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PARIS, FEVRIER 2006 / L'AIDE PUBLIQUE AU DEVELOPPEMENT
__Kofi Annan : sans une stratégie à long terme pour financer la lutte contre la pauvreté, les sources novatrices de financement ne permettront pas d'atteindre les Objectifs du millénaire
Soulignant les vertus des sources innovantes de financement
du développement, Kofi Annan a estimé, le
28 février 2006, à Paris, qu'elles devaient
compléter par leur flexibilité les sources traditionnelles,
dont les piliers restent l'affectation de 0,7% du PNB des pays
développés à l'aide au développement
et l'ouverture par tous les Etats du système d'échange
mondial.
"Soyons clairs, il serait trop optimiste de penser que les
sources innovantes de financement pourront à elles seules
générer assez de fonds pour réaliser les
Objectifs du Millénaire pour le développement
(OMD), et même si nous atteignons ces objectifs, il
resterait encore une grande misère humaine dans le monde",
a déclaré le secrétaire général
des Nations unies, à l'ouverture de la Conférence
ministérielle sur les sources innovantes de financement
qui se tenait dans la capitale française, à l'initiative
du président Jacques Chirac.
"C'est pourquoi, il reste essentiel que tous les pays
développés continuent de poursuivre l'objectif de
consacrer 0,7% de leur PNB à l'aide publique au développement
et que tous les pays continuent à s'efforcer de construire
un système d'échange mondial plus ouvert, plus équilibré
et équitable et plus transparent", a-t-il ajouté.
"Les sources innovantes de financement ne devraient pas
remplacer les formes d'aide traditionnelles", mais "générer
encore plus d'argent et le transférer de façon efficace",
a plaidé Kofi Annan. Ces initiatives, a-t-il cependant
reconnu, ont de nombreuses vertus. "Elles sont concrètes,
elles visent une population en mesure de les supporter, elles
peuvent être mises en place rapidement et elles sont flexibles
de sorte qu'avec le temps d'autres pays peuvent les adopter".
Le secrétaire général des Nations unies
a notamment salué l'Action contre la faim et
la pauvreté, lancée à l'initiative de
la France, du Brésil et du Chili. Il a aussi rendu hommage
au projet lancé par le président Chirac et le président
Lagos du Chili pour établir une contribution sur les
billets d'avion et un Groupe directeur sur le développement
de la solidarité pour le promouvoir.
Il a également salué les discussions lancées
par la France et le Brésil sur l'affectation de nouvelles
ressources à un Fonds international pour l'achat de
médicaments afin d'accroître la production et
la fourniture d'antirétroviraux aux personnes atteintes
du VIH/sida. "Six millions et demi de personnes ont besoin
d'antirétroviraux immédiatement, mais un million
seulement y ont accès", a-t-il précisé,
exhortant les Etats à s'associer à ce Fonds.
Kofi Annan a toutefois souhaité que ce Fonds reste complémentaire
aux mécanismes existants, notamment le Fonds mondial de
lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Il a enfin
rejeté l'idée que les fonds générés
par ces initiatives devraient donner aux Nations unies un "contrôle
sur les ressources nationales des Etats" ou qu'elles devraient
"conduire l'ONU à administrer de vastes sommes d'argent".
"Ce que nous voulons, c'est mobiliser les pays individuellement"
et accroître ainsi de manière significative l'assistance
au développement pour les pauvres dans le monde, a-t-il
conclu.
L'ALLOCUTION DE KOFI ANNAN
Allocution prononcée par le secrétaire général
des Nations unies, Kofi Annan, lors de l'ouverture, le
28 février 2006, à Paris, de la Conférence
ministérielle sur les sources innovantes de financement
du développement.
C'est un grand plaisir pour moi de participer à cette
Conférence, et je remercie le Président Chirac,
ainsi que ses collègues, de l'avoir organisée.
Le Président Chirac fait preuve de beaucoup de dynamisme
dans la recherche de sources novatrices de financement du développement
susceptibles de faciliter la réalisation des objectifs
du Millénaire pour le développement. Après
la Conférence de Monterrey il y a quatre ans, c'est
sous sa houlette qu'un groupe d'experts a réalisé,
pour compléter les recherches de l'Université des
Nations unies, une étude technique qui a eu beaucoup de
retentissement. Et il y a deux ans, il a contribué à
créer une dynamique politique soutenue en lançant
avec le Président brésilien, M. Lula, et le Président
chilien, M. Lagos, ainsi que d'autres dirigeants, une initiative
connue sous le nom d'Action contre la faim et la pauvreté.
Jusqu'il y a peu, les débats sur les moyens novateurs
de financer le développement étaient pour l'essentiel exploratoires. Ici, à Paris, nous passons au stade suivant : nous sommes réunis pour parler de la mise en uvre de propositions concrètes.
Soyons bien clair : ce serait pêcher par excès
d'optimisme que de croire que les sources de financement novatrices
permettront à elles seules de mobiliser suffisamment de
ressources pour que les objectifs du Millénaire puissent
être atteints. Et si même nous atteignons les objectifs
du Millénaire, nous n'aurons pas pour autant eu raison
de la misère; il nous faudra encore une stratégie
à long terme pour financer l'élimination totale
de la pauvreté. C'est précisément pourquoi
il demeure essentiel que tous les pays développés
portent les montants qu'ils consacrent à l'aide publique
au développement à 0,7 % de leur produit national
brut, suivant l'objectif fixé depuis longtemps, et
que tous les pays continuent de s'efforcer de rendre l'économie
mondiale et le régime commercial international plus ouverts,
plus équilibrés, plus justes et plus transparents.
Les sources de financement novatrices ne doivent pas être
considérées comme des substituts des formes traditionnelles
d'aide, mais comme des moyens de mobiliser davantage de ressources
et de les acheminer plus efficacement. Des possibilités
extrêmement prometteuses sont actuellement explorées.
Je trouve très encourageant le projet pilote annoncé
par le Chili et la France, qui permettra de mobiliser des ressources
moyennant une légère majoration du prix des billets
d'avion. Le Royaume-Uni se propose aussi de consacrer au développement les recettes dégagées par une taxe semblable déjà prélevée actuellement. Les initiatives de ce type ont beaucoup d'avantages : elles sont concrètes, elles vont chercher l'argent là où il se trouve, elles peuvent être mises en uvre rapidement et elles sont suffisamment souples pour que d'autres pays puissent s'y associer plus tard.
Le Brésil, la France et d'autres pays envisagent déjà
d'utiliser des fonds de sources nouvelles pour alimenter une facilité
internationale d'achat de médicaments qui permettrait d'accroître
la production d'antirétroviraux et d'en faciliter l'accès
aux personnes porteuses du VIH ou atteintes du sida. Cette facilité
pourrait aussi contribuer à stabiliser sur le long terme
le prix des médicaments, ainsi que l'offre et la demande,
à un moment où les pays développent leurs
services thérapeutiques pour que tous ceux qui en ont besoin
puissent en bénéficier. Sur les 6,5 millions de
personnes qui ont besoin immédiatement d'antirétroviraux,
seuls un million peuvent se les procurer. La situation des enfants
me touche tout particulièrement. En collaboration avec
l'OMS, ONUSIDA et d'autres partenaires, l'UNICEF travaille à
la mise au point d'un mécanisme d'achat de médicaments
et d'outils diagnostiques pédiatriques qui viendrait compléter
la facilité internationale.
J'exhorte les autres pays à s'associer à cette
facilité, dont j'espère que les modalités
seront arrêtées dès que possible, et de préférence
avant la fin mai, moment où l'Assemblée générale
des Nations Unies tiendra sa prochaine réunion de haut
niveau sur le VIH/sida. Je rappelle aussi qu'il importe de veiller
à ce que les initiatives visant à réunir
des fonds pour combattre le sida se complètent les unes
les autres sans faire double emploi avec les mécanismes
du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le
paludisme, de l'OMS et de la Banque mondiale qui ont déjà
fait leurs preuves.
J'exhorte aussi tous les pays à soutenir la Facilité
de financement internationale proposée par le Royaume-Uni,
qui a le mérite de prévoir un versement précoce
des fonds, ce qui permettrait de donner le coup de pouce financier
nécessaire à la réalisation des objectifs
du Millénaire d'ici à 2015. Je soutiens sans réserve
le projet pilote lancé en septembre dernier dans le domaine
de la vaccination et félicite sincèrement tous les
pays qui y participent pour leur hauteur de vue et leur détermination.
Je les engage à faire tout leur possible pour que ce projet
d'avenir aboutisse.
Le Président Chirac a également proposé
la création d'un groupe de promotion des taxes de solidarité
pour le développement, qui s'efforcerait de mobiliser un
appui accru en faveur des taxes sur les billets d'avion.
Je remercie le Gouvernement français d'avoir accepté
d'accueillir le secrétariat permanent de ce groupe et vous
encourage tous à continuer de coopérer étroitement
avec les organisations internationales et non gouvernementales
intéressées, dont bien sûr l'ONU, par l'intermédiaire
de son Département des affaires économiques et sociales
et de son Bureau pour le financement du développement.
En matière de financement du développement,
la créativité s'impose
Nous devons trouver des moyens de renforcer l'incidence sur
le développement des fonds que les travailleurs immigrés
renvoient chez eux dans les pays en développement.
Nous devons lutter plus efficacement contre la fraude fiscale,
qui prive les autorités nationales de précieuses
recettes.
Et en toute logique, nous devrions, si possible, trouver les
moyens de générer à partir des "maux
publics mondiaux", par exemple la sur-pêche, des ressources
susceptibles d'être consacrées aux biens publics
mondiaux, comme la possibilité de mettre aux enchères
des droits de pêche pour aider les populations pauvres.
Le financement du développement appelle aussi
un certain courage politique. Il ne faut pas que des idées
soient écartées uniquement parce qu'elles risquent
de susciter des controverses. Les besoins des êtres humains
doivent être notre premier souci. Mais il faut aussi que
notre but soit bien compris : il ne s'agit absolument pas de donner
aux Nations unies un droit de regard sur les ressources de ses
membres ou de lui confier la gestion d'immenses sommes d'argent.
Ce que nous voulons, c'est mobiliser les pays, individuellement
ou ensemble, pour qu'ils trouvent par eux-mêmes, de leur
propre initiative, des moyens d'augmenter considérablement
le volume de l'aide apportée aux populations pauvres du
monde.
Pour ma part, je continue à prôner des réformes
qui feront des Nations unies un instrument de développement
et de paix réellement efficace et comptable de ses
actes dans les domaines du développement et de la paix.
Dans deux jours, je proposerai une nouvelle série de réformes
de la gestion allant précisément dans ce sens.
Les idées lancées et examinées ici aujourd'hui
renferment un énorme potentiel. Je vous remercie une fois
de plus de votre attachement à l'Organisation des Nations
unies et à la cause d'un monde prospère et plus
équitable où personne ne connaîtra plus la
faim.
Source : Nations unies, New York, février 2006.
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