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APPEL JCALL
L’Appel à la raison
Pour sauver Israël
par Jean Daniel
Pourquoi j’ai signé l’Appel [Bernard-Henri Lévy]
L’immobilisme mène à la catastrophe [Georges Bensoussan]
CONTRE PETITION
Raison garder
Il faut raison garder pour ne pas perdre la raison [Shmuel Trigano]
POINTS DE VUE
Repenser les liens Israël-diaspora [Michel Zaoui et Patrick Klugman]
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CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN, AVRIL 2010 | LE COMBAT POUR LA PAIX AU MOYEN-ORIENT
__Un appel en faveur de la création d'un "mouvement européen capable de faire entendre la voix de la raison" à propos du conflit israélo-palestinien
| L’APPEL DE JCALL |
L'association JCall a lancé, le 3 mai 2010, au Parlement européen, à Bruxelles, une pétition sous la bannière d'un "appel juif européen à la raison". Signé par des membres de diverses associations juives et plus de 40 personnalités publiques européennes qui se démarquent du gouvernement israélien, le texte milite pour une paix au Proche-Orient.
JCall est l’abréviation de "European Jewish call for reason". Sans avoir de lien organique avec elle, cette initiative s’inspire directement de J Street, l’organisation fondée en 2008 aux Etats-Unis pour faire entendre une voix juive américaine alternative à celle du très puissant lobby pro-israélien Aipac.
L’Appel demande à l’Union européenne (UE) de faire, comme les Etats-Unis, pression sur les deux parties au conflit israélo-palestinien, afin d’aboutir à "un règlement raisonnable et rapide" du conflit israélo-palestinien. Il rappelle le principe "deux peuples, deux Etats". Ses instigateurs, dont David Chemla, fondateur en France du mouvement "La paix maintenant", qualifient "d’erreur politique", mais aussi "de faute morale" la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, tout en revendiquant pleinement leur identité juive et leur attachement "indéfectible" à l’Etat d’Israël.
"Des personnalités publiques françaises, belges, suisses et italiennes sont principalement impliquées dans le projet, mais nous espérons réunir le soutien de beaucoup d’autres personnes à travers l’Europe", souligne David Chemla, qui ajoute : "Nous lançons un cri d’alarme, car dans quelques années, la solution politique deviendra impossible en raison de l’évolution démographique et de la poursuite des implantations. Mais, l’objectif de cet appel n’est pas d’être qu’une nouvelle pétition".
"Nos objectifs sont doubles", explique-t-il. "Tout d’abord, nous sommes très inquiets de la politique de construction du gouvernement israélien, en particulier à Jérusalem Est. Nous pensons que cela pose une grave menace à la solution à deux Etats et donc, à la paix. "Ensuite, nous voulons travailler contre les efforts constants de délégitimation d’Israël dans les pays européens", poursuit David Chemla, pour qui l’Appel ouvre "une nouvelle voix pour la paix".
Le député Vert européen Daniel Cohn-Bendit et les écrivain Bernard-Henri Lévy et Alain Finkielkraut ont signé l’Appel. "Nous sentons que nous sommes à un tournant. Soit Israël va dans le mur, soit une solution est trouvée", a expliqué l’ancien diplomate israélien et historien Elie Barnavi. Il n’a pas signé l’appel, qui est "une affaire de juifs européens". Mais, il en est, au côté de David Chemla, l’un des instigateurs. L’Appel "répond à un besoin, affirme-t-il. C’est un appel au débat".
Jean Halperin, le président du Centre d’études juives auprès de l’Université de Genève, s’est également joint à l’Appel : "Je ne souscris pas exactement à toutes les formulations, mais l’idée que je me fais de l’Etat d’Israël m’oblige à me mobiliser. La paix entre Israéliens et Palestiniens est une entreprise difficile, mais il faut tout mettre en œuvre pour y parvenir. L’intransigeance d’un côté encourage l’extrémisme de l’autre".
"Nous avons souhaité faire entendre une voix à la fois critique et solidaire", explique Véronique Hayoun, du Cercle Martin Buber, à Genève, présente à Bruxelles lors du lancement du texte. Cette voix, souligne-t-elle, se démarque du suivisme des institutions communautaires juives européennes, accusées de calquer trop souvent leurs discours sur celui du gouvernement israélien. Association juive, le Cercle Martin Buber se veut une plateforme de réflexion et d'information, qui s'est fixé comme objectif principal de mobiliser les communautés juives de Suisse romande, en faveur de la paix et d'une solution négociée du conflit israélo-palestinien.
Un appel jugé "dangereux" et "démesuré"
Des institutions juives françaises ont, elles, qualifié le texte de l’appel de "dangereux" et de "démesuré". Le texte provoque en effet des remous importants dans la communauté juive française, la plus importante d'Europe.
Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a jugé l’appel "dangereux". "Il sera largement utilisée par ceux qui sont les véritables ennemis d'Israël", assure-t-il, estimant que les auteurs avaient commis "une grave erreur en faisant valoir cet appel". "C'est extrêmement grave car ce sont des personnalités prestigieuses", a-t-il ajouté, faisant référence à Bernard Henry-Lévy ou au philosophe Alain Finkielkraut. Bien que la présidence de la Crif soit unanimement opposée au texte, Richard Prasquier reconnaît que certains membres du CRIF l'ont signé.
De son côté, Joël Mergui, président du Consistoire central, parle d'un texte "démesuré" et s'est dit "choqué par le terme d'appel à la raison alors qu'Israël est un Etat démocratique". Le président du Fonds social juif unifié, Pierre Besnainou, a, lui, fait part de son inquiétude de "la division entre les Juifs" exposée "sur la place publique".
L’Appel à la raison a suscité un contre-feu: le 5 mai 2010, un autre appel, intitulé : Raison garder, a été mis en ligne par des membres de la communauté juive française, puis traduit en plusieurs langues. Il dénonce les "relents néocolonialistes" de JCall, dont les signataires "font peser la responsabilité de l’impasse sur le seul Israël".
"JCall est une prise de position partisane qui s’attribue la morale et l’honneur et rejette toute autre position dans l’extrémisme. C’est une démarche de type stalinien", fustige Shmuel Trigano, professeur de sociologie politique, directeur de la revue "Controverses", et l’un des initiateurs du contre-appel. "Il est ahurissant de lancer cet appel alors qu’un travail de sape de la légitimité d’Israël est à l’œuvre depuis dix ans dans le monde occidental".
• J CALL | UN APPEL A LA RAISON
L’appel ci-dessous a été signé par des personnalités et des membres d’associations juives européennes, engagées depuis toujours dans le combat pour la paix au Proche-Orient. L’objectif des signataires "est de rendre publiques les positions de juifs européens, trop longtemps silencieux, et de faire entendre une voix juive solidaire de l’Etat d’Israël et critique quant aux choix actuels de son gouvernement".
Citoyens de pays européens, juifs, nous sommes impliqués dans la vie politique et sociale de nos pays respectifs. Quels que soient nos itinéraires personnels, le lien à l’Etat d’Israël fait partie de notre identité. L’avenir et la sécurité de cet Etat auquel nous sommes indéfectiblement attachés nous préoccupent.
Or, nous voyons que l’existence d’Israël est à nouveau en danger. Loin de sous-estimer la menace de ses ennemis extérieurs, nous savons que ce danger se trouve aussi dans l’occupation et la poursuite ininterrompue des implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem Est, qui sont une erreur politique et une faute morale. Et qui alimentent, en outre, un processus de délégitimation inacceptable d’Israël en tant qu’État.
C’est pourquoi nous avons décidé de nous mobiliser autour des principes suivants :
1. L’avenir d’Israël passe nécessairement par l’établissement d’une paix avec le peuple palestinien selon le principe "deux Peuples, deux Etats". Nous le savons tous, il y a urgence. Bientôt Israël sera confronté à une alternative désastreuse : soit devenir un Etat où les Juifs seraient minoritaires dans leur propre pays ; soit mettre en place un régime qui déshonorerait Israël et le transformerait en une arène de guerre civile.
2. Il importe donc que l’Union Européenne, comme les Etats-Unis, fasse pression sur les deux parties et les aide à parvenir à un règlement raisonnable et rapide du conflit israélo-palestinien. L’Europe, par son histoire, a des responsabilités dans cette région du monde.
3. Si la décision ultime appartient au peuple souverain d’Israël, la solidarité des Juifs de la Diaspora leur impose d’œuvrer pour que cette décision soit la bonne. L’alignement systématique sur la politique du gouvernement israélien est dangereux car il va à l’encontre des intérêts véritables de l’Etat d’Israël.
4. Nous voulons créer un mouvement européen capable de faire entendre la voix de la raison à tous. Ce mouvement se veut au-dessus des clivages partisans. Il a pour ambition d’œuvrer à la survie d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, laquelle est conditionnée par la création d’un Etat palestinien souverain et viable.
C’est dans cet esprit que nous appelons tous ceux qui se reconnaissent dans ces principes à signer et à faire signer cet appel.
Source : presse européenne, dont "Le Temps" [Genève], et site web www.jcall.eu, mai 2010.

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