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NATIONS UNIES, NEW YORK, DECEMBRE 2006 / JOURNEE INTERNATIONALE DES DROITS DE L'HOMME
__Droits de l'homme : les Nations unies n'ont pas toujours été à la hauteur de leurs responsabilités, affirme Kofi Annan
Si "l'engagement et la responsabilité assumés
par les Nations unies dans la promotion du respect des droits
de l'homme dans le monde entier" sont connus, "hélas,
bien souvent les Nations n'ont pas été à
la hauteur de leurs responsabilités", a déclaré,
le 8 décembre 2006, à New York, Kofi Annan,
appelant une nouvelle fois à agir au Darfour "avant
qu'il y ait effectivement un génocide".
En dix ans, "je ne sais pas jusqu'à quel point nous
avons su faire coïncider la réalité des Nations
unies avec ma conception des droits de l'homme, troisième
pilier de l'Organisation, au même titre que le développement
ou la paix et la sécurité", a souligné
le secrétaire général des Nations unies à
l'occasion d'une réunion consacrée à la Journée
internationale des droits de l'homme au Time-Warner Center,
à New York. La Journée est célébrée
le 10 décembre dans le monde.
Estimant que "les premiers actes du Conseil des droits
de l'homme, pour lequel nous avons tous si ardemment lutté,
ne soient guère encourageants", Kofi Annan
a estimé en premier lieu qu'il faudrait "donner un
sens véritable à la notion de "responsabilité
de protéger'.
Consacrée dans le document final du Sommet
mondial des chefs d'Etat de septembre 2005, elle signifie
essentiellement que le respect de la souveraineté nationale
ne peut plus servir d'excuse à l'inaction face au génocide,
aux crimes de guerre, au nettoyage ethnique et à d'autres
crimes contre l'humanité, a dit Kofi Annan.
"Un an plus tard, pourtant, il semble, à en juger
par ce qui se passe au Darfour, que nous n'ayons pas beaucoup
progressé depuis les désastres de la Bosnie et du
Rwanda. Soixante ans après la libération des camps
de la mort nazis et 30 ans après les massacres au Cambodge,
la promesse "plus jamais" sonne bien creux", a-t-il
déploré.
"La tragédie du Darfour sévit depuis
plus de trois ans maintenant et des récits de centaines
de villages détruits et de traitement brutal de civils,
jusque dans les pays voisins, ne cessent de nous arriver. Comment
une communauté internationale qui prétend faire
respecter les droits de l'homme peut-elle tolérer que ces
horreurs continuent ?", a lancé le secrétaire
général des Nations unies.
Réitérant ses appels lancés ces dernières
années, Kofi Annan a par ailleurs plaidé pour que
soit mis fin à l'impunité.
Nous avons fait des progrès en tenant certains pour
responsables des crimes les plus graves de l'humanité.
La création de la Cour pénale internationale, les
travaux des tribunaux des Nations unies pour la Yougoslavie et
le Rwanda, les tribunaux mixtes en Sierra Leone et au Cambodge
et les diverses commissions d'experts et d'enquêtes proclament
la volonté de la communauté internationale de ne
plus laisser de tels crimes impunis.
Mais "Mladic et Karadzic et les chefs de l'Armée
de résistance du Seigneur [en Ouganda]- pour n'en nommer
que quelques-uns - sont encore en liberté". Si ces
individus inculpés de crimes de guerre ne sont pas traduits
en justice, rien ne dissuadera ceux qui voudront les imiter.
"D'aucuns disent qu'il faut parfois sacrifier la justice
dans l'intérêt de la paix ». « J'en doute".
En Sierra Leone et dans les Balkans, "elle contribue souvent
à une paix durable en enlevant toute légitimité
aux individus qui représentent la menace la plus grave
et en les poussant dans la clandestinité".
C'est la raison pour laquelle il ne doit jamais y avoir d'amnistie
pour le génocide, les crimes contre l'humanité et
les violations massives des droits de l'homme, ce qui ne ferait
qu'encourager les auteurs des massacres d'aujourd'hui - et les
auteurs potentiels des massacres de demain - à poursuivre
leur oeuvre vicieuse.
Nous avons besoin d'une stratégie antiterroriste
dans laquelle les droits de l'homme n'inspirent pas seulement
un attachement de pure forme mais sont véritablement le
fondement de l'action, a encore souligné Kofi Annan, ajoutant
:
Nous devons lutter contre le terrorisme en conformité
avec le droit international, avec ses dispositions qui interdisent
la torture et les traitements inhumains et avec celles qui donnent
à toute personne détenue contre son gré le
droit à une procédure régulière et
au jugement d'un tribunal, a-t-il rappelé.
"Si nous adoptons pour politique de faire des exceptions à ces règles et d'excuser des violations, aussi limitées fussent-elles, nous nous engageons sur une pente glissante. C'est en haut qu'il faut placer la barre et non à mi-chemin et c'est en haut qu'il faut la défendre", a conclu Kofi Annan.
RESPONSABILITE DE PROTEGER, FIN DE L'IMPUNITE, STRATEGIE ANTITERRORISTE, AU RANG DES PRIORITES DE KOFI ANNAN
Allocution du secrétaire généraldes Nations
unbies, Kofi Annan, à l'occasion de la Journée
internationale des droits de l'homme, le 8 décembre
2006.
Je vous remercie d'être venus. En cette dernière
Journée internationale des droits de l'homme de
mon mandat, la compagnie ne saurait être plus choisie que
cette assemblée de personnalités éminentes
dans le domaine des droits de l'homme venues du monde entier.
Ce n'est pas à vous que j'ai besoin d'expliquer l'engagement
et la responsabilité assumés par les Nations unies
dans la promotion du respect des droits de l'homme dans le
monde entier. Je n'ai pas besoin non plus, hélas, de
vous dire que, bien souvent les Nations unies n'ont pas été
à la hauteur de leurs responsabilités. Je sais qu'il
y a dix ans, beaucoup d'entre vous étaient sur le point
de renoncer à tout espoir qu'une organisation regroupant
des gouvernements, souvent eux-mêmes coupables de violations
flagrantes des droits de l'homme, puisse un jour défendre
efficacement les droits de l'homme.
Une de mes tâches prioritaires en tant que secrétaire
général [des Nations unies] a été de tenter de faire renaître cet espoir, en plaçant les droits de l'homme au cur de l'action des Nations unies.
Je ne sais pas jusqu'à quel point nous avons su faire coïncider
la réalité des Nations unies avec ma conception
des droits de l'homme, troisième pilier de l'Organisation,
au même titre que le développement ou la paix et
la sécurité.
Développement, sécurité et droits de
l'homme vont de pair; il faut avancer dans ces trois domaines
ou pas du tout. En vérité, quiconque prétend
défendre les droits de l'homme sans rien faire pour la
sécurité et le développement - notamment
pour lutter contre le fléau de l'extrême pauvreté
- perd toute crédibilité et nuit à la cause
qu'il prétend défendre. La pauvreté demeure
à la fois la source et la conséquence de violations
des droits de l'humanité. C'est pourquoi, si nous voulons
vraiment éliminer la misère, il nous faut aussi
lutter pour faire respecter la dignité humaine, et inversement.
Êtes-vous plus certains aujourd'hui qu'il y a dix ans
qu'une organisation intergouvernementale peut réellement
s'acquitter de cette tâche ? Je crains fort qu'il faille
répondre non et que les premiers actes du Conseil des droits
de l'homme, pour lequel nous avons tous si ardemment lutté,
ne soient guère encourageants. Je propose donc que nous essayions [
] d'analyser tous ensemble ce qu'il faudra faire en fait.
En PREMIER LIEU, nous devons donner un sens véritable
à la notion de "responsabilité de protéger".
[En septembre 2005], vous vous en souvenez, le Sommet mondial
a officiellement souscrit à cette notion capitale - qui
signifie essentiellement que le respect de la souveraineté
nationale ne peut plus servir d'excuse à l'inaction face
au génocide, aux crimes de guerre, au nettoyage ethnique
et à d'autres crimes contre l'humanité. Un an
plus tard, pourtant, il semble, à en juger par ce qui se
passe au Darfour, que nous n'ayons pas beaucoup progressé
depuis les désastres de la Bosnie et du Rwanda.
Soixante ans après la libération des camps de la
mort nazis et 30 ans après les massacres au Cambodge, la
promesse "plus jamais" sonne bien creux.
La tragédie du Darfour sévit depuis plus
de trois ans maintenant et des récits de centaines de villages
détruits et de traitement brutal de civils, jusque dans
les pays voisins, ne cessent de nous arriver. Comment une communauté
internationale qui prétend faire respecter les droits de
l'homme peut-elle tolérer que ces horreurs continuent ?
Il y a amplement de quoi blâmer les uns et les autres
: ceux qui donnent plus de valeur à la notion abstraite
de souveraineté qu'aux vies de familles réelles,
ceux qu'un réflexe de solidarité place aux côtés
des gouvernements et non des gens, et ceux qui craignent que
toute intervention pour mettre fin au massacre ne mette en danger
leurs intérêts commerciaux.
A la vérité, aucun de ces arguments ne saurait
excuser, moins encore justifier, la passivité honteuse
de la plupart des gouvernements. Nous n'avons pas encore trouvé
en nous le sentiment collectif d'urgence qui nous pousserait à
agir.
Certains gouvernements ont tenté d'obtenir l'appui du
monde du Sud avec une caricature de la responsabilité de
protéger, qu'ils présentent comme une conspiration
des puissances impérialistes pour reprendre la souveraineté
nationale, si durement acquise par les anciennes colonies. C'est
absolument faux.
Nous devons faire mieux. Nous devons exiger la responsabilité
de protéger en norme internationale puissante, qui
ne sera pas seulement citée, mais mise en pratique partout
et chaque fois qu'il le faut.
Avant tout, il ne faut pas attendre pour agir qu'il y ait effectivement un génocide: il est alors souvent trop tard pour intervenir efficacement. Il y a deux ans, j'ai annoncé un plan d'action pour la prévention du génocide et j'ai nommé un conseiller spécial pour m'aider à le mettre en uvre. Ce qu'il fait est extrêmement précieux, mais beaucoup reste à faire. J'espère que mon successeur reprendra le flambeau et que les Etats membres le soutiendront.
En DEUXIEME LIEU, nous devons mettre fin à
l'impunité.
Nous avons fait des progrès en tenant certains pour
responsables des crimes les plus graves de l'humanité.
La création de la Cour pénale internationale,
les travaux des tribunaux des Nations unies pour la Yougoslavie
et le Rwanda, les tribunaux mixtes en Sierra Leone et au
Cambodge et les diverses commissions d'experts et d'enquêtes
proclament la volonté de la communauté internationale
de ne plus laisser de tels crimes impunis.
Et pourtant c'est encore ce qui se passe. Mladic et Karadzic
[en Serbie] et les chefs de l'Armée de résistance
du Seigneur [en Ouganda] - pour n'en nommer que quelques-uns
- sont encore en liberté. Si ces individus inculpés
de crimes de guerre ne sont pas traduits en justice, rien ne dissuadera
ceux qui voudront les imiter.
D'aucuns disent qu'il faut parfois sacrifier la justice dans
l'intérêt de la paix. J'en doute. Nous avons vu en
Sierra Leone et dans les Balkans que la justice est au contraire
une composante essentielle de la paix. De fait, elle contribue souvent à une paix durable en enlevant toute légitimité aux individus qui représentent la menace la plus grave et en les poussant dans la clandestinité. C'est la raison pour laquelle il ne doit jamais y avoir d'amnistie pour le génocide, les crimes contre l'humanité et les violations massives des droits de l'homme, ce qui ne ferait qu'encourager les auteurs des massacres d'aujourd'hui - et les auteurs potentiels des massacres de demain - à poursuivre leur uvre vicieuse.
En TROISIEME LIEU, nous avons besoin d'une stratégie
antiterroriste dans laquelle les droits de l'homme n'inspirent
pas seulement un attachement de pure forme, mais sont véritablement
le fondement de l'action.
Tous les Etats ont convenu l'an dernier que "le terrorisme,
sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, constitue
l'une des menaces les plus sérieuses contre la paix et
la sécurité". Ils avaient raison. Le terrorisme
est en soi une atteinte aux droits de l'homme les plus fondamentaux,
en commençant par le droit à la vie.
Or, ils ne peuvent s'acquitter de cette obligation en violant
eux-mêmes les droits de l'homme, ce qui revient à
renoncer à leur autorité morale et à faire
le jeu des terroristes. C'est pourquoi les prisons secrètes
n'ont pas de place dans notre lutte contre le terrorisme et
que tous les lieux de détention des individus suspectés
de terrorisme doivent être accessibles au Comité
international de la Croix-Rouge. S'ils ne se montrent pas à
la hauteur de leurs principes, les grands défenseurs des
droits de l'homme amoindrissent l'influence qu'ils peuvent exercer.
Nous devons lutter contre le terrorisme en conformité
avec le droit international, avec ses dispositions qui interdisent
la torture et les traitements inhumains et avec celles qui donnent
à toute personne détenue contre son gré le
droit à une procédure régulière et
au jugement d'un tribunal. Si nous adoptons pour politique de
faire des exceptions à ces règles et d'excuser des
violations, aussi limitées fussent-elles, nous nous engageons
sur une pente glissante. C'est en haut qu'il faut placer la barre
et non à mi-chemin et c'est en haut qu'il faut la défendre.
En QUATRIEME LIEU, ne nous contentons pas de grandes
déclarations de principes. Nous devons nous employer à
faire des droits de l'homme une réalité dans
chaque pays.
Bien sûr, protéger et promouvoir les droits
de l'homme relève avant tout de la responsabilité
nationale. Chaque Etat membre de l'Organisation peut puiser
dans sa propre histoire pour définir sa manière
de respecter les droits universels. Beaucoup d'Etats pourtant
ont besoin d'aide dans ce domaine et le système des Nations
unies a un rôle vital à jouer.
Au cours des dix dernières années, les Nations
unies ont rapidement étendu ses capacités de maintien
de la paix, de développement et d'assistance humanitaire,
mais notre capacité de protéger et de promouvoir
les droits de l'homme doit rattraper son retard.
Les dirigeants mondiaux l'ont reconnu au Sommet de [septembre
2005]. Ils ont décidé de doubler le budget du Haut
Commissariat aux droits de l'homme sur les cinq années
à venir, grâce à quoi il se développe
rapidement, ce qui aide les États à renforcer leurs
capacités, leur apportant une assistance technique le cas
échéant et portant les situations d'urgence à
l'attention de la communauté internationale. Dans certains
pays, en Colombie et au Népal par exemple, ses missions
de surveillance contribuent pour beaucoup à la solution
des conflits.
Néanmoins, le Haut Commissariat est encore loin d'avoir
la capacité d'apporter l'assistance nécessaire.
J'espère que la qualité de son travail convaincra
les Etats membres d'autoriser de nouveaux accroissements de son
budget dans les années à venir.
En attendant, il nous faut réaliser la promesse du
Conseil des droits de l'homme qui, pour l'instant, est encore
loin de répondre aux attentes de beaucoup d'entre nous.
Il est encourageant bien sûr que le Conseil ait maintenant
décidé de tenir [en décembre] une session
extraordinaire sur le Darfour. Envers et contre tout, j'espère
qu'il trouvera un moyen efficace de régler ces questions
brûlantes.
Je suis préoccupé néanmoins par l'importance
disproportionnée qu'il accorde aux violations perpétrées
par Israël. Non qu'il faille donner carte blanche à
Israël. Loin de là. Mais le Conseil devrait accorder
la même attention aux violations graves perpétrées
par d'autres Etats.
Je m'inquiète aussi du fait que certains membres
du Conseil tentent d'affaiblir ou abolir le dispositif des procédures
spéciales, un mécanisme d'enquête indépendante
sur des catégories de violations spécifiques ou
sur la situation de pays précis.
Les procédures spéciales sont le joyau du
système. Dans le droit fil de l'action de la Haut-Commissaire
et de son équipe, elles fournissent les analyses et les
appréciations indépendantes indispensables pour
protéger efficacement les droits de l'homme. Elles ne doivent
pas être politisées ou soumises au contrôle
des gouvernements.
Face aux violations commises partout dans le monde, le mandat
du Conseil devrait au contraire être élargi.
Autrement dit, l'examen périodique de la situation des
droits de l'homme dans tous les pays, auquel le Conseil va
s'atteler [en 2007], doit aller au-delà de ce que font
déjà les organes conventionnels.
Bien entendu, cet examen universel ne dispensera pas de
se pencher sur la situation de pays précis. De nombreux
pays continueront d'avoir besoin d'une assistance technique, de
mécanismes de suivi internes ou des deux, et certains mériteront
d'être condamnés. Les atteintes aux droits de
l'homme ne sont pas des abstractions sur papier. Elles sont
commises par des gens réels, contre des victimes réelles,
dans des pays précis.
Le monde a besoin d'un organe intergouvernemental qui s'occupe
des droits de l'homme. Et il a besoin d'un organe intergouvernemental qui fonctionne. Mais il faut pour cela que chacun y mette du sien. Tous les Etats qui épousent véritablement la cause des droits de l'homme, partout dans le monde, doivent uvrer ensemble pour transcender la défense d'intérêts étroits et faire en sorte que le Conseil des droits de l'homme soit à la hauteur de ses promesses. Nous tenons là une occasion historique - et l'Histoire sera sans indulgence si nous la laissons passer.
En vérité, nous ne pouvons nous contenter
d'avoir les bons principes et de dire ce qui devrait être
fait. Nous devons aussi nous demander qui va agir. Qui va
pouvoir nous aider ? Qui va exiger que les principes soient traduits
en actes ?
Premièrement, je compte sur l'Afrique, qui doit
montrer l'exemple.
Les nombreux conflits qui déchirent le continent africain
s'accompagnent invariablement de violations massives des droits
de l'homme. Si l'Afrique ne se rallie pas au principe de l'inviolabilité
des droits de l'homme, sa lutte pour la sécurité
et le développement est vouée à l'échec.
Comme je l'ai dit quand je me suis adressé pour la première
fois aux chefs d'Etat africains à Harare en 1997, considérer le respect des droits de l'homme comme un diktat du monde industrialisé ou comme un luxe de pays riches pour lequel l'Afrique n'est pas prête, c'est fouler aux pieds l'aspiration à la dignité qui gît dans le cur de chaque Africain. Les droits de
l'homme sont également par définition les droits
des Africains. La première priorité de tout gouvernement
africain devrait être de garantir l'exercice effectif de
ces droits pour tous.
Des héros sud-africains comme Nelson Mandela
et Desmond Tutu ont ouvert la voie. L'Union africaine a été l'une des premières organisations internationales à proclamer la responsabilité de protéger en inscrivant dans son Acte constitutif "le droit de l'Union d'intervenir dans un Etat membre [
] dans certaines circonstances graves, à savoir les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre l'humanité". Elle a également essayé avec plus d'énergie que quiconque d'appliquer ce principe au Darfour et d'amener l'ex-dictateur tchadien Hissène Habré devant les tribunaux.
Ces progrès sont encourageants, mais il faut aller beaucoup
plus loin. En fait, de nombreux pays africains demeurent rétifs
au principe de la responsabilité de protéger.
Beaucoup, même parmi les plus démocratiques, rechignent
encore à jouer leur rôle au sein du Conseil des droits
de l'homme en dénonçant toutes les violations, d'où
qu'elles viennent. Ils peuvent, et doivent, en faire davantage.
Deuxièmement, je compte sur le pouvoir croissant
des femmes - ce qui signifie que nous devons accorder la priorité
aux droits des femmes.
Les droits égaux des hommes et des femmes, promis
dans la Charte des Nations unies il y 61 ans, sont encore loin
d'être une réalité. Les Nations unies
peuvent et doivent être plus présente aux côtés
des femmes dans leur combat pour l'égalité, et elle
devra pour ce faire renforcer son architecture dans le sens de
la parité hommes-femmes. J'encourage vivement les Etats
membres à faire de cette question une vraie priorité.
Et troisièmement, je compte sur la société
civile - c'est-à-dire sur vous !
Nous avons besoin de militants dévoués et
de défenseurs des droits de l'homme énergiques capables
d'interpeller les gouvernements. Les pays doivent être
jugés à l'aune de leurs engagements et répondre
de leurs actes devant leurs citoyens et les autres membres de
la communauté internationale. Mais, Dieu merci, les ONG
de défense des droits de l'homme se sont multipliées
dans les 10 dernières années. Elles sont maintenant
quelque 26'000 dans le monde, avec des domaines d'intérêt
qui vont de la traite à la torture, en passant par le VIH/sida
et les droits des enfants et des migrants.
Cette communauté est pour les Nations unies et ses Etats
membres un partenaire essentiel dans son combat pour les droits
de l'homme. Sans les renseignements que vous collectez, les
organes conventionnels seraient impuissants. Sans vos coups de
projecteur, les violations resteraient ignorées. En contrepartie, nous devons tout mettre en uvre pour vous protéger contre le harcèlement, l'intimidation et les représailles, afin que vous puissiez poursuivre votre indispensable travail.
Chers amis,
Tout au long de mon mandat, j'ai surtout voulu faire des Nations
unies une organisation qui sert les gens, qui les traite comme
des gens - c'est-à-dire comme des êtres humains et
non comme des abstractions ou de simples éléments
des Etats.
Je sais bien sûr que l'être humain n'existe
pas dans le vide. L'homme est un animal politique et social.
Chaque homme, chaque femme se définit en termes d'appartenance
à un groupe. C'est pourquoi les droits de l'homme doivent
toujours inclure le droit pour chacun d'exprimer son identité
collective, un droit particulièrement important pour les
minorités.
Reste qu'aucune identité ne peut se résumer
à l'appartenance à un groupe spécifique,
qu'il soit ethnique, national, religieux ou autre. Chaque individu
est le produit d'une combinaison unique de caractéristiques
qui constituent sa personnalité. Et c'est cet individu
dont les droits doivent être préservés et
protégés.
Veiller à ce qu'il en soit ainsi est au cur même de la mission des Nations unies. De toutes nos tâches, c'est celle qu'il est le plus risqué de laisser aux mains des gouvernements ou d'une organisation purement intergouvernementale. Là plus que partout ailleurs, les Nations unies ont besoin d'esprits libres comme les vôtres pour saisir le flambeau et demander des comptes aux dirigeants mondiaux et aux Nations unies.
C'est pourquoi, chers amis, lorsque je dis que l'avenir du
combat des Nations unies en faveur des droits de l'homme est entre
vos mains, ce n'est pas une simple façon de parler.
Source : Nations unies, New York, décembre 2006.
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