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Textes de référence - 2006


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 L'APPEL 
> La diversité privée de représentation

DECLARATION DE PARIS
> sur la biodiversité [janvier 2005]
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BIODIVERSITE, JUILLET 2006 / UN APPEL EN FAVEUR DE LA CREATION D'UNE STRUCTURE MONDIALE
__La Terre est "au seuil d'une crise majeure", préviennent plusieurs spécialistes de la biodiversité, qui exhortent les scientifiques à parler d'une même voix pour orienter les politiques mondiales

La Terre est "au seuil d'une crise majeure". C'est en ces termes que dix-neuf scientifiques appartenant à treize pays lancent un appel à la communauté scientifique mondiale, en l'exhortant à parler d'une même voix pour orienter les politiques mondiales de la biodiversité.

Publiée le 20 juillet 2006 dans la revue britannique Nature, leur déclaration exige que soit "comblé de toute urgence le fossé entre les sciences de la biodiversité et les politiques". Car, soulignent les auteurs de cet appel, "la quasi-totalité des domaines concernés est en forte régression et de nombreuses populations ou espèces risquent de disparaître au cours du siècle. Malgré cette évidence, la biodiversité reste largement sous-évaluée et insuffisamment prise en compte par les politiques publiques comme par les entreprises".

Selon les signataires, l'érosion de la biodiversité est irréversible et représente une importante menace pour le développement durable et la qualité de vie des générations futures. La plupart des scientifiques pensent que le taux actuel de disparition d'espèces est plus élevé qu'il n'a jamais été dans les temps passés. Et de rappeler que près de 12% des espèces d'oiseaux, 23% des mammifères, 25% des conifères et 32% des amphibiens sont actuellement menacés de disparition. Sans compter que, soulignent les auteurs, "à lui seul, le climat pourrait augmenter de 15% à 37% les chiffres de l'extinction prématurée des espèces vivantes au cours des cinquante prochaines années".

En 2006, L'Union mondiale pour la nature (IUCN) recensait plus de 16'000 espèces menacées d'extinction. Un amphibien sur trois et un quart des espèces de conifères du monde, un oiseau sur huit et un mammifère sur quatre sont en péril. Pour beaucoup de scientifiques, les activités humaines sont en grande partie responsables de cette situation : chasse à outrance, destruction des écosystèmes, urbanisation, sont principalement en cause. Cependant, la prise de conscience du fait que la planète est en train de vivre sa sixième crise d'extinction des espèces vivantes - la cinquième a vu la fin des dinosaures - progresse.

"Nous nous trouvons aujourd'hui au seuil d'une crise majeure en termes de diversité biologique", écrivent les signataires qui estiment nécessaire de combler rapidement le fossé entre science et politique en mettant en place une commission internationale d'experts de la biodiversité, qui fonctionnerait sur le même principe que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) mis en place en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).

Parmi les signataires figurent notamment l'ancien directeur du Giec, Robert Watson, actuellement conseiller scientifique au département de l'environnement de la Banque mondiale, et des spécialistes de la biodiversité, notamment les Français Michel Loreau, de l'université McGill au Canada, et Robert Barbault, directeur du département d'écologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d'histoire naturelle.

L'idée d'une instance internationale sur la biodiversité a été évoquée par Jacques Chirac dans le cadre de la conférence internationale sur la biodiversité qui s'est tenue, en janvier 2005, à Paris à l'Unesco. "Ce qui est en cause, c'est la capacité de nos sociétés à intégrer dans les comportements et les choix individuels ou collectifs leurs conséquences écologiques et la responsabilité à l'égard des générations futures", avait alors lancé le président français.

Un comité international de pilotage pour la création d'un International Mechanism of Scientific Expertise on Biodiversity (Imoseb) a été mis en place et sa première réunion à Paris, en février 2005, a lancé une consultation de dix-huit mois nécessaire à sa création effective. "Il a existé des réticences à ce concept, mais les Etats-Unis, qui y étaient opposés au départ, se sont montrés, à Curitiba, ouverts au dialogue", explique Anne Larigauderie, directrice exécutive de l'antenne française du programme de recherches international sur la biodiversité Divertas.Up

Les opposants à cette idée estiment qu'une superposition des instances internationales ne réglera pas le problème, arguant du fait qu'il existe déjà une Convention sur la biodiversité (CDB). Adoptée à Rio en 1992 et ratifiée par 188 pays, celle-ci s'est toutefois révélée impuissante à stopper l'érosion de la biodiversité avant 2010, comme s'y étaient engagés, voici trois ans, ses signataires.

LE COMMUNIQUE DE LA REVUE "NATURE"

A la suite de l'appel lancé par la communauté scientifique mondiale, pour qui la Terre se trouverait au seuil d'une "crise majeure de la biodiversité", 19 chercheurs et spécialistes parmi les plus éminents du domaine demandent désormais la création d'un mécanisme de coordination planétaire, qui mobiliserait de toute urgence l'opinion publique internationale et fournirait aux dirigeants mondiaux une expertise scientifique unique et fiable, destinée à orienter leurs décisions.

Ces scientifiques en appellent également à l'ensemble de la communauté et des parties prenantes afin qu'elles soutiennent activement la consultation destinée à mettre en place ce mécanisme d'organisation et de coordination mondial de l'expertise sur la biodiversité.

Dans son édition du 20 juillet 2006, la revue britannique Nature publie une déclaration signée par les principaux experts de 13 pays - Afrique du Sud, Allemagne, Canada, Chili, Chine, Etats-Unis, France, Ghana, Inde, Mexique, Norvège, Pays-Bas et Royaume-Uni - par laquelle ils exigent purement et simplement que soit comblé de toute urgence le fossé entre les sciences de la biodiversité et les politiques, et soulignent la nécessité d'améliorer substantiellement l'organisation et la coordination de la communauté scientifique mondiale.

Les auteurs de la déclaration considèrent en outre que "la quasi-totalité des domaines concernés sont en forte régression et de nombreuses populations ou espèces risquent de disparaître au cours du siècle. Malgré cette évidence, la biodiversité reste largement sous évaluée et insuffisamment prise en compte par les politiques publiques comme par les entreprises. Il est nécessaire de combler de toute urgence le fossé entre sciences et politiques et de prendre des mesures adéquates".

Pour eux, ce rapprochement est désormais effectif dans le domaine des changements climatiques, où les décisions sont orientées par le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC), qui fait autorité en la matière et fédère les points de vue de la communauté scientifique.

Les parties prenantes à cette déclaration, dont Robert Watson, ancien Directeur du GIEC et conseiller scientifique au Département de l'environnement de la Banque mondiale, demandent ainsi que soit mis sur pied dans les plus brefs délais un mécanisme représentatif des sciences de la biodiversité, à l'instar du GIEC pour le climat.Up

Parmi les signataires figurent également deux anciens directeurs de l'Organe subsidiaire chargé de fournir des avis techniques et technologiques pour la Convention sur la diversité biologique (dont le siège se trouve à Montréal), Alfred Oteng-Yeboah pour le Ghana et Peter Schei pour la Norvège, mais aussi :

Mary Kalin Arroyo, Institute of Ecology and Biodiversity, University of Chile,
Didier Babin, Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD), France,
Robert Barbault, directeur du département d'Ecologie et Gestion de la biodiversité du Muséum d'histoire naturelle, France,
Michael Donoghue, Department of Ecology and Evolutionary Biology, Yale University, USA,
Madhav Gadgil, Centre for Ecological Sciences, Indian Institute of Science, India,
Christoph Häuser, Staatliches Museum für Naturkunde, Germany,
Carlo Heip, Centre for Estuarine and Marine Ecology, Netherlands Institute of Ecology
Anne Larigauderie, Directrice exécutive de DIVERSITAS, Paris, France,
Michel Loreau de l'Université McGill, Canada, président du comité scientifique de DIVERSITAS, programme international de recherche scientifique sur la biodiversité,
Keping Ma, Institute of Botany, Chinese Academy of Sciences, Beijing
Georgina Mace, UK Institute of Zoology,
H.A. Mooney, Department of Biological Sciences, Stanford University, USA,
Charles Perrings, Global Institute of Sustainability, Arizona State University, USA, Vice-Chair, DIVERSITAS,
Peter Raven, Missouri Botanical Garden, USA,
Jose Sarukhan, Instituto de Ecología, National University of Mexico, UNAM, Mexico,
Robert J. Scholes, Natural Resources and Environment, CSIR, South Africa.

Les scientifiques considèrent que la biodiversité est "plus complexe par nature que des préoccupations telles que l'appauvrissement de la couche d'ozone stratosphérique ou l'évolution du climat de la planète […]; elle englobe plusieurs niveaux d'organisation biologique (gène, espèce, écosystème) ; elle ne peut être évaluée par le biais d'indicateurs universels simples, par exemple la température et la concentration atmosphérique en gaz carbonique ; enfin, elle est plus locale par nature en termes de répartition et de gestion".

Pour les signataires de la déclaration, à l'image de la Convention sur la diversité biologique, les organisations existantes n'auraient pas les moyens structurels de mobiliser les compétences d'une communauté scientifique étendue couvrant un large éventail de disciplines.Up

"La communauté scientifique traitant de la biodiversité doit parvenir à s'organiser et à coordonner ses travaux d'une discipline à l'autre, parler d'une même voix aux pouvoirs publics et les conseiller efficacement sur les mesures à adopter pour stopper la disparition des espèces, déjà à l'uvre et potentiellement catastrophique : il en va de l'avenir de la planète", affirme Robert Watson.

"Le panel sur le changement climatique est un bon exemple du type de dispositif nécessaire. Elle remplit parfaitement son rôle de source d'information et d'orientation fiable pour l'opinion et les pouvoirs publics comme pour les décideurs, qui se déterminent ensuite en connaissance de cause".

Pour Michel Loreau, l'auteur principal du présent article, "nous avons besoin de diversité dans nos points de vue et nos approches, mais le succès de cet effort collectif nécessite également que nous exprimions une position commune à l'échelle du globe, pour identifier les préoccupations majeures et la meilleure réponse à y apporter".

"La diversité biologique offre des services écosystémiques tels que la régulation des maladies et du climat, la protection contre les tempêtes, et la fourniture d'habitats aux espèces utiles. Son érosion fait peser une forte contrainte économique sur la société. C'est pourquoi nous devons élaborer des orientations scientifiques claires pour éclairer les politiques", explique Charles Perrings, de l'Université d'Etat de l'Arizona, l'un des signataires de la déclaration.

Forte du soutien exprimé par le président français Jacques Chirac, la consultation internationale financée par la France (Processus consultatif vers un "Mécanisme international d'expertise scientifique sur la biodiversité", www.imoseb.net), devrait permettre de formuler une série de recommandations en l'espace de 18 mois. Elle précisera les besoins des décideurs en termes d'informations sur la biodiversité dans les divers secteurs concernés, notamment l'industrie, la pêche, les transports et la gestion des espaces naturels, afin de mettre sur pied un panel chargé de répondre à ces demandes.
Un forum en ligne a été ouvert pour recueillir les différents points de vue sur ce processus de consultation et son évaluation [Internet http://www.imoseb.net/fr ou mail: executive-secretariat@imoseb.net]

Les recommandations des parties prenantes de la déclaration précisent que ce mécanisme devrait remplir les obligations suivantes :

Etre officiellement relié aux pouvoirs publics et financé par leurs soins, afin de garantir que les informations fournies ne restent pas sans effet aux niveaux national et international;
Etre objectif, indépendant et rassembler les principaux scientifiques, dirigeants et ONG du monde entier;
Etre transparent et représentatif des diverses opinions, disciplines et zones géographiques concernées. Un processus rigoureux d'examen par les pairs doit être mis en place à cette fin;
Produire des informations claires et accessibles sur l'état et l'évolution de la diversité biologique, les transformations attendues dans ce domaine et les alternatives en matière de conservation de la biodiversité et d'atténuation de son érosion, afin de permettre aux décideurs d'orienter leur action en fonction d'objectifs clairement définis; et
Etablir des synergies avec les organismes existants.

Juillet 2006.
Up