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NATIONS UNIES, 19 SEPTEMBRE 2006 / LE DISCOURS D'ADIEU DE KOFI ANNAN DEVANT L'ASSEMBLEE GENERALE
__Kofi Annan : les événements des 10 dernières années n'ont pas réglé, mais aggravé, l'injustice de l'ordre économique mondial, le désordre mondial et le mépris généralisé pour les droits de l'homme et la loi
La cérémonie d'un adieu par Jean Daniel
Ouvrant pour la dernière fois, le 19 septembre 2006,
à New York, le débat général de l'Assemblée
générale des Nations unies qui lui a accordé
une véritable ovation, Kofi Annan a plaidé
lors d'un bilan de son action pour un renforcement des Nations
unies face aux problèmes mondiaux, qui ont pris en
dix ans une forme nouvelle, plus aiguë.
"Lorsque j'ai pris la parole pour la première fois
en 1997, l'humanité faisait face selon moi à trois
grands défis. D'abord, faire en sorte que la mondialisation
profite à toute la race humaine et pas seulement à
ses membres les plus chanceux. Ensuite, parvenir à
panser les blessures de l'après-guerre froide en établissant
un nouvel ordre mondial de paix et de liberté. Enfin,
protéger les droits et la dignité des individus,
en particulier des femmes, qui étaient si largement piétinés",
a déclaré le secrétaire général
des Nations unies
"Au cours de la décennie qui s'est écoulée,
beaucoup a été fait mais les événements
nous ont présenté les même défis sous
une nouvelle forme, plus aiguë", a-t-il estimé
lors de la présentation de son rapport annuel sur l'activité
des Nations unies.
"Dans le domaine économique, la mondialisation
et la croissance ont continué", a-t-il remarqué,
notamment en Asie. "Mais ne nous faisons pas d'illusions.
Le miracle asiatique n'est toujours pas répliqué
dans d'autres régions du monde et ses bénéfices
sont loin d'être partagés". "La mondialisation,
qui en théorie doit nous rapprocher, en pratique risque
de nous éloigner davantage", a-t-il souligné.
Les ravages de la guerre, quant à eux, se poursuivent.
Si les statistiques laissent entendre qu'il y a moins de conflits,
"dans trop de régions du monde, en particulier dans
le monde en développement, les populations sont exposés
à de violents conflits combattus à l'aide d'armes
légères mais mortelles", a-t-il ajouté.
Par ailleurs, "les populations du monde entier se sentent
menacées". A cet égard il a dénoncé
le rôle du terrorisme, qui "tue ou blesse relativement
peu de gens en comparaison d'autres formes de violence",
mais qui répand partout "la peur et l'insécurité".
Kofi Annan a également dénoncé la diffusion
des stéréotypes qui sous-tendent l'idée d'un
"conflit de civilisations" et "le manque de sensibilité
envers les croyances et les symboles religieux des autres - volontaire
ou non - qui est exploité par ceux qui cherchent à
fomenter une nouvelle guerre de religion à l'échelle
mondiale".
Ler secrétaire général des Nations unies
a insisté à cet égard sur la nécessité
de régler le conflit israélo-palestinien. "On
aimerait croire que le conflit israélo-palestinien n'est
qu'un conflit régional parmi d'autres. Mais ce n'est pas
le cas. Aucun autre conflit ne porte une charge symbolique et
émotionnelle aussi forte parmi des gens situés si
loin du champ de bataille", a-t-il assuré.
"D'un côté, les partisans d'Israël estiment
qu'il est durement jugé par des normes qui ne sont pas
appliquées à leurs ennemis - et cela est souvent
vrai en particulier dans certains organes des Nations unies. De
l'autre côté, les gens sont outrés par le
recours disproportionné à la force contre les Palestiniens
et la poursuite de l'occupation et de la confiscation des terres
arabes".
"Tant que le Conseil de sécurité sera
incapable de mettre fin à ce conflit et à l'occupation
de près de 40 ans, en convaincant les deux parties
d'accepter et de mettre en oeuvre ses résolutions, le
respect pour les Nations unies continuera de décliner",
a-t-il prévenu.
"Notre impartialité continuera d'être remise
en cause. Et nos efforts pour résoudre d'autres conflits
seront entravés, y compris en Irak et en Afghanistan",
a-t-il constaté.
Kofi Annan a aussi insisté sur le désarmement
mondial et la lutte contre la prolifération des
armes de destruction massive, regrettant que le document final
du Sommet mondial des chefs de septembre 2005 ne contienne "pas
un mot sur la question".
Enfin, dans le domaine de la protection des droits de l'Homme,
il a cité les progrès, mais aussi déploré
que "même la lutte légitime et nécessaire
contre le terrorisme serve de prétexte à écorner
ou abroger les droits fondamentaux, abandonnant du terrain
aux terroristes et les aidant à trouver de nouvelles recrues".
Il a enfin déploré la poursuite des crimes brutaux
de par le monde, citant en particulier le conflit au Darfour.
"Nous faisons face en conséquence à des
divisions qui menacent la notion même de communauté
internationale, sur laquelle repose notre institution",
a dit le secrétaire général des Nations unies,
"au moment même où plus que jamais les êtres
humains de par le monde forment une seule société".
"Tant des défis qui se posent à nous sont
mondiaux et exigent une réponse mondiale, dans laquelle
tous les peuples du monde peuvent jouer leur rôle. Je dis
"tous les peuples" de façon délibérée,
comme notre Charte", "tant il est clair que les
relations internationales ne sont pas que des relations entre
Etats", a-t-il fait observer.
"Ce qui compte est que le fort, comme le faible, acceptent
d'être soumis aux mêmes règles et de traiter
l'autre avec le même respect. Ce qui compte est que tous
les peuples admettent la nécessité d'écouter,
de faire des compromis, de prendre en compte le point de vue de
l'autre", a-t-il souligné .
"Et tout cela ne peut se produire que si les peuples sont unis par autre chose qu'un simple marché mondial ou même un ensemble de normes mondiales", a dit Kofi Annan, qui a plaidé pour que chaque homme et femme, "quelque soit sa race, sa couleur ou ses croyances", apprenne à gagner la confiance de l'autre et à la donner en retour. "Voila ce qui a sous-tendu les réformes et les idées nouvelles aux Nations unies au cours de cette décennie frénétique".
Kofi Annan s'est estimé "chanceux" d'avoir
présidé le Secrétariat à un moment
où les Etats ont eu des "ambitions parfois sans limites"
pour l'Organisation, même si leur "portefeuille ne
l'était pas vraiment".
"Ensemble nous avons poussé de lourds rochers vers
le haut de la montagne, même si certains nous ont échappé
et sont redescendus. Mais cette montagne, avec ses bourrasques
et sa vue panoramique est le meilleur point de vue sur la terre",
a-t-il expliqué.
"Même si j'aspire à me reposer du fardeau
de ces rochers obstinés dans la prochaine phase de ma vie,
je sais que la montagne me manquera", a dit le secrétaire
général des Nations unies dont le mandat expire
fin décembre 2006.
"Je sais qu'au bout du compte, le travail le plus exaltant au monde me manquera", a conclu Kofi Annan devant l'Assemblée générale, dont les membres se sont levés pour lui accorder une ovation.
DEVANT L'ASSEMBLEE GENERALE, KOFI ANNAN FAIT UN BILAN DE DIX ANS D'ACTION FACE AUX CRISES MONDIALES
Texte du discours prononcé à l'Assemblée
générale par le secrétaire général
des Nations unies, Kofi Annan, le 19 septembre 2006.
La première fois que je me suis adressé à vous depuis cette tribune, en 1997, mon sentiment était que l'humanité se trouvait face à trois grands
défis.
Le premier consistait à faire en sorte que
la mondialisation profite à tous, et non pas seulement
aux plus favorisés.
Le deuxième consistait à sortir du
désordre qui s'était installé après
la fin de la guerre froide pour accéder à un
ordre vraiment nouveau, un monde où règnent la paix
et la liberté, tel que le concevaient les auteurs de notre
Charte.
Le troisième consistait à protéger
les droits et la dignité des personnes, si généralement
foulés au pied, en particulier ceux des femmes.
En tant que deuxième secrétaire général
africain, je me sentais directement concerné par ces trois
défis, celui du développement, celui de la sécurité,
et celui des droits de l'homme et de l'Etat de droit.
L'Afrique risquait fort d'être exclue du cercle des
bénéficiaires de la mondialisation, voire reléguée
en marge de l'économie mondiale et abandonnée à
son sort.
L'Afrique était le théâtre de certains
des conflits les plus longs et les plus violents.
Beaucoup d'Africains se voyaient injustement condamnés
à être exploités et opprimés de génération
en génération, le pouvoir colonial ayant fait place
à un ordre économique inéquitable à
l'échelle mondiale, et dans certains cas à des dirigeants
corrompus et des chefs de guerre sur le plan local.
Au cours des 10 années qui se sont écoulées
depuis, beaucoup ont cherché les moyens de relever ces
défis. Leurs efforts ont porté des fruits, mais
les événements nous ont aussi placés face
à de nouveaux problèmes, ou plutôt ont donné
à ceux que nous connaissions une forme différente
ou une nouvelle acuité.
Dans le domaine économique, la mondialisation et la
croissance ont continué sur leur lancée.
Certains pays en développement, surtout des pays d'Asie,
ont été des moteurs de cette croissance. Des millions
de personnes ont ainsi été libérées
du joug de la pauvreté perpétuelle.
Parallèlement, sur le plan des politiques de développement,
le monde a progressé, la rivalité des modèles
cédant la place à l'acceptation d'objectifs communs.
La question n'est plus de savoir quel modèle adopter, mais
quels objectifs se fixer. Le VIH/sida est à présent
reconnu comme un immense obstacle au développement, et
la lutte a commencé. Je suis fier du rôle que les
Nations unies ont joué. Le développement, de même
que les Objectifs du Millénaire pour le développement,
est désormais à l'avant-plan dans toutes nos activités.
Il ne faut pourtant pas se faire d'illusions. Le miracle asiatique
ne s'est pas encore reproduit dans d'autres parties du monde.
Et même dans les pays d'Asie les plus dynamiques, les bénéfices
sont loin d'être également répartis.
Et il est peu probable que les Objectifs du Millénaire
pour le développement soient atteints partout d'ici à
2015.
Certes, bien des pays en développement comprennent désormais
beaucoup mieux ce qu'est la bonne gouvernance, et pourquoi il
faut s'en préoccuper. Mais en pratique, beaucoup sont encore
très loin du compte.
Certes, des progrès ont été accomplis
en matière d'allégement de la dette, et des promesses
assez encourageantes ont été faites en ce qui concerne
l'aide et l'investissement. Mais le "partenariat mondial
pour le développement", surtout dans le domaine
du commerce, crucial, n'existe en fait encore que sur papier.
Chers amis, la mondialisation n'est pas un vent qui gonfle
toutes les voiles. Elle pousse certains mais menace d'en renverser
d'autres. Et même parmi ceux qui ont le vent en poupe d'après
les statistiques, beaucoup se sentent en position très
précaire et sont pleins de ressentiment face à ceux
qui, plus favorisés, semblent ne se poser aucune question.
La mondialisation, qui en théorie nous rapproche, risque
donc en pratique de nous éloigner de plus en plus les uns
des autres.
Sommes-nous plus en sécurité sur le deuxième
plan, c'est-à-dire plus à l'abri de la guerre et
de ses ravages ?
Ici encore, certaines statistiques pourraient nous persuader
que oui. Il y a moins de conflits entre États, et de nombreuses
guerres civiles ont pris fin.
Ici encore, je suis fier du rôle qu'ont joué les
Nations unies. Et je suis fier des Africains, qui ont mis fin
à beaucoup des conflits qui déchiraient notre continent.
Mais ici encore, il faut se garder des illusions.
Dans bien trop de régions du monde - en particulier
dans le monde en développement - la population subit encore
les effets de violents conflits, dans lesquels les armes légères
révèlent toute leur puissance meurtrière.
Qui plus est, la population du monde entier est menacée
par la prolifération des armes de destruction massive,
même si certains en sont plus conscients que d'autres. Il
est scandaleux qu'il n'y ait pas un mot, dans le Document final
du Sommet [des chefs d'Etat de septembre 2005], sur la
non-prolifération et le désarmement,
pour la simple raison que les Etats n'ont pas été
capables de décider ensemble auquel des deux donner la
priorité. Il est plus que temps de mettre fin à
cette querelle aussi frivole qu'irresponsable et d'agir d'urgence
sur les deux fronts à la fois.
En outre, tout comme certains de ceux qui profitent de la mondialisation
se sentent malgré tout menacés, certains de ceux
qui sont relativement à l'abri des conflits ne se sentent
pas pour autant en sécurité.
Ça, c'est aux terroristes que nous le devons. Le terrorisme
fait relativement peu de victimes par rapport à d'autres
formes de violence. Mais, il généralise un sentiment
d'insécurité et de crainte. Sentiment qui amène
beaucoup à ne plus côtoyer que ceux qui partagent
leurs convictions ou leur mode de vie, et à exclure de
leur cercle tous ceux qu'ils perçoivent comme "étrangers".
C'est ainsi qu'alors que les migrations internationales
font cohabiter des millions de personnes de différentes
religions et de différentes cultures, les malentendus
et les stéréotypes qui nourrissent l'idée
d'un "choc des civilisations" gagnent du terrain,
et certains, apparemment enclins à fomenter une nouvelle
guerre des religions, cette fois à l'échelle mondiale,
se saisissent de tout manque d'égards volontaire ou involontaire
pour les croyances ou la symbolique sacrée des autres.
Ce climat de crainte et de suspicion est constamment réenflammé
par la violence au Moyen-Orient.
On pourrait être tenté de penser que le conflit
arabo-israélien n'est qu'un conflit régional
parmi tant d'autres. Il n'en est rien. Aucun autre conflit n'est
porteur d'une telle charge symbolique et émotionnelle pour
tant de gens éloignés du champ de bataille.
Tant que les Palestiniens vivront sous occupation, frustrés
et humiliés au quotidien, tant que les Israéliens
risqueront leur vie dès qu'ils sortent de chez eux, les
passions continueront à s'enflammer un peu partout.
D'un côté, les partisans d'Israël estiment
que ce pays est trop durement jugé, selon des normes qui
ne sont pas appliquées à ses ennemis; et trop souvent
c'est vrai, en particulier dans certains organes des Nations unies.
De l'autre côté, les gens s'indignent qu'Israël
fasse un usage aussi disproportionné de la force à
l'encontre des Palestiniens et continue d'occuper et de confisquer
des terres arabes.
Tant que le Conseil de sécurité ne sera pas
capable de régler ce conflit, et de mettre fin à
une occupation qui dure maintenant depuis près de 40 ans,
en amenant les deux parties à accepter et à appliquer
ses résolutions, le respect dont bénéficient
les Nations unies continuera de s'amenuiser. Notre impartialité
continuera d'être mise en doute, nos efforts pour régler
d'autres conflits continueront de se heurter à des résistances,
y compris en Irak et en Afghanistan, pays dont les peuples ont
tout aussi terriblement besoin de notre aide, qui leur est due,
et notre personnel dévoué et courageux, au lieu
d'être protégé par le drapeau bleu, continuera
d'être exposé à la colère et à
la violence nées de politiques qu'il ne maîtrise
ni ne soutient.
Qu'en est-il du troisième grand problème de
l'humanité, celui de l'Etat de droit, et des droits et
de la dignité des êtres humains ? Ici encore,
il y a eu des progrès considérables.
Davantage de droits sont à présent inscrits dans
des traités internationaux, et cette Assemblée s'apprête
à codifier ceux d'un groupe de personnes qui en ont particulièrement
besoin : les personnes handicapées ou moins valides.
Davantage de gouvernements sont à présent élus
par ceux qu'ils gouvernent, et comptables devant eux.
Certains auteurs de crimes considérés comme les
plus atroces que l'humanité ait jamais connus ont été
traduits en justice.
Et [en 2005], réunie au plus haut niveau, cette
Assemblée a solennellement proclamé l'existence
- pour les Etats en premier lieu, mais aussi, en dernier recours,
pour l'ensemble de la communauté internationale représentée
par les Nations unies - d'une responsabilité de protéger
les populations menacées de génocide, de crimes
de guerre, de nettoyage ethnique et de crimes contre l'humanité.
Et pourtant, et pourtant
Chaque jour, nous apprenons que des lois ont été
transgressées, que des crimes monstrueux ont été
commis à l'encontre d'individus et de groupes minoritaires.
Même la lutte nécessaire et légitime menée
partout dans le monde contre le terrorisme sert de prétexte
pour amputer ou abroger les droits de l'homme, ce qui ne fait
que renforcer le crédit moral des terroristes et les aider
à recruter.
Et malheureusement, une fois de plus, le plus dur se passe
en Afrique, au Darfour, où le spectacle des hommes,
femmes et enfants obligés de fuir parce que les meurtres,
les viols et la destruction de leur village par le feu se poursuivent,
vide de son sens l'engagement qu'a pris la communauté internationale
de protéger les populations contre les pires exactions.
Bref [], les événements des 10 dernières
années n'ont pas réglé, mais aggravé,
les trois grands problèmes que j'ai mentionnés :
l'injustice de l'ordre économique mondial, le désordre
mondial et le mépris généralisé pour
les droits de l'homme et la loi. Par conséquent, les
divisions sont telles aujourd'hui qu'elles mettent en péril
jusqu'à la notion de communauté internationale,
sur laquelle repose l'Organisation des Nations unies.
Et pourtant, plus que jamais, nous sommes tous dans le même
bateau. Bien des difficultés qui se posent à nous
sont donc de portée mondiale. Elles appellent une action
mondiale à laquelle tous les peuples doivent participer.
C'est à dessein que je parle de "peuples",
comme le préambule de la Charte, et non d'"Etats".
Il était clair pour moi il y a 10 ans, et il est plus clair
encore aujourd'hui, que les relations internationales ne sont
pas que l'affaire des Etats. Les relations internationales
sont des relations entre peuples, dans lesquelles ceux que
nous appelons les "acteurs non étatiques"
jouent un rôle déterminant et parfois extrêmement
utile. Tous ces acteurs ont un rôle à jouer dans
un ordre mondial véritablement multilatéral centré
sur une Organisation des Nations unies renouvelée et redynamisée.
Oui, je demeure convaincu que la réduction de la
fracture passe nécessairement par des Nations véritablement
Unies. Changements climatiques, VIH/sida, équité
des échanges commerciaux, migrations, droits de l'homme
: on en revient toujours là. Il est indispensable pour
chacun de nous, pour notre village, notre quartier, notre pays,
que l'on s'attaque à chacun de ces problèmes. Et
pourtant, chacun d'eux a pris des proportions planétaires
et on ne peut rien y faire si on n'agit pas à l'échelle
de la planète, en menant une action concertée et
coordonnée par cette institution, la plus universelle qui
soit.
Ce qui compte, c'est que les forts, ainsi que les faibles,
acceptent d'être liés par les règles communes,
de se traiter les uns les autres avec respect.
Ce qui compte, c'est que tous les peuples reconnaissent
qu'il importe d'écouter, de faire des compromis, de prendre
en considération l'avis d'autrui.
Ce qui compte, c'est que tous aillent les uns vers les autres,
non pour s'affronter mais pour s'atteler ensemble à la
tâche : celle de bâtir ensemble un avenir commun.
Or, cela ne sera possible que si les peuples sont unis par
quelque chose de plus fort qu'un marché mondial, ou même
un ensemble de règles mondiales.
Il faut que chacun de nous partage la souffrance de tous ceux
qui souffrent, et la joie de tous ceux qui espèrent, où
que ce soit dans le monde.
Chacun de nous doit gagner la confiance de ses frères
et surs humains, indépendamment de leur race, de leur couleur
ou de leur religion, et apprendre à se fier à eux.
C'est en cela que croyaient les fondateurs des Nations unies.
C'est en cela que je crois. Et c'est en cela que l'immense majorité
des gens de ce monde veulent croire.
Et c'est ce qui a inspiré les réformes et les
idées nouvelles de l'Organisation ces 10 dernières
années, années mouvementées s'il en fut.
Du maintien à la consolidation de la paix, des droits de
l'homme au développement en passant par les secours humanitaires,
j'ai eu la chance de diriger le Secrétariat - ainsi que
son personnel, des hommes et des femmes extraordinaires et dévoués
- pendant une période où vos ambitions pour l'Organisation
ont parfois paru sans bornes, contrairement aux moyens que vous
mettiez à sa disposition.
Ces dernières semaines, surtout, en parcourant le Moyen-Orient,
j'ai à nouveau senti la légitimité des Nations
unies et la portée de leur action. Le rôle indispensable
qu'elle a joué dans le rétablissement de la paix
au Liban nous a rappelé à tous quel pouvoir pouvait
être le sien, quand tout le monde souhaite son succès.
C'est la dernière fois que j'ai l'honneur de présenter
mon rapport annuel à cette Assemblée. Permettez-moi,
pour conclure, de vous remercier de m'avoir permis d'occuper le
poste de Secrétaire général pendant cette
décennie remarquable.
Ensemble nous avons hissé d'énormes rocs en haut
de la montagne, même si quelques-uns nous ont échappé
et sont retombés. Avec ses vents vivifiants et sa vue panoramique
sur le monde, cette montagne est le meilleur endroit qui soit.
Oui, ce fut une période difficile et pleine d'embûches,
mais aussi une période faite de moments palpitants et enrichissants.
Lorsque je m'imagine, dans la prochaine étape de ma vie,
déchargé du poids qui pesait sur mes épaules,
je sais que la montagne va me manquer. Oui, je regretterai ce
qui est, au bout du compte, le poste le plus exaltant du monde.
Au moment de céder la place aux autres, je garde,
obstinément, espoir dans notre avenir commun.
Source : Nations unies, New York, septembre 2006.
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