de loin.
Il y a près de neuf ans que je suis en fonctions. Bien
des choses ont défini cette période pour l'ONU
la situation en Irak, l'adoption des Objectifs du Millénaire
pour le développement, le processus de réforme,
l'établissement de la Cour pénale internationale
et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et
la malaria, pour n'en citer que quelques-unes. Une des plus notables
est sûrement la révolution des organisations non
gouvernementales (ONG). Elle a bien sûr commencé
avant mon arrivée au poste de secrétaire général,
mais, ces dernières années, elle n'a fait que s'intensifier.
La mobilisation de masse autour de la réunion du G-8
qui s'est tenue au début de l'été [2005]
n'est que l'exemple le plus récent. Madame Ebadi, vous
aussi avez montré l'impact que les ONG peuvent avoir chez
elles et sur la scène mondiale. Votre prix Nobel de la
paix, ô combien mérité, est une nouvelle marque
de reconnaissance de la contribution qu'elles apportent dans les
domaines des droits de l'homme, de la paix, du désarmement
et de la démocratie.
Moi-même, partout où je vais, je vois
des ONG au travail.
Il y a 15 jours au Niger, j'ai vu les organismes, les
fonds et les programmes des Nations Unies faire ce qu'ils font
de mieux : aider les gens dans le besoin. J'ai été
heureux de les voir si bien travailler avec leurs partenaires,
les ONG. Et j'ai été frappé par la rapidité
avec laquelle "Médecins sans frontières"
a réussi à mettre sur pied un centre de nutrition
et à traiter plus de 2'000 enfants en trois semaines à
peine. D'autres groupes humanitaires déployaient des efforts
tout aussi vaillants. Nous avons certes encore beaucoup à
faire pour satisfaire les besoins de ce pays et une crise semblable
menace d'autres parties du Sahel et de l'Afrique. Mais sans les
ONG, nous ne pourrions même pas espérer commencer
à faire face à des situations de ce type. Je vous
remercie du rôle essentiel que vous jouez.
Nous avons encore beaucoup à faire au Soudan.
Là aussi, les ONG sont nos indispensables partenaires.
Quand je suis allé au Darfour en mai [2005], j'étais
accompagné par Tom Arnold, Ken Bacon et George Rupp
les chefs de "Concern", de "Refugees International"
et du "Comité international de secours"
et leurs points de vue sur la situation m'ont été
extrêmement précieux. Je tiens donc à rendre
hommage une fois encore non seulement aux ONG qui ont bravé
mille dangers pour apporter des secours, mais aussi à celles,
locales et internationales, qui uvrent pour la réconciliation
et les droits de l'homme ou favorisent par d'autres moyens le
processus de paix soudanais.
Le fait est que les ONG travaillent partout avec nous :
à nos côtés, lorsque des crises
surviennent;
juste derrière nous, pour défendre
les droits des femmes, promouvoir la justice pénale internationale
et mobiliser l'action contre le réchauffement planétaire;
et, souvent, loin devant nous, pour mettre en
lumière des risques et des problèmes nouveaux. C'est
là, à mon sens, que vous jouez le rôle le
plus important. Car vous voyez souvent ce qui n'est pas encore
apparent pour les diplomates et pensez ce qui semble encore impensable
aux gouvernements et inadmissible aux fonctionnaires. Ce que vous
dites peut déplaire aujourd'hui, mais deviendra probablement
demain une vérité incontestable.
Nous voici réunis ici à la veille d'un Sommet
mondial qui pourrait être d'une importance inestimable
pour tous les peuples et tous les pays. Je tiens à vous
assurer que vous avez fortement marqué le processus
dans les rues et dans les stades, et dans les réunions
tenues de par le monde et ici même. Je sais que vous avez
parfois l'impression de parler dans le désert, mais les
auditions de juin [2005] ont marqué un réel progrès
dans les rapports entre l'ONU et la société civile.
Le document final officiel en porte l'empreinte, surtout en ce
qui concerne l'égalité des sexes et l'environnement.
Et ici, [
] lors de cette conférence, vous nous avez pour ainsi dire payés de retour en écoutant un nombre sans précédent de représentants de gouvernements et de parlementaires. Vous ne serez peut-être jamais entièrement d'accord avec eux et c'est probablement une bonne chose. Mais à tout le moins vous commencez, eux et vous, à vous écouter, à vous comprendre et à vous apprécier, et ce n'est pas rien. Nous devons poursuivre ce dialogue. Et cette conférence annuelle doit rester un cadre d'échanges sans langue de bois entre la société civile, les Etats Membres et le Secrétariat des Nations unies.
En fin de compte, notre but est d'accomplir des progrès
tangibles dans les domaines qui touchent le plus les peuples du
monde. Cela implique que nous redoublions d'efforts pour atteindre
les Objectifs du Millénaire pour le développement,
qui représentent un investissement essentiel dans la sécurité
de l'humanité. Certes, il faudra que les résultats
soient équilibrés et répondent aux soucis
de chaque pays, du terrorisme et de la non-prolifération
à la reconstruction après les conflits et aux droits
de l'homme, en passant par la réforme de l'ONU elle-même.
C'est là le seul moyen de poser les bases solides d'une
action collective efficace. Pendant toute la semaine qui vient
de s'écouler, j'ai rappelé aux ambassadeurs qui
négocient le document final du Sommet que, dans le monde
d'aujourd'hui, où tout se tient, l'intérêt
collectif coïncide souvent avec l'intérêt national.
C'est dans cet esprit qu'ils doivent négocier.
De sérieuses discussions se poursuivent. Si les Etats
Membres veulent un résultat solide, il faudra que chacun
fasse davantage de concessions. Mais le temps est compté.
Malgré des signes de progrès, il y a un risque
que le travail ne soit terminé à temps et que les
délais ne soient pas respectés. Cela m'inquiète
et j'espère que les faits me donneront tort.
Quoi qu'on décide et obtienne, l'ONU ne pourra
avancer seule. Vous avez tous un rôle clef à
jouer. Tout comme vous avez observé de près
et influencé les négociations sur le texte final
du Sommet, vous devrez suivre de près ce qui sera fait
pour en appliquer les dispositions. Les citoyens et citoyennes
que vous représentez attendront de vous que vous jugiez
le document final et que vous nous disiez si les réformes
adoptées par les dirigeants vont assez loin. Et nous avons
tous besoin de vous pour suivre ce qui se passe dans les pays
et veiller à ce que les gouvernants de vos pays obtiennent
des résultats concrets dans les mois et les années
à venir. Vous devez donc vous faire les garants de la réforme
du système international.
En ce 60e anniversaire de l'Organisation des Nations unies,
reconnaissons une fois de plus la sagesse de ses fondateurs, qui,
à l'article 71 de la Charte, ont prévu des consultations
avec les ONG. Des échanges étroits avec la société
civile étaient alors jugés indispensables à
la bonne santé de l'Organisation et au bien-être
des peuples. C'est aussi vrai aujourd'hui qu'alors et peut-être
plus encore.
L'état de nos relations ne pourra jamais se mesurer
uniquement au nombre d'ONG qui assistent aux conférences
mondiales ou participent aux réunions au Siège des
Nations unies. Ce qui compte vraiment, c'est ce qui se passe,
dans le monde et sur le terrain. Que votre activité principale
soit d'aider à déterminer les politiques mondiales
ou d'aider directement ceux qui sont dans le besoin, vous donnez
tout son sens à l'expression "Nous, peuples".
Je vous remercie tous pour votre engagement et compte sur votre
appui dans la période cruciale qui s'annonce.
Source : Nations unies, New York, 9 septembre 2005.
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