|
ETATS-UNIS, 8 JANVIER 2007 / LE MANDAT DU NOUVEAU SECRETAIRE GENERAL
__Ban Ki-moon présente ses priorités au Conseil de sécurité
La déclaration du président du Conseil de sécurité
Dans son premier discours devant Conseil de sécurité
des Nations unies, le nouveau secrétaire général,
Ban Ki-moon, a présenté, le 8 janvier
2007, les priorités de son mandat, soulignant la nécessité
de résoudre la crise au Darfour, le conflit au
Moyen-Orient et de redoubler les efforts pour le désarmement
et la non-prolifération afin de répondre aux défis
posés par l'Iran et la Corée du Nord.
"Une des mes premières priorités est de résoudre
la crise au Darfour où la situation humanitaire s'aggrave,
malgré tous les appels et déclarations de la communauté
internationale au cours des trois dernières années",
a-t-il affirmé devant les membres du Conseil de sécurité
réunis en séance publique sur le thème "Menaces
à la paix et à la sécurité internationales".
Le secrétaire général des Nations unies
a aussi indiqué qu'il travaillerait dans les prochaines
semaines à obtenir un engagement ferme du Soudan, des gouvernements
africains et de la communauté internationale dans son ensemble
pour régler la crise au Darfour.
Ban Ki-moon a par ailleurs affirmé qu'il s'efforcerait
de "donner un nouvel élan" aux Nations unies
pour "la recherche de la paix et de la stabilité au
Moyen-Orient", à travers notamment le Quartet, et
pour résoudre le conflit entre Israéliens et Palestiniens.
Concernant la situation au Moyen-Orient, il a aussi
insisté sur la nécessité de soutenir le Liban
dans sa reconstruction politique et économique ainsi que
l'Afghanistan et l'Irak.
Abordant la situation au Kosovo, le secrétaire
général a estimé qu'il fallait "continuer
à travailler pour trouver une solution sur le futur statut
du Kosovo", rappelant qu'à défaut la crise
menacerait la stabilité régionale.
Ban Ki-moon a ensuite appelé la communauté internationale
à redoubler les efforts pour le désarmement et
la non-prolifération afin de répondre notamment
aux défis posés par l'Iran et la Corée du
Nord.
"Le Conseil de sécurité a agi en adoptant
d'importantes résolutions sur ces questions. Mais un accord
global reste encore à trouver. Il est essentiel que la
communauté internationale travaille de manière unie
pour répondre à ces défis", a-t-il affirmé.
Le secrétaire général a également
souligné les nouveaux défis du département
des Opérations de maintien de la paix qui gère maintenant
18 missions avec un chiffre record de 100'000 personnes en uniforme
déployées sur le terrain.
Il a enfin rappelé que les menaces à la paix
et à la sécurité internationales étaient
au 21e siècle "multidimensionnelles" et "interconnectées",
évoquant aussi bien le terrorisme et les armes de destructions
massives que les pandémies comme le sida.
L'extrême pauvreté et les violations des droits de l'homme sont aussi des menaces à la paix, a estimé Ban Ki-moon, rappelant que les objectifs de développement étaient essentiels à la sécurité internationale.
DE L'AFRIQUE AU MOYEN-ORIENT, DU DEVELOPPEMENT AUX DROITS DE L'HOMME, BAN KI-MOON DETAILLE SES PRIORITÉS
Texte de l'allocution du secrétaire général
des Nations unies, Ban Ki-moon, à la réunion
du Conseil de sécurité sur les menaces à
la paix et à la sécurité internationales,
le 8 janvier 2007, à New York.
Je vous remercie, Monsieur le Président, ainsi que les
membres du Conseil, des paroles aimables que vous m'avez adressées
et de l'occasion que vous m'avez donnée de vous rencontrer
tous aujourd'hui. Je vous assure de mon appui et de mon dévouement
sans réserve aux efforts visant à assurer l'efficacité
et le succès des travaux du Conseil.
Avant de commencer, je voudrais rendre hommage à l'ancien
secrétaire général, M. Kofi Annan,
pour ses contributions considérables aux travaux de l'Organisation
au cours des dix dernières années.
J'ai écouté avec attention les interventions
des membres du Conseil sur ce sujet important, qui constitue,
après tout, sa principale responsabilité en vertu
de la Charte. J'ai également relevé que les membres
du Conseil sont unis et parlent d'une seule voix au sujet de la
nécessité de considérer de façon
globale la gestion des conflits : prévention, maintien
de la paix et consolidation de la paix. Les membres du Conseil
sont également unanimes pour dire qu'il est nécessaire
d'examiner les conflits de façon globale, en donnant aux
questions du développement et des droits de l'homme la
priorité qu'elles méritent.
Comme votre importante déclaration vient de le préciser
clairement, Monsieur le Président, les Nations unies
auront un ordre du jour particulièrement éprouvant
en cette année 2007. Nous sommes confrontés
à une demande sans précédent en matière
de maintien de la paix, ainsi qu'à un éventail de
demandes croissantes en matière de diplomatie préventive,
de bons offices, de consolidation de la paix et de gestion des
conflits. Le Conseil et l'Organisation dans son ensemble traversent
l'une des périodes les plus chargées de notre histoire,
avec un nombre record d'opérations de maintien de la paix,
de résolutions et de rapports au cours des dernières
années.
Le Département des opérations de maintien de
la paix s'est étoffé de manière à
couvrir 18 missions; il emploie 100'000 personnes sur le terrain,
chiffre jamais encore atteint et qui continue d'augmenter. Le
nombre total d'opérations de paix auxquelles les Nations
unies participent sous l'une ou l'autre forme s'élève
à une trentaine. Cette présence dans le monde exige
une coopération de plus en plus étroite entre le
Conseil de sécurité et le Secrétariat, y
compris, bien sûr, le Secrétaire général.
Certaines de nos difficultés les plus graves et persistantes
concernent l'Afrique. L'une de mes premières priorités
sera d'amplifier les efforts faits pour remédier à
la crise au Darfour, où la situation humanitaire
s'aggrave, en dépit de toutes les déclarations et
proclamations de la communauté internationale au cours
des trois dernières années. Dans les prochains jours,
semaines et mois, je veillerai à collaborer étroitement
avec les dirigeants africains ainsi qu'avec les autres, et par
l'intermédiaire de mon Envoyé spécial pour
le Darfour, je m'efforcerai d'obtenir l'engagement constructif
du Soudan, des gouvernements africains et de la communauté
internationale dans son ensemble.
En même temps, nous devons garder le cap dans d'autres
parties du continent. En République démocratique
du Congo, nous devons veiller à renforcer l'évolution
favorable récente qu'a permise notre plus vaste opération
de maintien de la paix, de sorte à établir une paix
et une stabilité durables au cur de l'Afrique. J'ai hâte
de discuter de ces questions et d'autres avec les dirigeants qui
participeront au sommet de l'Union africaine, qui aura lieu à
Addis-Abeba à la fin [du mois de janvier 2007].
De même, je m'efforcerai de donner un nouvel élan
à notre recherche de la paix et de la stabilité
au Moyen-Orient. Cela signifie que nous devons nous pencher
à nouveau sur le travail du Quartet en vue de régler
les différends entre Israël et la Palestine, différends
qui revêtent une importance symbolique et émotionnelle
unique pour les peuples bien au-delà des frontières
géographiques du conflit. Cela signifie qu'il faut appuyer
le Liban à tous égards, de sa reconstruction physique
à sa quête - encore inachevée - d'un avenir
pacifique, démocratique et pleinement indépendant.
Et, dans la région au sens large, cela signifie que nous
devons poursuivre nos efforts pour remédier aux problèmes
politiques et sécuritaires de l'Afghanistan et de l'Irak.
De même, nous devons continuer à nous efforcer
de lever les incertitudes qui pèsent encore sur le statut
du Kosovo, qui, tant qu'elles ne seront pas levées,
menacent de jeter une ombre sur la stabilité régionale
en Europe du Sud-Est.
Ainsi, je suis heureux de me joindre à vous aujourd'hui
dans ce débat sur un éventail de questions qu'aucun
pays ne peut régler tout seul, des questions qui constituent
des menaces à la sécurité des peuples du
monde entier et de la communauté internationale dans son
ensemble. Réagir à ces menaces est, après
tout, l'un des objectifs principaux des Nations unies et relève
en particulier de la responsabilité du Conseil de sécurité.
Comme le Président du Conseil l'a fait remarquer, en
rappelant le Document final du Sommet mondial de 2005,
les menaces que nous connaissons en ce siècle sont multiformes
et interdépendantes. Il en est ainsi que nous considérions
la menace du terrorisme, ennemi sans visage qui ne connaît
pas de frontière, ou les armes de destruction massive,
qui constituent une menace existentielle unique pour toute l'humanité.
Ces deux questions exigent une attention urgente, soutenue et
globale de la part de la communauté internationale.
Il en va de même pour le VIH/sida et les autres pandémies,
qui non seulement ont un coût humain, social et économique
énorme dans les pays qui peuvent le moins se le permettre,
mais également constituent des menaces à la paix
et à la stabilité en raison des dégâts
qu'elles causent pour la capacité et la gouvernance.
Il en est de même pour l'extrême pauvreté,
qui suscite un désespoir ne permettant ni clémence
ni dignité et dont profitent les fanatiques et les extrémistes
pour parvenir à leurs objectifs et satisfaire leurs ambitions.
Atteindre nos objectifs en matière de développement
dans le monde entier est essentiel pour l'édification d'une
paix et d'une sécurité durables.
Il en va de même des violations flagrantes des droits
de l'homme, de la faiblesse de la gouvernance et de l'incapacité
à respecter l'état de droit dans diverses parties
du monde. Au cours des dernières années, les Nations
unies se sont efforcées de renforcer les trois piliers
de cette institution - sécurité, développement
et droits de l'homme, tous fondés sur l'Etat de droit -
afin de mettre en place un monde plus pacifique, plus prospère
et plus juste pour les générations futures.
Nous pouvons nous appuyer sur des accomplissements importants,
comme la Commission de consolidation de la paix, le Conseil des
droits de l'homme et la Stratégie antiterroriste mondiale,
ainsi que la responsabilité de protéger. Mais nous
devons également faire davantage pour revitaliser les efforts
de désarmement et de non-prolifération. Cela exigera
un renforcement des régimes de désarmement et de
non-prolifération eux-mêmes, ainsi que le règlement
des problèmes particuliers que posent les cas de l'Iran
et la République populaire démocratique de Corée.
Le Conseil de sécurité a agi en adoptant des
résolutions importantes sur ces questions, mais il reste
encore beaucoup à faire. Il est essentiel que la communauté
internationale s'unisse pour relever ces défis. Je suis
déterminé à renforcer et à consolider
le travail des Nations unies dans cette direction. Dans cette
entreprise, je m'efforcerai d'harmoniser les efforts et de jeter
des passerelles, et je m'emploierai à restaurer la confiance
entre les Etats membres et le Secrétariat.
Le Conseil s'est prononcé sur le programme de réforme
dans des domaines allant de la création de la Commission
de consolidation de la paix au renforcement des méthodes
de travail, tout en prenant des mesures en matière de lutte
contre le terrorisme et en imposant des sanctions. Il sera pour
moi prioritaire de renforcer la capacité des Nations unies
à jouer autant que possible son rôle dans la prévention
des conflits, l'instauration de la paix, le maintien de la paix
et la consolidation de la paix. Je considère toutes ces
activités comme un tout et le rôle des Nations unies
comme devant être coordonné, complet et cohérent.
A cette fin, nous devons examiner les structures organisationnelles
de tous les départements et bureaux qui s'occupent de la
paix et de la sécurité et trouver des moyens de
renforcer nos capacités. Pour répondre aux demandes
croissantes des opérations mondialisées, nous devons
trouver les voies et moyens de constituer un personnel véritablement
mobile, multifonctionnel et responsable, et qui soit à
la hauteur des normes éthiques et professionnelles les
plus élevées.
Le projet de déclaration présidentielle dont
le Conseil est saisi préconise d'évaluer les situations
conflictuelles, de préparer et de gérer les opérations
de maintien de la paix suivant une démarche stratégique.
Ce texte me servira de ligne directrice pour améliorer
la réalisation de nos objectifs communs. Ce sera l'une
de mes grandes priorités dans les prochaines semaines.
Je tiens à dire une nouvelle fois à quel point
je me réjouis à la perspective de travailler avec
le Conseil au cours des années à venir.
Source : Nations unies, New York, 2007.
|