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Textes de référence - 2007


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Le Pacte écologique
[ 3.3 Mo]


FRANCE, MARS-AVRIL 2007 | L’ELECTION PRESIDENTIELLE
__Ecologie : le compte n'y est pas
par Nicolas Hulot

En signant le Pacte écologique, François Bayrou, Marie-George Buffet, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et Dominique Voynet se sont engagés à mettre en oeuvre des politiques qui répondent à l'urgence des défis climatique et écologique. Leur parole les oblige.

Leurs propositions sont accessibles sur le site du Pacte écologique. Notre objectif n'est pas de mettre en scène une quelconque distribution de médailles entre les candidat(e)s. "Passeurs" de la conscience écologique, notre analyse indépendante a pour seule vocation de permettre au citoyen d'en tirer les conséquences politiques.

Les engagements pris ne sont pas négligeables. Ainsi, quel que soit le président de la République, le futur gouvernement disposera d'un vice-premier ministre ou d'un numéro 2 chargé du développement durable. Ce n'est pas rien. Demain, les immenses questions interdépendantes du climat, de l'énergie, de l'eau, des transports, de l'urbanisation, de la fiscalité, de l'emploi, de l'agriculture, de la production industrielle, du logement, de la santé, de la biodiversité, de la recherche, de la solidarité pourraient commencer à s'envisager de manière cohérente et transversale. C'est donc un nouveau régulateur, la durabilité, qui pourra éclairer la vision de l'avenir, ceci au plus haut niveau de l'architecture gouvernementale. A condition, et nous y veillerons, que le périmètre des attributions de ce ministère corresponde à sa fonction.

Mais, les candidats n'ont-ils pas confondu une révolution copernicienne avec une simple formalité ? Les engagements sur des mesures précises sont une (bonne) chose. Ils ne constituent pas pour autant le changement de cap auquel nos sociétés sont conviées ? L'impératif écologique est-il perçu à son juste niveau - c'est-à-dire déterminant - pour que les programmes des uns et des autres en soient imprégnés dans leurs déclinaisons économiques, sociales et culturelles ?

A cette étape de la campagne présidentielle, il est permis d'en douter. La "priorité" écologique, évoquée lors de la signature du Pacte, semble désormais rangée au rayon des accessoires ou, du moins, jamais envisagée comme le préalable indispensable, hors duquel aucun projet de société ne tiendra la route du futur. Que nous proposent les favoris des sondages ? Nicolas Sarkozy exprime six priorités. Aucune n'a trait ou n'est reliée à la question majeure dont il se dit par ailleurs convaincu. François Bayrou veut convoquer une session extraordinaire du Parlement dès l'été pour légiférer en urgence dans quatre directions. Aucune ne prend le chemin dont il se fait pourtant le chantre. Ségolène Royal propose cent mesures. Il faut aller chercher entre ses 60 et 68e propositions pour trouver une traduction de "l'excellence environnementale" qu'elle veut incarner.

Ce relevé des priorités n'est pas anecdotique. Il indique la tendance. A l'exception de Dominique Voynet - mais elle a peu de chance d'être élue présidente de la République -, les candidats n'éprouvent pas le besoin d'envoyer un message fort à la société, sous forme par exemple de mesure phare, ni de réfléchir à une autre logique. N'est-ce pas le révélateur d'une inconsistance ou d'une incohérence regrettable ? La gravité de la crise écologique n'a pas percuté le logiciel des principaux candidats. La seule question qui vaille pour eux est de savoir comment on peut stimuler et distribuer les fruits d'une croissance matérielle considérée comme acquise.

Ils préfèrent laisser croire que tout peut continuer comme avant et que les possibilités de production et de redistribution de la richesse ne seront pas plus conditionnées par l'état de la planète demain qu'elles ne l'étaient hier. Au final, en dépit de quelques réformes environnementales ponctuelles, chacun veut "relancer la machine" - entendez une croissance des flux de matière et d'énergie -, alors que le Pacte écologique entend l'orienter sur une autre voie et redonner du sens à ce que nous produisons et consommons.

Prenons un exemple qui fâche : le pouvoir d'achat. Chacun des candidats veut le revaloriser à sa façon. Bien sûr, la hausse des bas salaires ou des petites retraites est une nécessité absolue. Mais est-ce le bon choix de promettre plus de tout à tout le monde, sans articuler une augmentation directe de la consommation matérielle avec la nécessaire réduction de la consommation d'énergie et des biens jetables ? Cela accentue la fuite en avant suicidaire d'un développement qui n'assure plus le mieux vivre, dont les plus faibles sont les premières victimes et pour laquelle nos enfants nous haïront. Socialement et politiquement, c'est de l'aveuglement.

Le défi, c'est bien de parvenir à un approfondissement du progrès humain tout en inversant la tendance au toujours plus de production et de consommation.

A ce jour, aucun des principaux candidats n'a vraiment souhaité le relever. Avons-nous pour autant échoué ? Le Pacte écologique a favorisé la prise de conscience et de la mobilisation de la société. Des énergies positives se sont libérées; elles peuvent créer une dynamique sociale avec laquelle les politiques devront désormais composer et sur laquelle ils devraient surtout s'appuyer.

Nicolas Hulot, Comité de veille écologique. Point de vue publié par le quotidien Le Monde, Paris, 29 mars 2007.
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