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Textes de référence - 2007


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NATIONS UNIES, JUIN 2007 | UN POINT DE VUE DU SECRETAIRE GENERAL DE L’ORGANISATION
__Ban Ki-moon : "Pourquoi le monde a changé en faveur des Nations unies"

| LA TRIBUNE DE BAN KI-MOON |

Exposant le 4 juin 2007 les principaux traits de la philosophie de sa diplomatie dans une tribune à l'hebdomadaire américain Newsweek, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon s'est dit "aussi optimiste qu'au premier jour de son mandat", au début de l'année 2007.

"On peut se lever tous les matins et lire les nouvelles des tragédies humaines dans nos journaux. Mais quand est-ce qu'on peut vraiment entendre ces voix ou essayer de les aider avec toutes nos forces et notre détermination", s'est interrogé Ban Ki-moon, avant de s'engager formellement en ce sens.

"Je crois dans la relation à l'autre, au dialogue avant la confrontation", a souligné le secrétaire général des Nations unies. "Il s'agit de quelque chose de plus que de simplement écouter, même si c'est très important. Il s'agit d'une qualité de discernement : d'évaluer une personne ou une situation dans sa totalité, avec le bon et le mauvais, et d'être capable d'établir des rapports et une relation efficaces en dépit des désaccords, qui peuvent être graves".

"Je suis convaincu que ce sera la marque de mon mandat en tant que secrétaire général", a-t-il assuré.

Face à la complexité des problèmes internationaux, Ban Ki-moon a attiré l'attention sur "la façon dont le monde a changé en faveur des Nations unies", même aux Etats-Unis où il perçoit un "changement de climat".

"Pour de nombreuses raisons autres que l'Irak, on reconnaît aujourd'hui à nouveau le multilatéralisme et la diplomatie", a-t-il souligné, citant notamment les questions qui relèvent du "soft power", c'est-à-dire de la capacité à convaincre plutôt qu'à imposer.

Il a évoqué le nouveau consensus autour du danger des changements climatiques, de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), de la lutte contre la pauvreté, le VIH/sida et le paludisme, promus par des leaders comme Tony Blair, Bill Gates et Bono.

Rappelant que parfois la diplomatie était publique mais que parfois elle se déroulait en coulisses, le secrétaire général des Nations unies a souligné que l'important était "d'essayer", car le succès est rarement assuré.

A cet égard, il a évoqué son action au Darfour, où la négociation n'a pour l'instant conduit qu'à une "victoire partielle". "La décision du gouvernement de Khartoum d'accepter 3’500 casques bleus est loin des 20’000 que l'on estime nécessaires", a-t-il rappelé.

S'il s'est dit convaincu que la diplomatie pouvait donner des résultats plus satisfaisants, il a aussi rappelé que "des innocents continuaient à mourir" et qu'il était clair que "le temps imparti n'était pas infini".

Enfin, Ban Ki-moon a évoqué son récent appel au sommet du G8 qui aura lieu bientôt [en juin] en Allemagne, plaidant pour une approche humaine et non purement technique de la question des changements climatiques.

POURQUOI LE MONDE EST AUJOURD’HUI PLUS FAVORABLE À L’ONU

Mes matins ressemblent probablement aux vôtres. Nous déplions un journal ou allumons la télévision – à New York, Lagos ou Jakarta – et c’est un condensé des souffrances de l’humanité que nous avons sous les yeux. Le Liban. Le Darfour. La Somalie. Mais en tant que Secrétaire général des Nations unies, j’ai au moins la possibilité d’essayer de faire quelque chose pour remédier à ces tragédies. Et c’est ce que je fais, chaque jour.

Quand j’ai pris mes fonctions, il y a de cela presque cinq mois, j’étais sans illusions. Un de mes distingués prédécesseurs a fait remarquer que le travail du Secrétaire général était "le plus impossible du monde". J’ai moi-même dit par plaisanterie que j’étais plus secrétaire que général, car le pouvoir du Secrétaire général est toujours à la mesure de l’unité du Conseil de sécurité. Une unité souvent difficile à atteindre, hier comme aujourd’hui. Pourtant, je suis aussi optimiste qu’au premier jour.

C’est peut-être difficile à comprendre étant donné l’ampleur et la complexité des problèmes que nous avons à régler, au Moyen-Orient peut-être plus que partout ailleurs. Sur tous les fronts, du maintien de la paix à l’aide humanitaire en passant par la lutte contre les maladies, les Nations unies sont appelées à en faire plus que jamais, alors que les ressources dont elle dispose ne font, proportionnellement, que s’amenuiser. Pourtant, ces dernières années, le monde a, par certains côtés, connu une évolution favorable aux Nations unies.

Pour de nombreuses raisons outre l’Irak, le multilatéralisme et la diplomatie sont aujourd’hui mieux appréciés en tant qu’outils de règlement des crises. Les questions qui relèvent du "pouvoir de convaincre" – terrain sur lequel les Nations unies sont le plus à l’aise – sont aujourd’hui tout en haut de la liste de priorités de la communauté internationale. [En 2006], pour ne citer qu’un exemple, un consensus s’est dégagé sur les changements climatiques et les dangers que pose le réchauffement de la planète. De Bill Gates à Tony Blair en passant par Bono, des personnalités veulent aider les Nations unies à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, qu’il s’agisse de faire reculer la pauvreté ou d’enrayer la progression du VIH/sida et de la malaria.
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Le plus encourageant est peut-être que le public reste remarquablement favorable aux Nations unies. Un sondage réalisé récemment par WorldPublicOpinion.org a montré qu’une grande majorité de personnes (74 %) estime que les Nations unies devraient jouer un rôle accru dans le monde, que ce soit pour prévenir les génocides, pour défendre les nations qui sont attaquées ou pour enquêter sans hésitation sur les violations des droits de l’homme. Même aux Etats-Unis, où l’Organisation inspire une déception assez profonde depuis quelque temps, trois personnes sur quatre pensent que les Nations unies doivent être renforcées et presque autant estiment qu’en matière de politique étrangère, leur pays doit collaborer avec elle. Pour les Nations unies, il s’agit là encore d’un véritable changement climatique. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est San Francisco qui se répète, mais nous n’en sommes peut-être pas loin, à condition de saisir l’occasion.

Nous, Coréens, sommes des gens énergiques. Par nature, nous sommes patients mais persévérants, déterminés à atteindre les objectifs que nous nous donnons.

Comme beaucoup de mes compatriotes, je crois dans le pouvoir des relations. Pendant des années, j’ai conservé dans mon portefeuille (avec des listes de statistiques commerciales et économiques) un morceau de papier usé sur lequel figuraient des caractères chinois se rapportant aux différents âges et étapes de la vie. A 30 ans, on est dans la fleur de l’âge. A 50, on connaît son destin. A 60, on a acquis une forme de sagesse appelée "la souplesse d’écoute".

C’est à cette étape que je me trouve. La sagesse dont il est question consiste non pas seulement à écouter, bien que ce soit très important, mais surtout à faire preuve de discernement, à voir les gens ou les situations dans leur globalité, avec leurs bons et leurs mauvais côtés, et à pouvoir établir de bons rapports et de bonnes relations de travail malgré les désaccords, quelque vifs qu’ils soient. J’espère que c’est là ce qui marquera mon mandat de Secrétaire général. Je crois à la concertation, à la nécessité de dialoguer avant de s’affronter. Parfois, les efforts diplomatiques se dérouleront en public, et parfois à huis clos, car c’est souvent dans ces conditions qu’ils ont le plus de chances d’aboutir.

Je souligne le mot "chances". Le succès est rarement garanti. L’important est d’essayer, comme je le fais pour le Darfour, qui est une de mes grandes priorités. J’ai énormément insisté, auprès de Washington et d’autres partenaires, pour que les négociations se poursuivent avec le Président soudanais, Omar al-Bashir, en vue du déploiement d’une force de maintien de la paix internationale placée sous les auspices de l’Union africaine. Jusqu’ici, la victoire n’est que partielle : le gouvernement de Khartoum a accepté le déploiement de 3’500 membres du personnel des Nations unies, beaucoup moins que les 20’000 considérés comme nécessaires. Je continue à croire que moyennant des efforts diplomatiques déterminés, de meilleurs résultats sont possibles. Mais, comme des innocents continuent de mourir, il est clair également que nous n’avons pas toute l’éternité devant nous.

Dans le même esprit, je me suis rendu au Moyen-Orient quatre fois en autant de mois, et me suis notamment entretenu plusieurs fois avec le Président syrien Bashar al-Assad, en personne ou par téléphone, le plus récemment à Damas. Ici encore, mon but est d’établir une relation qui permette de calmer le jeu au Liban et, en fin de compte, de ramener la Syrie dans le giron de la communauté internationale. Comme je l’ai dit, la diplomatie discrète ne fonctionne pas toujours. Mais, elle le peut, même dans les circonstances les plus tendues, comme on l’a vu il n’y a pas longtemps lorsque des efforts de coulisse ont permis de mettre un terme à la crise des otages britanniques détenus en Iran.

[Du 6 au 8 juin 2007], les pays industrialisés qui forment le G-8 se réuniront en Allemagne pour examiner, entre autres, les changements climatiques, problème que je compte bien prendre à bras le corps. Trop souvent, nous parlons des changements climatiques comme d’une question technique. Nous parlons d’échanges de droits d’émission de carbone, de plafond des émissions, de nouvelles technologies permettant de construire des voitures qui consomment moins ou de produire de l’énergie solaire. Certes, tout cela est important.

Mais, l’aspect des changements climatiques que je voudrais mettre en exergue est plus directement humain. Il concerne le caractère intrinsèquement inégalitaire du phénomène. Bien que le réchauffement de la planète nous touche tous, il nous touche tous différemment. Les pays riches ont les ressources et le savoir-faire nécessaires pour s’adapter. Il se peut qu’un jour, en Suisse, il n’y ait plus de neige dans les stations de ski (c’est en tout cas ce que me dit un collègue récemment revenu d’un séjour dans les Alpes), mais les vallées pourraient bien se transformer en une "nouvelle Toscane", parsemée de vignobles ensoleillés. Pour l’Afrique, déjà ravagée par la désertification, ou pour les îles indonésiennes, menacées de submersion, les conséquences seront autrement terribles.

Le fil conducteur de mon action, sa logique, s’il l’on veut, tient dans cette dimension humaine, dans l’importance que j’attache à la concertation, à des relations diplomatiques fondées à la fois sur la confiance et sur la clairvoyance, et conjuguées au souci de tenir compte des effets que les politiques adoptées à l’échelle mondiale – celles que nous adoptons – ont pour les gens, pour leur vie quotidienne. Oui, nous lisons chaque matin dans le journal le récit des tragédies qui frappent l’humanité. Mais, combien de fois avons-nous véritablement entendu la voix des victimes, ou mobilisé toute notre volonté et toute notre énergie pour leur venir en aide ? C’est ce que je m’engage à faire.

Source : Nations unies, New York, juin 2007.
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