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TOKYO, MAI 2006 / LA PROLIFERATION DES ARMES NUCLEAIRES
__Kofi Annan appelle à renforcer le régime de non-prolifération nucléaire et à rétablir le pacte du TNP, qui repose sur le désarmement des pays qui ont l'arme atomique et le partage de l'énergie nucléaire pacifique
Abordant les crises en Corée du Nord et en Iran, Kofi Annan a appelé, le 18 mai 2006, à Tokyo à renforcer le régime de non-prolifération nucléaire et à rétablir le pacte du TNP, qui repose sur le désarmement des pays qui ont l'arme atomique et le partage de l'énergie nucléaire pacifique et sur la vérification de ceux qui affirment ne pas posséder d'armes nucléaires.
"Le Traité sur la non-prolifération des
armes nucléaires (TNP) fait face aujourd'hui à
une crise : crise dans sa mise en oeuvre, crise de confiance",
a déclaré le secrétaire général
des Nations unies, lors d'une allocution prononcée à
l'Université de Tokyo où il s'est vu décerner
un diplôme honoris causa.
"Le TNP est fondé sur un contrat entre les pays
qui possèdent l'arme atomique et le reste de la communauté
internationale. Les premiers promettent de progresser dans
le désarmement et de s'abstenir de menacer d'utiliser l'arme
atomique contre les pays qui ne l'ont pas, tout en facilitant
l'accès à l'énergie nucléaire. En
échange, le reste de la communauté internationale
s'engage à ne pas acquérir d'armes nucléaires
et à accepter les vérifications sur le terrain",
a rappelé Kofi Annan.
"Aujourd'hui ces deux piliers sont remis en cause",
a-t-il déploré, rappelant que des milliers d'armes
nucléaires sont encore en activité, prêtes
à être déclenchées à tout instant
et que la "doctrine politico-militaire" actuelle semble
prête à accepter le recours à des armes plus
puissantes lors de conflits.
Rendant hommage au Japon, le secrétaire général
des Nations unies a rappelé que "cette nation était
parvenue au succès tout en s'engageant à ne pas
fabriquer ni posséder d'armes nucléaires",
envoyant un message fort au monde entier. "Vous avez montré
qu'un Etat n'a pas besoin d'armes nucléaires pour être
"normal" et qu'il n'a pas besoin d'être armé
jusqu'aux dents pour avoir une influence". "Les sources
de la véritable grandeur sont ailleurs. J'ai peur néanmoins
que le monde soit en train de perdre de vue cette vérité
première", a-t-il ajouté.
Comme il l'a déjà fait à de nombreuses
reprises, il a déploré le fait que la communauté
internationale avait échoué à deux reprises,
l'année passée, de renforcer le régime de
non-prolifération du TNP : lors de la conférence
d'examen du TNP et lors du Sommet mondial des chefs d'Etat, en
septembre 2005.
"Tel un somnambule, la communauté internationale
paraît se diriger" vers un monde "où un
nombre croissant d'Etat se sent obligé d'acquérir
des armes nucléaires et dans lequel les acteurs non étatiques
peuvent acquérir les moyens de commettre des actes de terrorisme
nucléaire", a conclu Kofi Annan.
NUCLEAIRE, PENINSULE CORÉENNE, RÉFORME DU CONSEIL DE SÉCURITÉ ET GESTION DE L'ONU AU CUR DU DISCOURS DE KOFI ANNAN À L'UNIVERSITÉ DE TOKYO
Discours du secrétaire général des Nations
unies, Kofi Annan, a prononcé à l'Université
de Tokyo, le 18 mai 2006.
Je suis particulièrement heureux de me trouver au Japon
cette année, qui marque le cinquantenaire de l'entrée
de votre pays à l'Organisation des Nations unies. Le chemin
qu'il a parcouru au cours de cette période n'est rien moins
que prodigieux. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le
Japon était un pays vaincu, dévasté et occupé.
Il a su se métamorphoser en ce Japon qui fait aujourd'hui
envie à beaucoup d'autres pays de ce monde.
Au-delà du statut de puissance économique majeure
qu'il occupe sur la scène internationale, le Japon est
fermement attaché au multilatéralisme, à
la démocratie et au règlement pacifique des différends.
Il n'a cessé de soutenir l'Organisation dans les interventions
humanitaires et dans le maintien de la paix. Le nom de "Kyoto"
est maintenant associé au traité mondial de réduction
des émissions de carbone et de ralentissement du changement
climatique. Et le nom de "Hyogo" désigne dorénavant
le cadre mondial de réaction aux catastrophes naturelles,
entreprise à laquelle le Japon, riche de l'expérience
tirée de ses propres tragédies, a puissamment contribué.
Le Japon est devenu un des grands partenaires au développement
de l'Afrique. Votre Premier ministre revient de la visite qu'il
vient d'effectuer en Ethiopie et dans mon propre pays, le Ghana,
où, tout en dressant le bilan des difficultés considérables
que connaît l'Afrique - au nombre desquelles je ne citerai
que les conflits et l'épidémie de VIH/sida -, il
a pu constater combien les Africains ordinaires sont déterminés
à se prendre en charge. Je suis certain que son engagement
en faveur du processus de la Conférence de Tokyo pour le
développement de l'Afrique (TICAD) et l'annonce qu'il a
faite , [en 2005], que le Japon allait doubler l'aide publique
au développement de l'Afrique dans les trois prochaines
années aideront effectivement les Africains à améliorer
leur autosuffisance et à atteindre les Objectifs du Millénaire
pour le développement.
Mais l'engagement du Japon est à l'échelle
de notre monde. Au moment où je vous parle, des Japonais
sont au travail dans diverses régions de l'Afghanistan
pour aider ce pays à se relever. Ce qu'ils font non seulement
en Afghanistan mais aussi au Timor-Leste, et ailleurs dans le
monde, touche à de nombreux domaines, de l'aide humanitaire
à la réforme du secteur de la sécurité.
L'un de ces domaines mérite d'être spécialement
mentionné : c'est l'engagement du Japon en faveur
du contrôle des armements létaux. Cet engagement
a pris la forme, dans des situations de sortie de conflit, d'un
soutien constant et actif aux opérations de démobilisation,
de désarmement et de réinsertion sociale des anciens
combattants, mais aussi, dans d'autres domaines, la forme de l'orientation
stratégique ou celle du financement de formation, sans
oublier la coordination de l'activité diplomatique. Le
Japon est également partie à la Convention d'interdiction
des mines antipersonnel et a pris des mesures pour combattre le
trafic illicite d'armes légères et de petit calibre.
Il parraine chaque année une résolution de l'Assemblée
générale sur le désarmement qui est très
largement soutenue par la communauté internationale, et
il a joué un rôle pivot dans l'établissement
du Registre des armes classiques des Nations unies.
Il est facile de voir pourquoi cette dernière question
rencontre tant d'échos au Japon. Celui-ci en effet a fait
l'expérience singulière et terrible de l'usage des
armes les plus meurtrières. [En 2005], le monde entier
était à ses côtés lors du soixantième
anniversaire des tragédies d'Hiroshima et de Nagasaki.
Depuis 1945, l'aversion pour les armes nucléaires et autres
moyens de destruction massive fait partie intégrante de
l'identité japonaise.
La réussite remarquable de la nation japonaise, qui
pourtant s'impose elle-même la règle de ne fabriquer
ni posséder d'armes nucléaires, a été
pour le reste du monde un exemple éloquent. Vous avez
montré qu'un Etat n'a pas besoin d'armes nucléaires
pour être "normal". Il n'a pas non plus besoin
d'être armé jusqu'aux dents pour avoir de l'ascendant
sur d'autres peuples. Les sources de la grandeur véritable
sont à chercher ailleurs. 
Je crains cependant que le monde ne perde de vue cette vérité
essentielle. Il me semble que nous sommes à la croisée
des chemins, au point où s'offrent à nous deux
voies divergentes.
La première nous mène à un monde
où les armes nucléaires sont maîtrisées,
le mouvement de prolifération inversé grâce
à la confiance, au dialogue, aux accords négociés,
et à des garanties internationales assurant l'approvisionnement
en combustible civil, et où avancent le développement
et le bien-être économique.
La deuxième voie mène à un monde
où les Etats sont de plus en plus nombreux à se
croire obligés de se doter de l'arme nucléaire,
et où des acteurs non étatiques trouvent les moyens
du terrorisme nucléaire.
La communauté internationale semble avancer comme
une somnambule sur cette deuxième voie, non qu'elle
l'ait sciemment choisie mais parce que la paralysie des mécanismes
multilatéraux qui permettent de créer la confiance
et de résoudre les conflits, les erreurs de calcul et les
débats stériles l'y ont conduite.
[En 2005], les gouvernements ont eu deux fois l'occasion de
consolider les fondements du Traité sur la non-prolifération
nucléaire, d'abord au mois de mai, à la Conférence
de révision du Traité, puis en septembre, au Sommet
mondial. Ils auraient pu s'entendre sur un régime plus
strict des inspections de l'Agence internationale de l'énergie
atomique. Ils auraient pu mettre en place des incitations et des
garanties pour les pays qui renoncent à enrichir et retraiter
les matières fissiles. Ils auraient pu prendre en commun
des mesures énergiques pour atteindre les objectifs du
désarmement. Ils ne l'ont pas fait, ni à la Conférence,
ni au Sommet.
L'effet d'opinion a été désastreux.
N'oublions pas que le Traité, universellement accepté
à quelques exceptions près, ne fait que consacrer
une règle antiprolifération. Il a permis de faire
échec à la célèbre prédiction
du Président Kennedy, qui pensait qu'il y aurait aujourd'hui
au moins 25 pays dotés de l'arme nucléaire. Le succès
du Traité, le soutien qu'il reçoit sur toute la
planète et sa solidité passent trop souvent inaperçus.
Les pays qui, comme le Japon, en respectent de façon exemplaire
et la lettre et l'esprit n'en ont que plus de mérite.
Aujourd'hui pourtant, le régime qu'il met en place fait
face à une double crise : une crise d'exécution,
une crise de confiance.
Le Traité est un contrat dans lequel sont engagés
les Etats qui ont l'arme nucléaire et la communauté
internationale. Les premiers ont promis de procéder
au désarmement général, de s'abstenir de
menacer de l'arme nucléaire un Etat qui n'en aurait pas
lui-même et de faciliter en même temps l'accès
à l'énergie nucléaire des pays dans ce cas.
Les seconds, à l'inverse, se sont engagés à
n'acquérir ni fabriquer d'armes nucléaires et à
se plier aux inspections sur place.
Aujourd'hui, les deux piliers du Traité sont
remis en cause. Peut-être le désarmement a-t-il
fait quelques pas; toujours est-il que les armes nucléaires
se comptent aujourd'hui par milliers, dont plusieurs en alerte
rouge permanente. Et on s'oriente apparemment vers l'idée
d'un arsenal moins nombreux mais plus puissant et la pensée
politico-militaire du moment semble prendre pour acquis que cet
arsenal sera utilisé dans un conflit.
A ces difficultés anciennes s'en ajoutent de nouvelles,
la première étant la vulnérabilité
qu'a fait apparaître le tentaculaire trafic de technologies
et de savoir-faire nucléaires auxquels se sont adonnés
certains personnages, dont le chercheur A.Q. Khan et d'autres.
Mais le plus dangereux, peut-être, est de s'imaginer que
posséder l'arme nucléaire, ou quelque autre arme
de destruction massive, est la meilleure façon de se protéger
d'une attaque.
Tout cela menace l'intégrité et l'autorité
du Traité. Si nous voulons éviter une nucléarisation
en cascade, il faut lancer un puissant mouvement international
pour renforcer le régime de non-prolifération avant
qu'il soit trop tard.
Certains pays voient dans la prolifération un danger
grave, on les comprend. Certains soutiennent que les arsenaux
nucléaires en existence sont déjà un risque
pour eux. Pour d'autres, la généralisation des techniques
fondées sur le cycle nucléaire ouvre sur un risque
inacceptable de prolifération, à quoi d'autres encore
répliquent qu'il n'est pas question de restreindre l'accès
au nucléaire pacifique.
Les deux lignes de pensée se défendent. La seule
façon d'avancer est d'apaiser les craintes des deux écoles
à la fois.
Pour renforcer le dispositif de vérification et donner
confiance dans le régime, tous les pays devraient s'entendre
pour faire du Protocole additionnel de l'AIEA le critère
mondial du respect des obligations de non-prolifération
nucléaire.
Le régime ne pourra pas survivre si beaucoup de pays
arrivent à maîtriser la phase la plus délicate
du cycle du combustible et savent produire une arme nucléaire
dans des délais très courts. Si l'on veut que les
pays renoncent volontairement à s'équiper en nucléaire,
il faut leur garantir qu'ils auront accès à la technologie
du combustible nucléaire. Je dois à ce propos féliciter
l'AIEA de ce qu'elle fait pour trouver l'angle d'approche multilatéral
du problème du nucléaire civil.
Tous les pays devraient également être prêts
à imposer un moratoire sur les essais et à faire
entrer en vigueur le Traité sur l'interdiction complète
des essais nucléaires. Ils doivent immédiatement
négocier un traité plafonnant les matières
fissiles, et leurs dirigeants réfléchir sérieusement
à ce qu'ils pourraient faire encore pour réduire
le nombre et le rôle des armes nucléaires dans le
monde.
Il faut aussi faire davantage pour imposer la résolution
1540 du Conseil de sécurité, qui vise à rendre
la technologie nucléaire et les matières fissiles
plus difficiles à acquérir pour les terroristes.
Il faut harmoniser cet effort avec les travaux déjà
bien avancés du Groupe des fournisseurs nucléaires.
Et il faut aussi étendre les zones exemptes d'armes nucléaires
aux régions qu'elles ne couvrent pas encore.
Evidemment, en même temps que se mettent en place ces
mesures concrètes, il faut dégager une conception
commune des risques nucléaires les plus menaçants.
Nous devons dénouer le blocage entre ceux qui veulent qu'il
y ait désarmement avant qu'il y ait mesures de non-prolifération
et ceux qui veulent l'inverse. Ces dissensions ne mènent
nulle part, et c'est notre sécurité qui est en jeu.
Nous avons à nous colleter avec deux situations
qui restent un sujet de très vive préoccupation
au niveau international.
Le règlement de la situation de la péninsule
de Corée s'est trouvé à plusieurs reprises
au point mort. Pourtant, en septembre [2005], dans un accord
fondamental conclu après des négociations à
six, toutes les parties se sont mises d'accord sur les principes
d'une dénucléarisation vérifiable de la péninsule.
Ces principes concernent la sécurité et les questions
politiques et économiques, entre autres choses, et obligent
chacun des participants à prendre certains engagements.
Mais il y a plus important encore: la République démocratique
populaire de Corée s'est engagée à renoncer
à tout armement nucléaire et à tout programme
nucléaire en cours, à rejoindre les rangs des pays
parties au Traité et à permettre l'exercice des
garanties de l'AIEA. De leur côté, les Etats-Unis
ont déclaré qu'ils n'avaient pas d'arme nucléaire
sur la péninsule, ni l'intention d'attaquer ou d'envahir
la République démocratique populaire de Corée,
ni avec des armes nucléaires ni avec des armes classiques.
Les espérances qu'avait fait naître cet accord
rendent d'autant plus amère l'impasse où l'on se
trouve. La méfiance mutuelle, entre autres circonstances,
a empêché les participants de faire preuve de plus
de souplesse et de mettre immédiatement les principes en
application effective. Pourtant, on ne voit pas quelle autre solution
il pourrait y avoir que celle des pourparlers à six. La
communauté internationale doit tout entreprendre pour faire
avancer les négociations et résoudre pacifiquement
la situation. Je dois ici rendre hommage au Japon pour son
rôle actif dans un jeu diplomatique à la fois délicat
et complexe. J'espère aussi, dans un autre domaine, que
le Japon et la République démocratique populaire
de Corée règleront la question des personnes enlevées
et autres problèmes tout aussi douloureux.
La deuxième situation qui met en péril l'intégrité
et l'efficacité du régime de non-prolifération
est connue de tous. Il est extrêmement inquiétant
que l'AIEA n'ait pas encore été en mesure de vérifier
que le programme nucléaire de l'Iran n'a qu'une finalité
pacifique. Le Conseil des gouverneurs de l'AIEA et le Conseil
de sécurité lui-même ont demandé à
l'Iran de prêter un concours sans réserve à
l'Agence et de suspendre ses activités d'enrichissement.
Ce que l'Iran doit faire, c'est essentiellement permettre à
l'AIEA d'écarter le nuage de soupçons qui jette
une ombre sur ses activités nucléaires.
L'action diplomatique doit être deux fois plus énergique
si nous voulons convaincre les Iraniens qu'ils y ont eux-mêmes
intérêt. J'espère sincèrement que les
délibérations actuelles du Conseil de sécurité
relanceront la recherche d'une solution négociée.
Je suis également sensible à l'effort d'élargissement
du contenu du dialogue diplomatique, entrepris notamment par l'Union
européenne. Et je crois comprendre que l'offre qu'ont faite
les Russes d'enrichir l'uranium iranien sur leur territoire n'a
pas été retirée. L'Iran aurait vraiment tout
intérêt, pour lui-même et pour le reste du
monde, à ne pas manquer une occasion de ce genre. En fait,
le progrès passe nécessairement par la négociation
avec toutes les parties, face à face et autour de la
même table. Il faut également calmer le jeu et éviter
tout acte et toute déclaration qui pourrait envenimer la
situation. Sinon, nous verrons la tension s'aggraver dans le monde
dans un climat déjà volatil et ce problème
trouver une issue avec un retard que nous regretterons.
Nul ne veut vivre dans un monde à jamais instable, où les armes nucléaires seront devenues la monnaie d'échange des relations internationales. Il y a d'autres façons de procéder, elles sont à notre portée. Le Traité sur la non-prolifération s'est montré être un outil efficace, et il le restera. Il a été un succès et c'est de ce succès que nous devons partir. Je ne doute pas que le Japon sera fidèle aux principes qu'il applique depuis longtemps, qu'il nous aidera à réduire dans les esprits la valeur des armes nucléaires et à apaiser les tensions sous-jacentes qui mènent les Etats à vouloir s'en doter, qu'il sera le maître d'uvre d'un système international de sécurité collective en état de fonctionner.
Le Sommet mondial nous a laissé un ouvrage inachevé
: une voie à frayer jusqu'au désarmement et
à la non-prolifération. Il a également laissé
en chantier la réforme du Conseil de sécurité.
Il est largement admis que la configuration actuelle du Conseil
ne répond plus aux réalités géopolitiques.
Peu de gens critiquent l'idée que le Conseil doit être
plus représentatif, notamment du monde en développement,
et faire intervenir davantage dans ses décisions les pays
qui apportent les contributions les plus importantes, en termes
financiers, militaires et diplomatiques. Je répète
souvent que la réforme des Nations unies ne sera pas
complète tant qu'on n'aura pas réformé aussi
le Conseil de sécurité et je continue de pousser
les Etats membres à reconnaître qu'il y a là
un double problème, au point de vue de l'efficacité
et au point de vue de la légitimité.
Loin de moi l'idée que la réforme des Nations
unies s'arrêterait là. Ce serait une grave erreur
que d'y voir le seul indicateur de nos progrès. D'ailleurs,
depuis le Sommet, les mesures importantes se succèdent.
Les Etats membres ont créé un Conseil des
droits de l'homme, nouveau départ dans un domaine tout
à fait vital. Le Japon, qui vient d'y être élu,
peut aider à faire en sorte que cet organe tienne sa promesse.
La nouvelle Commission de consolidation de la paix nous
fournira un surcroît de moyens, ô combien indispensable,
pour résoudre les problèmes particuliers liés
aux sorties de conflit. Le Fonds central d'intervention a été
renforcé, de sorte que nos secours humanitaires pourront
être distribués plus vite et en abondance. Un fonds
pour la démocratie a été lancé.
Et j'ai présenté un certain nombre de recommandations
pour une stratégie mondiale de lutte contre le terrorisme
et, pour la première fois, les 191 Etats membres cherchent
à s'entendre sur la question.
Les Etats membres sont en voie de procéder à
une revue générale des mandats des organes délibérants
afin de vérifier que les travaux que nous menons correspondent
bien aux priorités actuelles des Etats membres et non à
celles d'un autre temps.
Un groupe de spécialistes réfléchit à
la manière de combiner les diverses fonctions qu'assument
les organismes des Nations unies dans le domaine de l'environnement,
du développement et des affaires humanitaires de manière
qu'elles se renforcent mutuellement. Je sais gré à
M. Keizo Takemi, membre de la Chambre des conseillers japonaise,
d'avoir bien voulu être membre de ce groupe. Il suit en
cela les pas d'éminentes personnalités japonaises
qui font don de leur temps pour défendre des causes aussi
chères aux Nations unies que l'accès à
de l'eau salubre et la lutte contre le VIH/sida, notamment
les anciens Premiers ministres Hashimoto et Mori. Bien sûr,
je pense aussi à de hauts responsables du système
des Nations unies, comme Yasushi Akashi, qui a tant fait pour
les activités de rétablissement de maintien de la
paix, et Sadako Ogata, qui a défini la norme de référence
mondiale pour ce qui est d'améliorer les conditions de
vie des réfugiés et de faire avance le monde sur
le plan de la sécurité humaine.
Enfin, nous consacrons plus d'énergie que jamais à
améliorer la gestion des Nations unies.
L'heure est décisive pour la communauté internationale
et pour l'Organisation des Nations unies. Jamais le genre
humain n'a eu à affronter de tels problèmes d'ampleur
mondiale : la misère, l'inégalité, le changement
climatique, la grippe aviaire, le sida, sans parler du terrorisme,
du génocide et de l'ignoble traite des êtres humains
et de leurs dépouilles. Nous devons nous rassembler et
trouver ensemble des solutions mondiales.
Le Japon a tout intérêt à ce que les Nations
unies soient fortes et efficaces, et je crois bien que la grande
majorité des Japonais s'en rendent compte. Mais je crois
aussi que l'une des difficultés que nous prépare
l'avenir consistera à atteindre les plus jeunes générations
de Japonais. La puissance de votre conviction et de votre idéalisme
est sans limite et vous voulez que l'ONU soit plus qu'un simple
symbole, vous voulez qu'elle soit vivante, remuante, capable de
changer la vie quotidienne des populations du monde entier.
C'est exactement ce que nous cherchons à faire. Avec
les fils que nous fournissent les pays, nous essayons de tisser
la grande tapisserie de la communauté internationale. Nous
avons besoin que le Japon et les Japonais participent de toute
leur volonté à cet ouvrage ambitieux. Je sais que
je peux compter sur vous et j'attends avec espoir les résultats
que vous saurez obtenir.
Source : Nations unies, New York, mai 2006.
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