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ALLEMAGNE, COLOGNE, 19 AOUT 2005 / JOURNEES MONDIALES DE LA JEUNESSE
__Benoît XVI, en visitant la synagogue de Cologne, souhaite un dialogue "sincère et confiant" entre juifs et chrétiens
Le pape Benoît XVI a prié devant le mémorial
des victimes de la Shoah à la synagogue de Cologne, le
19 août 2005, au deuxième jour de son séjour
en Allemagne, pour les Journées mondiales de la jeunesse.
Il a appelé juifs et chrétiens à combattre
ensemble les "forces du mal" et à agir ensemble
pour que "jamais plus les forces du mal n'arrivent au pouvoir",
allusion à la période du nazisme. Le rabbin Teitelbaum
a salué une " visite [qui] est un pas vers la paix
entre peuples, un signe contre l'antisémitisme de l'Eglise
d'autrefois".
"Quand Benoît XVI est accueilli dans la synagogue de
la Roonstrasse par le célèbre refrain Evenou shalom
halerem - que les jeunes des [réunis pour les Journées
mondiales de la jeunesse] reprennent dans les rues voisines -,
le pape est figé par l'émotion, racontent les envoyés
spéciaux du quotidien Le Monde, Henri Tincq et Adrien
de Tricornot. Accompagné par les cardinaux Lustiger, Meisner,
archevêque de Cologne, Lehmann, président de la conférence
des évêques allemands, Benoît XVI écoute
le kaddish, la prière des morts récitée par
le rabbin Netanel Teitelbaum. 11'000 juifs de Cologne ont péri
dans les camps sur les 15'000 que comptait la ville en 1933. Construite
en 1899, la synagogue a été détruite par
les nazis. A la fin de la guerre, quelques dizaines de survivants
célébreront le premier office dans les ruines. En
1959, la synagogue est reconstruite et la communauté juive
de Cologne renaît. Elle compte 5'000 membres aujourd'hui".
En parlant sans détour du "crime inouï"
de la Shoah, des chambres à gaz et des fours crématoires,
l'ancien cardinal Joseph Ratzinger, qui fut, adolescent, enrôlé
dans les Jeunesses hitlériennes, a apporté la preuve
que le passé de son pays natal n'était pas un tabou
pour lui. Il a lancé une mise en garde face à l'émergence
de "nouveaux signes d'antisémitisme"
et appelé à la "vigilance.
A Cologne, souligne Le Monde, Benoît XVI a relancé
le dialogue entre les religions. "L'Eglise catholique s'engage - je le réaffirme en cette circonstance - en faveur de la tolérance, du respect, de l'amitié et de la paix entre tous les peuples, toutes les cultures et toutes les religions", a assuré le pape. J'encourage un dialogue sincère et confiant".
LE MESSAGE DU PAPE BENOIT XVI
Mesdames et Messieurs, Chers Frères et Surs,
Schalom lêchém ! C'était mon profond désir,
à l'occasion de ma première visite en Allemagne
après mon élection comme successeur de l'Apôtre
Pierre, de rencontrer la communauté juive de Cologne et
les représentants du judaïsme allemand. Par cette
visite, je voudrais me relier à l'événement
du 17 novembre 1980, lorsque mon vénéré prédécesseur,
le pape Jean-Paul II, au cours de son premier voyage en
Allemagne, rencontra à Mayence le Comité central
juif en Allemagne et la Conférence rabbinique. En cette
circonstance, je veux aussi confirmer mon désir de poursuivre
le chemin en vue d'une amélioration des relations et de
l'amitié avec le peuple juif, chemin sur lequel le pape
Jean-Paul II a fait des pas décisifs (cf. Discours à
la délégation de l'International Jewish Committee
on Interreligious Consultations, 9 juin 2005 : La Documentation
catholique 102, [2005], p. 741).
La communauté juive de Cologne peut se sentir vraiment
"chez elle" dans cette ville. Cette dernière
est en effet le siège le plus ancien d'une communauté
juive sur le territoire allemand : il remonte à la ville
de Cologne de l'époque romaine. L'histoire des relations
entre la communauté juive et la communauté chrétienne
est complexe et souvent douloureuse. Il y a eu des périodes de bonne convivialité, mais il y a eu aussi l'expulsion des juifs de Cologne en 1424. Au XXe siècle, au temps le plus sombre de l'histoire allemande et européenne, une folle idéologie raciste, de conception néo-païenne, fut à l'origine de la tentative, projetée et systématiquement mise en cure par le régime, d'exterminer le judaïsme européen : se déroula alors ce qui est passé à l'histoire sous le nom de Shoah. Les victimes de ce
crime inouï, et jusque-là inimaginable, s'élèvent
dans la seule ville de Cologne à 7'000 personnes dont le
nom est connu; en réalité, elles ont certainement
été beaucoup plus nombreuses. La sainteté
de Dieu ne se reconnaissait plus, et pour cela on foulait aussi
aux pieds le caractère sacré de la vie humaine.
Cette année, on célèbre le 60e
anniversaire de la libération des camps de concentration
nazis, où des millions de juifs - hommes, femmes et enfants
- ont été tués dans les chambres à
gaz et brûlés dans les fours crématoires.
Je fais miennes les paroles écrites par mon vénéré
Prédécesseur à l'occasion du 60e anniversaire
de la libération d'Auschwitz et je dis, moi aussi : "Je
m'incline devant tous ceux qui ont eu à subir cette manifestation
du mysterium iniquitatis". Les terribles événements
d'alors doivent "sans cesse réveiller les consciences,
éteindre les conflits, exhorter à la paix"
(Message pour la libération d'Auschwitz, 15 janvier 2005).
Nous devons nous souvenir ensemble de Dieu et de son sage projet
sur le monde qu'il a créé: Lui, comme le rappelle
le Livre de la Sagesse, "aime la vie" (11, 26).
Cette année, nous fêtons aussi le 40e anniversaire
de la promulgation de la Déclaration Nostra ætate
du Concile cuménique Vatican II, qui a ouvert de nouvelles
perspectives dans les relations judéo-chrétiennes,
sous le signe du dialogue et de la solidarité. Cette Déclaration,
au chapitre quatre, rappelle nos racines communes et le très
riche patrimoine spirituel que partagent juifs et chrétiens.
Aussi bien les juifs que les chrétiens reconnaissent en
Abraham leur père dans la foi (cf. Ga 3, 7; Rm 4, 11ss)
et ils font référence aux enseignements de Moïse
et des prophètes. La spiritualité des juifs et celle
des chrétiens se nourrit des Psaumes. Avec l'Apôtre
Paul, les chrétiens sont convaincus que "les dons
de Dieu et son appel sont irrévocables" (Rm 11, 29;
cf. 9, 6.11; 11, 1s). Etant donné les racines juives du
christianisme (cf. Rm 11, 16-24), mon vénéré
Prédécesseur, confirmant un jugement des Évêques
allemands, affirma : "Qui rencontre Jésus-Christ rencontre
le judaïsme" (La Documentation catholique 77 [1980],
p. 1148).
De ce fait, la Déclaration conciliaire Nostra ætate,
"déplore les haines, les persécutions, les
manifestations d'antisémitisme dirigées contre les
Juifs, quels que soient leur époque et leurs auteurs"
(n. 4). Dieu nous a tous créés "à son
image" (Gn 1, 27), nous honorant ainsi d'une dignité
transcendante. Devant Dieu, tous les hommes ont la même
valeur et la même dignité, quels que soient le peuple,
la culture ou la religion auxquels ils appartiennent. Pour cette
raison, la Déclaration Nostra ætate parle aussi avec
grande estime des musulmans (cf. n. 3) et des personnes qui appartiennent
aux autres religions (cf. n. 2). En raison de la dignité
humaine commune à tous, l'Eglise catholique "réprouve
comme contraire à l'esprit du Christ, toute discrimination
ou vexation dont sont victimes des hommes à cause de leur
race, de leur couleur, de leur condition ou de leur religion"
(n. 5). L'Eglise est consciente de son devoir de transmettre,
dans la catéchèse comme dans tous les aspects de
sa vie, cette doctrine aux nouvelles générations
qui n'ont pas été témoins des événements
terribles survenus avant et durant la seconde guerre mondiale.
C'est un devoir d'importance particulière dans la mesure
où aujourd'hui, malheureusement, émergent de nouveau
des signes d'antisémitisme et où se manifestent
diverses formes d'hostilité généralisée
envers les étrangers. Comment ne pas voir en cela un motif
de préoccupation et de vigilance ? L'Eglise catholique
s'engage - je le réaffirme aussi en cette circonstance
- en faveur de la tolérance, du respect, de l'amitié
et de la paix entre tous les peuples, toutes les cultures et toutes
les religions.
Au cours des quarante années passées depuis la
Déclaration conciliaire Nostra ætate, en Allemagne
et au niveau international, on a fait beaucoup pour l'amélioration
et l'approfondissement des relations entre juifs et chrétiens.
Outre les relations officielles, grâce surtout à
la collaboration entre les spécialistes en sciences bibliques,
de nombreuses amitiés sont nées. Je rappelle, à
ce propos, les diverses déclarations de la Conférence
épiscopale allemande et l'activité bénéfique
de la "Société pour la collaboration judéo-chrétienne
de Cologne", qui a contribué à faire en sorte
que, à partir de 1945, la communauté juive puisse
de nouveau se sentir "chez elle" ici, à Cologne,
et instaurer une bonne convivialité avec les communautés
chrétiennes. Il reste cependant encore beaucoup à
faire. Nous devons nous connaître mutuellement beaucoup
plus et beaucoup mieux. J'encourage donc un dialogue sincère
et confiant entre juifs et chrétiens : c'est seulement
ainsi qu'il sera possible de parvenir à une interprétation
commune des questions historiques encore discutées et,
surtout, de faire des pas en avant dans l'évaluation, du
point de vue théologique, du rapport entre judaïsme
et christianisme. Ce dialogue, s'il veut être sincère,
ne doit pas passer sous silence les différences existantes
ou les minimiser : précisément dans ce qui nous
distingue les uns des autres à cause de notre intime conviction
de foi, et en raison même de cela, nous devons nous respecter
mutuellement.
Enfin, notre regard ne devrait pas se tourner seulement
en arrière, vers le passé, mais devrait nous pousser
aussi en avant, vers les tâches d'aujourd'hui et de demain. Notre riche patrimoine commun et nos relations fraternelles inspirées par une confiance croissante nous incitent à donner ensemble un témoignage encore plus unanime, collaborant sur le plan pratique pour la défense et la promotion des droits de l'homme et du caractère sacré de la vie humaine, pour les valeurs de la famille, pour la justice sociale et pour la paix dans le monde. Le Décalogue (cf. Ex 20, Dt 5) constitue pour nous un patrimoine et un engagement communs. Les dix commandements ne sont pas un poids, mais la direction donnée sur le chemin d'une vie réussie. Ils le sont, en particulier, pour les jeunes que je rencontre ces jours-ci et qui me tiennent tant à cur. Mon souhait est qu'ils sachent reconnaître dans le Décalogue la lampe de leurs pas, la lumière de leur route (cf. Ps 119, 105). Les adultes ont la responsabilité de transmettre aux jeunes le flambeau de l'espérance qui a été donnée par Dieu aux juifs comme aux chrétiens, pour que "jamais plus" les forces du mal n'arrivent au pouvoir et que les générations futures, avec l'aide de Dieu, puissent construire un monde plus juste et plus pacifique dans lequel tous les hommes aient un droit égal de citoyen.
Je conclus avec les paroles du psaume 29, qui sont un vu et
aussi une prière. "Le Seigneur accorde à son
peuple la puissance, le Seigneur bénit son peuple en lui
donnant la paix". Puisse-t-il nous exaucer !
Source : Vatican, 19 août 2005.
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